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    Le pape François est décédé au matin de ce lundi de Pâques à l'âge de 88 ans

    La nouvelle de la mort du pape François a été annoncée à 9h45, par le cardinal Kevin Farrell, Camerlingue de la Chambre apostolique, depuis la Maison Ste Marthe. Le pape François est décédé en ce lundi de Pâques, 21 avril 2025.

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    Le pape François est décédé au matin de ce lundi de Pâques à l'âge de 88 ans

    La nouvelle de la mort du pape François a été annoncée à 9h45, par le cardinal Kevin Farrell, Camerlingue de la Chambre apostolique, depuis la Maison Ste Marthe, résidence du pape, où celui-ci décédé deux heures plus tôt, en ce lundi de Pâques, 21 avril 2025.

    "Chers frères et sœurs, c'est avec une profonde tristesse que je dois vous annoncer la mort de notre Saint-Père François. Ce matin, à 7h35, l'évêque de Rome, François, est retourné à la maison du Père", a déclaré le cardinal Farrell, dont les propos ont été rapporté par Vatican News. "Toute sa vie a été consacrée au service du Seigneur et de son Église. Il nous a appris à vivre les valeurs de l'Évangile avec fidélité, courage et amour universel, en particulier en faveur des plus pauvres et des plus marginalisés. Avec une immense gratitude pour son exemple de vrai disciple du Seigneur Jésus, nous confions l'âme du Pape François à l'amour infiniment miséricordieux du Dieu Un et Trine".

    Des rites funéraires simplifiés

    La constatation du décès a lieu dans la chapelle, et non plus dans la chambre où il est mort, et son corps a été immédiatement placé dans le cercueil.

    Selon Mgr Diego Ravelli, maître des cérémonies apostoliques, le défunt pape François avait demandé que les rites funéraires soient simplifiés et axés sur l'expression de la foi de l'Église dans le corps ressuscité du Christ. "Le rite renouvelé, a déclaré Mgr Ravelli, vise à souligner encore davantage que les funérailles du pontife romain sont celles d'un pasteur et d'un disciple du Christ, et non celles d'un puissant de ce monde."

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    L'annonce du décès du pape François a été faite le 21 avril 2025 par le cardinal Kevin Farrell | © Vatican media

    Le pape avait passé en février et mars 38 jours à l'hôpital polyclinique Agostino Gemelli, à cause d'une une pneumonie bilatérale. Il était retourné ensuite à sa résidence vaticane, la Casa Santa Marta, pour poursuivre sa convalescence. Il avait fait depuis de brèves apparitions sur la place St-Pierre, comme hier, dimanche de Pâques 20 avril, où il est brièvement apparu à la loggia de la basilique Saint-Pierre pour la traditionnelle bénédiction urbi et orbi de Pâques. (cath.ch/vn/lb)

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    Daniel Pittet: “Pour moi le pape François a été comme un père”

    Le Fribourgeois Daniel Pittet, devenu diacre permanent en 2023, a noué dès 2014 une relation personnelle avec le pape François qu’il a rencontré de nombreuses fois, le plus souvent dans un cadre informel à la maison Ste Marthe. Il revient sur la simplicité et la spontanéité de Jorge Mario Bergoglio. Sur le ton des ‘fioretti’ de son patron François d’Assise.

    “Pour moi le pape François a été comme un père”, souligne d’emblée Daniel Pittet. “J’ai fait sa connaissance dans le cadre de l’édition, avec Sœur Anne-Véronique Rossi, alors supérieure générale des Ursulines, d’un petit livre Aimer c’est tout donner que je voulais faire pour rendre hommage aux religieux et religieuses de Suisse romande. Il y a eu alors une année de la Vie consacré et j’ai suggéré de demander au pape de faire la préface. Nous sommes passés par le vice-commandant de la Garde suisse qui a transmis la demande à un des secrétaires du pape qui m’a invité à Rome pour présenter notre projet et qui m’a introduit directement auprès du pape François qui avait lu l’épreuve du livre le matin-même. Le pape me pose quelques questions et me donne son accord pour signer la préface.

    La deuxième visite a eu lieu avec Soeur Anne-Véronique qui parlait italien, ce qui n’est pas mon cas. C’était comme si on se connaissait depuis toujours. C’est lui qui nous a proposé un café! Le pape nous a suggéré d’imaginer une diffusion plus large du livre. Ils nous a fait rencontrer les responsables de la Congrégation pour la vie consacrée.

    “Je ne suis pas meilleur que toi”

    A l’époque, comme pour la plupart des catholiques dans le monde, je mettais le pape sur un haut piédestal, le croyant absolument inaccessible. Il va me le reprocher dans un couloir: “Daniel il ne faut jamais mettre les gens plus haut que soi. Il faut les regarder dans les yeux: moi je te regarde dans les yeux. Je suis pape, mais je ne suis pas meilleur que toi et peut-être seras-tu avant moi au paradis.” J’ai été subjugué et nous avons commencé à nous tutoyer.

    La liste des langues et des éditions du livre Aimer c’est tout donner commençait à s’allonger de plus en plus. Mais il fallait trouver le financement et la faillite nous menaçait. Je m’en suis ouvert au pape François qui me répond: “Je n’ai pas d’argent, je ne peux pas t’aider. Mais si tu as la foi, prie saint Joseph. Et il me remet une petite statue de l’époux de la Vierge, étendu endormi.” Trois semaines après, la facture est payée. Et le livre est distribué aux JMJ de Cracovie en 2016. Finalement Aimer c’est tout donner a été diffusé à 8 millions d’exemplaires en 24 langues. Après le décès de Soeur Anne-Véronique, en décembre 2018, le pape François m’écrira un mot personnel me priant de le lire à son enterrement.

    Violé par un prêtre

    Après l’aventure Aimer c’est tout donner, nous retournons faire une visite que je pensais d’adieux au pape François. Il me pose quelques questions personnelles et me demande comment j’ai fait pour arriver à un tel succès. Je suis un peu embarrassé. Je lui réponds que c’est grâce à la Vierge Marie, à sainte Thérèse, au Padre Pio. Il me répond que non, qu’il y a autre chose. Sœur Anne-Véronique me donne un coup de coude: “Dis-lui maintenant!” Et je lui avoue avoir été violé par un père capucin durant quatre ans dans mon enfance. Il se penche vers moi, se met à pleurer et me dit:’Tu dois le raconter dans un livre dont je signerai la préface’. J’avais déjà eu ce projet mais il n’avait pas abouti. C’est de là qu’est né mon livre Mon Père je vous pardonne.

    Après la parution du livre, je suis invité à la télévision italienne pour une émission de variété que la pape m’a promis de regarder. Le lendemain matin, à Ste-Marthe, le pape François vient vers moi pour me dire: “Tu as l’Esprit-Saint avec toi Daniel! Fais toutes les télévisions du monde. Tu sauveras des gens.”

    Du côté de la curie, certains ne voyaient pas d’un bon œil, mon action et cette relation avec le pape. J’avais reçu des courriers me dénonçant comme menteur et mythomane. Je les ai montrés au pape François qui a convoqué immédiatement ces délateurs et les a obligés à s’excuser. Le tout a été consigné en bonne et due forme.

    Ensuite je suis allé souvent à Rome avec des victimes pour voir le pape. Toujours de manière informelle sans devoir demander de rendez-vous mais en le rencontrant à Ste-Marthe. A chaque fois, il me recevait avec chaleur. Un jour je lui ai amené involontairement un mafieux. Je me suis fait engueuler par les responsables. Lorsque que je m’en suis excusé auprès du pape François, il m’a simplement répondu: “Merci Daniel de me l’avoir amené.”

    Fils spirituel du Padre Pio

    Ordination diaconale de Daniel Pittet: “Jésus vous aime, moi aussi!”

    23/09/2023

    Ordination diaconale de Daniel Pittet: “Jésus vous aime, moi aussi!”

    “Jésus vous aime, moi aussi!” Pour sa première 'homélie', le nouveau diacre permanent Daniel Pittet a fait dans la concision. Son témoignage de vie, fracassée par les viols d’un prêtre pédophile avant de se reconstruire sur le pardon, en dit aussi long que les mots.

    Lorsque Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a décidé de m’ordonner diacre pour les périphéries, je me suis rappelé que le pape François m’avait dit dès 2014: “En fait tu es un vrai diacre. La Vierge et saint Joseph t’accompagneront.” La date retenue pour l’ordination était le 23 septembre, fête du Padre Pio. Lorsque j’en ai parlé au pape François, il me répliqua: “Tu es peut-être le dernier fils spirituel du Padre Pio”. Joignant le geste à la parole, il me dit de me rendre en pèlerinage à San Giovanni Rotondo et fit mettre une voiture à ma disposition pour y aller. J’ai appris ensuite qu’il était un dévot du capucin italien. Pour moi le pape a été comme un père. Il m’a envoyé un mot d’encouragement personnel pour mon ordination.

    Une force de caractère incroyable

    Chaque fois que je le voyais, je remarquais le déclin des forces physiques, mais sa force intérieure était incroyable. Je me suis rendu compte qu’au Vatican, c’était tous les jours la bagarre. Et qu’il fallait le supporter, souligne Daniel Pittet. Le pape François a toujours dit ce qu’il pense. Lorsqu’il a parlé des homosexuels dans les séminaires avec des termes grossiers de l’argot romain, j’ai ri en me disant. ‘C’est tout à fait lui!’ En fait c’était beaucoup plus familier que péjoratif. (cath.ch/mp)

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    L’élection au Trône de Pierre du cardinal Jorge Mario Bergoglio, le 13 mars 2013, avait créé la surprise, tout en mettant à l’honneur le continent américain. De Buenos Aires à Rome, retour sur l’itinéraire d’un pontife qui a fondé sa popularité sur sa simplicité et son humilité.

    Jorge Mario Bergoglio, décédé le 21 avril 2025 à Rome, est né à Buenos Aires, la capitale de l’Argentine, le 17 décembre 1936. Son père, Mario José Bergoglio, est un immigré italien venu du Piémont. Il est arrivé en Amérique du Sud à la fin des années 1920. Sa mère, Regina María Sivori est née en Argentine, tout en étant également originaire d’Italie, issue d’immigrés venant de Ligurie.

    Le père du défunt pontife est comptable pour la compagnie de chemins de fer et sa mère se voue à l'éducation de leurs cinq enfants. Jorge Mario est en grande partie élevé par sa grand-mère, de laquelle il sera toujours très proche. Outre la foi, elle lui transmet la langue italienne et les coutumes du Piémont.

    Révélation de prêtrise

    Dans des lettres écrites dans son enfance, il confie déjà son envie de devenir prêtre. Il vit une adolescence ordinaire, aidant parfois son père pour la comptabilité et fréquentant une école technique où il apprend les rudiments de la physique et de la chimie. Il obtient un diplôme de technicien dans cette dernière branche avant de voir son destin basculer, le 21 septembre 1954, alors qu’il a 17 ans.  Passant devant une église, il décide d’y entrer et “comme saisi de l’intérieur”, il se confesse au prêtre. Il expliquera qu’au sortir de l’édifice une conviction absolue était née en lui qu’il devait devenir prêtre.

    "Au Colegio del Salvador à Buenos Aires. A cet endroit, il détone pour son style de direction"

    Peu de temps après, il entre au séminaire diocésain de Metropolitano, à Buenos Aires. Il hésite cependant sur sa voie à l’intérieur de l’Église. Fasciné par l’histoire des missionnaires jésuites au Japon, il opte finalement pour la Compagnie de Jésus, et entre au noviciat de Cordoba, à 10 heures de route au nord-ouest de la capitale, en 1958.

    Il termine ses études de lettres au Chili et retourne en Argentine en 1963 pour obtenir un diplôme de philosophie au Colegio de San José à San Miguel, dans la banlieue de Buenos Aires. De 1964 à 1966, il enseigne la littérature et la psychologie dans plusieurs établissements de la métropole argentine. En 1967, il redevient étudiant, cette fois en théologie, obtenant son diplôme au Colegio de San José en 1970.

    > Pour aller plus loin: Retrouvez notre dossier conclave <

    Un destin jésuite

    Il est ordonné prêtre le 13 décembre 1969 par Mgr Ramón José Castellano, archevêque de Cordoba. Il poursuit sa formation entre 1970 et 1971 à l'Université d'Alcalá de Henares, en Espagne, et fait sa profession définitive chez les Jésuites le 22 avril 1973. De retour en Argentine, il est nommé maître des novices à Villa Barilari, San Miguel, avec charges de professeur à la faculté de théologie de San Miguel, de consulteur de la province de la Compagnie de Jésus et de recteur du Colegio Máximo de la faculté de philosophie et de théologie.

    Le 31 juillet 1973, il est nommé Provincial des Jésuites d'Argentine, fonction qu'il exerce pendant six ans. A la tête des jésuites du pays, il vit les affres de la dictature de Jorge Videla, à partir de 1976. Dans un climat de terreur répressive, il doit jouer les équilibristes, et éviter que les jésuites ne soient perçus comme des activistes de gauche, tout en ne se compromettant pas avec le régime. Il ressort marqué de cette période et quitte en 1979 son mandat de provincial.

    "Il accorde sa première interview en tant qu'évêque titulaire à un bulletin paroissial de la ville brésilienne de Belém"

    Il reprend son travail dans le secteur universitaire et, de 1980 à 1986, est à nouveau recteur du Colegio de San José et curé de la paroisse de San Miguel. En mars 1986, il se rend en Allemagne pour terminer sa thèse de doctorat. Ses supérieurs l’envoient ensuite au Colegio del Salvador à Buenos Aires. A cet endroit, il détone pour son style de direction, qui caractérisera également son pontificat. Il n’hésite pas en effet à faire la cuisine et à se mêler aux novices pour effectuer les tâches subalternes, telles que s’occuper des porcs.

    Il est envoyé par la suite à l'église jésuite de Cordoba, avec fonction de directeur spirituel et de confesseur.

    Au conclave

    Repéré par le cardinal Antonio Quarracino, archevêque de Buenos Aires, ce dernier lui demande de devenir son proche collaborateur. Le 20 mai 1992, le pape Jean Paul II le nomme évêque titulaire d'Auca (Oca-en Espagne) et évêque auxiliaire de Buenos Aires. Il reçoit l'ordination épiscopale du cardinal dans la cathédrale de la capitale argentine, le 27 mai 1992. Il prend comme devise épiscopale Miserando atque eligendo (choisi parce que pardonné). Sur ses armoiries, est inséré le ‘ihs’, symbole de la Compagnie de Jésus.

    Il accorde sa première interview en tant qu'évêque titulaire à un bulletin paroissial de la ville brésilienne de Belém. Nommé vicaire épiscopal du district de Flores en décembre 1993, il se voit également confier la charge de vicaire général de l'archidiocèse de la capitale. Il devient archevêque de Buenos Aires et primat d’Argentine à la mort du cardinal Quarracino, le 28 février 1998. A ce moment-là, il refuse de s’installer dans la confortable résidence archiépiscopale d’Olivos, mais reste dans la curie. Une attitude qui préfigure son futur choix de délaisser les appartements pontificaux pour occuper un petit appartement dans la Maison Ste-Marthe. A ce poste, il s’opposera notamment publiquement à la politique néolibérale du président Carlos Menem.

    "Ses actions à la tête du diocèse de Buenos Aires préfigurent en grande partie les orientations de son pontificat"

    Mgr Bergoglio est créé cardinal le 21 février 2001. Il demande à cette occasion à ses fidèles de ne pas venir à Rome, mais de faire don aux pauvres de ce qu'ils auraient dépensé pour le voyage.

    A mesure que sa popularité augmente dans son pays et en Amérique latine, le cardinal Bergoglio est nommé en 2005, une première fois, président de la Conférence épiscopale argentine. La même année, il participe au conclave qui porte le cardinal Joseph Ratzinger sur le Trône de Pierre.

    Buenos Aires, laboratoire du pontificat

    En tant qu'archevêque de Buenos Aires - un diocèse de plus de trois millions d'habitants - il conçoit un projet missionnaire basé sur la communion et l'évangélisation. Il souhaite ré-évangéliser la ville "en tenant compte de ceux qui y vivent, de sa structure et de son histoire", en exigeant des prêtres et des laïcs qu’ils travaillent ensemble. Une vision synodale du travail pastoral qu’il cherchera à mettre en pratique, une fois élu pape, au niveau de l’Église universelle.

    "À 76 ans, l'archevêque jésuite de Buenos Aires est une figure de proue dans tout le continent latino-américain"

    Ses actions à la tête du diocèse de Buenos Aires préfigurent en grande partie les orientations de son pontificat, notamment son «option préférentielle pour les pauvres». En septembre 2009, il lance la campagne de solidarité pour le bicentenaire de l'indépendance du pays. 200 agences caritatives seront ainsi créées jusqu’en 2016.

    A l'échelle continentale, il met de grandes attentes dans la Conférence d'Aparecida, au Brésil, en 2007, dont il sera l’un des personnages clés. Le document final, qui met sans surprise l’accent sur les pauvres, est aussi une victoire diplomatique. Il provoque un apaisement entre Rome et l’Église d’Amérique latine, en froid depuis quelques décennies. Le document d’Aparecida insiste également sur la vision d'une Église «qui existe pour évangéliser, avec audace et liberté.»

    Les pauvres avant tout

    Au début du sede vacante, suite à la renonciation de Benoît XVI en 2013, le cardinal Bergoglio est membre de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, de la Congrégation pour le clergé, de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, ainsi que du Conseil pontifical pour la famille et de la Commission pontificale pour l'Amérique latine.

    "Il apparaît rarement sur les listes des 'papabili’ produites par les médias"

    Âgé de 76 ans, l'archevêque jésuite de Buenos Aires est alors une figure de proue dans tout le continent latino-américain. Il est reconnu par ses pairs comme un prélat humble et aimé de ses fidèles. Il s’est notamment rendu populaire en allant dans les quartiers pauvres de son diocèse en bus ou en métro, pendant les 15 ans de son ministère épiscopal.

    "Mon peuple est pauvre et je suis l'un d'entre eux", a-t-il dit plus d'une fois, justifiant ainsi son choix de vivre dans un appartement et de faire sa propre cuisine. Il a toujours conseillé à ses prêtres de faire preuve de miséricorde, de courage apostolique et de garder leurs portes ouvertes à tous. La pire chose qui puisse arriver à l'Église, a-t-il répété, "c'est ce que de Lubac appelait la mondanité spirituelle", c'est-à-dire "l'égocentrisme".

    Malgré son caractère réservé, il ne craint pas de dénoncer l’injustice. Il a notamment été médiatisé à l’occasion de ses déclarations publique fortes lors de la crise financière qui a frappé l’Argentine en 2001.

    Un 'papabile’ hors du “sérail”

    Malgré cela, il apparaît rarement sur les listes des 'papabili’ produites par les médias suite au départ de Benoît XVI. Alors même qu’il avait terminé second lors du conclave de 2005. Peut-être parce qu’il est encore peu connu en dehors de son continent. En même temps, beaucoup de cardinaux sont conscients que l’Église a besoin, face aux scandales en tous genres et aux problèmes récurrents de la Curie, de se donner un nouveau souffle et une nouvelle image. Ils cherchent une personnalité à la fois forte, hors du «sérail» italien et européen, qui aura le courage et la détermination d’entreprendre des réformes sans toutefois menacer les fondements du système. Son image de «modéré» lui permet sans doute d’engranger des suffrages auprès de différentes sensibilités ecclésiales au conclave.

    Son élection, le 13 mars 2013, est donc une demi-surprise. Pour la première fois de son histoire, l’Église se dote d’un pape non-européen et jésuite. Tout de suite après, lorsqu’il salue la foule d’un «buona sera» et qu’il demande aux fidèles de prier pour lui, tous comprennent rapidement que l’Église catholique est entrée dans une nouvelle ère. (cath.ch/vatican.va/arch/rz)

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    François, le pontife du changement (2/2)

    En 12 ans, le pape François a réalisé un pontificat sans nul autre pareil et laissé une empreinte profonde dans l’Église. Retour sur une période qui a amené le catholicisme vers de nouvelles orientations, saluées par beaucoup, décriées par d’autres.

    Après environ vingt-quatre heures de délibérations et cinq tours de scrutin, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, est élu, le 13 mars 2013, 266e pape de l’Église catholique. Surpris par son intronisation, l’Argentin ne sait pas encore, quelques minutes avant de paraître devant la foule sur la Place St-Pierre, quel sera son nom pontifical. Les mots du cardinal Claudio Hummes sont alors décisifs. «N’oublie pas les pauvres!», lance le cardinal brésilien, décédé en 2022, avant que le pape ne paraisse devant la foule. Le visage du «Poverello» d’Assise lui apparaît alors naturellement à l’esprit. Il choisit donc «François», du nom de celui qui a, à son époque, reconstruit son Église en remettant l’humilité et le service aux autres au centre de la foi.

    “Buona Sera”

    Une mission “d’aggiornamento” que l’Argentin a en tête depuis longtemps. Il a en effet été l’observateur depuis de nombreuses années de la corruption et de la mondanisation croissante de la Curie romaine. Une constatation généralisée dans le Collège cardinalice. On sait que la réputation d’intégrité et de simplicité de Jorge Bergoglio a ainsi été pour beaucoup dans son élection. L’achèvement de la réforme de la Curie, timidement commencée par Benoît XVI, sera l’un de ses principaux chevaux de bataille. L’un des chantiers “urgents” sera celui des finances, un secteur régulièrement touché par des scandales de malversations.

    Au balcon de la loggia, le successeur de Pierre donne tout de suite le ton de son pontificat en prononçant son fameux “Buona Sera” et en demandant à la foule de prier pour lui.

    Gestes d’humilité

    Ses premiers gestes seront également inédits pour un pontife, principalement dirigés vers un retour vers la simplicité et le souci de ces “petits” dont parle l’évangile.

    Son premier voyage hors de Rome se fera ainsi à Lampedusa, l’île italienne où débarquent une grande partie des migrants venus d’Afrique. Lors de son premier Jeudi Saint en tant que pape, il choisit de laver les pieds de détenus dans une prison de Rome. Chose qu’il faisait d’ailleurs déjà en tant qu’archevêque de Buenos Aires.

    “Pour son premier voyage hors d’Italie, le pontife choisit la Terre Sainte”

    Il donne également rapidement ses orientations de gouvernance, en créant, de façon inédite, un Conseil des cardinaux chargé de l’assister dans sa tâche. Il délaisse également les majestueux appartements pontificaux pour s’installer dans la Maison Ste-Marthe, une résidence du Vatican destinée à l’accueil des visiteurs.

    Sa première encyclique sort seulement quatre mois après son élection (5 juillet 2013). Si Lumen Fidei, qui se penche sur la vertu théologale qu’est la foi, porte la signature du pape argentin, elle a été en grande partie écrite par son prédécesseur Benoît XVI.

    Un second ouvrage, cette fois entièrement de sa main, l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (La joie de l’Evangile), paraît également peu de temps après, en novembre 2013. Le nouveau pape y développe le thème de l’annonce de l’évangile dans le monde actuel.

    Les «maux» de la Curie

    Pour son premier voyage hors d’Italie, le pontife choisit la Terre Sainte (du 24 au 26 mai 2014). Il y réaffirme notamment son soutien pour une solution à deux États.

    Du 5 au 19 octobre 2014, l’évêque de Rome réunit un premier synode dédié à la famille. Il sera suivi d’un second volet en octobre 2015. En décembre de la même année, François entre dans le vif de la réforme du gouvernement de l’Église. Cette étape est marquée par un discours sur les «15 maladies de la Curie», qui aura un grand retentissement. Énumérant «les maux» que portent les cardinaux, tels que la vanité, la médisance, la rivalité, la mondanité, il appelle les hauts prélats à se recentrer sur la réalité de l’évangile.

    En juin 2015, le 266e pape publie sa deuxième encyclique, qui fait grand bruit: Laudato si’. L’ouvrage, qui relie les questions environnementales et sociales, appelle l’humanité à un sursaut pour la «sauvegarde de la maison commune».

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    Le pape ouvre la première porte sainte de l'Année de la miséricorde à Bangui (Photo: AP Andrew Medichini/Keystone)

    Grogne des conservateurs

    La fin de l’année est l’occasion pour le pontife de montrer qu’il ne craint pas de s’exposer. Son voyage en Centrafrique est en effet considéré comme à haut risque. C’est dans la cathédrale de Bangui, qu’il ouvre, le 8 décembre, la Porte Sainte pour le jubilé de la Miséricorde. A cette occasion, il envoie des «missionnaires de la miséricorde» dans le monde entier, dotés de pouvoir étendu d’absolution des péchés. Dans le sillage de cette année sainte, une Journée des pauvres est instituée, qui continue aujourd’hui à se tenir fin novembre.

     “Moscou et Rome vivront une période de réchauffement de leurs relations”

    Au printemps 2016, le synode sur la famille donne ses fruits avec l’exhortation apostolique Amoris laetitia. Certains points du texte, notamment la possibilité donnée aux divorcés remariés de recevoir la communion, provoquent une levée de boucliers dans les milieux conservateurs. Un groupe de cardinaux défie même le pontife en émettant des dubia sur les points controversés du document. Cet épisode éclaire la grogne croissante de la frange la plus conservatrice de l’Église, qui redoute un démantèlement par le nouveau pape de la doctrine catholique.

    Rapprochement avec l’orthodoxie et l’islam

    L’année 2016 est aussi marquée par le voyage de François aux États-Unis et au Mexique. Sur la route du continent américain, il fait une halte à Cuba pour rencontrer le patriarche Cyrille Ier. Il s’agit du premier face à face de l’histoire entre un pape et un chef de l’Église orthodoxe russe. Moscou et Rome vivront ainsi une période de réchauffement de leurs relations, avant que la guerre en Ukraine, six ans plus tard, ne vienne jeter un nouveau froid.

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    Le pape François et le patriarche Cyrille à Cuba, le 12 février 2016 (Photo: news.va)

    Si le dialogue avec les autres chrétiens compte beaucoup aux yeux du pontife, c’est également le cas pour l’islam. L’un des premiers grands pas de François vers le monde musulman se fera lors de son voyage en Égypte, en avril 2017. Il reprend à cette occasion un dialogue constructif avec l’Université sunnite Al-Azhar et son imam Ahmed al-Tayyeb.

    2018 voit la sortie de la troisième exhortation apostolique du pape argentin : Gaudete et Exsultate (9 avril). Le texte est un appel à rechercher la sainteté dans le monde contemporain.

    Premiers pas en Suisse

    L’année est également importante pour le dialogue œcuménique et la Suisse. Le 21 juin, le pape François va en effet à la rencontre du Conseil œcuménique des Églises (COE), à Genève. Il célèbre à cette occasion une messe à Palexpo.

    Alors que divers scandales d’abus sexuels éclatent dans le monde, François se doit d’accélérer son action contre ce fléau. Le 20 août 2018, il adresse une Lettre au peuple de Dieu, dans laquelle il réaffirme l’engagement de l’Église à garantir la protection des mineurs et des personnes vulnérables.

    La fin de l’année est marquée par le déroulement du Synode des jeunes. Un événement qui permet notamment de soulever les questions de vocation, de pastorale et de sexualité.

    “François continue en parallèle son action en faveur de l’environnement”

    Le début de 2019 voit une intensification inédite du dialogue avec l’islam. Lors d’un séjour dans le Golfe persique, le pape rencontre à nouveau l’imam al-Tayyeb. A Abou Dabi (Emirats arabes unis), les deux responsables religieux signent le Document pour la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune. Ils y prononcent des principes communs tels que l’impossibilité de justifier la violence au nom de Dieu.

    Chère Amazonie

    Ce même mois de février 2019, le renforcement de la lutte contre les abus connaît une étape décisive, à l’occasion d’un Sommet à Rome, dédié à cette problématique. L’aboutissement de la rencontre, qui réunit tous les présidents de conférences épiscopales du monde, est le motu proprio Vos estis lux mundi (Vous êtes la lumière du monde), qui établit notamment de nouvelles procédures de dénonciations des cas d’abus.

    François continue en parallèle son action en faveur de l’environnement et de la justice sociale. Un engagement combiné dans le Synode sur l’Amazonie qui se tient en octobre 2019. En résulte l’exhortation apostolique Querida Amazonia, publiée début 2020. Si le document consacre la nécessité de sauvegarder la forêt amazonienne et les cultures autochtones, il ne franchit cependant pas le pas controversé de l’ordination sacerdotale d’hommes mariés, comme le préconisait l’Instrumentum laboris (le document de travail du synode).

