Le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg, a participé à la messe en hommage au pape François célébrée en l’église Saint-Louis-des-Français de Rome, le 24 avril 2025. Sur le parvis, il a répondu aux journalistes présents. Le rapporteur général du Synode, que certains placent parmi les papabili, a offert un éclairage sur les discussions actuelles entre les cardinaux.
Comment avez-vous appris le décès du pape François?
Le lundi de Pâques, j’ai célébré la messe en prison à Luxembourg. Comme nous n’avons pas de téléphone en prison, c’est un des gardiens qui nous a appris la nouvelle. Je ne savais pas si cela était vrai. Quand je suis sorti de prison, notre responsable pour la communication m’attendait. Alors j’ai su que c’était vrai. J’ai pu prendre un avion le soir pour venir à Rome.
J’ai ressenti une grande tristesse en disant ‘au revoir’ au pape François. C’était un père. J’avais eu la chance de le voir juste deux semaines auparavant, à sa résidence Sainte-Marthe, de retour de l’hôpital. Il apparaissait très frêle. Mais je n’aurais jamais pensé que le Seigneur le prendrait si vite dans ses bras.
Quelle est l’atmosphère des congrégations générales qui ont débuté cette semaine avec tous les cardinaux présents à Rome?
Nous sommes tous des adultes responsables. Nous savons que nous devons nous parler, nous écouter, pour le plus grand bien de l’Église, du “saint Peuple de Dieu” et pour notre bien. (...) Chacun dit un peu ce qu’il veut dire. Et nous écoutons avec diligence.
Avez-vous en tête un profil de pape pour l’Église aujourd’hui ?
Moi oui ! Continuer ce que le pape François a commencé, c’est-à-dire, la priorité aux pauvres, l’engagement pour une écologie intégrale centrée sur les personnes. […] La synodalité, il faut la poursuivre aussi. Nous avons soumis au pape un texte pour la période post-synodale pour l’actualisation du Synode [qui s’est conclu en octobre dernier à Rome]. Il a signé ce texte depuis l’hôpital. Pour moi, c’est un peu comme un testament de François qu’il faut continuer.
Est-ce que vous percevez une Église divisée ?
Il y a certainement des visions très différentes mais cela ne veut pas dire “divisée”. Nous sommes en communion plus profonde que les opinions qui nous divisent. (...) En fait, c’est ce que nous avons fait au Synode. Nous avons évité les radicalismes mauvais en gardant le radicalisme de l’Évangile. Ce serait bien de faire la même chose, et trouver alors un terrain commun où nous pourrions marcher ensemble. Être conservateur ou progressiste n’est pas important. Ce qui l’est, c’est d’avoir la foi en Christ vivant, et qu’on puisse la partager avec ses frères, ses sœurs, et qu’on marche ensemble à l’écoute de l’Esprit.
Comment appréhendez-vous les semaines qui s’ouvrent ?
Avec une certaine appréhension, parce qu’on se sent très petits. Nous devons prendre des décisions pour toute l’Église, donc il faut vraiment prier pour nous, pour que nous soyons à l’écoute de l’Esprit-Saint.
Sur le futur pape, quelles devront être ses qualités d’homme?
Un homme simple, qui peut être en contact avec les gens, qui sait écouter les gens, de gauche et de droite. Un pape qui vit l’Évangile, qui représente le visage de l’Évangile, du Christ, pour le monde entier. C’est difficile à trouver. Mais je pense que Dieu donnera aussi une grâce d’état au futur pape. Je lui souhaite les meilleures choses.
Ce pape pourrait être vous ?
Non! Je crois en l’Esprit-Saint, et je connais mes limites. L’Esprit-Saint ne fera pas de bêtise. (cath.ch/imedia/hl/mp)