Le pape François s’est entretenu avec le président français Emmanuel Macron durant environ 45 minutes, le 15 décembre 2024, dans le salon de l’aéroport d’Ajaccio. Ils ont évoqué nombre de dossiers internationaux actuels, ceux de la Syrie et de l’Ukraine notamment, et discuté de la régulation de l’intelligence artificielle.
«C’est un grand honneur pour la ville d’Ajaccio, pour la Corse et pour la France de vous accueillir», a lancé en préambule le président Macron au pape, comme le rapportent les journalistes de la délégation papale. Le pape a remercié en retour le chef de l’État français d’être venu depuis Paris pour le saluer.
Des tensions entre l’Élysée et le Vatican avaient été évoquées par certaines sources à l’occasion des préparatifs du voyage en Corse, qui a eu lieu une semaine après la cérémonie de réouverture de Notre-Dame de Paris où le président français espérait la présence du pape. Mais, selon nos informations, l’atmosphère de la rencontre en Corse a été très positive et a duré 15 minutes de plus que prévu, le pape ne montrant aucun signe de fatigue malgré son voyage.
Notre-Dame de Paris et le cyclone à Mayotte
Le président français a remercié le pape pour son message lu par le nonce apostolique le 7 décembre lors de la cérémonie de réouverture de Notre-Dame de Paris. Il lui a offert, comme un clin d’œil, le livre Rebâtir Notre-Dame de Paris, l’ouvrage officiel édité pour la restauration de l’édifice. Connaissant les goûts littéraires du pontife, il lui aussi offert un édition ancienne de la Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres, de Charles Péguy, avec un poème manuscrit et des lithographies originales d’Alfred Manessier.
La situation à Mayotte, île française de l’océan Indien frappée par un cyclone, a été abordée par Emmanuel Macron. «La joie en Corse que vous nous avez apportée, et la tristesse à Mayotte pour laquelle nous allons agir», a-t-il notamment glissé.
Un panorama politique du monde
Le pape et le président se sont aussi penchés sur «la guerre d’agression russe en Ukraine», indique l’Élysée, précisant qu’Emmanuel Macron «a salué la mobilisation du Vatican concernant les échanges de prisonniers et le sort des enfants ukrainiens». Il a par ailleurs rappelé que «la France soutiendrait l’Ukraine aussi intensément et longtemps que nécessaire dans le but de créer les conditions d’une paix juste et durable, dans le respect des droits légitimes de l’Ukraine».
Les deux hommes ont «exprimé leur profonde inquiétude quant à la situation délétère dans la bande de Gaza», appelant à «la mise en place d’un cessez-le-feu immédiat et durable ainsi qu’à l’acheminement massif de l’aide humanitaire dont les populations gazaouies ont tant besoin».
Concernant le changement de régime en Syrie, «ils ont redit leur souhait de voir une transition politique juste et inclusive être conduite par les nouvelles autorités de Damas». Le pape et le président de la République se sont également accordés sur la nécessité d’une consolidation du cessez-le-feu entre Israël et le Liban, et de l’élection rapide d’un président capable de mener les réformes nécessaires au retour de la sécurité et de la stabilité au Liban.
Les enjeux sécuritaires au Sahel ainsi que la situation en Haïti, au Soudan et dans la région des Grands Lacs ont également été abordés, ainsi que la lutte contre le changement climatique et la gouvernance et la régulation de l’intelligence artificielle, thème d’un sommet qui se tiendra début février 2025 à Paris. Les deux chefs d’État se sont également entretenus de la préparation de la Conférence des Nations unies sur l’Océan qui se tiendra à Nice le 8 juin prochain.
Le président Macron a enfin félicité le pape François «pour l’organisation du Jubilé de l’Espérance qui débutera dans 9 jours, et qui permettra d’envoyer un message de paix et d’espérance dans le monde entier. La France y apportera son plein soutien», assure l’Élysée.
Sixième rencontre entre les deux hommes
À l’issue de la rencontre, le président français a raccompagné le pape jusqu’à son avion, comme il l’avait fait l’an passé à Marseille. Au pied de l’appareil, le pape François s’est levé de son fauteuil roulant pour donner une accolade à son homologue français. Les deux hommes se rencontraient pour la sixième fois après des audiences du président Macron au Vatican en 2018, 2021 et 2022, à Marseille en 2023 et à Bari (Italie) le 14 juin dernier dans le cadre du sommet du G7.
Le pontife argentin achève ainsi son 47e voyage à l’étranger depuis son élection en 2013, et son 3e déplacement de l’année après la Belgique et le Luxembourg fin septembre et l’Asie et l’Océanie début septembre.
La Corse, un exemple pour l’Europe
La journée a été marquée par l’accueil populaire enthousiaste dans les rues d’Ajaccio, où de nombreux fidèles portaient des drapeaux de la Corse. Le pape a béni de nombreux enfants, suscitant l’enthousiasme de la foule.
Le discours conclusif du colloque sur la religiosité populaire a été l’occasion pour le pape de développer une réflexion sur «la saine laïcité», dans le contexte particulier de la Corse où le catholicisme garde un poids important. Le chef de l’Église catholique a d’ailleurs cité l’île de Beauté en exemple pour une Europe qui perd le sens de Dieu.
La célébration de l’angélus avec le clergé et les religieux locaux a permis au pape de renouveler son invitation faite aux prêtres à «tout pardonner», et à «sortir des vieux schémas» pour mieux prendre soin de la population.
Enfin, lors de la messe présidée par le pape sur la place Casone, François a livré une homélie largement improvisée et très applaudie sur le besoin de solidarité entre les générations. (cath.ch/imedia/hl/lb)