    “Traditionis custodes est durement ressenti par les milieux traditionalistes”

    En 2020, le Vatican est marqué, comme le reste du monde, par la pandémie de Covid-19. Le confinement donne lieu à des images du pontificat qui resteront sans doute dans les mémoires et dans l’histoire. Le 27 mars, alors qu’une bonne partie du monde est enfermée à domicile, le pape célèbre une messe devant une place St-Pierre vide, battue par la pluie.

    Raidissement traditionaliste

    Malgré les inquiétudes, le pape ne contractera finalement jamais le virus. Dans les années suivantes, sa santé sera effectivement source de préoccupations, mais pour d’autre motifs.

    En automne 2020, le pape François produit sa troisième encyclique Fratelli tutti, sur la fraternité humaine. Elle reprend en partie le Document sur la fraternité humaine signé à Abou Dabi.

    Après une année 2020 en grande partie «sous cloche», François recommence à voyager dès début 2021. Cette fois, son élan de dialogue avec l’islam le mène en Irak. Outre les chrétiens du pays, qu’il encourage à rester, il rencontre de grandes figures musulmanes, dont Ali Al-Sistani, personnalité la plus importante de l’islam chiite en Irak.

    Mais si les relations avec l’extérieur de l’Église se réchauffent, l’année 2021 est marquée par un net refroidissement à l’intérieur de l’institution. En cause, la publication le 16 juillet du motu proprio Traditionis custodes, qui réduit drastiquement la possibilité de célébrer la messe selon le rite pré-conciliaire. La mesure est durement ressentie par les milieux traditionalistes, qui raidissent leur position face au pape.

    Le défi du Synode

    Des critiques qui ne l’empêchent pas de continuer sa réforme de l’Église, notamment de son mode de gouvernance. C’est ainsi qu’en octobre 2021, il annonce le lancement du Synode sur la synodalité. Le chemin synodal se déroulera en trois phases: diocésaine, continentale et mondiale. Culminant avec le synode des évêques, à Rome, en automne 2023 et 2024.

     “Fin 2022, le pape François rend un vibrant hommage à Benoît XVI”

    Début 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie provoque des réactions également au Vatican. Dès le premier jour de la guerre, le pontife, défiant le protocole, se rend immédiatement chez l’ambassadeur de Russie auprès du Saint-Siège pour demander des explications. Suite à une visioconférence avec Cyrille Ier, qui soutient l’opération de Moscou, le pape François l’engage à ne pas devenir le «servant de messe de Poutine». Suite à cela, les relations se tendent avec l’Église orthodoxe russe. Ce qui n’empêche pas le Vatican d’offrir sa médiation dans le conflit.

    L’ombre de l’affaire Rupnik

    Au printemps 2022, des ennuis de mobilité obligent le pontife à renoncer à des voyages prévus, notamment en Afrique. Sa santé s’améliorant dans les mois suivants, il parvient à réaliser les voyages à son agenda. Même si, à partir de là, il sera le plus souvent vu en public sur une chaise roulante.

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    Le prêtre Marko Rupnik est accusé d'agressions sexuelles sur des religieuses | © KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi

    Il se rend ainsi fin juillet au Canada, à la rencontre des communautés autochtones. Le pontife réussit à renouer le dialogue entre ces dernières et l’Église catholique, accusée d’avoir infligé de mauvais traitements aux enfants indigènes dans les pensionnats qu’elle tenait dans le pays durant les derniers siècles. François formule alors des excuses au nom de l’Église.

    Un nouveau scandale sexuel éclate fin décembre 2022. Il touche cette fois le prêtre et artiste jésuite slovène, Marko Rupnik. Accusé d’avoir abusé de religieuses, le mosaïste a été un temps assez proche du pape jésuite. Ce dernier est ainsi soupçonné par certains de protéger le prêtre, finalement renvoyé (en juillet 2023) de la Compagnie de Jésus, de la justice canonique. Un épisode qui jettera une ombre sur le pontificat. François autorisera finalement, en octobre 2023, la tenue d’un procès canonique contre Marko Rupnik.

    Alertes de santé

    La fin de l’année 2022 voit la disparition de Benoît XVI. Le pape François rend un vibrant hommage à son prédécesseur, qui résidait dans un monastère du Vatican depuis 2013.

    “Face à l’inertie de la communauté internationale concernant l’environnement, François sort l’exhortation apostolique Laudate Deum”

    Début 2023, le pontife argentin réalise finalement son voyage en République démocratique du Congo (RDC) et au Soudan du Sud. Rencontrant des victimes d’exactions, il appelle à la fin des violences qui gangrènent ces deux pays.

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    Pope Francis visits Kinshasa
    Le pape apparaît très marqué par les témoignages des victimes des troupes rebelles | © Keystone/EPA/CIRO FUSCO

    Le pontife peut réaliser également une visite en Hongrie, fin avril. Dans cette nation réticente à l’accueil des réfugiés, il appelle la société à “ne pas se raidir”.

    Peu de temps, après, la santé du pape inquiète à nouveau. Atteint de fièvre le 26 mai, il doit annuler un certain nombre de rendez-vous. Une nouvelle alerte importante tient le monde en haleine le 7 juin. Le pape François subit alors une opération du colon sous anesthésie générale. Malgré les rumeurs de nouveau conclave qui pointent à cette occasion, l’intervention se passe parfaitement bien et le pontife se remet rapidement.

    Nouvel appel pour la sauvegarde de la création

    Il parvient ainsi, à rejoindre, dans le premiers jours du mois d’août 2023, plus d’un million et demi de jeunes à Lisbonne, où se déroulent les Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ). Il profite de son voyage au Portugal pour se rendre au sanctuaire de Fatima.

    Début septembre, le pape François visite la Mongolie et sa petite communauté catholique, fidèle à sa volonté d’aller vers “les périphéries”. Le voyage dans ce pays, situé entre la Russie et la Chine, est aussi l’occasion pour le pontife de renforcer sa diplomatie asiatique.

    “Tout au long du conflit du 7 octobre, François ne se lassera pas de dénoncer la violence des deux côtés”

    Les 22 et 23 septembre 2023, le pape François continue son combat de sensibilisation pour les migrants en se rendant aux Rencontres méditerranéennes, à Marseille.

    Face au constat d’inertie de la communauté internationale dans le domaine de l’environnement, le pape François sort, le 4 octobre, l’exhortation apostolique Laudate Deum, qui se veut la suite de Laudato si’. Le pontife y rappelle notamment la réalité et les conséquences du changement climatique, ainsi que l’urgence d’agir de façon décisive et unifiée.

    “Fiducia supplicans provoque notamment une levée de boucliers dans les milieux conservateurs”

    Alors que le Synode sur l’avenir de l’Église s’ouvre à Rome, ce même mois d’octobre, le pape est pris entre les feux des conservateurs, qui craignent un changement de la doctrine, et les progressistes, qui exigent des réformes concrètes, notamment sur la morale sexuelle.

    Le 7 octobre 2023, l’attaque du Hamas contre des localités israéliennes, et la riposte de Tsahal, met la région à feu et à sang. Tout au long du conflit, qui durera jusqu’au début 2025, François ne se lassera pas de dénoncer la violence des deux côtés et d’appeler à la paix. Ses critiques contre les actions militaires israéliennes à Gaza et au Liban lui vaudront de vives protestations de Tel-Aviv et des milieux juifs, provoquant un refroidissement des relations avec le judaïsme.

    La fin de l’année 2023 est marquée par des problèmes de santé de François, toujours centrée sur son appareil respiratoire. Une bronchite l’empêche de se rendre début décembre à la COP28 de Dubaï, où il devait plaider pour l’avenir de la planète.

    Le temps des critiques

    Le 16 décembre, la justice vaticane prononce la condamnation de neuf des dix accusés du long procès financier connu sous le nom “d’immeuble de Londres”. La sentence de prison ferme contre un cardinal, Angelo Becciu, est un signe de la tolérance zéro mise en place par le pontife sur les affaires financières au Vatican.

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    Le pape a accepté la démission du cardinal Angelo Becciu, ici à Oran en décembre 2018, a annoncé le Saint-Siège | © Bernard Hallet

    Le même jour, la déclaration Fiducia supplicans du dicastère pour la Doctrine de la foi, signée par le pape, fait l’effet d’une petite bombe dans le monde catholique. La possibilité pour les prêtres de bénir les unions homosexuels provoque notamment une levée de boucliers dans les milieux conservateurs. Les évêques d’Afrique subsaharienne parviendront à convaincre le Saint-Père de leur accorder une exception en la matière.

    “Les développements fulgurants de l’intelligence artificielle sont abondamment commentés par le pape”

    Le début 2024 voit un Jorge Bergoglio sous le feu des critiques, pour diverses déclarations. En mars, il suggère dans une interview que l’Ukraine devrait hisser le «drapeau blanc» et entreprendre des négociations avec la Russie. Une position qui lui vaudront des protestations immédiates de Kiev, l’accusant de vouloir brader la liberté du pays.

    Voyages et dérapages

    Au mois de mai, la frange progressiste du catholicisme est choquée de l’utilisation par le pape du terme péjoratif de «frocciagine» pour décrire les homosexuels. Il s’excusera peu après mais répétera ultérieurement cette expression.

    Alors que des signaux positifs étaient apparus dans les mois précédents, le pontife exclut, au détour d’une interview, l’accès des femmes au diaconat institué. Il «douche» ainsi les espoirs des partisans pour la place des femmes en Église d’une avancée en la matière à l’occasion du Synode sur la synodalité.

    En 2024, les développements fulgurants de l’intelligence artificielle sont abondamment commentés par le pape. Il participe en juin, à Bari, à une réunion du G7 sur le sujet, appelant à une technologie au service de l’humain, insistant sur la nécessité de sa réglementation.

    La santé du Saint-Père connaissant, à la fin de l’été, une amélioration, il honorera tous les voyages prévus dans la seconde partie de l’année. Il réalise ainsi, du 2 au 13 septembre 2024, le plus long périple de son pontificat, en Asie du Sud-Est et Océanie. A la fin de ce mois, il effectue également une visite au Luxembourg et en Belgique. Un séjour «chahuté» par des contestations, notamment de la part d’étudiants de l’Université catholique de Louvain.

    Discrètes avancées

    Alors que la phase ultime du Synode sur la synodalité est à bout touchant, fin octobre 2024, la sortie de la quatrième encyclique du pape François surprend. Dilexit nos, consacrée à «l’amour humain et divin du Cœur de Jésus-Christ» signale un retour à un enseignement spirituel plus traditionnel.

    Le 26 octobre, le Synode donne lieu à un document final que le pape valide immédiatement, rendant caduque la rédaction d’une exhortation apostolique. Le texte, qui contient davantage des impulsions et des recommandations que des décisions est diversement reçu dans le monde catholique, certains y voyant une précieuse feuille de route pour la mise en œuvre de la synodalité, d’autres une nouvelle illustration de l’immobilisme de l’Église.

    “Le début de 2025 est marqué par la nomination à des postes clés du Vatican de plusieurs femmes”

    Le 7 décembre 2024, le pape François poursuit le renouvellement de la Curie en créant 20 nouveaux cardinaux. Ces derniers sont largement issus de pays en développement et tenants d’une ligne plus pastorale que doctrinale.

    La fin de l’année est l’occasion pour le pontife de rappeler son indépendance face aux pressions extérieures. Attendu à Paris pour la réouverture de la cathédrale Notre-Dame, il rendra finalement visite, le 15 décembre, à l’Église de Corse. Une illustration supplémentaire de sa préférence pour les périphéries.

    Rallumer l’espérance

    Le 24 décembre, à l’occasion de la messe de Noël, François ouvre la Porte sainte de la basilique Saint-Pierre, inaugurant une Année sainte sur le thème de l’espérance, à l’occasion de laquelle des dizaines de millions de pèlerins sont attendus à Rome

    Le début de 2025 est marqué par la nomination à des postes clés du Vatican de plusieurs femmes. Une religieuse italienne, Sœur Simona Brambilla, est notamment placée à la tête de l’important dicastère pour la Vie consacrée. Nominations «alibi» pour certains, avancée significative pour d’autres.

    Le 15 janvier 2025, sort Espère, une nouvelle autobiographie du pape François, où il s’exprime plus en détail sur son enfance et sa vocation religieuse.

    Alors qu’en ce début d’année le monde est secoué par les mesures et les déclarations radicales du président américain Donald Trump, le pape François prend rapidement position, fustigeant notamment les arrestations et expulsions musclées de migrants.

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    Le 23 mars 2025, le pape François est apparu à un balcon de l'hôpital Gemelli | Vatican Media

    Mi-février 2025, une nouvelle alerte de santé plus sérieuse survient. Le pape est hospitalisé officiellement pour une bronchite. Au fil des jours, le diagnostic devient plus inquiétant, révélant, le 19 février, une «pneumonie bilatérale».

    Son état s’améliore cependant progressivement et il sort de l’hôpital Gemelli le 28 mars. On apprendra ultérieurement qu’il a subi plusieurs crises très graves lors de son hospitalisation, qui l’ont amené proche de la mort. Dans les semaines qui suivent, François fait quelques apparitions à des événements au Vatican, prenant notamment un bain de foule sur la place St-Pierre. Il est vu à la  messe de Pâques, le 20 avril. Le lendemain, 21 avril, le Vatican annonce son décès, survenu à 7h45 du matin. (cath.ch/rz)

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    De Buenos Aires à Rome, retour sur l’itinéraire d’un pontife qui a fondé sa popularité sur sa simplicité et son humilité.

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    Suisse: les cloches de Suisse sonneront pour le pape François à 15h

    Après l’annonce du décès du pape François, les membres de la Conférence des évêques suisses (CES) ont exprimé leur reconnaissance pour le don de sa vie à l’Église et prient pour son âme. Ils appellent toutes les églises catholiques à faire sonner les cloches, aujourd’hui 21 avril 2025, à 15h en hommage au pontife décédé.

    Mgr Charles Morerod, président de la CES, se souvient de sa première impression du pape François: « Dès ma première rencontre avec le pape (dans un couloir), j’ai été frappé par la simplicité des relations. Tout son pontificat a confirmé cette attitude. C’était bien la manière qu’avait Jésus de rencontrer les gens… ».

    Le pape François a mis l’accent sur la simplicité. Il a accentué la rupture, commencée dans les années 1960, avec un style de cour. Lors de son élection, en 2013, il a simplement demandé aux fidèles de prier pour lui, rapellent les évêques suisses. Ses discours improvisés, fruit de sa formation jésuite, ont souvent provoqué des réactions de surprise: il a fait réfléchir à partir de questions, impliquant la responsabilité des interlocuteurs dans la compréhension des situations particulières.

    Aller vers les périphéries

    Par ailleurs il a insisté sur la nécessité d’aller vers les autres, notamment les plus fragiles: divorcés remariés, migrants, exclus de la société… Il s’est aussi tourné avec bienveillance vers les autres religions. Il a su créer des liens, par exemple en montrant la dimension spirituelle de l’écologie. Cela s’est accompagné de questions à ses proches collaborateurs de la Curie romaine, dont il a engagé une réforme permettant un niveau inédit de responsabilité pour des laïques, femmes et hommes.

    Visite en Suisse en 2018

    Lors de sa visite en Suisse en 2018, il a montré la grande importance qu’il accorde à l’œcuménisme. Dans son homélie de la messe de clôture à Palexpo à Genève, François a rappelé que le pardon est le plus grand don de Dieu, car il renouvelle et fait des miracles. Son charisme naturel était lié à celui de Saint François d’Assise, patron de son pontificat : passionné de Dieu, il a été saisi par le Christ et cela lui a permis d’entretenir des relations simplement fraternelles, conclut le communiqué de la CES.

    La CES donnera de nouvelles informations, notamment sur les funérailles et les messes de requiem, sitôt qu’elles seront disponibles, a indiqué à cath.ch son secrétaire général Davide Pesenti. (cath.ch/com/mp)

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    Les 10 gestes du pape François qui éclairent son pontificat

    Le pape François, décédé au matin du 21 avril 2025, a marqué les esprits dès les premières heures de son pontificat par ses gestes et ses paroles. L’agence I. Média a sélectionné dix gestes qui éclairent particulièrement le pontificat du premier pape sud-américain de l’histoire.

    1 Le pape François s’incline devant les fidèles le soir de son élection (13 mars 2013)

    Le nouveau pape vient d’apparaître sur le balcon de la basilique Saint-Pierre et déjà son style tranche avec celui de ses prédécesseurs. Arrivé en simple soutane blanche, le pape argentin fait une demande inhabituelle: «Je vous demande de prier le Seigneur afin qu’Il me bénisse». Joignant le geste à la parole, le premier pape à prendre le nom de François s’incline devant la foule des fidèles massés par centaines de milliers place Saint-Pierre et sur la via della Conciliazione. Durant une quinzaine de secondes, le silence s’invite dans cette soirée historique. Huit ans plus tôt, le pape Benoît XVI avait marqué les esprits en se présentant comme «l’humble serviteur dans la vigne du Seigneur». Son successeur en a fait de même; à sa manière.

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    «Je vous demande de prier le Seigneur afin qu’Il me bénisse», furent parmi les premiers mots du pape François | © Vatican Media

    2 Des fleurs jetées à la mer pour les migrants noyés à Lampedusa (8 juillet 2013)

    Le pape François n’est installé sur le trône de Pierre que depuis quelques semaines qu’il décide, pour son premier déplacement, de se rendre sur la petite île italienne de Lampedusa afin de «pleurer les morts» de l’immigration. Face à la mer, après un long moment de recueillement, il jette une couronne de fleurs à la mémoire des milliers de personnes noyées dans la Méditerranée, une mer devenue avec la crise un «grand cimetière» – de 2014 à 2020, plus de 20.000 migrants mourront en Méditerranée selon l’ONU.

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    Première sortie du pape à Lampedusa afin de «pleurer les morts» de l’immigration | © Vatican Media

    3 Le pape se confesse publiquement (28 mars 2014)

    Ce n’était visiblement pas prévu. Dans la basilique Saint-Pierre, le pape François est guidé par son cérémoniaire pour entrer dans un confessionnal et confesser des fidèles. Mais au lieu de se plier à l’exercice, le pontife argentin s’avance vers un autre confessionnal où patiente un prêtre. Durant plusieurs minutes, et pour la première fois dans l’histoire, caméras et photographes peuvent immortaliser cette scène d’un pape qui se confesse. L’objectif est clair: encourager les catholiques à retrouver le goût de ce sacrement durant lequel l’Église enseigne que Dieu pardonne tous les péchés. C’est aussi dans cette perspective que le pape lancera l’année suivante un Jubilé de la miséricorde.

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    Pour la première fois dans l’histoire, caméras et photographes peuvent immortaliser cette scène d’un pape qui se confesse | © Vatican Media

    4 L’accolade du pape et patriarche russe à Cuba (12 février 2016)

    Près de mille ans après le grand schisme de 1054, le chef de l’Église catholique rencontre pour la première fois le patriarche orthodoxe de Moscou. Ces retrouvailles historiques qui ont lieu à l’aéroport de Cuba scellent le réchauffement des relations entre les deux Églises. Devant un grand crucifix de style byzantin, les deux hommes se donnent l’accolade en s’embrassant sur les joues. Le lent rapprochement entre les deux Églises s’interrompra brutalement avec la guerre en Ukraine. Les désaccords générés par le conflit éclatent au grand jour, le pape François demandant à Kirill de ne pas devenir «l’enfant de chœur de Poutine».

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    Le pape François et le patriarche Cyrille de Moscou signent une déclaration commune le 12 février 2016, à la Havane, sous les yeux du président cubain Raul Castro (photo CTV)

    5 Le pape ramène 12 réfugiés de Lesbos dans son avion (16 avril 2016)

    «Nous sommes tous des migrants». Avril 2016, le pape François veut marquer les consciences européennes. Alors que la Méditerranée est encore le lieu de drames humains et que des milliers de réfugiés se retrouvent dans des centres que le pontife dénoncera comme étant des «camps de concentration», François se déplace en Grèce et visite un camp de réfugiés à Lesbos avec le patriarche de Constantinople Bartholomée et de Ieronymos, l’archevêque orthodoxe d’Athènes et de toute la Grèce. À son retour, il crée la surprise en faisant monter douze migrants dans son avion, dont six enfants. Les trois familles musulmanes viennent de Syrie.

    6 Le pape François embrasse le Grand imam d’Al-Azhar (4 février 2019)

    Ce n’est pas leur première accolade. Mais celle d’Abou Dhabi, le 4 février 2019, dans la Péninsule arabique, est historique. Depuis plusieurs mois déjà, le pape François et le Grand imam d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb préparent une déclaration sur la Fraternité humaine. 800 ans après la rencontre entre François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kamil, les deux chefs religieux se retrouvent pour signer un texte qui prône la paix et condamne les justifications de la violence commise au nom de Dieu. Un acte fort qui a lieu à la fin d’une décennie marquée notamment par les violences de Daech.

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    A Abu Dhabi, le 4 février 2019, le pape signait le document sur la fraternité humaine avec Ahmed Al-Tayeb, grand imam d'Al-Azhar | © dpa Gehad Hamdy/Keystone

    En mars 2021, le pape François rencontrera en Irak la plus grande autorité spirituelle des musulmans chiites, le grand ayatollah Ali al-Sistani.

    7 Le pape François à genoux pour la paix au Soudan du Sud (11 avril 2019)

    Le 266e pape à genoux devant les deux responsables du Soudan du Sud, leur embrassant les pieds pour appuyer sa supplication de paix. En ce mois d’avril 2019, l’image hors du commun fait le tour du monde. Par cette action qui a surpris jusqu’à ses plus proches collaborateurs, le pape François met un coup de projecteur sur la situation tragique d’un pays qui n’a connu que la guerre depuis sa création en 2011. Dans le sillage de ce geste, le pape se rendra au Soudan du Sud en février 2023 avec l’archevêque de Canterbury et le modérateur de l’Église d’Écosse pour réitérer un appel à la paix.

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    Le 266e pape à genoux devant les deux responsables du Soudan du Sud, leur embrassant les pieds pour appuyer sa supplication de paix | © Vatican Media

    8 Le pape bénit la place Saint-Pierre à l’heure du Covid-19 (27 mars 2020)

    C’est une image qui restera probablement dans les livres d’histoire. Le 27 mars 2020, alors qu’une large partie du monde est confinée et que résonnent les cloches des églises de Rome, le pape François se présente seul devant une place Saint-Pierre vide et battue par la pluie. Des millions de personnes connectées à leurs écrans le regardent délivrer une bénédiction Urbi et orbi, 'à la ville et au monde’ dans une atmosphère de fin du monde. Quelques jours plus tôt, il avait confié la ville de Rome à la sainte Vierge Marie, tandis que l’Italie subissait de plein fouet les effets d’un virus inconnu et que les services d’urgence du nord de la Péninsule saturaient.

    Le Crucifix de l'Eglise Saint Marcel de Rome, sur la place Saint Pierre
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    Le 27 mars 2020 le pape François se présente seul devant une place Saint-Pierre vide et battue par la pluie | © Vatican Media

    9 Le pape François se rend à l’ambassade de Russie (25 février 2022)

    C’est un geste inédit que le pape réalise au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le 25 février, il décide de se rendre en personne à l’ambassade de Russie près le Saint-Siège pour s’entretenir avec l’ambassadeur russe. «C’est une décision que j’ai prise au cours d’une nuit de veille en pensant à l’Ukraine», racontera-t-il plus tard, disant son souci absolu de pouvoir faire quelque chose «pour qu’il n’y ait pas un mort de plus en Ukraine». D’autres actions suivront tout au long de l’année. En pleine audience générale, le 6 avril, il embrasse le drapeau ukrainien qu’on venait de lui faire parvenir de la ville de Boutcha. Là-bas, des cadavres, dont certains avaient les mains liées dans le dos, venaient d’être découverts après le retrait des troupes russes.

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    Le pape quitte l'ambassade de Russie, dans la matinée du 25 février 2022 | DR

    10 L’adieu du pape François au cercueil de Benoît XVI (5 janvier 2023)

    L’image est inédite puisque jamais dans l’histoire récente un pape n’avait enterré son prédécesseur. Sur la place Saint-Pierre, la messe des funérailles se termine à peine et déjà le pape François rebrousse chemin. Mais après quelques pas en direction de la basilique Saint-Pierre, il se retourne pour attendre le cercueil de Benoît XVI. Le pontife argentin le bénit dans un premier temps.

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    L’image est inédite puisque jamais dans l’histoire récente un pape n’avait enterré son prédécesseur | © Vatican Media

    Puis, il pose sa main droite sur le cercueil en bois de cyprès, et s’incline. «Benoît, fidèle ami de l’Époux, que ta joie soit parfaite en entendant sa voix (celle de Dieu le Père, ndlr) définitivement et pour toujours!». Telle était la prière de François pour son prédécesseur en conclusion de l’homélie qu’il avait prononcée quelques minutes plus tôt. (cath.ch/imedia/hl/ic)

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    Onde de tristesse sur la place Saint-Pierre suite au décès du pape François

    Des milliers de pèlerins, de touristes, de prêtres et de religieux ont gagné la place Saint-Pierre dans la matinée, dans les minutes qui ont suivi l’annonce du décès du pape François ce 21 avril 2025. Présent sur place, I.MEDIA a recueilli leurs premières impressions, marquées par la surprise, la tristesse et une certaine reconnaissance pour le pontificat du premier pape issu du continent américain.

    Une heure à peine après l’annonce de la mort du pontife à 9h50, des petits groupes de fidèles, de prêtres et de religieuses anonymes commençaient déjà à prier pour le pape, sous le ciel immaculé de ce lundi de Pâques, au pied des barrières de la place Saint-Pierre. Fidèles et touristes, surpris par la nouvelle, ont peu à peu rempli la via della Conciliazione, grande avenue menant à la basilique.

    Un «sentiment de tristesse» gagne Toussaint, 53 ans, très ému. Ce catholique français de la région parisienne, venu à Rome avec son épouse et sa fille, avait assisté la veille à la messe de Pâques sur la place Saint-Pierre. Il avait été très agréablement surpris de voir le pape François circuler parmi les fidèles en papamobile et donner sa bénédiction Urbi et Orbi.

    «On le sentait à bout de souffle, assure-t-il, mais on ne s’attendait pas à un départ aussi rapide.» Pour lui, le pape laisse l’Église «veuve, orpheline». Il explique prier pour que le pape entre « ans la lumière éternelle du Seigneur» et pour que l’Église «puisse se doter d’un nouveau pape dans les prochaines semaines».

    «C’était le pape du peuple»

    Du pontificat de François, Toussaint retient son «ouverture». «L’Église gagnerait à être plus ouverte aux réalités sociales, nous sommes après tout tous fils de Dieu», estime-t-il.

    «C’était le pape du peuple», affirme Roberta, une Italienne de 54 ans, venue avec son mari et sa fille pour visiter la basilique en ce jour férié, quand elle a appris «la triste nouvelle». Elle aussi l’avait vu sur la place Saint-Pierre la veille, et souligne combien il avait tenu à saluer les fidèles présents. «Il nous laisse tristes, mais avec un souvenir très positif», dit-elle.

    András, un Hongrois de 34 ans arborant le maillot de son équipe nationale, a le regard grave et se dit «très choqué» par l’annonce. «Il a vraiment été le pape de ma génération», affirme-t-il, se souvenant de ses deux visites dans son pays.

    Antoine, un Français non-croyant venu visiter la basilique Saint-Pierre avec sa famille, était lui aussi présent sur la place au moment de l’annonce, qu’il a apprise via son téléphone. «C’est étonnant d’être là à ce moment-là», reconnaît-il, notant qu’il règne un «étrange calme sur la place». Pour son épouse Cynthia, la mort du pape évoque «son enfance» et la place qu’occupait alors l’Église dans la société. (cath.ch/imedia/cd/lb)

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    Funérailles du pape François: ce que prévoit le Vatican

    Constat de décès, clôture du cercueil, messe de funérailles, translation sur le lieu de la sépulture, enterrement… Les grands moments des funérailles d’un pape sont fixés par un rite précis que le pape François avait fait modifier en 2024. L’agence I.MEDIA détaille le déroulé des obsèques.

    La trame de ce déroulé se trouve dans l’Ordo exsequiarum romani pontificis, un manuel de 175 pages édité par le Bureau des célébrations liturgiques pontificales. Le jour et l’heure de la messe des obsèques vont être établis par la Congrégation des cardinaux. Cette réunion de tous les cardinaux, convoquée par le camerlingue, le cardinal Kevin Farrell, doit se tenir le plus rapidement possible après l’annonce du décès du pontife.

    Un rituel qui débute à la résidence du pape défunt

    Le rituel pour l’enterrement du pape François commence à la résidence du pape défunt – l’appartement de la Résidence Sainte-Marthe. Sa dépouille est embaumée et revêtue d’une soutane blanche, puis transférée dans sa chapelle privée. C’est là qu’a eu lieu le rite de la «constatation de la mort», avec le cardinal camerlingue, le doyen du collège cardinalice, le maître des célébrations liturgiques pontificales, les proches du pontife et le directeur du département sanitaire de l’État de la Cité du Vatican. Cette cérémonie doit avoir lieu à 20h ce lundi soir.

    Durant cette liturgie, la dépouille revêt des vêtements liturgiques de couleur rouge et est déposée dans un double cercueil de zinc et de bois, avec la mitre papale et le pallium – écharpe de laine blanche ornée de croix rouges. L’acte de déclaration de la mort est rédigé et l’on établit une heure à partir de laquelle ceux qui souhaitent venir se recueillir auront accès au lieu.

    Le double cercueil du pape va ensuite être transporté en procession à la basilique Saint-Pierre, où il sera placé près de l’autel majeur – la Confession de Saint-Pierre –, aspergé d’eau bénite et encensé. La dépouille restera exposée là pour que les fidèles qui le souhaitent – certains venant de loin – puissent venir lui rendre hommage.

    Avec la réforme de 2024, le corps du pape, dans la basilique, n’est plus exposé sur un reposoir surélevé, mais reste dans le cercueil ouvert – comme cela est prévu pour les obsèques de tout évêque – et sans la présence de la férule papale (la crosse du pape, en forme de croix).

    La fermeture du double cercueil

    Avant la messe des obsèques, si possible la veille au soir, précise le rite, a lieu la clôture du double cercueil présidée par le cardinal camerlingue. Ce rite se fait en présence des cardinaux chefs des trois ordres (l’ordre des cardinaux-évêques, l’ordre des cardinaux-prêtres et l’ordre des cardinaux-diacres), de l’archiprêtre de la basilique vaticane, de l’ancien cardinal secrétaire d’État – relevé de ses fonctions à la mort du pape –, du cardinal vicaire pour le diocèse de Rome, du substitut de la secrétairerie d’État, du préfet de la Maison pontificale, de l’aumônier pontifical, du vice-camerlingue, de représentants du chapitre des chanoines et des confesseurs de la basilique, du secrétaire du pontife et de sa parenté.

    Après l’introduction du cardinal camerlingue, le maître des célébrations pontificales lit le Rogito, bref texte rédigé par lui qui résume la vie et les œuvres importantes du défunt. Deux exemplaires sont alors signés par les personnes présentes, l’un pour être mis dans le cercueil, l’autre pour être conservé dans les archives vaticanes.

    Ensuite, le maître des célébrations pontificales étend sur le visage du défunt un voile de soie blanche, et le cardinal camerlingue asperge la dépouille d’eau bénite. Le maître des célébrations pontificales dépose dans le cercueil une bourse contenant les monnaies frappées à l’effigie du pape durant son pontificat, et le Rogito scellé, enroulé dans un tube de métal.

    On récite le psaume 41 tandis que le premier couvercle du cercueil en zinc est posé. Ce couvercle est gravé de la croix, du blason du défunt, d’une plaque portant le nom du pontife, la durée de sa vie et de son pontificat.

    Le cercueil en zinc est soudé et scellé, imprimé de quatre sceaux: celui du camerlingue, de la préfecture de la Maison pontificale, du Bureau des célébrations liturgiques pontificales et du Chapitre du Vatican. Le deuxième cercueil en bois, sur lequel on trouve la croix et le blason du pontife, est également fermé. Il sera scellé seulement au moment de la sépulture, après la messe d’enterrement.

    La messe des obsèques 

    Tout est alors prêt pour la messe des funérailles célébrée en vêtements liturgiques rouges et présidée par le doyen du collège cardinalice ou, en cas d’empêchement, par le vice-doyen ou par le cardinal électeur le plus ancien. Cette célébration a lieu sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, où est apporté le cercueil pendant la procession d’entrée, pour être déposé devant l’autel et recouvert de l’Évangéliaire.

    Pour la liturgie de la parole, sont prévues les lectures suivantes : Isaïe 25, 6a.7-9 (ou en temps pascal Actes 10, 34-43) ; Psaume 22 ; Philippiens 3,20-4,1 ; et l’Évangile de Jean 21,15-19, où le Christ demande à l’apôtre Pierre : “M’aimes-tu ?”. Celui qui préside la célébration prononce alors l’homélie.

    Vient ensuite la prière universelle qui prévoit six intentions: pour le défunt pape, pour l’Église, pour les nations, pour les âmes de tous les papes défunts et tous les prêtres, pour tous les fidèles défunts, et pour toute l’assemblée. C’est après la communion qu’a lieu le rite final de l’ultima commendatio et valedictio, ouvert et conclu par le doyen des cardinaux. Ce moment comprend la “supplique de l’Église de Rome”, une longue litanie des saints – avec plus d’une centaine d’invocations – présidée par le cardinal vicaire, et la “supplique des Églises orientales”, avec des représentants des Églises catholiques orientales, selon la liturgie byzantine, en grec.

    Ensuite, est prévu un temps de prière silencieuse, avant l’aspersion d’eau bénite et l’encensement du cercueil par le doyen des cardinaux. L’assemblée chante alors le cantique du Magnificat et divers psaumes pendant que le cercueil est emmené en procession pour le dernier temps des obsèques.

    Le transfert et l’inhumation 

    Le cercueil est transporté sur le lieu de la sépulture prévu. Si le pontife doit être enterré dans les grottes vaticanes, sous la basilique Saint-Pierre, il est accompagné par le cardinal camerlingue, les cardinaux chefs des trois ordres, l’archiprêtre de la basilique vaticane, l’ancien cardinal secrétaire d’État, le cardinal vicaire pour le diocèse de Rome, le substitut de la secrétairerie d’État, le préfet de la Maison pontificale, l’aumônier apostolique, le vice-camerlingue, le maître des célébrations liturgiques pontificales, des représentants du chapitre des chanoines de la basilique, et les proches du pontife défunt.

    Le pape François, lui, a souhaité être enterré à la basilique Sainte-Marie-Majeure. C’est le bureau des célébrations liturgiques qui précisera alors les modalités et la liste des personnes qui l’accompagneront.

    Dans les chapelles souterraines – ou sur le lieu de la sépulture –, le cardinal camerlingue, couvert d’une chape rouge, préside une dernière prière pour l’âme du successeur de Pierre qui s’est éteint. Cette courte célébration comprend des intercessions pour le repos du défunt ainsi que la prière du Notre Père.

    Puis le cercueil en bois, qui recouvre le cercueil de zinc, est imprimé des sceaux du camerlingue, de la préfecture de la Maison pontificale, du Bureau des célébrations liturgiques pontificales et, si le pape est enterré dans les grottes vaticanes, du Chapitre du Vatican.

    Le cercueil est déposé dans le caveau et aspergé d’eau bénite. tandis qu’est chanté l’hymne du Salve Regina. Si l’enterrement a lieu à Saint-Pierre, le notaire du Chapitre de la basilique rédige l’acte authentique de l’inhumation et la lit devant les personnes présentes. Le cardinal camerlingue, le préfet de la Maison pontificale, le maître des célébrations pontificales et le notaire signent le document qui atteste de l’enterrement.

    La messe d’enterrement est la première des messes des novendiali, à l’intention du souverain pontife. Pendant neuf jours, une tradition antique prévoit ainsi neuf messes dont trois sont confiées à la Chapelle papale, et les autres aux fidèles de la Cité du Vatican, à l’Église de Rome, aux chapitres des basiliques patriarcales, à la Curie romaine, aux Églises orientales, et aux membres des instituts de vie consacrée. (cath.ch/imedia/ak/lb)

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    Les responsables religieux saluent la mémoire du pape François

    L’annonce du décès du pape François le 21 avril 2025, a suscité une vive émotion dans et au dehors de l’Eglise catholique. De nombeux responsables religieux d’autres confessions et religions ont exprimé leur reconnaissance au pape argentin.

    Le pape François "laisse derrière lui un exemple d'humilité authentique et d'amour fraternel», a salué le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée. Le pape et le patriarche étaient liés par une étroite amitié personnelle. Dans un message ému Bartholomée décrit Fraançois comme «un précieux frère en Christ» et «un véritable ami de l'orthodoxie». Cette année, les deux hommes avaient souhaité pouvoir célébrer ensemble le 1700e anniversaire du Concile de Nicée dans ce lieu historique.

    Le patriarche Cyrille de Moscou

    Le patriarche Cyrille de Moscou salue le pontife défunt qui a guidé l’Église catholique romaine durant une époque de profonds bouleversements. "Son nom reste associé à une étape cruciale dans les relations entre l’Église orthodoxe russe et l’Église catholique romaine. La rencontre historique de 2016 entre leurs Primats a marqué la volonté de nos Églises de « guérir les blessures infligées par les conflits du lointain et du récent passé » et d’unir nos efforts pour témoigner de l’Évangile du Christ et de l’héritage commun de l’Église du premier millénaire ».

    "Pour les chrétiens du monde entier, son engagement en faveur des pauvres et des opprimés reste significatif. En rappelant constamment la présence du Christ en chaque personne dans le besoin, le pape a attiré l’attention sur les injustices trop souvent passées sous silence, les atteintes à la dignité humaine et les persécutions."

    Le chef de l’Église anglicane

    Le chef par intérim de l’Église anglicane Stephen Cottrell a salué "le désir" du pape François, "de diriger et construire l’Église d’une nouvelle manière". Stephen Cottrell, archevêque d’York et chef spirituel des anglicans par intérim depuis janvier 2025, a mis en avant "l’amour" de François pour les migrants, "sa profonde compassion pour le bien-être de la planète" et "son désir de diriger et construire l’Église d’une nouvelle manière".

    Le roi Charles III, qui est aussi le chef de l’Eglise d’Angleterre, s’est dit "très profondément attristé" après la mort du pape François, qui a servi le monde avec "dévotion toute sa vie". Charles a dit toutefois que son "coeur lourd" était "quelque peu soulagé" par le fait que le pape ait pu dimanche "partager le message de Pâques avec l'Église et le monde”. Le roi s'est également dit "très ému" d'avoir pu lui rendre visite au Vatican le 9 avril.

    Jerry Pillay, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE)

     «Son pontificat a marqué un tournant, notamment pour le mouvement œcuménique, car il a accordé une attention particulière à l’unité chrétienne». Pour le pasteur Jerry Pillay, «la lutte de François contre l’urgence climatique et son engagement constant contre les injustices sociales ont été déterminants dans la façon dont l’Église se positionne face aux défis contemporains». Le secrétaire général du COE espère que son successeur continuera dans cette voie, en réaffirmant «l’importance de la solidarité et des droits des plus vulnérables». Pour lui, «François a montré l'exemple de ce que doit être une Église réellement engagée dans les réalités du monde, sans jamais perdre de vue la dignité de chaque être humain». Il cite encore avec émotion les paroles du pape lors de leur dernière rencontre: «S’il vous plaît, priez pour moi et ma tâche.»

     Rita Famos, présidente de l’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS)

    «Les images du pape François, seul sur la place Saint-Pierre sous la pluie, priant pour le monde pendant la pandémie, restent gravées» dans la mémoire de Rita Famos. Elle avait rencontré le pape à Rome à l’occasion de l’assermentation des gardes suisses. Pour la pasteure zurichoise, «l’engagement de François pour la justice sociale, la préservation de la Création et la solidarité avec les marginalisés a eu un impact bien au-delà de l’Eglise catholique». Toutefois, «sur la question de l’égalité ou de la reconnaissance de la diversité au sein de l’Eglise», elle aurait «souhaité des avancées plus audacieuses».

    L’imam d’Al-Azhar

    Le grand imam d’Al-Azhar, plus haute institution de l’islam sunnite basée au Caire, a salué l’engagement du pape François en faveur du dialogue interreligieux, le qualifiant de "symbole de l’humanité". Le pape François a "renforcé les relations avec Al-Azhar et le monde islamique, à travers ses visites dans de nombreux pays arabes et musulmans, et grâce à ses opinions empreintes d’équité et d’humanité, notamment concernant l’agression contre Gaza et la lutte contre l’islamophobie abjecte", a déclaré cheikh Ahmed Al Tayyeb.

    La Grande Mosquée de Paris dit son "infinie tristesse" à l'annonce de la mort du pape François, "figure emblématique du dialogue interreligieux et de la fraternité humaine" en qui elle voit un "homme de foi qui n'a cessé de tendre la main aux musulmans".

    L’Iran, pays musulman entretenant de bonnes relations avec le Vatican, a présenté «ses condoléances à tous les chrétiens du monde», a déclaré le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, avant d’ajouter qu’il priait «Dieu Tout-Puissant pour accorder la paix à l’âme du pape François».

    Le prix Nobel de la paix Yunus

    Le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, à la tête du gouvernement provisoire au Bangladesh, a salué en François un "véritable ami et une âme sœur", figure d’"humilité et de compassion". Muhammad Yunus, 84 ans, pionnier de la microfinance, partageait une "connexion profonde" avec le pape. Les deux hommes avaient travaillé ensemble sur des questions liées à la justice sociale et à la protection de l’environnement.

    Le grand rabbin de France

    Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, a salué l'engagement du pape François dans la lutte contre l'antisémitisme, et au-delà un homme qui a créé "des liens de confiance partout à travers le monde".

    Le président israélien, Isaac Herzog, a lui salué «un homme de foi profonde et de compassion sans fin». «Il accordait à juste titre une grande importance au renforcement des liens avec le monde juif et à la promotion du dialogue interreligieux comme voie vers une meilleure compréhension et un respect mutuel.»

    Le Dalaï-Lama

    Le Dalaï-Lama, figure spirituelle du bouddhisme tibétain, a exprimé, depuis son lieu d’exil en Inde, sa "tristesse" après la mort du pape François, dont il a salué la "dévotion" et la "simplicité". "Le meilleur hommage que nous puissions lui rendre est de se montrer chaleureux, de servir les autres où que nous soyons et de toutes les manières possibles". (cath.ch/ag/mp)

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    Un style physique qui s’impose comme une marque personnelle

    Le pape François c’est d’abord un style très personnel. Celui du curé de campagne qui parcourt le monde chaussé de brodequins, une serviette élimée sous le bras. Heureux au contact des petites gens, agacé par les prélats de cour de la curie et leurs dentelles.

    Simplicité c’est bien ce qui qualifie le mieux, le style personnel de Jorge-Mario Bergoglio. Pour certains en renonçant à quasiment tous les signes extérieurs de son pouvoir il désacralise voire dénature la fonction pontificale lui faisant perdre une grande partie de sa dimension symbolique. Un pape ne peut pas être un homme ordinaire dans sa tenue et dans ses habitudes, estiment-ils. Beaucoup d’autres apprécient que le vicaire du Christ ne soit plus un demi-dieu.

    Certains ne manqueront pas de lui trouver une ressemblance physique avec le bon pape Jean XXIII (1958-1963), même corps trapu, un peu replet, même visage expressif au grand nez et à la large bouche. L’Italien et l’Argentin partagent de fait les mêmes origines du Piémont qui forment la marche des Alpes. Ils partagent le même style de curé de campagne: un vêtement simple sans fioritures, le déni du protocole de cour...

    Un style sobre et décontracté

    François séduit par son style sobre et détaché, il a laissé de côté la mozette rouge bordée d’hermine, les mocassins rouges et tous les signes d’apparat. Il porte une simple soutane blanche, pas toujours impeccable, avec une ceinture blanche en soie moirée. La tradition voulait que les armoiries du pape figurent sur sa ceinture, juste avant les franges. Mais François a mis de côté cette pratique. Il arbore toujours la simple croix pectorale métallique reçue comme archevêque de Buenos Aires. L’anneau passé à la main droite est en argent doré de facture très simple.

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    Le pape a conservé ses vieilles lunettes, porte un anneau pastoral très simple et la croix pectorale qu'il avait reçue comme archevêque de Buenos Aires | Flickr/Republic of Korea/Flickr/CC BY-SA 2.0

    Pour certains, François est une icône 'normcore’, une victoire du confort et de l’anonymat sur la bienséance. Bien malgré lui, il est devenu un 'prescripteur’ de mode comme l’a illustré en 2023 un photo-montage avec une doudoune Balenciaga.

    A l’inverse de ses prédécesseurs, le pape François, qui quitte rarement le Vatican hormis pour ses voyages apostoliques, n’a pratiquement jamais été aperçu en civil ou en clergyman,  sauf une dizaine de jours avant sa mort, descendant en chaise roulante pour voir les travaux de la basilique Saint-Pierre. Le pape François ne porte ni bijou, ni montre de valeur, une simple Swatch noire en plastique à 50 francs fait l’affaire. Il fait sensation, en 2015, lorsqu’il se rend personnellement chez un opticien proche du Vatican pour refaire ses lunettes "Je ne veux pas une monture neuve, il faut seulement refaire les verres, je ne veux pas dépenser", aurait-il précisé au vendeur.

    Sombrero ou plumes d’indiens

    Il n'hésite cependant jamais, au gré de ses rencontres, à adopter un style qui parfois détonne. Foulard fleuri, kimono, poncho de laine, sombrero, bonnet péruvien, chasuble léopard, chapeau haut-de-forme ou encore couronne de plumes: pour le pape François, tous les styles sont permis. Lors de ses visites dans les pays étrangers ou lorsqu’il reçoit des délégations au Vatican, on lui offre de nombreux cadeaux, généralement liés à la culture locale. Il n’hésite pas, si l’occasion se présente, à enfiler tel ou tel vêtement offert par son interlocuteur. En toute simplicité.

    Sobriété des vêtements liturgiques

    La même sobriété se retrouve dans le vêtement liturgique. Après un Benoît XVI amoureux du style baroque de sa Bavière natale, le pape François qui déteste les dentelles porte presque toujours des chasubles unies aux formes amples et sans broderies précieuses sur lesquelles il revêt le pallium de laine blanche orné de croix noires propres aux archevêques.

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    Le pape à la messe du Mercredi des Cendres, le 14 février 2024 | © Vatican Media

    Ce qui ne l’empêche pas de recourir à des créations originales comme celles du styliste italien Filippo Sorcinelli, mais aussi de l’atelier d’Arte Grossé, une petite société familiale de Bruges, en Belgique, des sœurs du couvent Praharuthai de Bangkok, ou encore de la la Fask Academy, école de production des métiers de la confection lors de sa visite à Marseille en 2023. On l’a même vu porter une chasuble rose lors des dimanches dit 'gaudete’ pendant l’avent et le carême.

    Les férules

    La férule ou bâton pastoral que le pape François utilise est le plus souvent une simple croix de bois, mais il reprend aussi volontiers celle du pape Paul VI avec un crucifix en argent. Depuis novembre 2013, le pape François a sa férule personnelle. Intitulée «Crux gloriosa», du sculpteur-orfèvre romain du Trastevere, Maurizio Lauri. Celle-ci lui a été offerte par une délégation du «Groupe de recherche sur les métaux éthique». Une férule bien à son image, faite avec des matières premières 'éthiques' telles que le bois, le bronze et l'argent qui représente une synthèse de la Rédemption, de la mort et de la résurrection du Christ. Au total, il en utilisera plus ou moins occasionnellement une vingtaine, dont une offerte lors du synode des jeunes en 2018 et que les cercles traditionalistes qualifieront de bâton fourchu païen digne d’Harry Potter.

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    Le pape François se déplace à Asuncion dans la voiture de Jean Paul II, vieille de 27 ans (photo : twitter)

    Pas de voitures luxueuses

    Le même simplicité vaut pour ses déplacements. François renonce à la limousine Mercedes 600 SEL de 1965 utilisée par Paul VI et Jean Paul II pour des véhicules de classe moyenne ordinaire comme une Ford focus puis une Fiat 500 L. On le vit même un jour de 2013 dans une antique Renault 4 blanche offerte par un curé italien. En 2015, lorsqu’il visite Asuncion, la capitale du Paraguay, François monte à bord d’une Peugeot 405 SR offerte au pape Jean Paul II lors de sa visite dans le pays 27 ans plus tôt. A partir de 2023 dans un souci d’écologie, la flotte du Vatican passe à l’électricité. (cath.ch/mp)

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    Des personnalités religieuses de Suisse rendent hommage à François

    Des personnalités de l’Église et d’autres religions en Suisse réagissent à la mort du pape François, le 21 avril 2025. Elles saluent la mémoire d’un pontife qui a su faire avancer la fraternité universelle et la dignité humaine.

    “En partant un lundi de Pâques, le pape François laisse derrière lui, sans le vouloir, un message spirituel qui ne peut que toucher le monde”, déclare à cath.ch Helena Jeppesen. La collaboratrice de l’œuvre d’entraide catholique Action de Carême a été l’une de dix délégués 'non-évêques’ européens au Synode.

    “À François, j'aimerais dire un grand GRAZIE! Sa voix pour la paix et la justice dans le monde était forte, poursuit la responsable ecclésiale. Il a été le premier pape extra-européen à changer durablement l’Église universelle. Le processus synodal de renouvellement de l’Église était important pour lui. Il y a quelques semaines encore, il avait fait annoncer une assemblée de l’Église pour 2028. Des jeunes, des femmes et pas seulement des évêques doivent y participer. Et les églises locales participeront à son organisation.”

    Pour Helena Jeppesen, l'histoire de Pâques est le fil conducteur du document final du synode. “Un processus de renouvellement et de réforme de l'Église catholique qu’il a soutenu de toutes ses forces, et dans lequel le peuple saint de Dieu tout entier est le sujet de la proclamation.”

    Un homme “comme tout le monde”

    «Dès le soir de son élection, j’ai été surpris par son attitude, notamment lorsqu’il a demandé à la foule rassemblée sur la place Saint-Pierre de Rome de prier pour lui. J’ai senti qu’il y avait là une approche nouvelle», se souvient Jean-Marie Lovey.

    «Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne s’est pas économisé», commente l’évêque de Sion à propos du décès du pape à 88 ans. Mgr Lovey évoque d’emblée sa première visite ad limina au Vatican. «J’étais nommé depuis un mois et demi et, passé le premier étonnement de voir le pape faire la queue à la cafeteria de la maison Sainte-Marthe, saluer les gens son plateau à la main, j’ai rencontré un homme 'comme tout le monde’."

    "J’ai été très touché par le respect de l’élan populaire de la religiosité que le pape inscrit dans Dilexit Nos” - Mgr Jean-Marie Lovey

    Mgr Lovey a été «ébloui» par son exhortation apostolique Evangeli Gaudium. À tel point qu’il en a fait sa devise épiscopale et qu’il a ancré son épiscopat sur la pensée du pape François. «Lorsque je lui ai dit que j’avais volé le titre de son document pour en faire ma devise épiscopale, il s’en est amusé et m’a répondu: ‘faites en votre projet pastoral!’. J’ai essayé de mettre en oeuvre cette exhortation apostolique».

    «Durant le pontificat du pape François, il y aura eu profusion de textes, d’orientations pastorales, de synodes et de canonisations! Au moment du bilan, je pense qu’il sera difficile de mettre un accent sur une orientation particulière», relève l’évêque de Sion. Il évoque à ce propos l’encyclique Dilexit Nos, publiée deux jours avant la clôture de la deuxième partie du Synode sur la synodalité. «Ce texte magnifique sur le Sacré-Cœur est passé inaperçu! C’est dommage. J’ai été très touché par le respect de l’élan populaire de la religiosité que le pape inscrit dans ce texte.»

    “Un cadeau du ciel”

    «Quand j’ai entendu l’annonce du décès de François, je me suis dit que sa mort était venue au bon moment”, confie Jean-Blaise Fellay. Pour le jésuite, le pape “est allé jusqu’au bout de sa course, mais il fallait que cela s’arrête.” Le prêtre se réjouit qu’il ait pu partir un lundi de Pâques, dans la fête de la Résurrection. “C’est magnifique symboliquement, c’est un cadeau du ciel!”

    “Pour moi, le meilleur de lui a été son sourire” - Jean-Blaise Fellay, sj

    ”Le pontificat de François a été très particulier à mes yeux, explique Jean-Blaise Fellay, non seulement parce qu’il était jésuite, mais aussi parce qu’il a été le premier pape sud-américain. Ce tournant important a souligné la mondialisation de l’Église. Elle avait déjà été amorcée avec l’élection du pape Jean Paul II, qui amenait l’Église à porter son regard vers l’Est, mais avec François, le centre de gravité s’est déplacé vers le sud.”

    Certains auraient voulu qu’il soit encore plus progressiste, sur les questions des femmes par exemple, remarque-t-il. “Pour moi, le meilleur de lui a été son sourire, son sens de la fraternité, un don qui va au-delà du catholicisme et du christianisme. Il a offert un beau témoignage humain.»

    Un pontificat de l’action

    “Avec la mort de François, le monde perd un fervent défenseur de la dignité humaine”, réagit Pascal Bregnard. Le diacre dans le canton de Fribourg salue un pontificat de “cohérence”. “François traduisait en actions ce en quoi il croyait.” Directeur de Caritas Fribourg, Pascal Bregnard a été pendant longtemps responsable du département Solidarités de l’Église catholique dans le canton de Vaud. Dans ce cadre, il a collaboré avec l’association internationale Fratello, qui s’efforce d’ouvrir la porte de l’Église aux personnes pauvres et fragiles.

    Il a donc suivi avec beaucoup d’attention le combat du défunt pontife pour les plus petits. “François a toujours eu à cœur ce retour aux fondamentaux de l’Évangile, en particulier la proximité envers les plus faibles, les plus pauvres. Pour lui, la foi chrétienne c’était une action concrète qui change la vie des gens.”

    Il nous laisse en pèlerins d’espérance

    “Sa bénédiction pascale, Urbi et Orbi, nous accompagnera toujours et nous encouragera à nous engager, malgré toutes les défaites, pour la paix, pour les plus faibles, les réfugiés et tous ceux qui sont en marge de la société”, rappelle également à kath.ch Mgr Joseph Bonnemain.

     “Il mettait sa foi au service de son prochain” - Hafid Ouardiri

    Pour l’évêque de Coire, “le pape François achève en ces fêtes de Pâques son pèlerinage d'espérance. Le dimanche de Pâques, le pape François a pu bénir pour la dernière fois sur terre sa ville épiscopale de Rome et le monde entier. Il a souhaité à tous les hommes ‘Joyeuses Pâques’. Pâques est le passage de toutes les défaites du monde à la victoire finale de l'amour sans limites et sans fin. Dieu l'a ramené à la maison dans cet amour le lundi de Pâques. Nous restons sur terre comme des pèlerins de l'espérance.”

    Aimé au-delà des religions

    Hafid Ouardiri, en apprenant, le décès du pape François, a récité la Al-Fatiha, la première sourate du Coran, à son intention. L’intellectuel musulman avait rencontré le pontife lors de sa venue à Genève en 2018. Il se souvient d’un homme très accessible et ouvert. «Depuis lors, je l’ai appelé 'le bon pape’», explique-t-il à cath.ch. «Il était aimé au-delà des religions, parce qu’il travaillait en fonction de notre identité commune. Il mettait sa foi au service de son prochain et considérait toutes les manières de croire comme autant de sagesses et de richesses à partager.”

    Le directeur de la fondation de l’Entre-connaissance, à Genève, salue le rapprochement que François avait effectué avec l’islam. «C’était un homme informé sur l’islam, un érudit. À partir de là, il pouvait dépasser les murs des religions et nous permettre à tous de nous retrouver dans cet absolu spirituel qui plaît à Dieu.» Hafid Ouardiri espère que son successeur renforcera son œuvre de conciliation et de dialogue pour mener l’humanité vers la paix.

    Adressant à la Communauté catholique romaine toutes ses meilleures pensées, le rabbin Eric Ackermann, de la Grande synagogue de Genève, se dit de son côté "triste pour tous mes frères et sœurs de religion chrétienne". L'annonce du décès du pape François "bouleverse toutes les communautés", affirme-t-il, qui ne peuvent que être touchées. "Je pense à ses origines modestes et combien il a prouvé au monde que ce ne sont pas celles-ci qui font l'homme, mais bien le mérite de ses actions." (cath.ch/rz/lb/mp/bh/kath)

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    Le pape François est décédé après un accident vasculaire cérébral

    Accident vasculaire cérébral, coma et collapsus cardiovasculaire irréversible. Le certificat de décès du pape François le 21 avril 2025 a été rendu public par le Bureau de presse du Saint-Siège à 20h. Le document est signé du directeur de la Direction sanitaire du Vatican, Andrea Arcangeli.

    Le pontife de 88 ans, peut-on lire dans le certificat, était éprouvé de plusieurs affections. Il était affaibli notamment par «un épisode antérieur d’insuffisance respiratoire aiguë dans le cadre d’une pneumonie multimicrobienne bilatérale», survenue pendant son hospitalisation à la polyclinique Gemelli (14 février-23 mars). François souffrait aussi de «bronchectasies multiples, d’hypertension artérielle et de diabète de type II», détaille la note.

    La constatation de la mort a été faite ce matin par «un enregistrement électrocardio-anatomique», déclare aussi le directeur du département de santé. Le certificat du médecin italien spécialiste en anesthésie et en réanimation, lu ce soir pendant le rite privé de la «constatation de la mort», sera joint au document de décès rédigé par le cardinal-camerlingue Kevin Farrell. (cath.ch/imedia/ak/lb)

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    Le testament du pape François a été rendu public

    Le Vatican a diffusé à 20h ce 21 avril 2025 le testament du pape François, Miserando atque Eligendo, qu’il avait signé le 29 juin 2022. L’Agence I.MEDIA propose une traduction en français.

    Au nom de la Très Sainte Trinité. Amen.

    Sentant s’approcher le crépuscule du soleil de ma vie terrestre et avec une vive espérance dans la Vie Éternelle, je désire exprimer ma volonté testamentaire uniquement en ce qui concerne le lieu de ma sépulture.

    Ma vie et mon ministère sacerdotal et épiscopal, je les ai toujours confiés à la Mère de Notre Seigneur, la Très Sainte Marie. C’est pourquoi je demande que mes dépouilles mortelles reposent dans l’attente du jour de la résurrection dans la Basilique Papale Sainte-Marie-Majeure.

    Je souhaite que mon dernier voyage terrestre se conclue précisément dans ce très ancien sanctuaire marial où je me rendais pour prier au début et à la fin de chaque voyage apostolique, afin de confier avec confiance mes intentions à la Mère Immaculée et de la remercier pour son soin maternel et docile.

    Je demande que ma tombe soit préparée dans le locule de la nef latérale, entre la Chapelle Pauline (Chapelle de la Salus Populi Romani) et la Chapelle Sforza de ladite Basilique Papale, comme indiqué dans l’annexe jointe.

    Le tombeau doit être dans la terre ; simple, sans décoration particulière, et avec la seule inscription : 'Franciscus'. Les frais liés à la préparation de ma sépulture seront couverts par la somme prévue par le bienfaiteur que j’ai désigné, à transférer à la Basilique Papale Sainte-Marie-Majeure, et pour laquelle j’ai pris soin de donner les instructions appropriées à Mgr Rolandas Makrickas, Commissaire Extraordinaire du Chapitre Libérien.

    Que le Seigneur donne la juste récompense à ceux qui m’ont aimé et continueront à prier pour moi.
    La souffrance qui s’est manifestée dans la dernière partie de ma vie, je l’ai offerte au Seigneur pour la paix dans le monde et la fraternité entre les peuples.

    Sainte-Marthe, 29 juin 2022

    (cath.ch/imedia/hl/lb)

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    Des milliers de fidèles prient le chapelet place Saint-Pierre pour le pape

    Un chapelet a débuté à 19h30 sur la place Saint-Pierre pour le pape François, décédé ce lundi matin à 7h35. Le cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, a demandé aux milliers de fidèles d’accompagner le pape dans «sa Pâques».

    «Je crois que nous avons tous dans le cœur les paroles que le pape François nous a souvent adressées, son invitation: 'Priez pour moi'. Nous voulons le faire ce soir pour l’accompagner dans sa Pâques, dans la foi en Christ ressuscité que nous célébrerons en ce jour saint de Pâques », a confié la cardinal italien aux fidèles rassemblés place Saint-Pierre. «Nous savons que la mort n’est pas une porte qui se ferme mais l’entrée dans la Jérusalem céleste… Nous voulons remercier le Seigneur pour le don qu’il a fait à l’Église du ministère du pape François, pèlerin de l’espérance qui ne déçoit pas», a-t-il poursuivi avant que la prière du chapelet ne commence.

    Sur la place, des milliers de fidèles venus à Rome pour Pâques se sont rassemblés à l’appel du Vatican pour rendre hommage au pape François. Alejandra, 32 ans, a fièrement endossé le maillot de football de l’Albicéleste. «Notre peuple a perdu le plus grand homme de son histoire», explique cette membre de la diaspora argentine à Rome, très émue par cette annonce. «Il va nous manquer, je suis triste qu’il ne soit jamais retourné chez nous», explique-t-elle, notant que le pontife aux 47 voyages n’est jamais allé dans son Argentine natale depuis le début de son pontificat.

    Le Père Fabrice Du Haÿs, prêtre français de la communauté de L’Emmanuel et recteur de l’église romaine de la Trinité-des-Monts, était en excursion hors de Rome avec des jeunes quand il a appris la nouvelle. Il  a accouru pour arriver sur la place Saint-Pierre, emmenant avec lui son groupe de jeunes très motivés. «Nous sommes venus confier le Saint-Père au Seigneur et rendre grâce pour son ministère», explique-t-il, avant de s’enfoncer dans la masse de pèlerins et touristes présents sur place.

    Le Père Felix, prêtre étudiant ougandais de l’Université salésienne à Rome, s’est joint lui aussi aux fidèles. «Je me souviendrai toujours de la première fois que j’ai vu le pape François, je n’étais pas encore prêtre», précise ce missionnaire qui appartient aux Apôtres de Jésus, un ordre fondé au Kenya. «Tout de suite, on a vu que ce pape avait une grande simplicité et une grande humilité», se remémore-t-il, mettant en avant l’attention du pape pour les exclus.

    Le prêtre se rappelle aussi avec émotion d’avoir co-célébré une messe avec le pape argentin lors de son voyage apostolique à Nairobi, au Kenya, en 2015. Il souligne son rôle de modèle pour les prêtres du monde entier. « Il nous aura enseigné à nous faire humbles pasteurs au milieu des fidèles, à prendre l’odeur du troupeau et ne pas se sentir supérieur », analyse-t-il. (cath.ch/imedia/cd/lb)

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    Pierre-Yves Fux: «A Genève, le pape a effectué un pèlerinage œcuménique»

    «Lorsqu’il est venu à Genève le 18 juin 2018, le pape François a répondu à une triple invitation: du Conseil œcuménique des Eglises (COE), de l’Eglise catholique en Suisse et des autorités fédérales». A la mort du pape le 21 avril 2025, Pierre-Yves Fux, actuel ambassadeur de Suisse en Algérie, évoque les souvenirs d'une visite d'un jour à Genève. Il était à l’époque l’ambassadeur suisse près le Saint-Siège et partage quelques souvenirs de cette visite dont il était au cœur de l’organisation.

    Quel était le motif de cette visite?
    Pierre-Yves Fux: Le pape François est venu à Genève en premier lieu pour rencontrer le Conseil œcuménique des Eglises (COE) comme l’avait fait Jean Paul II (et Paul VI en 1969). Il a souhaité effectuer un pèlerinage œcuménique, rappelle Pierre-Yves Fux. Le deuxième but était de rendre visite aux catholiques de Suisse avec la grande messe célébrée à Palexpo. Enfin il s’agissait aussi d’une visite apostolique, qui correspond à une visite d’Etat, puisque le pape a rencontré les autorités.

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    Pierre-Yves Fux, ici en 2017, était l'ambassadeur suisse près le Saint-Siège. Il se trouva au cœur de l'organisation de la venue du pape à Genève | © Bernard Hallet

    Le pape est venu le 18 juin 2018. Quand avez-vous été informé de cette visite?
    J’ai été informé en janvier de la même année. Je me souviens avoir trouvé une note diplomatique sur mon bureau. L’invitation avait été envoyée antérieurement. La confirmation du voyage papal à Genève a été l’aboutissement d’un processus «pas à pas» entre la nonciature à Berne et l’Ambassade de Suisse près le Saint-Siège. Il y a eu des consultations pour l’agenda et le choix d’une date, comme pour toute visite bilatérale. Puis il y a eu tout un travail minutieux d’ajustement effectué en coulisses entre les ambassades des deux pays et les services du protocole. C’est un travail soigné de plusieurs mois qui a abouti à la visite du pape le 18 juin. Il faut savoir qu’une visite du pape une dimension particulière par rapport à celle d’un chef d’Etat. La visite d’un chef religieux a plus de visibilité et revêt plus de solennité.

    Vous étiez à ce moment-là ambassadeur de la Suisse près le Saint-Siège. Quel a été votre rôle?
    Mon travail a été, en amont, de faire en sorte que cette chaque minute de cette brève, mais intense visite du pape François soit utilisée au mieux pour favoriser une rencontre. Cela a été un travail de coordination pour la logistique, l’accueil et le protocole sans oublier la communication.

    Vous vous êtes retrouvé au cœur de la préparation de ce voyage.
    J’ai principalement discuté avec les responsables cantonaux, avec le service du protocole du DFAE qui est lui-même en contact avec les forces de polices des cantons. C’est une machinerie complexe, mais qui est plutôt bien rôdée en Suisse, puisque nous sommes un des pays du monde qui reçoit le plus de visites de chefs d’Etat. Nous avons déjà eu plusieurs visites papales contemporaines (Paul VI en juin 1969 et Jean Paul II en 1982, au siège de l’ONU, puis en 1984 et 2004, ndlr). Cela dit, chacune fut unique et avec des enjeux différents.

    Qu’est-ce qui a été le plus compliqué durant cette préparation?
    Le plus délicat à gérer fut une fuite dans les médias italiens qui avaient annoncé cette visite autour de Pâques qui n’était pas la bonne date, ce qui a créé des inquiétudes. Démentir en évitant d’ajouter de la confusion fut un exercice complexe. A partir du moment où nous avons connu la date de la visite, il a fallu trouver un lieu pour accueillir une messe avec un public très nombreux. Et une messe d’une telle envergure s’organise longtemps à l’avance. Comment fait-on pour réserver un tel espace sans que l’info sorte immédiatement? J’avais été impliqué dans les contacts avec Palexpo. Donc on a dû communiquer assez tôt, ce qui a fait l’objet d’une coordination simultanée entre le Vatican, la Confédération, le diocèse de LGF et le COE.

    Avez-vous été le chef d’orchestre de la visite?
    Non c’est le rôle du protocole. Comme c’est une visite particulière, nous avons regardé ce qui s’était fait lors des visites précédentes. Il a fallu trouver le bon langage et des idées. Notre musique militaire a joué un tango argentin juste après la partie très protocolaire. L’idée a émergé lors des réunions de préparation comme pour nombre de petits gestes à l’intention du pape. Le choix des cadeaux, de la musique. Nous avons reçu la visite de différentes délégations du Vatican pour effectuer tout le parcours du pape, en étudier les détails de manière à ce qu’il n’y ait pas d’accrocs, d’attente ou de précipitations.

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    Le pape François salue le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE | © Oliver Sittel

    Vous avez été beaucoup consulté en tant qu’ambassadeur suisse près le Saint-Siège qui connaît bien le pape.
    Oui et j’ai dû expliquer comment s’étaient passées les visites du pape François dans les autres pays. J’ai dû donner des éléments de comparaison, attirer l’attention sur ce qu’il ne fallait pas manquer. En retour, il a fallu expliquer au pape ce qu’est un conseiller fédéral, la nonciature s’en est chargé. Peu de gens à l’étranger savent qu’un conseiller fédéral n’est pas un ministre subordonné d’un chef de gouvernement ou d’un chef d’État comme dans d’autres pays. Il est une part du chef de l’Etat dans notre système politique collégial. Le pape devait savoir pourquoi c’est une délégation du Conseil fédéral qui le recevait et non le chef de gouvernement. Chez nous, en effet, le président est le Conseil fédéral.

    Redoutiez-vous les fameuses «surprises du pape»?
    Une sieste était prévue au programme de la visite que nous avions reçu en amont. On connaissait le tempérament du pape à sortir spontanément acheter des lunettes ou faire une visite impromptue dans un EMS, il y a eu des inquiétudes. On s’est posé la question de cette sieste programmée. Est-ce que le pape ne ferait pas une sortie en dehors du programme? Finalement la surprise a été qu’il n’y a pas eu de surprises, à notre grand soulagement. Nous savions que ce n’était pas impossible. Cela dit, le pape n’était pas un inconscient et savait les enjeux protocolaires et de sécurité. Je pense que nous aurions su 24 heures à l’avance si une activité «improvisée» avait dû s’ajouter au programme.

    La sécurité du pape était évidemment un sujet important.
    Lorsque le pape voyage à l’étranger, l’Etat qui le reçoit est responsable de sa sécurité. Mais il est entouré d’un dispositif de sécurité rapproché. Il existe aussi le sopralluogo (littéralement: «sur le lieu»), ces visites préalables consistent en une reconnaissance du terrain pour des raisons de sécurité. Des gardes suisses et des membres de la gendarmerie vaticane ont travaillé avec leurs homologues des polices genevoise et vaudoise pour faire une reconnaissance du parcours du pape durant sa visite.

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    Le pape François salue les fidèles | © Bernard Hallet.

    La connaissance du terrain n’est pas le seul aspect de la protection du pape.
    Les personnels chargés de sa sécurité du pontife connaissent aussi la personnalité du pape, ses habitudes et son comportement vis-à-vis d’une foule. C’est très important pour anticiper tout incident. Les gardes suisses savent également comment assurer la sécurité durant une messe grâce à leur savoir-faire, un certain tact et une connaissance technique propre à leur expérience. Gérer la sécurité pendant une célébration religieuse avec des dizaines de milliers de personnes n’est pas à la portée de policiers de quelque pays que ce soit. Peu de chefs d’Etat ont un contact direct et aussi prolongé avec une foule. Le pape ne veut pas protéger sa vie, mais être le plus proche possible des gens. Ce qui implique un travail très délicat pour les gardes suisses.

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    Encensement de l'autel pendant l'offertoire lors de la messe du pape à Genève en 2018 | © Bernard Hallet

    Le mobilier liturgique répondait à des exigences du Saint-Siège
    La bonne préparation se retrouve aussi dans les exigences du Vatican, notamment concernant les dimensions du mobilier liturgique qui répondent à des normes précises* de sécurité et à des impératifs de retransmission télévisées. Et, outre les téléspectateurs, les fidèles présents à Palexpo devaient aussi pouvoir voir le pape. Il ne s’agit donc pas de conservatisme ou de rigidité contrairement à ce qu’on peut penser.

    Un grand nombre de gens souhaitaient rencontrer personnellement le pape Comment avez-vous géré cela?
    Le pontife était là dans ce but. Il a été heureux et il l’a dit: «ce fut un voyage de rencontres». C’est ce qu’il l’a le plus marqué durant cette journée. Pour que ces rencontres se passent sereinement, on ne peut permettre à tout le monde d’approcher le pape. Beaucoup ont dû se contenter de le voir d’un peu plus loin. Le pontife s’est entretenu avec des malades, des Argentins, des anciens gardes suisses. Un des aspects épuisants d’une telle visite pour le pape c’est qu’il ne fait pas trois pas sans qu’on intercale quelqu’un. Il s’agit de trouver un équilibre pour qu’il rencontre les personnes avant le repas, à la fin du repas, à la sacristie, à la fin de la messe. L’organisateur des voyages a dû gérer cette série de petites rencontres en apparence anodines, mais en réalité très importantes pour le pape et les intéressés.

    Je me souviens d’un grand contraste entre l’arrivée et le départ du pape. Le matin, à la descente de l’avion, le pontife avait été reçu avec les honneurs militaires, ce qui ne l’enthousiasmaient pas beaucoup, mais qui étaient incontournables en raison de l’aspect étatique de cette visite. Le tango argentin joué à la fin de la cérémonie d’accueil a fait plaisir au pape. Le départ, au terme d’une journée magnifique, s’est fait avec le même tapis rouge, les mêmes drapeaux, mais dans une ambiance très chaleureuse et un peu moins protocolaire. Tout s’était bien passé. (cath.ch/bh)

    *L’autel mesurait précisément 3 m de longueur, 1 m de hauteur et autant de profondeur. Le siège du pape respecte les normes imposées par le Saint-Siège avec un dossier de 1,5 m de hauteur et l’ambon d’1,4 m de hauteur et seulement 60 cm de profondeur. Des dimensions raisonnables qui répondent à des normes de visibilité, notamment lorsque la messe est retransmise à la télévision. Ces trois meubles sont surélevés.

    Hommage à Borges
    Le pape François était professeur de littérature et il avait mis notamment Jorge Luis Borges (écrivain argentin – 1899 – 1986) au programme, un écrivain qu’il aimait beaucoup. Cet écrivain est mort à Genève, une ville qu’il affectionnait. Nous nous sommes demandé si le pape aurait voulu se rendre sur la tombe de Borges, située au cimetière de Plainpalais. Il aurait été difficile d’organiser ce déplacement en plein cœur de Genève dans un programme par ailleurs très chargé. Arnaud Bédat, le journaliste suisse, qui connaissait bien le pape François est allé prélever un peu de terre de la tombe de Borges. Il l’a ensuite remise au président du Conseil d’Etat genevois, Pierre Maudet à l’époque, qui l’a offert au pape François à son arrivée sur le tarmac en lui souhaitant la bienvenue. Cela s’est fait très brièvement. Un geste qui fut une des premiers messages que le pape a reçu au cours de cette visite. Cela donne une tonalité particulière au voyage. BH

    Les voyages des papes à Genève

    28/05/2018

    Les voyages des papes à Genève

    Avec trois visites depuis 1969, Genève est une des villes qui a reçu le plus souvent un pape. Après Paul VI et Jean Paul II, François visitera la cité du bout du lac le 21 juin.

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    Les mots emblématiques du pontificat de François

    Pauvres, Synodalité, périphérie, cléricalisme… Autant de mots qui sont revenus dans les discours, improvisés ou non, du pape François, décédé le 21 avril 2025, tout au long de son pontificat. L’agence I.média a recensé les plus emblématiques.

    Périphérie 

    Les périphéries existentielles sont le centre du cœur de Dieu. Jésus a voulu venir dans nos périphéries existentielles. Lui-même s’est fait périphérie existentielle”. (21 mai 2020)

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    Voyage du pape en RDC, à l'instar de nombreux autres pays ou les chrétiens sont menacés | © Vatican Media

    Lors des réunions pré-conclave en mars 2013, un cardinal s’est distingué en souhaitant une Église en sortie dans les “périphéries géographiques et existentielles”. Élu 266e pape, Jorge Mario Bergoglio a façonné tout son pontificat avec cet appel. Aujourd’hui, n’a-t-il cessé de répéter, renversant la parabole du Bon Berger, le pasteur ne peut se contenter de peigner la brebis restée dans la sacristie, mais doit aller chercher les 99 brebis égarées. Joignant le geste à la parole, pour ses voyages, il privilégie des destinations à l’écart, à faible majorité catholique, évitant les grands pays traditionnels. Il donne des entretiens à des personnes athées, reçoit des groupes de personnes transsexuelles, accueille des SDF en collocation à Sainte-Marthe pendant quelques jours. Jusqu’à être surnommé «le pape des périphéries».

    Ecologie intégrale

    «Malheureusement la mentalité mondaine pollue aussi l’écologie, la réduit, la rend idéologique et superficielle. Au contraire l’horizon de Dieu est celui d’une écologie intégrale, qui réunit toujours la dimension environnementale et la dimension sociale, le cri de la Terre et le cri des pauvres». (24 mars 2022)

    Le pape François a consacré l’encyclique Laudato si’ – Loué sois tu – à l’écologie intégrale, et ce thème est aussi un cheval de bataille d’un dicastère du Vatican refondé dans le cadre de la réforme de la Curie romaine. Le «cri de la terre», estime le pape, est un appel à «une profonde conversion intérieure». «Il n’existe pas de planète B», scande-t-il en fustigeant la «gloutonnerie de ressources naturelles», mais aussi la tendance à «se perdre en bavardages» au niveau international, sans passer suffisamment à l’action. Le pontife suggère aussi d’introduire dans le Catéchisme de l’Église catholique la notion de “péché contre l’écologie”.

    Cléricalisme 

    Ne tombez pas dans le cléricalisme, qui est l’une des pires perversions. Faites très attention, le cléricalisme est une forme de mondanité spirituelle”. (28 novembre 2022).

    Le pape François a déclaré la guerre au cléricalisme. À temps et à contretemps, il dénonce ce «fléau» qui place «une caste de prêtres au-dessus" du peuple de Dieu, et qui sévit y compris chez «les laïcs cléricaux». Un mot qui, pour le pape, va de pair avec «la rigidité», et sous lequel on trouve toujours «de la pourriture», comme celle des abus. Ce cléricalisme englobe ceux qui utilisent «la religion pour s’occuper de leurs affaires, abusant de leur autorité et exploitant les pauvres». Le remède au cléricalisme, c’est marcher au milieu du troupeau pour sentir «l’odeur des brebis»; c’est la vie avec le peuple, autre réalité très présente dans la pensée de l’ancien archevêque de Buenos Aires qui au Saint-Siège a nommé des laïcs à des postes clés.

    Synodalité 

    Je répète que le Synode n’est pas un parlement, que le Synode n’est pas une enquête d’opinions; le Synode est un moment ecclésial, et le protagoniste du Synode est l’Esprit-Saint. S’il n’y a pas d’Esprit, il n’y aura pas de Synode”. (9 octobre 2021)

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    Le synode a été un événement où l’Église catholique a voulu se laisser guider par l’Esprit, c’est-à-dire se rendre disponible à recevoir la grâce divine | © Vatican Media

    Comment faire participer tous les baptisés à la vie de l’Église catholique? La synodalité comme style de vie de l’Église est l’un des grands leitmotivs du pontificat de François. Un thème qui fait l’objet d’un grand chantier depuis octobre 2021, et sur lequel se sont penchés les diocèses du monde entier, puis les Églises continentales, avant les assemblées synodales prévues à Rome en octobre 2023 et octobre 2024. Ce grand mouvement de fond doit, pour François, éduquer l’Église à la synodalité: écoute de l’autre, marche commune, malgré les différences. Le pape veut en cela promouvoir la décentralisation et la coresponsabilité entre prêtres et laïcs, tous baptisés.

    Miséricorde 

    Dans l’Église, aujourd’hui et toujours, le pardon doit ainsi nous rejoindre, à travers l’humble bonté d’un confesseur miséricordieux, qui sait qu’il n’est pas le détenteur d’un pouvoir quelconque, mais un canal de miséricorde. […] Dieu pardonne tout, tout et toujours. Nous sommes ceux qui en ont assez de demander pardon, mais Il pardonne toujours”. (24 avril 2022)

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    La croix du jubilé de la miséricorde dans le ciel romain | © Bernard Hallet

    Le pape François prononçait ces mots quelques jours après son élection au siège de Pierre. Et il n’a cessé de les répéter durant cette décennie, jusqu’à lancer un Jubilé de la miséricorde sur l’année 2016. On ne compte plus le nombre de fois où le pontife argentin s’est référé à la parabole du Fils prodigue, comme archétype d’un Dieu qui ne cesse d’attendre l’homme. «Une fois? Non. Deux fois? Non. Trois? Non. Toujours. Chaque fois que tu vas mal, le Seigneur tend sa main», insiste-t-il. Le pape qui a pris pour devise “Miserando atque eligendo” – «Choisi parce que pardonné » – en est persuadé : même si l’on fait «toujours les mêmes choses», Dieu «oublie tous nos péchés».

    Culture de la rencontre

    Il y a une culture de la rencontre, qui nous protège de n’importe quelle forme de culture du rejet”. (29 mai 2016)

    La culture de la rencontre est une expression forgée par le pontife argentin, qui se dessine derrière ses multiples initiatives pour la paix. Le pape a dressé l’architecture de cette culture dans son encyclique Fratelli tutti (2020) sur la fraternité et l’amitié sociale. Le texte s’inspire de l’un des grands gestes de son pontificat: la signature du Document sur La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune effectuée à Abou Dhabi avec le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb, en 2019. Autre corollaire de la culture de la rencontre: la culture du soin.

    Pauvres

    Comme je voudrais une Église pauvre, pour les pauvres”. (16 mars 2013)

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    Le pape déjeunera le 13 novembre 2022 avec les démunis, comme ici en 2019 | © Vatican Media

    François a choisi son nom de pape «pour les pauvres», et ce sont eux qu’il a souhaité mettre au centre de son pontificat. Sans pour autant tomber dans le paupérisme, se défendait-il en 2020. Il s’agit de « ne pas être esclaves des richesses, ne pas vivre pour les richesses» qui «sont un empêchement pour avancer». Parmi les plus pauvres, l’un des sujets de préoccupation du pape sont les migrants, autour desquels il a dédié plusieurs de ses voyages, dont le premier, à Lampedusa. L’homme en blanc qui s’est rendu deux fois à Lesbos (Grèce) pour dénoncer « un naufrage de civilisation» en Méditerranée, ne cesse de secouer les consciences du Vieux continent, s’opposant aux discours nationalistes, exhortant à surmonter les «ghettoïsations», «la paralysie de la peur» et «le désintérêt cynique».

    Crise

    Dans la vie, souvent, les pas en avant les plus importants se font précisément à l’intérieur de certaines crises, de situations d’épreuve, de perte de contrôle, d’insécurité”. (13 novembre 2022).

    Crise sanitaire, crise éducative, crise environnementale… Le pape François se préoccupe de l’état d’un monde confronté à «un changement d’époque». Mais la crise, pour l’Argentin, «est une opportunité et offre des occasions de croissance». À condition cependant qu’elle ne se transforme pas en conflit car «le conflit est toujours fermé, sans horizon et sans issue». Pour éviter cette impasse, le pontife préconise d’éduquer les jeunes «à vivre la crise et à la surmonter ensemble».

    Colonisation idéologique

    Combien de colonisations politiques, idéologiques et économiques reste-t-il dans le monde, poussées par la cupidité, la soif de profit, sans tenir compte des populations, de leurs histoires et de leurs traditions, pas plus que de la maison commune de la création”. (1er avril 2022)

    Le pape dénonce régulièrement les «colonisations idéologiques». Encore récemment, lors de son traditionnel discours de nouvelle année au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège en 2021, le pape François a déploré une «colonisation idéologique qui ne laisse pas la place à la liberté d’expression» dans les institutions publiques. Il n’est pas rare qu’il dénonce à ce titre les pratiques de certaines organisations internationales mettant aux pays pauvres des conditions “législatives et colonialistes” pour l’octroi de crédits. Pour le pontife de 86 ans, cette colonisation prend aussi «la forme de la cancel culture».

    Corruption

    La corruption est une forme de blasphème (…). Il n’y a pas Dieu mais il y a le Dieu argent, le Dieu bien-être, le Dieu exploitation” (24 novembre 2016)

    Encore récemment, lors de son voyage en Afrique en février dernier, le pape François a appelé les jeunes Congolais à ne «jamais céder aux flatteries, séductrices mais empoisonnées, de la corruption». «Pas de corruption», a-t-il fait répéter à la foule en français, depuis le stade de Kinshasa. Pour le pape, le «corrompu» est celui qui mène une double vie. Ainsi en va-t-il de celui «qui se vante d’être chrétien mais ne mène pas une vie de chrétien». «Pécheurs oui, corrompus, non», a-t-il souvent scandé lors d’homélies.

    Fonctionnarisme

    «Le fonctionnarisme est mortel, a insisté le pape, expliquant qu’il endort une institution et la tue» (24 mai 2021)

    Le pape François sur les ondes de Radio Vatican
    Le pape François sur les ondes de Radio Vatican
    Le pape avait reproché son fonctionnarisme à Radio Vatican à l'occasion des 90 ans de l'institution | © Radio Vatican

    C’est ce qu’a dit le pape François alors qu’il rendait visite aux employés de Radio Vatican pour les 90 ans de l’institution. Dans une structure saine, «chacun doit disposer d’une liberté suffisante pour fonctionner», avait-il ajouté, demandant à ses journalistes de «prendre des risques» et d’avoir le «courage d’agir sans demander la  permission». Le fonctionnarisme est en fait un néologisme bergoglien qui désigne une rigidité administrative liée à une planification excessive, tentation due au fait “qu’il est toujours plus facile et plus commode de se caler dans ses propres positions statiques et inchangées” en risquant de “vouloir enfermer et piloter la liberté de l’Esprit saint, qui reste toujours plus grande, plus généreuse que toute planification humaine.” Le fonctionnarisme fait partie des quinze maladies de la curie que le pape avait évoquées lors de son fameux discours du 22 décembre 2014. Au fonctionnarisme, François oppose “fraicheur, imagination, nouveauté”.  (avec Parlez-vous le Vatican? De Pierre-Yves Fux – Ed. Cerf) (cath.ch/imedia/ak/bh)

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    gulfNews

    Le pape François ami des arabes et des musulmans

    La presse arabe a généralement salué positivement la mémoire du pape François, soulignant son rôle de promoteur du dialogue interreligieux et des valeurs humaines universelles.

    Les médias émiratis ont célébré l’engagement du pontife en faveur du monde islamique, rappelant notamment ses voyages apostoliques dans les pays à majorité musulmane et la signature du Document sur la Fraternité Humaine à Abu Dhabi en 2019 avec le Grand Imam de la Mosquée-Université al-Azhar, Ahmad al-Tayyi, rapporte l’agence catholique Zenit.

    «Les Émirats pleurent la mort d’une icône de l’humanité », titre Al-‘Ayn al-Ikhbariya. Le journal émirati se souvient du pape et des mots par lesquels l’Emir Mohammad bin Zayed l’a décrit: « Un symbole mondial de tolérance, d’amour, de solidarité humaine et de rejet des guerres », capable d’attirer les gens de toutes les confessions avec sa diplomatie religieuse en faveur des causes humanitaires.

    Une référence pour l’humanité

    Dans le quotidien émirati Al-Ittihad, Mohammad Sammak (co-secrétaire général du Comité Libanais pour le Dialogue Interreligieux) écrit que le pape François a élevé sa papauté au rang de référence pour toute l’humanité, incarnant dans la pratique le principe selon lequel «l’homme n’est pas au service de la religion, mais la religion est au service de l’humanité ».

    La presse qatarie a été plus discrète, à l’exception d’Al Jazeera qui a consacré deux éditoriaux au pape François.

    D’autres médias se sont concentrés sur des aspects spécifiques de son pontificat: Al-Nahar et la plateforme d’information libanaise Asas media ont passé en revue les principales réformes promues par François au sein de l’Église, tandis que le magazine saoudien Al-Majallah a expliqué le fonctionnement de la structure hiérarchique de l’Église et du conclave dans la perspective de l’élection de son successeur.

    Le décès d’un ami des arabes

    «Le pape François… le décès d’un ami des Arabes et des musulmans », titre le quotidien panarabe à capitaux saoudiens Al-Sharq al-Awsat, qui rend hommage au défunt pontife et au rôle essentiel qu’il a joué dans la promotion de la réconciliation et du dialogue entre les chrétiens et les musulmans. Le journaliste égyptien Emile Amin célèbre sa mémoire en rappelant le nom choisi par Bergoglio lors de son élection : François, en hommage au saint d’Assise, « le premier à avoir établi le dialogue islamo-chrétien il y a huit siècles », lorsqu’il rencontra en 1219 le sultan Malik al-Kamil en Egypte.

    Les musulmans, poursuit l’article, «ont aimé le pape François parce qu’ils ont vu dans sa vision de la religion un discours et un dialogue pour une véritable collaboration, et non des slogans vides».

    Reconnaissance de l’Etat de Palestine

    «Mort du pape François : l’Église perd son équilibriste au Moyen-Orient », titre le quotidien Al-Quds al-‘Arabi. Le journal rappelle le rôle joué par François au Moyen-Orient durant son pontificat : « L’histoire se souviendra de lui comme du pape qui, en 2015, a reconnu l’État de Palestine, dans un geste qui a exaspéré Israël. L’année précédente, le pape François avait préparé le terrain avec son voyage en Terre sainte, lorsqu’il s’était arrêté près du mur de séparation à Bethléem, y appuyant son front dans un geste symbolique fort, décrit comme une « prière contre l’occupation ».

    L’éditorial rappelle également l’opposition de François à la décision du président américain Donald Trump, lors de son premier mandat, de transférer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, et son appel à ce que Jérusalem soit « une ville ouverte aux trois religions ». L’article rappelle enfin la position du pape sur « la guerre d’extermination en cours dans la bande de Gaza et les incursions israéliennes, qu’il a qualifiées d’emblée de brutales, provoquant l’irritation du gouvernement de Benyamin Netanyahou ». (cath.ch/zenit/mp)

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    Pape François: “C’est ta face, Seigneur, que je cherche”

    Un des tous derniers écrits du pape François à la veille de sa mort est certainement les méditations pour le traditionnel Chemin de croix du Vendredi Saint au Colisée. Dans ces courts textes, au ton très personnel et spirituel, François méditait entre autres sur la 6e station: Véronique essuie le visage de Jésus. Au lendemain de sa mort le lundi de Pâques, cette médiation sonne comme un beau testament spirituel.   

    Pape François

    Du livre des Psaumes (27, 8-9a)
    Mon cœur m’a redit ta parole: «Cherchez ma face».
    C’est ta face, Seigneur, que je cherche: ne me cache pas ta face.

    “Dans ton visage, Jésus, nous voyons ton cœur. Ta détermination se lit dans ton regard, elle creuse ton visage, tes traits révèlent une incomparable attention. Tu remarques la présence de Véronique, comme de la mienne. Je cherche ton visage qui exprime ta décision de nous aimer jusqu’au dernier souffle ; et même au-delà, car l’amour est fort comme la mort (cf. Ct 8, 6). Ton visage, que je voudrais fixer et conserver, change notre cœur. Tu te livres à nous, jour après jour, dans le visage de tout être humain, mémoire vivante de ton incarnation.

    Chaque fois que nous nous tournons vers le plus petit, en effet, nous prêtons attention à tes membres et tu es avec nous. Tu éclaires ainsi notre cœur et l’expression de notre visage. Au lieu de rejeter, à présent nous accueillons. Sur le chemin de la croix, notre visage peut enfin rayonner comme le tien et répandre la bénédiction. Tu en as gravé la mémoire en nous, pressentiment de ton retour lorsque tu nous reconnaîtras au premier regard, individuellement. Alors, peut-être, nous te ressemblerons. Et nous serons face à face, dans un dialogue sans fin, dans l’intimité dont nous ne serons jamais fatigués, famille de Dieu.”
    Pape François, 18 avril 2025

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    POPE ITALIAN JESUIT MAGAZINE

    Le pape François a incarné jusqu’au bout la spiritualité jésuite

    Le pape François a été le premier pape jésuite de l’histoire. Qu’y avait-il de proprement «jésuite» dans sa spiritualité, sa manière d’être au monde et sa conduite de l’Église, lui qui se rendait à la rencontre des communautés jésuites dans le monde à chacun de ses déplacements? Sans nul doute, et avant tout, le discernement comme «manière de procéder».

    Le pape François n’était pas un homme de systèmes, de dogmes, mais de discernement, tant sur le plan collectif qu’individuel. Quel point de la spiritualité ignacienne l’aidait le mieux à vivre son ministère? Questionné à ce propos en août 2013, soit cinq mois après le début de son pontificat, par Antonio Spadaro sj, alors directeur de la revue jésuite Civiltà Cattolica, le pape avait répondu: «le discernement».

    Il s’était alors longuement entretenu avec le Père Spadaro et lui avait exposé quelques idées fortes sur sa manière de concevoir, à la lumière de la spiritualité ignacienne, le service de l’Église universelle auquel il était appelé en tant que souverain pontife. Les événements qui ont accompagné par la suite son pontificat ont confirmé sa fidélité à ces principes.

    Partir de la réalité pour avancer

    Le discernement jésuite invite à partir de la réalité pour chercher comment progresser. «Or toute recherche implique une mise "en sortie", comme le disait François», souligne le jésuite genevois Pierre Emonet. «Plus précisément, une mise en sortie vers la pauvreté et le quotidien concret, comme l’indiquent les Exercices spirituels de saint Ignace.» Il ne peut donc y avoir de discernement sans capacité de se décentrer, de s’ouvrir à l’autre.

    Le pape François ajoutait que sa mise en œuvre inclut nécessairement la discussion, et requiert donc du temps et de la patience «pour poser les bases d’un changement vrai et efficace», qui part de la réalité du terrain et de la personne. Le discernement spirituel, en effet, cherche, en toute situation, à faire grandir la liberté de son interlocuteur plutôt que de le dominer ou de lui dicter ce qu’il a à faire.

    La démarche synodale, un discernement à grande échelle

    La démarche synodale dans laquelle le pape François a engagé l’Église découle de cette attitude. La consultation lancée en 2014 en préparation du Synode des évêques sur le mariage et la famille avait de suite annoncé la couleur. Si François a tant insisté au cours de son pontificat sur la collégialité et l’écoute avant toute prise de décision (ce qui forcément ralentit le train des réformes), c’est qu’il était convaincu qu’il ne peut y avoir de réforme réussie sans un changement en profondeur de perspective.

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    Le pape François présidant la messe de clôture du Synode des évêques, le 29 octobre 2023 | © Vatican media

    Pour lui, une transformation de la manière d’être et de faire Église devait précéder toute réforme structurelle et organisationnelle de l’Église. «Avec le chemin synodal, le pape a mis toute l’Église à l’échelle du discernement communautaire tel que les jésuites le pratiquent», commente le Père Emonet sj.

    C’est ce qui explique en partie le fait que la réforme de la Curie, un gros chantier de son pontificat, ait pris du temps pour aboutir. Avant sa mise en route, les consultations personnelles et les études détaillées se sont succédé pendant deux ans. La remise en ordre de cette administration centrale a ensuite était engagée de manière collégiale, avec l’appui d’un conseil spécial de neuf cardinaux nommés.

    Le sens de l’obéissance

    Une autre caractéristique de la Compagnie de Jésus a accompagné les processus de changement mis en place par le pape François. De nombreux observateurs ont relevé l’autoritarisme du pape et ses manières parfois vives de trancher et y ont vu une contradiction avec le principe de collégialité qu’il défendait.

    Pour lui, une transformation de la manière d’être et de faire Église devait précéder toute réforme structurelle.

    François venait d’un ordre à la forte structure hiérarchique. Il était attaché à ses vœux d’obéissance envers ses supérieurs, et d’obéissance ultime au pape. L’Église n’est pas une démocratie, soulignait-il volontiers.

    Ainsi, bien gouverner pour lui signifiait: consulter, discerner, trancher quand cela s’avère nécessaire, et se tenir avec fermeté et constance à cette décision. Un principe que l’on retrouve dans la règle 318 des Exercices de saint Ignace.

    Dans un article intitulé «François: les racines de sa pensée», José Mariá Poirier, directeur de la revue catholique argentine Criterio, rapportait en septembre 2013 les propos de Mgr Bruno Forte, archevêque de Chieti-Vasto: «L’attention donnée [par François] au discernement et à l’écoute est elle aussi ignacienne, comme la fermeté avec laquelle il s’attache à réaliser les décisions prises. Plutôt que de parler de réformes, le pape François écoute, évalue devant Dieu et agit.»

    Une attitude de service

    Cette autorité papale toutefois est conçue comme une mise au service et non comme une prise de pouvoir. Une attitude qui vaut à fortiori pour tous les clercs de l’Église. Les avertissements réitérées du pape François à l’encontre du cléricalisme reposaient sur cette intuition fondamentale d’Ignace de Loyola: les hommes d’Église sont au service de celle-ci et du monde; ils ne forment donc pas une caste à part.

    Le Pape François durant un déjeuner avec des personnes pauvres.
    Le Pape François durant un déjeuner avec des personnes pauvres.
    Le Pape François durant un déjeuner avec des personnes pauvres | © Vatican media

    Il ne s’agit pas pour eux de chercher les honneurs, les «mondanités», comme le disait François, ou une vaine gloire, mais de plonger leurs mains dans le cambouis. C’est ainsi que l’on peut comprendre la fameuse invitation lancée par François à tous les prêtres de «sentir l’odeur du troupeau», pour mieux le connaître et le servir.

    Se décentrer, avec le Christ comme axe

    Une autre idée forte «jésuite» qui a guidé François est que nulle personne, nulle institution, nulle culture n’est complète en soi. Il ne peut y avoir de discernement sans capacité et volonté de pensée ouverte, sans désir de rencontre. Les systèmes autocentrés ne conduisent pas à la vie, qui est mouvement, changement.

    Cela induit, pour les jésuites, le devoir d’aller aux périphéries. «Avec le Christ et l’Église au centre, la Compagnie a deux points fondamentaux d’équilibre qui lui permettent de vivre en périphérie», expliquait-il à Antonio Spadaro dans l’entretien déjà cité. Une impulsion qu’il a choisi de communiquer à l’ensemble de l’Église en tant que pape. «Au lieu d’être seulement une Église qui accueille et qui reçoit en tenant les portes ouvertes, cherchons plutôt à être une Église qui trouve de nouvelles routes, une Église capable de sortir d’elle-même et d’aller vers celui qui ne la fréquente pas, qui s’en est allé ou qui est indifférent.»

    La miséricorde

    Sur le plan individuel, le discernement et le décentrement signifient qu’il faut toujours considérer la personne. Le pape François était très marqué par la démarche pédagogique des Exercices d’Ignace. Il a insisté sans relâche sur le devoir de l’Église d’accompagner chacun avec miséricorde et réalisme, en partant de là où il se trouve, dans une perspective qui inclut et non pas exclut. Ainsi peut-on comprendre ses invitations lancées à l’Église à accueillir les homosexuels.

    Comparant l’Église à un «hôpital de campagne», il a insisté sur le fait qu’elle se doit d’aider les gens à faire un pas de plus en avant, «panser des blessures», et non pas porter des jugements moraux, dicter des règles de conduite et «jeter à la tête des gens des enseignements tout faits, des dogmes», explique le Père Emonet.

    Plonger l’Église dans le monde

    Sur le plan collectif, fidèle à cette tradition, le pape a tenté d’internationaliser l’Église, d’ouvrir sur le monde son centre romain (ou plus largement européen), pour l’amener à changer de perspective, à s’autoriser de nouvelles priorités. Il a ainsi ouvert les portes du Collège cardinalice à des hommes du monde entier et de zones longtemps considérées comme périphériques.

    Ses nombreux voyages sur tous les continents, dans certains pays parmi les plus pauvres au monde, comme la Centrafrique, ou dans des pays où les chrétiens sont minoritaires, comme en Égypte et en Irak, procèdent de la même logique.

    De même du dialogue interreligieux ou avec le monde sécularisée qu’il a établi. Il a rencontré, par exemple, et à plusieurs reprises, Ahmed Mohamed el-Tayeb, l’imam de la mosquée al-Azhar (Le Caire). Un intérêt qui a débordé dans le dialogue œcuménique, le patriarche Bartholomée de Constantinople et l’archevêque de Canterburry Justin Welby l’accompagnant dans certains de ces grands événements, comme à Jérusalem en mars 2014 ou au Soudan du Sud en février 2023. Il s’est-il aussi rendu à Genève le 21 juin 2018 pour y commémorer le 70e anniversaire du Conseil œcuménique des Églises (COE).

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    Le pape a rencontré plusieurs fois le cheik al-Tayeb, ici au Caire en avril 2017 | © Osservatore Romano

    Une de ses œuvres majeures, l’encyclique Laudato Si, procède de ce même souci de décentrement et d’ouverture au monde et à sa réalité, dans la perspective très large d’une écologie intégrale où est rappelée de la place de l’Homme dans la Création, cette «maison commune».

    L’inculturation

    Dans l’histoire de la Compagnie de Jésus, cette aptitude au décentrement et au discernement avait conduit les jésuites à développer aux 16e et 17e siècles une nouvelle méthode missionnaire basée sur l'inculturation, une relation de réciprocité entre l’Évangile et les cultures auxquelles il s’adresse. La méthode exige la plus grande attention aux mœurs, aux mentalités et aux traditions des peuples auprès desquels la Parole doit être portée, afin de rendre celle-ci intelligible.

    C’est dans un «esprit d’inculturation liturgique» que le pape François a plusieurs fois célébré la messe en rite zaïrois. L’idée d’un rite propre à l’Amazonie a aussi été évoquée lors du Synode sur l’Amazonie de 2019. Dans son exhortation Querida Amazonia (2020), le pape demandait que «le patrimoine culturel soit mis à profit dans la recherche d’une liturgie qui puisse répondre à un effort d’inculturation des peuples indigènes».

    La théologie du peuple

    Une des caractéristiques majeures du pape François est son attachement à la théologie du peuple (TP), qui fait partie des théologies libérationnistes latino-américaines. Avant d’être pape, l’argentin Jorge Bergoglio a été un jésuite engagé sur le terrain auprès des démunis, impliqué dans l’éducation, proche du peuple. Devenu archevêque de Buenos Aires en 1998, il a bénéficié très rapidement d’une aura de pasteur hors du commun, proche du peuple des pauvres.

    "Une chose est de se réunir pour étudier le problème de la drogue dans une villa miseria, et une autre, d’aller sur place, d’y vivre, de comprendre..."Pape François

    On peut voir dans son appel constant à prendre en compte les pauvres, les marginaux, les délaissés, dans son empathie pour les migrants, la marque de l’engagement de la Compagnie de Jésus pour la promotion de la foi et de la justice, instauré en 1974, à la suite de son supérieur général Pedro Arrupe.

    «Quand on parle de problèmes sociaux, une chose est de se réunir pour étudier le problème de la drogue dans une villa miseria, et une autre, d’aller sur place, d’y vivre, de comprendre et d’étudier le problème de l’intérieur», confiait-il à Antonio Spadaro. «Voilà pour moi le sentir avec l’Église dont parle saint Ignace.»

    Le sens des fidèles

    C’est dans son expérience d’immersion concrète dans le monde ainsi que dans celle de l’inculturation soutenue par les jésuites que l’on peut donc comprendre l’importance qu’il accorde au sensus fidei (sens des fidèles). Pour François, «le peuple de Dieu était le premier témoin de la foi, de la révélation», précise Pierre Emonet. La sagesse du peuple justifie les processus synodaux et ceux-ci permettent son expression. (cath.ch/lb)

    L'hommage du supérieur général des jésuites au pape François

    22/04/2025

    L'hommage du supérieur général des jésuites au pape François

    Supérieur général des jésuites, le Père Arturo Sosa s’est adressé avec émotion aux membres de la Compagnie de Jésus, en deuil à la fois du pape François et de leur frère Jorge Mario Bergoglio, au soir du 21 avril 2025. «Au sein de la Compagnie, nous avons partagé le même charisme spirituel et la mêm...

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    L'hommage du supérieur général des jésuites au pape François

    Supérieur général des jésuites, le Père Arturo Sosa s’est adressé avec émotion aux membres de la Compagnie de Jésus, en deuil à la fois du pape François et de leur frère Jorge Mario Bergoglio, au soir du 21 avril 2025. «Au sein de la Compagnie, nous avons partagé le même charisme spirituel et la même manière de suivre Notre Seigneur Jésus-Christ», écrit-il.

    Dans une lettre publiée sur le site de l’ordre des jésuites, le Père Général des jésuites Arturo Sosa exprime le trouble causé par le départ de François, mais aussi le «profond sentiment de gratitude» envers Dieu «pour la manière dont le pape François a su guider l'Église durant son pontificat». Il l’a fait en communion et en continuité avec ses prédécesseurs, précise le Père Sosa, guidé par l'esprit et les lignes directrices de Vatican II et par le désir de les mettre en pratique.

    Une parole d’espérance et un appel à l’action

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    Le Père général des jésuites Arturo Sosa | © Compagnie de Jésus

    Issu du même ordre et du même continent que le pape François, le Père Arturo Sosa, un Vénézuélien, est un grand connaisseur de ce qui fut la spiritualité du pape et un familier de son approche culturelle. Vivant à deux pas de chez lui, à la Curie générale de la Compagnie de Jésus, il a eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs occasions.

    «Le pape François est resté attentif à ce qui se passe dans le monde pour offrir une parole d'espoir à tous. Ses extraordinaires encycliques Laudato Si' et Fratelli tutti révèlent non seulement une analyse lucide de l'état de l'humanité, mais, à la lumière de l'Évangile, elles proposent également des pistes pour éliminer les causes de tant d'injustices et promouvoir la réconciliation.»

    Le supérieur général des jésuites souligne encore l’importance accordée au dialogue par le pape François tout au long de son pontificat, que ce soit sur le plan politique, religieux ou culturel. Le dialogue était pour François un outil de paix et de stabilité sociale, permettant de créer des environnements de compréhension mutuelle, de prendre soin les uns des autres et de se soutenir dans la solidarité.

    «En de nombreuses occasions, nous avons écouté ses paroles, sa réflexion pastorale et nous avons admiré son activité infatigable, alors qu'il proposait des initiatives ou se joignait à celles d'autres personnes, toujours convaincu de la valeur de la parole et de la rencontre», témoigne Arturo Sosa.

    La force de la prière

    «Comment oublier l'extraordinaire moment de prière qu'il a lui-même appelé de ses vœux face à l'urgence du coronavirus, en mars 2020, sur une place Saint-Pierre vide? Ou la préoccupation constante pour la paix face à l'intolérance et aux guerres qui menacent la coexistence internationale et génèrent des souffrances indicibles parmi les plus démunis? Ou encore l'empathie de son cœur pour l'immense flux de personnes déplacées de force dans le monde, en particulier celles qui sont contraintes de traverser la Méditerranée au péril de leur vie?»

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    Veillée de prière du pape François contre le coronavirus | capture d'écran Vatican Media

    Les deux dimensions clés du ministère de François

    L’importance de marcher ensemble, évêque et peuple, et la centralité de la prière, «en particulier celle de l'intercession» ont été les «deux dimensions clés du ministère» de François, affirme le jésuite.

    «L'importance accordée au développement du Synode des évêques et l'attention portée à la synodalité en tant que dimension constitutive de l'Église illustrent de manière frappante ce ‘chemin ensemble’, poursuit-il. Cela ne diminue en rien la primauté de Pierre ou la responsabilité épiscopale; au contraire, cela permet de l'exercer avec la participation consciente de tous les baptisés», commente le Père Sosa.

    "Le pape n’a cessé de rappeler que la prière naît de la confiance en Dieu."

    Tout au long de son pontificat, le pape n’a cessé de rappeler que la prière naît de la confiance en Dieu et de la familiarité avec Lui. «Lorsqu'il s'adressait à nous, ses confrères jésuites, il insistait toujours sur l'importance de réserver dans notre vie-mission un espace suffisant pour la prière et l'attention à l'expérience spirituelle.»

    Et de citer une lettre que le pape lui avait adressée le 6 février 2019, dans laquelle il approuvait et appuyait officiellement les nouvelles orientations de la Compagnie de Jésus, exprimées par les Préférences apostoliques universelles.

    Un serviteur de la joie de l’Évangile

    François avait alors souligné un élément essentiel de l’identité jésuite: se faire un serviteur de la joie de l'Évangile. «L'appel à la joie qui vient du Crucifié-Ressuscité et de son Évangile (…) a été un trait constant du pontificat du pape François. Ce n'est pas un hasard si nombre de ses documents magistériels, à commencer par l'exhortation apostolique Evangelii Gaudium qui a donné le ton à son pontificat, ont même dans leur titre cette référence à la joie profonde qui était pour lui quelque chose d'indispensable.» (cath.ch/com/lb)

    Le pape François a incarné jusqu’au bout la spiritualité jésuite

    22/04/2025

    Le pape François a incarné jusqu’au bout la spiritualité jésuite

    Le pape François a été le premier pape jésuite de l’histoire. Qu’y avait-il de proprement «jésuite» dans sa spiritualité, sa manière d’être au monde et sa conduite de l’Église, lui qui se rendait à la rencontre des communautés jésuites dans le monde à chacun de ses déplacements? Sans nul doute, et a...

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    Suisse: “L’engagement du pape pour plus d'humanité et de paix va nous manquer”

    Avec le décès du pape François, le monde perd un défenseur de la justice sociale, de la paix et du climat, écrivent le 22 avril 2025 Action de Carême et Caritas Suisse. Pour la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ), François a su donner une image crédible de Jésus et de l’Église.

    Les deux œuvres d’entraide catholiques rendent hommage à l’engagement déterminé du pape François. “Il a critiqué le traitement inhumain des personnes contraintes à migrer et a appelé à lutter contre la pauvreté, des thèmes pour lesquels Action de Carême et Caritas Suisse s’engagent”, note un communiqué commun.

    Avec son approche de théologie de la libération, le pape François a mis l'accent sur la responsabilité envers les pauvres, a critiqué l'injustice structurelle et a condamné l'oppression sociale, politique et économique. Le pontife a mis en garde contre le fossé toujours plus grand entre les riches et les pauvres et a plaidé inlassablement pour un ordre économique plus juste.

    François a parlé de la migration du point de vue des réfugiés et des personnes déplacées, et a fait preuve d'un engagement sans pareil dans la lutte mondiale contre la pauvreté. «Il n'a pas hésité à défendre ces valeurs et cette perspective face aux puissants de ce monde», déclare Peter Lack, directeur de Caritas Suisse. «Son engagement pour plus d'humanité et de paix va nous manquer.»

    Quand l'environnement souffre, les gens en pâtissent

    Dans son encyclique sur l'environnement Laudato si’ de 2015, le pape François a souligné que quand l'environnement souffre, les gens en pâtissent, et qu’inversement là où les gens sont exploités, l'environnement est généralement aussi particulièrement menacé.

    Caritas Suisse et Action de Carême partagent cette aspiration à un tournant écologique fondamental pour le bien de l'humanité. Le pontificat du pape François prend fin «à une époque où les règles environnementales sont affaiblies, où des murs sont construits contre les réfugiés, où des guerres sont menées sans égard, où des gouvernements se désolidarisent des pauvres en réduisant l'aide au développement», constate Bernd Nilles, directeur d’Action de Carême.

     Hommage au pape François

    “À une époque où, en Europe occidentale, de plus en plus de personnes s'éloignent de l'Église et la quittent, le pape François a donné une image crédible de Jésus de Nazareth”, réagit de son côté la Conférence centrale catholique romaine de Suisse RKZ.

    Le pape François a pratiqué un style de leadership nouveau et inhabituel en donnant de nombreux signes et impulsions sans dicter la voie à suivre. En autorisant et en encourageant une culture du débat sans crainte. En s'opposant au cléricalisme et aux privilèges dans son propre environnement, en menant une vie modeste, en redéfinissant la curie comme un service à l'Église universelle, en impulsant une décentralisation, en nommant des femmes à des postes de haut niveau, il a renouvelé le visage de l’Église, relève la RKZ.

    La RKZ refuse cependant d’ignorer que le pape François a également déçu de nombreuses forces réformatrices au sein de l'Église, ne prenant pas de mesures structurelles et freinant brutalement diverses initiatives (par exemple, le chemin synodal en Allemagne).

    Pour la RKZ, le pape François laisse avant tout un héritage pour la «synodalité». La participation de femmes et d'hommes non ordonnés à tous les niveaux de la discussion ont renforcé l'espoir d'une Église capable d'apprendre et de se réformer. (cath.ch/com/mp)

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    Les jeunes Romands à Rome portent le deuil de François

    Un groupe de confirmands et de confirmés de Fribourg et Neuchâtel sont arrivés à Rome le jour de la mort du pape François, le 21 avril 2025. Ils ont partagé à cath.ch leur ressenti.

    «C’était le seul pape que j’ai connu et bien sûr j’étais attachée à lui. Nous sommes tous très tristes ici», confie Violetta, âgée de 17 ans, au téléphone. La jeune fille de Villars-sur-Glâne fait partie d’un groupe de 221 confirmands et confirmés partis à Rome dans le cadre du pèlerinage de printemps, organisé par l’Église catholique Fribourg et l’Église catholique Neuchâtel, dans le cadre du Jubilé.

    Alors que le car était parti depuis peu vers Rome, au matin du 21 avril, Loris, 14 ans, a reçu sur son téléphone la nouvelle de la mort du pape François. «Au début, je pensais que c’était un canular, mais peu après, j’ai reçu d’autres informations là-dessus, alors je suis allé montrer cela aux responsables dans le car, qui l’ont communiqué à tout le monde.» «Nous étions tous bouleversés», affirme le jeune d’Estavayer-le-Lac.

    Un pape inspirant

    «Nous étions abasourdis», confirme Paul, 14 ans, de Fribourg-ville. «Certes, ce n’était pas un membre de ma famille, mais c’était quelqu’un qui m’était cher, qui représentait l’Église catholique et que j’avais toujours connu comme pape. J’ai mis du temps à réaliser qu’il n’est plus là.»

    Pour Violetta également, François était «le symbole de l’Église». Elle garde en mémoire un homme «humble, gentil, généreux.» «Il m’a inspiré sur de nombreux points, assure Loris. Il incarnait beaucoup de vertus chrétiennes, telles que l’humilité, la charité, l’attention aux plus pauvres.»

    Visite à Carlo Acutis

    Le décès a quelque peu chamboulé le voyage des jeunes pèlerins. Une messe à laquelle ils devaient assister à Rome a notamment été décalée. Les trois confirmés témoignent de la tristesse et de l’atmosphère de deuil qui règnent dans la ville. «On ressent malgré tout une grande ferveur parmi la foule des fidèles», note Paul.

    Le retour en Suisse étant agendé au samedi 26 avril, ils ne pourront pas être présents aux funérailles du pontife, qui auront lieu ce même jour. À Rome, les jeunes Fribourgeois et Neuchâtelois ont cependant prévu d’aller se recueillir sur la dépouille du pontife. Il n’était pas dans leurs plans d’assister à la canonisation de Carlo Acutis, qui devait se dérouler le dimanche 27 avril.

    L’acte de canonisation relevant du magistère pontifical, celle du bienheureux italien décédé à l’âge de 15 ans a été reportée sine die. Sur la route du retour, les pèlerins s’arrêteront tout de même à Assise où se trouve la dépouille de Carlo Acutis. Le futur saint est populaire chez beaucoup de jeunes, confirme l’agent pastoral Pierre Wermelinger, qui accompagne le groupe. (cath.ch/rz)

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    François: un pontificat sous le signe de la réforme économique

    Le 24 février 2014, le pape François créait le secrétariat pour l’Économie, le conseil pour l’Économie et le bureau du Réviseur général, trois organismes censés porter la réforme économique et financière du Saint-Siège. Retour sur ce chantier difficile, mené tambour battant, mais non sans heurts, par le pape François et dont on ne sait qui le mènera à bien.

    En 2013, les cardinaux qui ont élu le pape François ont été marqués par le scandale de Vatileaks, une fuite d’informations confidentielles survenue en 2012 qui avait révélé des irrégularités dans le fonctionnement économique du Saint-Siège. L’affaire avait terni la fin du pontificat de Benoît XVI et le nouveau pape reçut pour mission de la part des cardinaux de mener à bien une réforme économique des institutions du Vatican.

    Ce chantier, qu’avait lancé Benoît XVI en créant l’Autorité d’information financière (AIF), commence dès 2013 par le renforcement des pouvoirs de cette institution en charge de la lutte contre le blanchiment d’argent. Le pape François crée dans le même temps une commission (la COSEA), qui a pour mission de planifier les prochaines réformes.

    Les travaux de cet organisme aboutissent le 24 février 2014 à la publication du motu proprio Fidelis dispensator et prudens. Celui-ci permet la création de trois nouvelles entités économiques au Vatican: le conseil pour l’Économie, le secrétariat pour l’Économie et le bureau du Réviseur général.

    La supervision et la direction générale de l’économie vaticane sont confiées au Conseil pour l’Économie, dirigé par le cardinal allemand Reinhard Marx. Le secrétariat pour l’Économie, dont le premier préfet est le cardinal australien George Pell, s’assure du contrôle et de la mise en œuvre des directives du conseil dans les entités vaticanes – reprenant ce rôle à l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA), dont la mission est circonscrite à celle de banque centrale du Vatican. Enfin, le bureau du Réviseur général est chargé de faire un audit annuel des structures vaticanes pour informer le conseil et le secrétariat.

    Une réforme difficile à mener

    Cependant, dès 2015, la fuite de nouveaux documents confidentiels – par d’anciens membres de la COSEA – fait éclater le scandale «Vatileaks 2». Bien que de moindre ampleur que les fuites de 2012, cette affaire lève le voile sur les tensions internes importantes que suscite la réforme économique menée notamment par le cardinal australien George Pell.

    Les frictions, affirmait ce dernier décédé en 2023, sont montées d’un cran quand le haut prélat australien a tenté de remettre en cause l’autonomie des finances de la secrétairerie d’État, l’administration centrale du Saint-Siège. Il affirme s’être alors retrouvé confronté à la résistance de cette dernière, habituée à contrôler plus qu’à être contrôlée. Il a alors bataillé avec celui qui était le substitut de la secrétairerie d’État à cette époque, l’Italien Mgr Angelo Becciu.

    La secrétairerie d’État l’emporte: le pape François confirme son autonomie économique en 2016, puis limoge le réviseur général Libero Milone, un proche du cardinal australien, pour espionnage interne en 2017. Milone affirme aujourd’hui avoir été piégé par certains responsables de la Curie – dont Mgr Becciu – qui ne voulaient pas qu’il mette son nez dans leurs affaires. En première instance, la justice vaticane a cependant retoqué sa plainte pour licenciement abusif le 24 janvier dernier.

    Cardinal George Pell arrives at the Supreme Court of Victoria for appeal
    Cardinal George Pell arrives at the Supreme Court of Victoria for appeal
    Le tribunal de Melbourne avait confirmé en appel la condamnation du cardinal George Pell à 6 ans de prison | © Keystone

    Mais le principal coup d’arrêt est la mise en cause du cardinal Pell, cheville ouvrière de la réforme, après les révélations en 2016 d’une affaire d’abus sur mineurs dans son ancien diocèse en Australie. En 2017, il décide d’abandonner son poste pour aller se défendre et est finalement condamné en 2019 en première instance.

    Incarcéré pendant plus d’un an avant d’être acquitté par la Haute Cour de justice australienne en 2020, le cardinal ne reprendra jamais sa mission. Il laissera plusieurs fois entendre qu’il a été victime d’un complot, visant expressément le cardinal Becciu.

    Rationalisation, transparence et modernisation

    Malgré ces revers, le pape François a maintenu son train de réforme des institutions économiques, insistant sur trois transformations nécessaires: la rationalisation, la transparence et la modernisation.

    La rationalisation du fonctionnement de la Curie doit permettre plus d’efficacité, mais aussi de supprimer des dépenses jugées superflues, qui pèsent sur les finances alors que le Saint-Siège présente chaque année un budget déficitaire. Le pape décide ainsi de la fusion de plusieurs entités en des «superdicastères», comme celui de la Communication (2015), ceux du Service du développement humain intégral et des Laïcs, de la famille et de la vie (2016) et ceux de la Culture et de l’éducation, et de l’Évangélisation (2022). En 2021, pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie de Covid-19, il décide de procéder à une baisse de l’ensemble des hauts salaires de la Curie, une première.

    Une autre valeur défendue dans les réformes économiques du pontife est la transparence, promue dans un environnement souvent considéré comme opaque. Le but affiché est de créer des «gardes fous» pour mettre fin à toute forme de clientélisme ou de fraude. Pour cela le pape a aussi renforcé l’arsenal judiciaire du Vatican contre ce type d’abus. Le pape réforme par ailleurs en profondeur le fonctionnement de la Cité du Vatican et de son gouvernorat avec trois motu proprio qui mettent en place un véritable système d’appel d’offres pour les marchés publics.

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    Le siège de l'IOR, la 'banque du Vatican' | © Vatican Media

    Enfin, la réforme économique du Vatican se veut aussi une modernisation et une professionnalisation de l’appareil économique du Saint-Siège. Sont particulièrement notables l’adhésion du Saint-Siège à la Convention de Mérida en 2016 et la poursuite des inspections des équipes de l’autorité européenne anti-blanchiment Moneyval en 2020. Plusieurs motu proprio promulgués par le pape visent à répondre aux normes internationales que promeuvent ces entités. C’est le cas notamment des réformes en 2019 de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), la banque privée du Vatican, de l’AIF qui devient l’ASIF (Autorité de surveillance et d’information financière) en 2020, et du Bureau du réviseur général en 2023, dont l’autonomie et la mission sont renforcées.

    L’affaire de l’immeuble de Londres

    En 2019 éclate la plus importante affaire financière du pontificat de François, celle dite «de l’immeuble de Londres». Elle concerne de graves irrégularités observées dans le cadre d’un investissement immobilier de la secrétairerie d’État en 2014 qui a entraîné une lourde perte pour le Saint-Siège, estimée par la justice vaticane à une somme proche de 200 millions d’euros.

    Avant même que la justice vaticane ait ouvert un procès, le pontife décide en 2020 de retirer à la secrétairerie d’État toutes ses prérogatives financières, revenant sur l’autonomie accordée en 2016. Le pape obtient aussi la démission du cardinal Becciu et rend possible sa convocation par le tribunal du Vatican en levant l’immunité judiciaire qui protégeait jusqu’alors les cardinaux.

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    Le cardinal Angelo Becciu est l'un des premiers hauts fonctionnaires du Vatican à être inquiétés par la justice de la Cité-Etat | © Keystone

    Le procès s’est ouvert en 2021 et a duré plus de deux ans. Plus que le rôle du seul cardinal Becciu, condamné à cinq ans et demi de prison en première instance en décembre dernier, ou des huit autres condamnés, cette procédure sans précédent aura permis de montrer les limites d’un système administratif souvent archaïque et qui tend à diluer la responsabilité et favoriser les irrégularités. Des limites qui ont finalement souvent été anticipées par le pape dans ses réformes des divers organismes impliqués.

    «La réforme économique ne fait que commencer»

    Ces changements sont parachevés avec la promulgation de la Constitution apostolique Praedicate Evangelium en 2022. Cette dernière encadre l’ensemble de l’architecture générale du Saint-Siège et permet notamment d’intégrer définitivement le fonctionnement du nouveau pôle économique mis en place par François. La Constitution permet en outre de créer un nouveau Comité pour les investissements qui doit «garantir la nature éthique» des placements financiers du Vatican ainsi que «leur rentabilité, leur pertinence et leur niveau de risque».

    Les réformes ont cependant un coût, et elles semblent avoir été souvent difficiles à encaisser par certains employés du Vatican (ils sont plus de 4500). On reproche notamment un virage managérial dépourvu de réelle politique de ressources humaines et l’alourdissement d’une bureaucratie déjà pesante. Beaucoup pointent du doigt la désormais toute puissance du secrétariat pour l’Économie. Une certaine tension s’est installée, comme le laissait transparaître le préfet du dicastère pour les Églises orientales, le cardinal Claudio Gugerotti, lors d’une rencontre récente à Rome: «Il ne vaut mieux pas parler de l’aspect économique en cette période.»

    «La réforme économique ne fait que commencer», a cependant prévenu en novembre 2023 le pape. Et il a même pensé à la bonne transmission du fruit de ses efforts: pendant la période de Sede Vacante, le coordinateur du conseil pour l’Économie, le préfet du secrétariat pour l’Économie et le réviseur général feront partie des rares responsables à rester en poste. Le premier sera même automatiquement désigné cardinal-assistant du Camerlingue, un rôle qui devrait lui permettre de présenter l’avancée de la réforme et l’état des finances vaticanes aux cardinaux en charge de désigner un nouveau pape. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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    La géographie politique du pape François dessinée par ses voyages

    Avec 46 voyages apostoliques en dehors de l’Italie et 67 pays visités, le pape François a gagné sa place sur le podium des pontifes globe-trotters. Analyser ses préférences en matière de destination, c’est saisir les projets qu’il avait pour l’Église et le monde, ainsi que ses préoccupations pour les pauvres, le dialogue interreligieux et les relations internationales et la paix.

    Avec quatre voyages par an en moyenne, le pape François remporte la palme des papes voyageurs, juste aux côtés de Jean Paul II. Cette médaille est d’autant plus méritée que tous ses déplacements à l’étranger avaient été annulés en 2020 pour cause de la Covid-19. Ainsi de son voyage en Papouasie-Nouvelle-Guinée, reporté et finalement effectué l'an passé. Déterminé à tenir sa promesse, malgré son âge avancé et ses ennuis de santé, le pape François, en effet, s’était rendu douze jours en Asie-du Sud Est et en Océanie, seul continent qu’il n’avait pas encore visité, en septembre 2024.

    L’Europe, parente malmenée

    De nombreux observateurs ont souligné - avec espoir ou crainte - le déplacement de l’axe géographique des intérêts (voire du pouvoir) de l’Église initié par François. Premier pape latino-américain, et surtout premier pape non européen depuis près de 1300 ans, François a posé un regard moins bienveillant que ses prédécesseurs sur le Vieux Continent, n’hésitant pas à comparer l’Europe à une «grand-mère fatiguée» devant les députés européens à Strasbourg, le 25 novembre 2014. D’aucuns lui ont d’ailleurs reproché de dénigrer le socle européen du catholicisme, tout à son projet de basculement du pivot de l’Église, du nord vers le sud.

    Cette préférence géographique se retrouverait dans sa politique de voyages. Sur les 67 pays visités par feu le pape François, huit n’avaient encore jamais reçu de Pontife romain, à savoir la Birmanie, la Macédoine du Nord, les Émirats arabes unis, l’Irak, le Bahreïn, le Soudan du Sud, la Mongolie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

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    Voyage du pape en Papouasie-Nouvelle-Guinée, septembre 2024 | © Vatican Media

    L’Europe, par contre, du moins celle de vieille tradition catholique, comme l’Espagne ou la France, aurait joué le rôle de la parente oubliée, allusion à la vie de Jorge Mario Bergoglio lui-même. Né en 1936 à Buenos Aires, n’était-il pas fils d’immigrés italiens originaires du Piémont? Cette option de Bergoglio devenu pape aurait été marquée dès son premier déplacement, en juillet 2013. S’il a eu l’Italie pour théâtre, son choix s’est plus précisément porté sur l’île de Lampedusa, un lieu symbolique où les routes de milliers de migrants du Sud croisent celles des populations de l’UE.

    Une analyse trop courte

    Au fur et à mesure du pontificat de François, cette vision s’est révélée par trop manichéenne. François n’a pas recherché un renversement de la perspective nord-sud. C’est une internationalisation de l’Église qu’il a appelé de ses vœux. Il a voulu ouvrir le centre romain sur le monde entier, et ses destinations de voyages ont exprimé cette priorité.

    En tant que pape François, Jorge Mario Bergoglio a parcouru les quatre coins du monde, délaissant souvent les grands centres pour se concentrer sur les «périphéries». Il s’est rendu dans les pays les plus éloignés de Rome, comme le Chili, Panama, les Philippines et le Japon. Peu importe que les chrétiens y soient nombreux ou extrêmement minoritaires. Il a aussi visité des pays parmi les plus pauvres, la Centrafrique, le Soudan du Sud, la Birmanie ou le Bangladesh.

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    Le pape François commémore, devant l'île de Lampedusa, les centaines de migrants venus d'Afrique, morts en tentant de traverser la Méditerranée | © Vatican Media

    Cet intérêt pour les populations les plus défavorisées compte parmi les quatre grandes orientations qui ont guidé le pape dans ses choix de voyage, comme l’a détaillé le jésuite français Pierre de Charentenay dans un article paru dans la revue choisir en juin 2021.

    Dialogue entre la chrétienté et d’autres religions

    Sa deuxième orientation fut celle de l’engagement pour le dialogue interreligieux et œcuménique. François a rendu visite à des pays musulmans: Abu Dhabi, le Maroc, l’Égypte, la Turquie, la Jordanie, les Émirats arabes unis... Il a rencontré à plusieurs reprises Ahmed Mohamed el-Tayeb, l’imam de la mosquée al-Azhar (Le Caire), et a rencontré à Nadjaf, en Irak, haut-lieu du chiisme, le grand ayatollah Ali Sistani. Il s’est aussi rendu au Kazakhstan en 2022 pour participer à la 7e rencontre des chefs religieux du monde, et a signé avec le grand imam Umar, de la mosquée Istiqlal de Jakarta, une déclaration commune prônant le refus du fondamentalisme et la recherche de l’amitié entre les religions.

    Les voyages de feu le pape François ont aussi été un outil de renforcement du dialogue œcuménique. Le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople l’a souvent accompagné dans ces grands événements, tandis que Justin Welby, alors archevêque de Canterbury, et Iain Greenshields, modérateur de l’Église d’Écosse, étaient à ses côtés en février 2023 au Soudan du Sud, pour la rencontre œcuménique au Mausolée John Garang. Lors de son voyage à Lund, en Suède, à l’automne 2016, pour la commémoration des 500 ans de la Réforme luthérienne, il a instauré une relation forte avec le pasteur Alav Fykse Tveit, alors secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (COE).

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    En février 2023, le pape François est parti au Soudan du Sud avec des responsables d'autre Églises, pour promouvoir la paix | photo: avec le révérend Ian Greenshields, de l'Église d'Écosse © EPA VATICAN MEDIA/Keystone

    En Suisse, on se souvient encore avec émotion de son pèlerinage œcuménique éclair accompli à Genève à l’occasion du 70e anniversaire du COE, le 21 juin 2018. Sa visite en Roumanie en 2019, lors de laquelle il a rencontré des représentants de l’Église orthodoxe roumaine, témoignent de cette même motivation.

    Le poids du monde international

    La troisième catégorie des voyages du pape François fut justement celle des anniversaires ou des grandes rencontres internationales. Outre les événements déjà mentionnés, s’ajoutent à cette liste son déplacement au Portugal pour le centenaire des apparitions de Fatima, à Marseille pour les Rencontres méditerranéennes, en Belgique pour les 600 ans de l’Université de Louvain, en Corse à l’occasion d’un colloque sur la religion populaire.

    Et si sa première visite en dehors de l’Italie, en juillet 2013, a été pour son continent, pour le Brésil plus précisément, François l’a entrepris pour y rencontrer les jeunes participants aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Rio. Rencontre qu’il a réitérée à Cracovie en 2016, à Panama en 2019 et à Lisbonne en 2023. Les journées des jeunes d’Asie ont aussi vu venir le pape en Corée du Sud en 2014.

    L’étendard de la paix

    La dernière catégorie comprend des pays qui travaillent à la reconstruction de la paix dans un contexte d’instabilité ou de mémoire malmenée. C’est ainsi qu’il s’est rendu en Terre sainte en 2014, où il a lancé un appel à la paix et à la coexistence de deux États reconnus, Israël et la Palestine. Il a été en Bosnie-Herzégovine, en Colombie, en Birmanie, au Caucase, en Arménie, en Géorgie, Azerbaïdjan, Irak, République démocratique du Congo, etc., tous des pays en proie à des conflits internes ou régionaux. Et lors de son voyage au Timor oriental, il a salué le courage de ce pays qui a su «se relever», en retrouvant un chemin de paix et d’ouverture», après son long combat, de 1975 à 2002, pour l’indépendance vis-à-vis de l’Indonésie.

    CUBA POPE PATRIARCH
    CUBA POPE PATRIARCH
    Le patriarche Cyrille et le pape François se rencontrent à la Havane, le 12 février 2016 | © Keystone /Gregorio Borgia)

    Feu le pape François a aussi visité successivement Cuba et les États-Unis en 2015, un symbole en soit. Animé par ce même esprit de réconciliation, alors qu’il se trouvait en Irlande en 2018 à l’occasion de la Rencontre mondiale des familles, il a exprimé sa douleur et sa honte pour les scandales de pédophilies commis par des membres du clergé irlandais. Et en 2022, au Canada, il a présenté d’autres excuses, cette fois aux populations autochtones canadiennes pour les milliers d'enfants placés de force dans des pensionnats catholiques.

    Infatigable, persuadé de l’impact de la «rencontre» pour donner de l’espérance, voire dénouer des nœuds, le pape François n’a jamais eu peur d’avaler les kilomètres pour aller au devant de populations catholiques ou non catholiques, de religieux et de politiques. D’autres invitations lui avaient été lancées. Il devait se rendre en mai à  Nicée, aujourd’hui Iznic, en Turquie, dans le cadre des 1700 ans du Concile. Mais un autre voyage, sans retour, l’a emporté, vers d’autres cieux cette fois. (cath.ch/lb)

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    Les femmes dans l’Église et le monde, la logique du pape François

    «On ne peut pas imaginer une Église sans femmes actives (…) Il faut une profonde théologie de la femme», déclarait le pape François en 2013, lors de la conférence de presse dans l’avion qui le ramenait de Rio. Si son pontificat a effectivement été marqué par de claires avancées en matière de participation des femmes au sommet de l’Église, sur le plan théologique, par contre, les lignes ont peu bougé.

    Le pape François s’est attelé à remédier à la longue invisibilisation des femmes dans l’Église en leur confiant des postes-clés. Cette série de nominations (voir encadré), introduite en 2016 par celle de Barbara Jatta en tant que directrice des Musées du Vatican, a trouvé son apogée en janvier 2025, avec celles, coup sur coup, de Sœur Simona Brambilla à la tête du dicastère pour les Instituts de vie consacrée et de Sœur Raffaela Petrini à la présidence du Gouvernorat de la Cité du Vatican.

    Avant son pontificat, très rares étaient les femmes à occuper des postes de haute responsabilité au sein de l’État de la Cité du Vatican et de la Curie. Et quand c’était le cas, leurs fonctions ne dépassaient pas le grade de sous-secrétaire, soit de «numéro 3» sur une échelle allant de 1 (le plus haut) à 10.

    Des femmes dans les processus décisionnels

    De fait, le pape François a répété en de multiples occasions la nécessité d’intégrer davantage les femmes dans les processus décisionnels de l’Église. Il a été le premier pape à nommer des femmes comme membres d’organes de la Curie, leur donnant un droit de vote réservé jusque-là aux prélats. Elles peuvent aussi devenir «préfètes», la constitution apostolique Praedicate Evangelium de 2022 autorisant la nomination de laïcs à la direction de dicastères.

    L’objectif de François était clair: la féminisation des instances de pouvoir dans l’Église devrait mener celle-ci, peu à peu, à transformer de l’intérieur sa vision du rôle des femmes dans l’Église et dans le monde et, plus largement, son regard sur le monde lui-même.

    Un droit pour les baptisées

    Les propos tenus par le pape François le 12 mai 2016, lors de son entretien avec les membres de l’Union internationale des supérieures générales (UISG), sont révélateurs. On y trouve à la fois cette visée, et à la fois une vision plus traditionnelle des charismes propres à la femme dans l’Église et la société.

    Le pape y expliquait combien il était important que les femmes participent à l’élaboration des décisions, qu’elles «entrent dans la réflexion du processus (...) Car la femme regarde la vie avec ses propres yeux et nous, les hommes, ne pouvons la regarder ainsi. (…) Le rôle de la femme dans l’Église n’est pas du féminisme, c’est du droit! C’est un droit de baptisée avec les charismes et les dons que l’Esprit a donnés.»

    Un engagement auprès des plus fragiles

    Son engagement concret à valoriser les femmes dans les organes de direction de l’Église lui a valu la reconnaissance des milieux catholiques féministes. De même pour sa dénonciation constante des maux et injustices affectant les femmes dans le monde, plus particulièrement dans les pays du Sud: traite, violences, paupérisation, disparités salariales…

    VATICAN POPE
    VATICAN POPE
    La protection des femmes a toujours tenu spécialement à cœur au pape François | © AP Photo/Alessandra Tarantino/Keystone

    Dans la préface du livre Plus de leadership féminin pour un monde meilleur, sorti le 8 mars 2023 (éditions Vita e Pensiero), François réaffirmait cette préoccupation, s’inquiétant que le «chemin de l’affirmation féminine» soit «tourmenté» et que l’on puisse «facilement faire des pas en arrière». Il y souhaitait «des opportunités égales pour les hommes et les femmes», que les femmes «soient rémunérées sur un pied d’égalité avec les hommes à parité de rôle, d’engagement et de responsabilité», qualifiant les disparités de «grave injustice».

    Des propos parfois maladroits

    Certains de ses propos sur les femmes, par contre, ont heurté les milieux féministes catholiques européens et américains, plus focalisés sur les questions de genres et d’inclusion. Ils y ont vu l’empreinte de la société patriarcale d’Argentine, où François est né et a professé avant de devenir pape, et de celle de l’Église.

    Si François a souvent dénoncé «une culture d’oppression patriarcale et machiste», comme lors de la Journée internationale des femmes de 2023, son emploi d’expressions trahissant un sexisme «bienveillant» a laissé des traces. Ainsi de son: «Les femmes sont comme les fraises dans un gâteau, il en faut toujours plus», lancé en décembre 2014 devant les membres de la Commission théologique internationale.

    Un adepte du «génie féminin»

    Mais c’est surtout son approche de la complémentarité des sexes - qui l’a mené à confiner les femmes à un rôle de mère et d’épouse sur le plan théologique - qui lui a été reproché. François est resté attaché au discours sur le «génie féminin» développé par Jean Paul II. Celui-ci avait assigné les femmes à une exclusivité du dévouement et à une spécialisation dans le service, sans qu’il soit question du ministère d’un diaconat féminin et encore moins d’ordination.

    À sa suite, dans Evangelii Gaudium (n°103) François écrivait en 2013: «L’Église reconnaît l’apport indispensable de la femme à la société, par sa sensibilité, son intuition et certaines capacités propres qui appartiennent habituellement plus aux femmes qu’aux hommes. Par exemple, l’attention féminine particulière envers les autres, qui s’exprime de façon spéciale, bien que non exclusive, dans la maternité (…) Mais il faut encore élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église. Parce que le "génie féminin" est nécessaire dans toutes les expressions de la vie sociale.»

    L’ordination ministérielle reste réservée aux hommes

    François a insisté à diverses reprises sur cette différentiation (hors échelle de valeurs) des rôles entre les hommes et les femmes, et il a utilisé cet argument pour justifier son «non» à l’ordination des femmes. Comme le 11 juillet 2023, dans sa réponse à une interpellation de cinq cardinaux conservateurs, où il s’est référé à la «déclaration définitive» de Jean Paul II sur la question. De même, le 28 novembre 2022, dans un entretien remarqué avec des journalistes de la revue jésuite America Magazine, il avait brandi le vieux principe pétrinien comme argument théologique à l’encontre de l’ordination des femmes.

    Faisant référence à la succession épiscopale héritée des apôtres de Jésus, tous des hommes, le pape proposait d’approfondir une autre voie que celle de l’ordination ministérielle (sacerdotale ou diaconale), à savoir une voie rattachée au «principe marial, qui est le principe du féminin dans l'Église (…) dans laquelle l'Église se reflète parce qu'elle est femme et épouse (…) Ainsi, la dignité de la femme est reflétée de cette manière.»

    François a néanmoins laissé une porte ouverte à la possibilité de revoir le non «définitif» de Jean Paul II à l’ordination des femmes. Il déclare, dans sa lettre du 11 juillet 2023: «Nous reconnaissons qu'une doctrine claire et faisant autorité sur la nature exacte d'une "déclaration définitive" n'a pas encore été élaborée de manière exhaustive.»

    Le diaconat féminin, d’étude en étude

    De la même façon, la possibilité d’un diaconat féminin, évoqué un temps, puis oublié, a fait une timide réapparition. En 2016, à l’occasion de l’audience avec l’UISG, François s’était interrogé sur l’existence des diaconesses. Il avait créé alors une commission visant à étudier le diaconat féminin, sous un angle historique en premier lieu.

    Mais l’étude rendue par la commission n’ayant pas répondu à ses interrogations, comme le déclarait le pape dans l’avion de retour de Macédoine du Nord, en mai 2019, la commission avait été dissoute. En 2020, après le Synode sur l’Amazonie, une deuxième commission a été créée pour «pour continuer à étudier» la chose.

    Monica Schmid
    Monica Schmid
    En Europe, des signes d'impatience en ce qui concerne la possible ordination des femmes dans l’Église se donnent à voir. Photo: concélébration par Monika Schmid d'une messe à Effretikon (ZH) | © Seraina Boner

    Les attentes à ce sujet ont été une nouvelle fois déçues lorsque François a retiré le diaconat féminin des sujets de discussion de la deuxième assemblée synodale d’octobre 2024, pour le confier à un groupe de travail qui doit rendre ses conclusions en juin 2025. Néanmoins, en acceptant dans son intégralité le Document final voté par l’assemblée, et donc l’article 60 qui traite de la question, le pape François a laissé la porte ouverte.

    Seule avancée pour les femmes dans le domaine des ministères, le pape François a officialisé en 2021, par un Motu proprio modifiant le Code de Droit canon, l’ouverture aux femmes des ministères du Lectorat et de l’Acolytat (le service de la Parole et de l’autel). De fait, celui-ci était déjà largement pratiqué en Église.

    Plus logique qu’il n’y paraît

    La politique de François à l’égard des femmes a pu paraître ambivalente. Elle suit pourtant une logique imparable. Marqué par sa forte volonté de décléricalisation de la Curie, le pape a voulu différencier responsabilités dans l’Église et ministère de l’ordination. C’est cette logique qui permet à des laïcs, et donc à des femmes, de diriger aujourd’hui certaines instances au Vatican. Et peut-être de faire évoluer demain, plus en profondeur et sans coup de force, la vision anthropologique des sexes portée par l’Église. (cath.ch/lb)

    Des femmes nommées à des postes-clefs (liste non exhaustive)
    En 2016, Barbara Jatta devient directrice des Musées du Vatican;
    en janvier 2021, Francesca Di Giovanni, une laïque, est désignées par le Vatican vice-ministre de la Secrétairerie d’État;
    le 6 février 2021, la religieuse xavière française Nathalie Becquart est nommée sous-secrétaire du Synode des évêques, devenant la première femme à obtenir le droit de vote au sein de cette assemblée chargée d’étudier les grandes questions doctrinales de l’Église catholique;
    en août 2021, la religieuse salésienne Alessandra Smerilli devient secrétaire du Dicastère pour le développement humain intégral (numéro 2);
    le 4 novembre 2021, Sœur Raffaella Petrini est nommée secrétaire générale du gouvernorat de la Cité du Vatican, un poste traditionnellement réservé aux hommes et a fortiori aux évêques, avant d’en devenir la présidente le 19 janvier 2025;
    le 18 février 2022, la théologienne Elmice Cuda est choisie comme secrétaire de la Commission pontificale pour l’Amérique latine;
    le 1er avril 2023, l’économiste Helen Alford op est nommée présidente de l’Académie pontificale des sciences sociales;
    en octobre 2023, Sœur Simona Brambilla devient secrétaire du dicastère pour les Instituts de vie consacrée, puis rentre dans l’histoire en tant que première préfète du Vatican, du même dicastère, le 6 janvier 2025.
    D’autres nominations féminines encore ont marqué le pontificat de François. Six femmes sur sept laïcs ont ainsi été nommées en août 2020, par exemple, au Conseil pour l’économie du Vatican.LB

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    Translation de la dépouille du pape François, un rite solennel et d'émotion

    Deux jours après la mort du pape François, son corps embaumé a été solennellement transporté, selon un rite immuable et très beau, à la basilique Saint-Pierre mercredi 23 avril 2025, dans un cercueil laissé ouvert. Tous les fidèles qui le souhaitent pourront venir lui rendre hommage jusqu’à samedi 27 avril, jour de ses obsèques.

    La «translation », rite du transfert de la dépouille du pape François, a débuté à 9h ce matin 23 avril. Le corps du pape François a été transporté dans un cercueil ouvert durant 40 minutes environ, de sa résidence Sainte-Marthe jusqu’à la basilique Saint-Pierre.

    Transporté d’un pas lent par des sediari pontificaux, le cercueil de bois drapé de rouge, où repose le pape François, a quitté la résidence Sainte-Marthe au son du glas et d’hymnes endeuillés, après une courte prière présidée par le cardinal-camerlingue Kevin Farrell, administrateur du Vatican en période de vacance du Siège apostolique.

    Les sediari pontificaux étaient encadrés et suivis d’une longue procession de cardinaux, de gardes suisses et de confesseurs de la basilique vaticane.

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    La procession funéraire gagne la place St-Pierre, avec le cercueil du pape François, 24 avril 2025 | © Vatican Media

    Une place St-Pierre sans décoration mais débordante de fidèles

    Sur la place Saint-Pierre dépouillée de toutes les décorations de Pâques - où les images extérieures de la procession puis de la liturgie dans la basilique étaient diffusées en direct sur des écrans géants - une foule très émue attendait le pape pour lui rendre un dernier hommage, applaudissant au passage du cercueil.

    Passant sous l’arc des cloches, la procession a remonté lentement le parvis gris, dans un grand silence et une atmosphère de profond recueillement, et c'est à 9h32 que le cercueil ouvert a franchi la porte centrale de la basilique, sous une nouvelle salve d’applaudissements des fidèles sur place.

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    Un moment d'émotion, pour tous, fidèles, gardes suisses ou cardinaux. Translation de la dépouille du pape François | © Vatican Media

    Au son d’une longue litanie des saints, la dépouille du pontife argentin a remonté la nef centrale et a été déposée devant l’autel de la Confession, où il demeurera trois jours, pour la vénération des fidèles.

    Eau bénite et encens

    La liturgie a eu lieu au pied du monumental Baldaquin du Bernin. «Le corps du pape François a été aspergé d’eau bénite et encensé par le cardinal Farrell", détaille l’agence I.MEDIA.

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    Le corps de François, encensé par le cardinal Farrell | © Vatican Media

    Au premier rang, les visages graves, se tenaient les membres de la ‘famille pontificale’, parmi lesquels les secrétaires du pape et son infirmier personnel Massimiliano Strappetti, qui l’a accompagné au quotidien durant ces derniers mois. Derrière eux, les calottes rouges des cardinaux et les chapes violettes des chapelains de Saint-Pierre coloraient les rangs de la basilique.»

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    Liturgie de la translation de la dépouille du pape François dans la basilique St-Pierre de Rome, 23 avril 2025 | © Vatican Media

    Dans l’assemblée, Don Stefano Cascio, curé de la paroisse Saint-Bonaventure de Rome, a confié à I.MEDIA avoir vécu un moment «très impressionnant», décrivant les larmes vues dans les yeux de personnes présentes «dont on croisait le regard en passant».

    Trois jours de vénération

    Les pèlerins venus à Rome dans le cadre du Jubilé de l’Espérance ou à l’annonce du décès du pape François peuvent dès à présent gagner la basilique pour prier devant le cercueil. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont attendues durant les trois jours à venir.

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    Le cardinal-camerlingue Kevin Farrell, 23 avril 2025, devant le cercueil où repose le corps de François | © Vatican Media

    La cérémonie de fermeture du cercueil du pape François aura lieu vendredi 25 avril 2025 à 20h, à la veille de ses funérailles, a annoncé le Bureau des célébrations liturgiques du Vatican. Le rite sera à nouveau présidé par le cardinal-camerlingue Kevin Farrell, dans la basilique Saint-Pierre.

    "Durant cette liturgie, le maître des célébrations pontificales lira le Rogito, bref texte qui résume la vie et les œuvres importantes du défunt, dont un exemplaire sera placé dans le cercueil, avec une bourse contenant les monnaies frappées à l’effigie du pape durant son pontificat. Ensuite, un voile de soie blanche sera étendu sur le visage du défunt, et le cardinal camerlingue aspergera la dépouille d’eau bénite", précise I.MEDIA.

    Le premier couvercle du cercueil en zinc, gravé de la croix, du blason du défunt et d’une plaque portant le nom du pontife, la durée de sa vie et de son pontificat, sera posé. Le cercueil sera ensuite soudé et scellé. (cath.ch/imedia/vn/lb)

    Diffusion des obsèques sur la RTS
    La cérémonie des obsèques sera diffusée en directe, samedi 27 avril, sur la RTS. Plusieurs spécialistes du monde catholique y participeront pour la commenter en voix off. Parmi eux Fabien Hunenberger, directeur de cath-info.

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    'Evangelii gaudium', le programme du pape François pour sa réforme

    Un peu plus de huit mois après le début de son pontificat, le pape François publie le 24 novembre 2013 l’exhortation apostolique ‘Evangelii gaudium’ (la joie de l’Évangile). Ce texte apparaît comme le programme de son pontificat.

    «La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus.» C’est par ces mots que s’ouvre Evangelii gaudium. L’évangélisation, les défis du monde, la tentation des agents pastoraux, la crise de l’engagement communautaire, la prédication, l’attention aux pauvres, la paix sociale en sont les grandes lignes.

    Document majeur, même si il n’a pas le statut d’encyclique, ce texte peut se considérer comme la ‘feuille de route’ du pape François qu’il a mise en œuvre tout au long de son pontificat. En 288 points, il ouvre des pistes claires et présente avec audace l’esprit de sa réforme.

    «Dieu ne se fatigue jamais de pardonner»

    Le texte est parsemé d’expressions fétiches du pape argentin. Il rappelle ainsi que «Dieu ne se fatigue jamais de pardonner», que l’Église doit «sortir vers les autres pour aller aux périphéries humaines», qu’il souhaite «une Église pauvre pour les pauvres» ou encore qu’il préfère une Église «accidentée et blessée» à une Église malade de sa fermeture.

    Réforme et décentralisation

    Le pontife appelle à une réforme des structures ecclésiales pour les rendre plus missionnaires, ainsi qu’à une véritable conversion de la papauté, pour qu’elle soit plus fidèle à la signification que Jésus-Christ entend lui donner et aux besoins actuels de l’évangélisation. Il lance notamment un appel à «une décentralisation salutaire» de l’institution. Il engage les conférences épiscopales à «repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés», avec audace et créativité.

    "Rendre plus facile la rencontre avec le Christ pour ceux qui ne l'ont jamais rencontré”

    Jésus est le premier évangélisateur

    Le Successeur de Pierre rappelle que l'annonce et le témoignage de l'Évangile du Christ ne peuvent jamais être compris comme "une tâche héroïque personnelle”, car l'œuvre est avant tout celle de Dieu. "Jésus est ‘le tout premier et le plus grand évangélisateur’. Dans toute forme d’évangélisation, la primauté revient toujours à Dieu" (§12). " Il appelle à une conversion pastorale et missionnaire “de toutes les dynamiques ecclésiales, pour faciliter, pour rendre plus facile la rencontre avec le Christ pour ceux qui ne l'ont jamais rencontré”.

    En vue de cette rencontre, le pape indique à ceux qui «rêvent d’une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances» qu’il convient de revoir avec discernement certains usages, normes ou préceptes ecclésiaux. Il écrit par exemple que l’Eucharistie «n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles».

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    Vitrail de la résurrection, chapelle du Passwang (SO) | © Maurice Page

    Le pape dénonce ceux qui «se sentent supérieurs aux autres» parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique propre au passé et qui, au lieu d’évangéliser, analysent et classifient les autres. Il évoque également ceux qui manifestent «un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu les préoccupe».

    Plus de place pour les laïcs et les femmes

    En revanche, de façon très claire, il souligne que l’Église n’entend pas changer de position sur deux questions précises: l’ordination sacerdotale réservée aux hommes, et la défense de la vie, en particulier son opposition à l’avortement et à l’euthanasie.

    "Un prédicateur qui ne se prépare pas n’est pas spirituel, il est malhonnête et irresponsable"

    Côté ouverture, le pape François souhaite «élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église», assurant que leur présence dans le secteur du travail et dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes doit être garantie, et cela aussi bien dans l’Église que dans les structures sociales. Le pape ne manque pas non plus d’insister sur le rôle des laïcs, face à un cléricalisme excessif.

    Des homélies soignées

    Evangelii gaudium offre aussi un long guide pratique écrit par le pape à l’usage des prédicateurs, pour des homélies qui portent réellement des fruits. Le pape demande que les homélies soient préparées «avec soin». Elles doivent être brèves et éviter de ressembler à une conférence ou un cours. Leurs paroles doivent «faire brûler les cœurs». Un prédicateur qui ne se prépare pas n’est pas «spirituel», il est malhonnête et «irresponsable envers les dons qu’il a reçus», écrit le pape.

    Des réfugiés et des pauvres reçus par le pape François à la nonciature de Jakarta
    Des réfugiés et des pauvres reçus par le pape François à la nonciature de Jakarta
    Des réfugiés et des pauvres reçus par le pape François à la nonciature de Jakarta | © Vatican Media

    L’option préférentielle pour les pauvres

    «Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale», écrit le pape. Qui consacre une longue partie de ce document à ses sujets de préoccupation majeure, à savoir l’intégration sociale des pauvres, le bien commun, la paix sociale et le dialogue social comme contribution à la paix. «La politique tant dénigrée est une des formes les plus précieuses de la charité», affirme le pontife.

    "Les enfants à naître sont les plus sans défense et innocents de tous, auxquels on veut nier aujourd’hui la dignité humaine"

    Il dénonce le système économique, «injuste à sa racine». La culture actuelle du déchet a engendré quelque chose de nouveau: «Les exclus ne sont pas des exploités, mais des ‘déchets’, des ‘restes'». Il exhorte à prendre soin des plus faibles: les sans-abri, les toxicomanes, les réfugiés, les populations indigènes, les personnes âgées toujours plus seules et abandonnées. Il encourage les nations à une «généreuse ouverture». Il évoque les victimes de la traite et des nouvelles formes d’esclavage.

    Il n’oublie pas non plus les enfants à naître «qui sont les plus sans défense et innocents de tous, auxquels on veut nier aujourd’hui la dignité humaine».

    Œcuménisme et dialogue interreligieux

    Pour le pape François, l’œcuménisme est un chemin incontournable de l’évangélisation. «Nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres», assure-t-il. Dans le dialogue avec les frères orthodoxes, «nous les catholiques, nous avons la possibilité d’apprendre quelque chose de plus sur le sens de la collégialité épiscopale et sur l’expérience de la synodalité… Le dialogue et l’amitié avec les fils d’Israël font partie de la vie des disciples de Jésus… le dialogue interreligieux qui doit être mené avec une identité claire et joyeuse, est une condition nécessaire pour la paix dans le monde… et il n’éclipse pas l’évangélisation».

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    Vitrail de la Pentecôte, de Yoki, à église Ste-Thérèse à Fribourg | © Maurice Page

    Le pape affirme que la relation avec les croyants de l’Islam acquiert à notre époque une grande importance. Il implore «humblement» les pays de tradition musulmane d’assurer la liberté religieuse aux chrétiens, en prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux. Il réaffirme aussi l’importance du dialogue et de l’alliance entre croyants et non-croyants.

    Espérer, sans condamner

    «Dans notre rapport avec le monde, précise-t-il, nous sommes invités à rendre compte de notre espérance, mais non pas comme des ennemis qui montrent du doigt et condamnent». Le pape invite à ne pas se décourager face aux échecs ou aux faibles résultats parce que la «fécondité est souvent invisible, insaisissable, elle ne peut pas être comptée».

    L’exhortation apostolique Evangelii gaudium s’achève par une longue prière à Marie, Mère de l’Évangélisation, «car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection».  (cath.ch/mp)

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    «Dans l’Église, il y a un 'avant’ et un 'après’ Laudato si’»

    Laudato si’ (2015) et sa suite Laudate Deum (2023) ont été parmi les textes les plus marquants de François. L’encyclique sur l’écologie intégrale continue d’être une référence, autant dans l’Église que dans la société, assure l’écothéologien Michel-Maxime Egger.

    Quelles ont été vos premières pensées lorsque l’encyclique Laudato si’ est sortie, en juin 2015?
    Michel-Maxime Egger: Le fait même qu’un pape ait écrit une encyclique entièrement sur l’écologie était en soi un événement. Bien sûr, en tant que personne à la fois intéressée par l’écologie et la spiritualité, je m’en suis réjoui et me suis immédiatement mis à sa lecture.

    Quelles nouveautés y avez-vous vues?
    Des papes précédents avaient certes abordé les préoccupations écologiques. Mais ces allusions étaient restées secondaires et largement inconnues du grand public. Avec Laudato si’, l’Église a définitivement inscrit la sauvegarde de la création au cœur du message chrétien.

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    L'écothéologien Michel-Maxime Egger a été enthousiasmé par Laudato si' | © Sophie Brasey

    Pas seulement catholique...?
    Une particularité de l’encyclique est justement qu’elle ne s’adresse pas qu’aux catholiques, ni même qu’aux chrétiens, mais à toute personne de bonne volonté. Et elle le fait de façon très ouverte. Alors que les encycliques affirment habituellement avec force la position de l’Église, le pape François précise d’emblée qu’il n’y a pas une manière unique d’interpréter la réalité. Le texte n’est pas seulement une invitation à collaborer pour le bien de la création, mais également à engager un dialogue sincère, honnête et respectueux sur l’avenir de l’humanité.

    Quelle est l’aspect le plus marquant de Laudato si’?
    Le texte va beaucoup plus loin que la sauvegarde de la création. Ce que Fançois propose, c’est un véritable changement de paradigme. Il appelle à avancer dans une “révolution culturelle” courageuse. Avec son concept de “sobriété heureuse”, il émet une critique très forte du paradigme technocratique et consumériste, de l’obsession de la croissance, d’un système économique qui produit une culture du gaspillage.

    Dans Laudate Deum, il enjoint à aller aux racines de la crise écologique, aux sources du comportement destructeur de l’humain. Pour le pape, ces racines sont d’ordre spirituel. Il exhorte à changer notre regard à travers une mystique de la création, vue comme le reflet de Dieu, sa manifestation, mais aussi le lieu de sa présence. Cette découverte, véritable expérience spirituelle, va nourrir des vertus écologiques telles que la gratitude, l’émerveillement, le respect, ou encore l’humilité.

    "Le 'timing’ de parution de l’encyclique était parfait"

    Laudato si’ utilise également le registre émotionnel pour communiquer. Le pape veut que les lecteurs aillent vers leur ressenti, qu’ils ne se contentent pas d’être  informés mais qu’ils soient aussi touchés par les désordres écologiques. Il invite à «oser transformer en souffrance personnelle» ce qui arrive à la Terre. “Nous devrions vivre la disparition d’une espèce comme une amputation de notre être”, conseille-t-il d’ailleurs.

    Ce sont autant d’aspects de Laudato si’ qui expliquent son rayonnement particulier.

    Comment percevez-vous ce “rayonnement” dans votre entourage socio-professionnel?
    Pour moi qui gravite beaucoup dans les milieux éco-spirituels et écologistes, je remarque à quel point le texte a marqué. Je dirais même qu’il est devenu une référence, qui inspire, encourage, rassemble. Il a également été reçu très largement et positivement dans des milieux écologistes militants parfois méfiants envers le christianisme.

    "Laudato si’ cite de nombreux penseurs non catholiques"

    J’ai participé en août 2015 aux Assises chrétiennes de l’écologie, à St-Étienne, et on parlait déjà à ce moment-là de “génération Laudato si’”. Tout le monde était d’accord sur ce point: “Dans l’histoire de l’Église catholique, il y a vraiment un 'avant’ et un 'après’ Laudato si’.”

    Il faut aussi dire que le 'timing’ de parution de l’encyclique était parfait. Elle est arrivée juste avant la COP21 de Paris, à un moment où la préoccupation écologique était très présente dans la société.

    Comment expliquer le succès de Laudato si’ au-delà de la sphère catholique?
    L’une des explications est le fait que l’encyclique fait largement appel à des ressources en dehors du monde catholique. Notamment à la science. L’état des lieux de la planète que réalise le pape François repose sur des données scientifiques très fiables. Il fait confiance à ces recherches en critiquant au passage les climatosceptiques. C’est une posture d’une grande lucidité, qui a été largement saluée dans de nombreux milieux, et notamment le milieu académique.

    "Le pape réalise une auto-critique de la tradition chrétienne qui n’est pas habituelle dans les textes pontificaux"

    Sur le plan philosophico-religieux, Laudato si’ cite de nombreux penseurs non catholiques. Outre le patriarche œcuménique orthodoxe Bartholomée Ier, on peut relever le mystique soufi Ali Al-Khawas. Il y a en outre une extraordinaire reconnaissance de l’apport des peuples premiers, une référence peu banale si l’on considère la peur immémoriale existant dans le catholicisme vis-à-vis du paganisme.

    Laudato si’ a-t-elle pu réconcilier le message chrétien avec l’écologie?
    C’est ce que tente de faire le pape. Le texte est en fait en grande partie une réponse à un article très critique de l’historien américain Lynn White paru dans la prestigieuse revue Science en 1967, qui accusait – non sans raison - la tradition judéo-chrétienne d’être co-responsable des dommages au vivant, du fait de son “arrogance anthropocentrique”. Il y a eu depuis lors une forme de suspicion sur la légitimité de l’écologie chrétienne.

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    Une suite est prévue à l'encyclique Laudato si', publiée en 2015 | © cath.ch

    Mais le pape François répond bien à cela en expliquant que cet “anthropocentrisme dévié”, conduisant à des «styles de vie déviés”, repose sur une lecture erronée faite par les chrétiens de certains textes de la Genèse. Le pape réalise également en cela une auto-critique de la tradition chrétienne qui n’est pas habituelle dans les textes pontificaux. Il adopte une vision plus humble de l’humain, le considérant comme un “intendant” ou “jardinier” de la création.

    Que peut-on malgré tout reprocher aux écrits écologiques du pape François?
    Personnellement, un certain nombre de choses me manquent dans ces textes. Par exemple, alors que François cite un grand nombre de ressources utilisées pour écrire Laudato si’ et Laudate Deum, il omet de mentionner le Conseil œcuménique des Églises [COE-basé à Genève, ndlr]. C’est dommage, car ces textes auraient été impossibles à écrire sans l’immense travail sur l’écologie réalisé par le COE depuis les années 1970.

    "Laudato si’ reste très prudent sur les sujets 'qui fâchent'”

    Je serais personnellement allé beaucoup plus loin dans la critique de l’anthropocentrisme. Laudate Deum parle encore d’une “prééminence de l’être humain” par rapport à la création. Il subsiste une forme de dualisme pyramidal, qui est un peu contradictoire avec l’idée que l’on fait partie intégrante de la création et que celle-ci, comme le souligne François, fait partie de notre être avec tous ses règnes.

    Laudato si’ reste également très prudent sur les sujets “qui fâchent”, tels que la consommation de viande, la croissance démographique ou la place des femmes.

    Elles sont les grandes oubliées de l’encyclique?
    L’absence de ces dernières a été révélée par la communauté de l’Université catholique de Louvain dans une lettre adressée au pape François à l’occasion de sa visite, en septembre 2024, pour les 600 ans de l’institution. À cette interpellation, le pape a simplement répondu en tirant en corner et en rappelant que «l’Église est une femme [...], l’épouse» et que «la femme est un accueil fécond, soin, dévouement vital». Ces propos ont suscité une réaction immédiate de l’UCLouvain qui, dans un communiqué de presse, a exprimé son «incompréhension», sa «désapprobation» et son «désaccord» face à une «position déterministe et réductrice». Il est donc temps et plus nécessaire que jamais de tisser des ponts entre l’écothéologie et l’écoféminisme.

    Ces manques n’enlèvent cependant rien au grand mérite de ces textes qui ont une vraie force et la grande qualité d’être globalement en phase avec la pensée écologique d’aujourd’hui. (cath.ch/rz)

    Écothéologien d’enracinement orthodoxe et sociologue, Michel Maxime Egger, né en 1958, est un essayiste, conférencier et ancien journaliste, domicilié dans le canton de Vaud. Il a fondé en 2016 le Laboratoire de transition intérieure, porté par l’Entraide protestante (EPER) et l’organisation catholique Action de Carême. Le Laboratoire est devenu, après la retraite de Michel Maxime Egger en 2023, le TransformAction Lab au sein de la seule EPER. Les derniers ouvrages de l’écothéologien sont: À l’écoute de la création (Cabédita 2024) et, co-écrit avec Charlotte Luyckx, Gaïa et Dieu'e. Un écoféminisme chrétien est possible, parution en mai 2025 aux Éditions de l’Atelier. Michel Maxime Egger anime également le site www.trilogies.org, qui offre de nombreuses ressources sur l’écospiritualité. RZ

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    Silence du gouvernement israélien devant le décès du pape François

    La mort du pape François, le 21 avril 2025, n'a provoqué que de rares réactions en Israël, où le président Isaac Herzog a été le seul officiel à présenter des condoléances. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou, lui, est resté muet. Le gouvernement aurait ordonné à ses ambassadeurs de ne pas envoyer ou signer de messages de condoléances.  

    Dans son message Urbi et Orbi du jour de Pâques, le pape François, à la veille de sa mort, avait une fois encore dénoncé la situation à Gaza où le “terrible conflit continue de semer la mort et la destruction et de provoquer une situation humanitaire dramatique et ignoble. J’appelle les belligérants: cessez le feu, que les otages soient libérés et que l’aide précieuse soit apportée à la population affamée qui aspire à un avenir de paix!”

    Dans les phrases précédentes, il s’était dit “proche des souffrances des chrétiens de Palestine et d’Israël, ainsi que de tout le peuple israélien et de tout le peuple palestinien. Le climat d’antisémitisme croissant qui se répand dans le monde entier est préoccupant.”

    Après sa mort lundi matin, cet ultime appel du pape, répété inlassablement pratiquement tous des dimanches depuis octobre 2023, ne semble pas avoir trouvé plus d’écho.

    Condoléances du seul président Herzog

    Si le président israélien Isaac Herzog a été l'un des premiers dignitaires dans le monde à réagir lundi à la mort du pape, saluant "un homme de foi profonde et de compassion sans fin", le Premier ministre Benjamin Netanyahou, habituellement très présent sur les réseaux sociaux, n'a pour sa part pas publié de message. Le ministère israélien des Affaires étrangères a certes envoyé un message sur X avec la mention "Qu'il repose en paix", mais il l'a rapidement retiré, a rapporté la presse israélienne.

    La honte d’un député travailliste

    Le député Gilad Kariv du parti travailliste Avoda s’est rendu le 22 avril au Patriarcat latin de Jérusalem.« Je suis ici pour exprimer mes condoléances au nom de la grande majorité des citoyens israéliens », a-t-il expliqué au Times of Israel.

    «J’ai honte que le gouvernement israélien et la Knesset n’aient pas publié de message officiel de condoléances», a-t-il ajouté. «Notre président, Isaac Herzog, l’a fait, et j’attends et j’exige du Premier ministre, du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l’Intérieur qu’ils fassent de même.»

    Pour Gilad Kariv, la grande majorité des Israéliens appréciaient la profonde amitié que le défunt pape vouait au peuple juif, son engagement à ramener tous les otages et son engagement à établir «une paix durable en Terre promise».

    Le ministère israélien retire son message de condoléances

    Dans le même temps, le ministère des Affaires étrangères a effacé un message, sur son compte officiel X, qui disait sa tristesse à la nouvelle de la mort du pape. «Repose en paix, pape François. Que sa mémoire soit bénie», pouvait-on lire dans cette publication supprimée après quelques heures. Un haut responsable du ministère des Affaires étrangères a déclaré que ce message avait été publié «accidentellement».

    L'ancien ambassadeur israélien en Italie, Dror Eydar, a été encore plus dur. Dans un article publié dans le quotidien gratuit Israel Hayom, il estime que le défunt pape "était en grand partie responsable de la hausse de l'antisémitisme dans le monde depuis le 7 octobre 2023".

    Les ambassadeurs d’Israël interdits de réaction

    En outre partout dans le monde, les missions diplomatiques israéliennes auraient reçu l’ordre de supprimer les messages similaires et de ne pas signer de livres de condoléances dans les ambassades du Vatican, affirme le site d’information Ynet.

    «Nous n’avons eu aucune explication, seulement l’ordre liminaire de le supprimer», a expliqué un diplomate. «Lorsque nous avons posé la question, on nous a répondu que la chose était 'en cours d’examen’. Cela ne nous satisfait pas plus que la population auprès de laquelle nous représentons Israël.»

    Le ministère des Affaires étrangères israélien a néanmoins confirmé à l'AFP qu'Israël serait représenté aux funérailles du pape par son ambassadeur au Vatican, Yaron Zeidman. (cath.ch/ag/mp)

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    L'œcuménisme de la rencontre

    Sur le plan de l’œcuménisme, le pape François opte pour une culture de la rencontre fondée sur des gestes de proximité et d'amitié personnelle avec les dirigeants des différentes confessions chrétiennes. Ses voyages et ses audiences le confirment.

    Le pape François n’a pas laissé de documents majeurs sur l’œcuménisme, préférant se référer aux textes de ses prédécesseurs Jean Paul II et Benoît XVI. En 2020, à l’occasion du 25 anniversaire de l’encyclique Ut unum sint de Jean Paul II, le pape François livre dans une lettre sa vision de l’œcuménisme : “Je rends grâce au Seigneur pour le chemin qu’il nous a permis de parcourir en tant que chrétiens dans la recherche de la pleine communion. Je partage moi aussi la saine impatience de ceux qui pensent parfois que nous pourrions et devrions nous engager davantage. Toutefois, nous ne devons pas manquer de foi et de reconnaissance: de nombreux pas ont été faits en ces décennies pour guérir les blessures séculaires et millénaires; la connaissance et l’estime réciproques se sont accrues, en aidant à surmonter les préjudices enracinés; le dialogue théologique et celui de la charité se sont développés, tout comme les diverses formes de collaboration dans le dialogue de la vie, sur le plan pastoral et culturel.”

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    Le pape François en visite à l'Institut œcuménique de Bossey, le 21 juin 2018. Echange de cadeaux avec le pasteur Olaf Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil oecuménique des Églises | © WCC Peter Williams

    Laissant au Dicastère pour l’unité des chrétiens, dirigé par le cardinal suisse Kurt Koch, les questions du dialogue théologique, le pape François a ainsi privilégié œcuménisme de la rencontre en recevant à Rome ou en visitant pratiquement tous les chefs des grandes Eglises chrétiennes, ne manquant jamais lors de ses voyages de participer à un rassemblement œcuménique.

    Le patriarche Bartholomée de Constantinople, le primat de l’Eglise anglicane Justin Welby seront deux de ses interlocuteurs privilégiés, mais il rencontrera aussi plusieurs fois, le pape des coptes d’Égypte Tawadros II, le katholikos arménien Karékine II, le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE et encore bien d’autres.

    Le pontificat du pape François a changé profondément le paysage œcuménique, notait un observateur protestant. “Non pas qu’il soit véritablement un réformateur, dans le sens protestant du terme, mais tout simplement parce qu’il prend vraiment au sérieux ses interlocuteurs, sans faire une hiérarchie entre partenaires de première et deuxième division.”

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    Le pape François et le patriarche Bartholomée Ier, devant l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, 25 mai 2014 | Wikimedia Commons

    Voyages œcuméniques

    Plusieurs des voyages du pape François auront un but explicitement œcuménique. En juin 2015, il visite l’église vaudoise du Piémont à Turin. En septembre, il se rend à l’église luthérienne de Rome. Sa rencontre avec le patriarche de l’Eglise orthodoxe russe Cyrille, à Cuba en février 2016, est la première entre les chefs de ces deux Églises depuis le schisme entre chrétiens d’Orient et d’Occident il y a près de mille ans. En octobre 2016, le pape François se rend à Lund, en Suède, pour le 500e anniversaire de la Réforme protestante. En 2018, il visite le Conseil œcuménique des Églises (COE) à Genève, après Paul VI en 1969 et Jean Paul II en 1984.

    La plupart des nations que le pape François a visitées en Europe sont à majorité orthodoxe: en 2019, c'était la Bulgarie, la Macédoine du Nord et la Roumanie. En 2021, Chypre et la Grèce. En 2023, il se rend au Soudan du Sud avec le primat anglican Justin Welby.

    L’oecuménisme du sang

    L’oecuménisme des martyrs est encore un autre axe de la démarche du pape François. En 2016 il improvise en expliquant: «Quand les terroristes ou les puissances mondiales persécutent les minorités chrétiennes ou les chrétiens, ils ne demandent pas: «Mais es-tu luthérien? Es-tu orthodoxe? Es-tu catholique? Es-tu réformé? Es-tu pentecôtiste? Non. Mais ils lancent: ‘Toi, tu es chrétien. L’ennemi ne se trompe pas, il sait bien reconnaître où est Jésus.».

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    Prière oecuménique au mausolée John Garang, à Djouba (Soudan du Sud) | © Vatican Media

    L’une des images les plus frappantes sera celle des 21 martyrs coptes d’Égypte exécutés par Daesh en Lybie en 2015 et dont le martyr est reconnu par l’Eglise catholique en 2023.

    L’oecuménisme des reliques

    Fait moins souligné mais d’une haute importance symbolique, François pratique aussi un œcuménisme des reliques et des œuvres d’art. Des reliques sont offertes ou prêtées à d’autres Églises, comme celles de saint Nicolas qui attirent des millions de fidèles à Moscou et en Russie en 2017. En 2019 le pape François décide de faire don d'une relique de saint Pierre au patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée. En 2023, trois fragments de la frise du Parthénon conservés au Musée du Vatican sont restitués à la Grèce.

    L’échec du rapprochement avec Moscou

    Au début de sont pontificat, le pape François caresse l’idée d’un rapprochement significatif avec Moscou qui regroupe sous son égide une large majorité de l’orthodoxie mondiale. Ces efforts aboutissent à la rencontre historique en 2016 à la Havanne avec le patriarche Cyrille de Moscou.

    Beaucoup entrevoient une possible visite du pape à Moscou. Mais la relation se tend rapidement autour de la situation en Ukraine. Sur le plan religieux d’abord, où Moscou tolère mal la concurrence des gréco-catholiques et condamne l’émergence d’une Église nationale autocéphale reconnue par le patriarche Bartholomée.

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    Le pape François et le patriarche Cyrille à Cuba, le 12 février 2016 (Photo: news.va)

    L’invasion russe en Ukraine en 2022 précipite une quasi rupture. Le soutien du patriarche Cyrille à la guerre et son discours conservateur face à un Occident dépravé agacent le pape François qui le traite ‘d’enfant de chœur de Vladimir Poutine’. L’idée d’un rapprochement fait long feu, même si tous les contacts ne sont pas rompus.

    Revers de la médaille

    Cet œcuménisme de l’action a un revers aux yeux de nombreux observateurs, le manque de progrès significatifs dans le dialogue théologique après les avancées des années 1970-1980. De nombreuses commissions mixtes ou groupes travail ont continué leurs efforts sur les divergence doctrinales, mais ces organes peinent à dépasser le stade du constat.

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    Le pape François à la cathédrale de Lund, entouré de l'évêque Munib Younan, président de la Fédération luthérienne mondiale (FLM)et du révérend Martin Junge, secrétaire général de la FLM | © Church of Sweden/Magnus Aronson

    Pour les catholiques, par exemple, la communion à la messe est très différente de la manière dont la voient les protestants. Mais le pape François, en répondant un jour à une luthérienne qui lui demandait si elle pouvait communier avec son mari catholique, l'a simplement renvoyée à sa conscience personnelle et au discernement de l'évêque.

    Ainsi en Allemagne notamment, où les mariages interconfessionnels sont courants, la majorité des évêques consent à donner la communion aux deux conjoints. Mais en l’absence de réponse univoque, cela soulève un autre obstacle œcuménique, cette fois-ci avec les orthodoxes radicalement opposés à toute forme d’intercommunion.

    L’unité est un don de l’Esprit-Saint

    "Quel chemin nous reste-t-il à faire ?" s’interrogeait le pape François dans sa lettre de 2020. Une chose est certaine : l’unité n’est pas principalement le résultat de notre action, mais elle est un don de l’Esprit Saint. Cependant elle "ne viendra pas comme un miracle à la fin: l’unité vient dans le cheminement, c’est l’Esprit Saint qui la fait dans le cheminement." (cath.ch/mp)

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    François, un pape théologien… et géomètre

    Le pape François utilise fréquemment l’image du polyèdre pour expliquer sa perception de l’humanité, dans sa diversité qui combat l’uniformisation culturelle. Analyse d’un langage géométrique qui oriente vers une profondeur humaine et théologique.

    Bernard Litzler, pour cath.ch

    La Terre est ronde, mais le monde, lui, ne tourne pas toujours très rond. Le pape François le sait. Depuis plusieurs années, sa réflexion valorise une figure géométrique, le polyèdre (voire encadré). Est-ce dû à son diplôme de technicien en chimie, obtenu à Buenos Aires avant de rejoindre le séminaire?

    Toujours est-il que l’actuel successeur de Pierre fait fréquemment allusion au polyèdre pour expliquer sa vision du monde. Le 21 novembre 2013 – année de son élection -, il explique dans un message vidéo pour le Festival de la Doctrine sociale de l’Eglise: «Il me plaît d’imaginer l’humanité comme un polyèdre, dans lequel les formes multiples, s’exprimant, constituent les éléments qui composent, dans la pluralité, l’unique famille humaine. C’est cela, la vraie globalisation! L’autre globalisation, celle de la sphère, est une homogénéisation!».

    Garder son identité

    Le polyèdre s’oppose donc à la sphère. En d’autres termes, l’uniformisation qui menace la planète – les mêmes références, séries TV ou boissons – s’oppose à la diversité, symbolisée par les multiples faces du polyèdre.

    Le 24 novembre 2013, le pape François reprend le symbole dans son exhortation apostolique La Joie de l’Evangile: «Quand une personne garde sa particularité personnelle et ne cache pas son identité, elle reçoit toujours de nouveaux stimulants pour son propre développement, écrit-il. Ce n’est ni la sphère globale, qui annihile, ni la partialité isolée, qui rend stérile».

    «Pour le pape, tous, dans leur originalité, ont leur place dans le plan de Dieu»

    Le pape justifie ainsi son choix: «Le modèle n’est pas la sphère, où chaque point est équidistant du centre et où il n’y a pas de différence entre un point et un autre. Le modèle est le polyèdre qui reflète la confluence de tous les éléments partiels qui, en lui, conservent leur originalité. Tant l’action pastorale que l’action politique cherchent à recueillir dans ce polyèdre le meilleur de chacun».

    Unité et diversité

    Les théologiens et les vaticanistes saisissent la portée de la réflexion «françoisienne», dans un sens politique: le polyèdre permet de penser à la fois l’unité du monde et la diversité des identités. En 2017, dans son livre-entretien avec le sociologue français Dominique Wolton (Politique et société, un dialogue inédit, Ed. de l’Observatoire), le pape complète: «On peut voir la globalisation comme un phénomène politique, sous la forme d’une «bulle» dont chaque point est équidistant du centre. Tous les points sont identiques et ce qui prime c’est l’uniformité: ce type de globalisation détruit la diversité», lance-t-il.

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    L'image du polyèdre est récurrente dans la théologie du pape François | © Pixabay

    «Mais on peut aussi la concevoir comme un polyèdre, où tous les points sont unis, mais où chaque point, qu’il s’agisse d’un peuple ou d’une personne, garde sa propre identité. Faire de la politique, c’est rechercher cette tension entre l’unité et les identités propres».

    Non à la lassitude

    Garder son identité personnelle, ne pas devenir des numéros, uniformes. Cette insistance sur la personnalité de chaque personne, de chaque peuple, de chaque Eglise, François la reprend dans Fratelli tutti, son encyclique du 3 octobre 2020. «Il n’est possible d’accueillir celui qui est différent et de recevoir son apport original que dans la mesure où je suis ancré dans mon peuple, avec sa culture» (n° 143).

    «L’image du polyèdre renvoie à la miséricorde de Dieu»

    Et il ajoute: «L’universel ne doit pas être l’empire homogène, uniforme et standardisé d’une forme culturelle dominante unique qui finalement fera perdre au polyèdre ses couleurs et aboutira à la lassitude» (n° 144). L’universalité actuelle équivaut, pour François, à «une tentative malavisée, née de l’orgueil et de l’ambition, de créer une unité différente de celle voulue par Dieu dans son plan providentiel pour les nations» (n° 144).

    Jeunes et vieux

    Pour le pape, tous, dans leur originalité, ont leur place dans le plan de Dieu: «Aujourd’hui, disait le pape dans sa vidéo du 21 novembre 2013, les jeunes et les personnes âgées sont considérées comme des rebuts parce qu’ils ne répondent pas aux logiques productives d’une vision fonctionnelle de la société. On dit qu’ils sont «passifs», dans l’économie du marché, ils ne sont pas sujets de production.» Or les jeunes sont «la force pour aller de l’avant» et les personnes âgées «la mémoire du peuple».

    Pour le théologien et bénédictin français Ghislain Lafont, décédé en 2021, l’image du polyèdre renvoie à la miséricorde de Dieu. L’image du polyèdre fait aussi droit à la pluralité dans l’Eglise, estime-t-il dans son Petit essai sur le temps du pape François. Polyèdre émergent et pyramide renversée, paru en 2017 (Ed. du Cerf). D’où une vision synodale de l’Eglise, «pyramide renversée» où le sommet est au service de la base.

    Académiciens et ouvriers

    Cette base, le pape la considère dans sa largeur, y compris «les pauvres avec leur culture, leurs projets, et leurs propres potentialités», écrit-il dans La Joie de l’Evangile (n° 236). Car la plénitude de la richesse de l’Evangile «incorpore les académiciens et les ouvriers, les chefs d’entreprise et les artistes, tous» (n° 237). Une référence explicite à la théologie du peuple, autre axe important du pontificat actuel.

    Le 21 juin 2019, à Naples, le pontife invite les théologiens à poursuivre la recherche en ce sens: «Je rêve de facultés théologiques où l’on vit la convivialité des différences, où l’on pratique une théologie du dialogue et de l’accueil, où l’on expérimente le modèle du polyèdre du savoir théologique, au lieu d’une sphère statique et désincarnée». L’Eglise catholique continue d’explorer la profondeur de la figure géométrique promue par le pape. (cath.ch/bl)

    Le polyèdre, une vieille histoire
    Un polyèdre désigne une figure géométrique à trois dimensions avec plusieurs faces. Par exemple, un cube. Le mathématicien grec Pythagore (entre 590 et 550 av. J.-C.) a découvert cinq polyèdres qualifiés de solides parfaits. Avec trois polygones réguliers (le triangle, le carré et le pentagone), il bâtit cinq polyèdres réguliers : le tétraèdre, l’octaèdre, le cube, l’icosaèdre et le dodécaèdre (formé de douze pentagones). Le philosophe Platon reprend ces éléments, si bien que les cinq polyèdres réguliers sont appelés polyèdres platoniciens. Plus tard, Archimède (297-212 av. J.-C.) crée une nouvelle catégorie, dits polyèdres archimédiens. Son génie? utiliser les faces de polygones réguliers, mais de nature différente. Treize polyèdres sont obtenus à partir des cinq polyèdres platoniciens. De nos jours, leur étude se poursuit avec de nouvelles figures, baptisées zonoèdres. Par exemple, le fullerène, une figure moléculaire comportant 12 pentagones et 20 hexagones. BL

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    François et les 'vieilles dentelles': les relations difficiles avec les tradis  

    «La tradition, c’est la foi vivante des morts. Et le traditionalisme, c’est la foi morte de quelques vivants.» Cette phrase choc, prononcée en 2022, illustre bien le rapport difficile qu’a entretenu le pape François avec le monde de la tradition. Mais au-delà des mots durs, il a aussi adopté une attitude pastorale plus souple envers les 'tradis', l’enjeu restant pour le pontife l’unité de l’Église.

    Les rapports du pape François avec le monde de la tradition ont toujours été complexes, ils ont constamment oscillé entre une condamnation formelle confinant au mépris pour les 'vieilles dentelles' et une attitude pastorale plus souple envers les fidèles attachés à l’ancien rite.

    Les quelques paragraphes consacrés aux traditionalistes dans la dernière biographie de 2025 Espère n’ont pas manqué de faire grincer des dents les tenants de l’ancien rite: “C’est curieux, cette fascination pour ce que l’on ne comprend pas, qui a un air un peu occulte, et qui semble parfois intéresser même les générations les plus jeunes. Souvent, cette rigidité s’accompagne de toilettes recherchées et coûteuses, de dentelles, de rubans, de chasubles. Ce n’est pas un goût pour la tradition, mais une ostentation de cléricalisme, qui n’est rien d’autre que la version ecclésiastique de l’individualisme.”

    “Non pas un retour au sacré, mais tout le contraire: une mondanité sectaire. Parfois, ces déguisements dissimulent des déséquilibres, des déviations affectives, des problèmes comportementaux, un malaise personnel qui peut être instrumentalisé...”

    Suppression d’Ecclesia Dei

    Si l’on se penche sur son pontificat, un premier coup de semonce arrive en janvier 2019. Le pape François décide de supprimer la Commission pontificale Ecclesia Dei pour confier ses tâches à une section spéciale au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

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    Le pape François limite l'usage de la messe tridentine

    Cette commission, créée en 1988, était jusqu’alors chargée du dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X de Mgr Lefebvre (FSSPX) et gérait les relations avec les communautés traditionalistes. En mettant fin à ce régime d’exception, le pape montrait sa volonté de faire rentrer les ‘tradis’ dans le rang. Plusieurs communautés traditionalistes, en particulier françaises, dépendaient de la Commission Ecclesia Dei où elles avaient souvent bénéficié de la mansuétude de ses responsables.

    Le nœud de Traditionis custodes

    Mais les tensions se sont surtout cristallisés autour du motu proprio Traditionis custodes de juillet 2021, par lequel le pape François restreint l’usage de la célébration de la messe dite tridentine, selon le rite préconciliaire, révoquant les larges concessions accordées par Benoît XVI en 2007. La mesure a provoqué un tollé chez les ‘tradis’. Cette petite minorité dans l’Églisetrès bruyante, compte dans ses rangs quelques personnalités connues.

    Après une enquête auprès des conférences épiscopales, François déplorait «une situation qui me chagrine et m’inquiète, me confirmant dans la nécessité d’intervenir», étant donné que le désir d’unité a été «gravement méprisé» et que les concessions offertes avec magnanimité ont été utilisées «pour accroître les distances, renforcer les différences, construire des oppositions qui blessent l’Église et entravent son chemin, l’exposant au risque de la division».

    Un enjeu qui va bien au-delà de la messe en latin

    Pour le pape François, l’enjeu allait bien au-delà de la question de la célébration de la messe en latin. Il dénonçait «une instrumentalisation du Missale Romanum de 1962, de plus en plus caractérisé par un rejet croissant non seulement de la réforme liturgique, mais aussi du Concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il a trahi la Tradition et la ‘vraie Église’».

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    Riddes le 17 avril 2024. Funérailles de Mgr Vitus Huonder à la Fraternité sacerdotale saint-Pie X | © Bernard Hallet

    Il répétera à maintes reprises cette vision des choses, face à une résistance tenace de l’aile conservatrice de l’Église, en particulier dans le monde nord-américain. Les opposants “voulaient que l’Église soit une Église moralisatrice, un refuge contre la modernité, que l’Église soit une forteresse d’où elle émettrait des condamnations et des édits et s’opposerait au soi-disant programme progressiste», analysait Christopher Lamb, correspondant à Rome de l’hebdomadaire catholique britannique The Tablet.

    “Quand on recule, on forme quelque chose de fermé, de déconnecté des racines de l’Église et on perd la sève de la révélation. Si l’on ne change pas vers le haut, on recule”, expliquait de son côté le pape François aux jésuites du Portugal.

    Bienveillance pastorale

    Si le pape François est resté très dur sur les principes, cela ne l’a pas empêché de montrer aussi une souplesse pastorale envers les ‘tradis’. Ainsi en février 2022 il signe un décret autorisant la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) à utiliser le rite tridentin et exemptant les prêtres de la Fraternité traditionaliste en communion avec le Saint-Siège des dispositions de Traditionis Custodes. Les dirigeants de la principale dissidence de la Fraternité Saint Pie X de Mgr Lefebvre parleront même d’un ‘climat très cordial’ lors de leur rencontre avec le pape.

    “J’ai désiré d’un grand désir’

    Toujours désireux de jouer l’équilibre, le pape publie, en juin 2022, une nouvelle lettre apostolique Desiderio desideravi, (J’ai désiré d’un grand désir) qu’il définit comme un complément à Traditionis custodes.

    Il y rappelle que “l’art de la célébration ne s’improvise pas”. Chaque détail de la liturgie «est digne de la plus grande attention, non pas formelle ou simplement extérieure, mais vivante et intérieure.” Il pointe du doigt les dérives possibles: «une austérité rigide ou une créativité exaspérante, un mysticisme spiritualisant ou un fonctionnalisme pratique, une vivacité précipitée ou une lenteur exagérée, une insouciance négligée ou une minutie excessive, une amabilité surabondante ou une impassibilité sacerdotale». Pour remédier à ces mauvaises pratiques, le pape François invite les prêtres à se laisser «continuellement» éduquer par la liturgie elle-même.

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    Le pape François célèbre la messe à Sainte-Marthe | © Vatican Media

    «L’homme moderne est devenu analphabète» parce qu’il «ne sait plus lire les symboles», regrette le pontife. Sa lettre est une invitation à retrouver le goût de l’«émerveillement pour le mystère pascal».

    Il s’en explique encore quelque temps plus tard devant l’association italienne des professeurs de liturgie. Il souhaite une liturgie qui ne se réduise pas à «des détails de rubrique», mais qui «fasse élever les yeux au ciel»… tout en gardant «les pieds sur terre», sans «tourner le dos au monde».

    Un situation qui reste confuse

    Sur le terrain, notamment aux États-Unis qui comptent le plus grand nombre de fidèles attachés à l’ancien rite, l’application de Traditionis Custodes est assez contrastée. Si de nombreux évêques ont développé des tactiques de contournement afin de laisser vivre l’ancienne liturgie, d’autres, à l’inverse, ont renforcé les obstacles et les interdits. Jusqu’à présent l’effet de Traditionis custodes n’a donc pas conduit à la suppression totale des messes de rite tridentin que certains redoutaient.

    Les années 2020 ont, en outre, vu la montée en puissance de personnalités populistes qui lient elles-mêmes leurs préférences pour l’ancienne liturgie à une critique théologique de l’orientation de l’Église sous le pontificat de François, concernant la morale, l’écologie, les migrations ou l’économie. On peut penser à l’ancien nonce apostolique aux États-Unis, l’archevêque désormais excommunié Carlo Maria Vigano, au cardinal Raymond Burke, à l’évêque révoqué Joseph Strickland de Tyler, au Texas, au Père James Altman du diocèse de Lacrosse, dans le Wisconsin, suspendu de ministère, ou encore au vice-président J.D. Vance.

    Des gestes et des mots

    Au début 2024, le pape François revenait encore une fois sur la question avec la note Gestis verbisque. Dans ce document, approuvé par le pape et rendu public le 3 février, le Dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) rappelait aux prêtres qu’ils ne pouvaient modifier la liturgie de leur propre initiative, sous peine de rendre le sacrement «invalide». Rome affirmait que toute fantaisie était «toujours un acte gravement illicite et méritait une peine exemplaire».

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    Prêtres de la Fraternité sacerdotale St-Pierre lors de vêpres célébrées à la Cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg, le 30 avril 2017 | © fssp.ch

    Si la liturgie pouvait admettre des adaptations, suivant les cultures où elle se déroulait, elle restait cependant «une discipline à respecter». Les prêtres étaient appelés à conserver «les éléments essentiels des sacrements» dans la «pleine fidélité aux rites prescrits», pour assurer leur validité et l’unité de l’Église. Quelques jours plus tard, le pape répétait que «sans réforme liturgique, il n’y avait pas de réforme de l’Église».

    Préserver l’unité de l’Église

    En janvier 2025, le pape François invitait les fidèles à la «docilité» concernant la liturgie. Il s’exprimait ainsi dans un message pour le 150e anniversaire de la mort du moine français Prosper Guéranger (1805-1875), grand réformateur de la liturgie au XIXe siècle et rénovateur de l’Abbaye de Solesmes. Les travaux du bénédictin français ont permis la «redécouverte historique, théologique et ecclésiologique de la liturgie, comme langage de l’Église et expression de sa foi», relevait le pape.

    Il espérait que son exemple inspirerait les fidèles à «une confiance filiale et une collaboration docile» avec le successeur de Pierre, pour préserver l’unité de l’Église. (cath.ch/mp)

    Quand la Fraternité Saint Pie X donnait raison au pape François
    Sous le pontificat du pape François les relations avec la Fraternité schismatique saint Pie X de Mgr Lefebvre (FSSPX) n’ont connu aucune évolution notable. Après l’échec des tentatives de rapprochement de Benoît XVI, le statu quo a prédominé.
    Au moment de Traditionis custodes, la FSSPX n’a pas protesté à grand cris mais a été satisfaite de voir sa position renforcée, espérant pouvoir accueillir les fidèles rejetés par le pape François. Pour elle, comme pour le pape, “deux messes édifient deux cités”.
    Pourquoi la messe tridentine est-elle devenue un signe de contradiction à l’intérieur même de l’Église? s’interrogeait l’abbé Davide Pagliarani. Pour le supérieur général de la FFSPX, la réponse est claire: «La messe tridentine exprime et véhicule une conception de la vie chrétienne et, par conséquent, une conception de l’Église qui est absolument incompatible avec l’ecclésiologie issue du concile Vatican II. Le problème n’est pas simplement liturgique, esthétique ou purement formel. Le problème est à la fois doctrinal, moral, spirituel, ecclésiologique et liturgique. En un mot, c’est un problème qui touche tous les aspects de la vie de l’Église, sans exception: c’est une question de foi.» MP

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    Le pape François et l’homosexualité, une danse de tango

    Le pape François a gardé sur la question de l’homosexualité une attitude largement ambivalente. Faisant preuve d’une bienveillance pastorale remarquée envers la population LGBT, il n’a en revanche apporté que de timides changements doctrinaux dans ce domaine.

    «Si quelqu'un est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour le juger?» Cette petite phrase, prononcée peu après son élection, le 13 mars 2013, avait suscité une grande surprise, et un espoir, au sein de la communauté LGBTQ que l’Église catholique se dirige vers un profond et décisif changement d’attitude envers l’homosexualité. La déclaration Fiducia supplicans, publiée en décembre 2023, autorisant la bénédiction des couples de même sexe, a également été vécu comme un pas positif (bien qu’insuffisant) par les milieux concernés.

    Des développements qui ont signalé une évolution importante de la pensée de Jorge Bergoglio à ce sujet. Certains se rappelaient qu’en tant qu’archevêque de Buenos Aires, il s’était opposé en termes durs à l’introduction du mariage pour les personnes de même sexe en Argentine. En 2010, il invitait en effet à y voir le “dessein du Démon”.

    Le droit à une famille

    D’autres épisodes ont illustré le cheminement du pontife vers une position beaucoup plus souple. En août 2018, de retour d’Irlande, où il avait participé à la Rencontre mondiale des familles, François avait répondu à la question d’un journaliste qui lui demandait: «Que voudriez-vous dire à un père, une mère, auxquels leur enfant dit qu’il est homosexuel et qu’il veut aller vivre avec son compagnon?». «Je ne dirai jamais que le silence est la solution, avait expliqué le pontife: ignorer le fils ou la fille ayant une tendance homosexuelle est un manque de paternité et de maternité». Il avait ajouté: «Parce que ce fils ou cette fille a droit à une famille et la famille est celle qui existe: ne le chassez pas de la famille.»

    Un problème psychiatrique?

    Le 266e pape semblait toutefois toujours associer, en tout cas à ce moment-là, cette tendance à une pathologie mentale. «C’est une chose quand cela [l’homosexualité, ndlr] se manifeste dès l’enfance», avait-il également déclaré dans l’avion le ramenant de Dublin. “Il y a alors beaucoup de choses à faire par la psychiatrie».

    Le pape voulait-il dire que les homosexuels étaient des malades devant être soignés? Face à la vaste polémique déclenchée, le Vatican avait démenti cette interprétation. Il aurait davantage pensé à la nécessité de déterminer, avec l’aide de la psychologie, si les tendances manifestées par un enfant sont le fruit d’une confusion temporaire ou si elles correspondent à sa nature profonde. Signe de l’embarras de l’Église pour ces questions, la retranscription officielle de la conférence de presse ne contenait finalement plus le terme de «psychiatrie».

    Les personnes 'oui’, les actes 'non’

    L’attitude, autant du pape François que du Vatican, face aux questions de morale sexuelle, a en fait de tout temps été dictée par le «mantra»: les personnes 'oui’, les actes 'non’. C’est sans doute selon ce schéma que le pontife a, au fil des ans, fléchi sa position, également sur la place des homosexuels dans la société. Dans le documentaire Francesco, diffusé en octobre 2020, il déclarait notamment: «Les homosexuels ont le droit de faire partie d’une famille (…) Nous devons créer une loi d’union civile pour qu’ils soient couverts légalement.»

    L’auteur d’une biographie sur Jorge Bergoglio, Sergio Rubin, a indiqué que cette position avait toujours en fait été celle du pape argentin, qui, malgré sa sévérité à l’égard du mariage homosexuel, considérait l’union civile comme «un moindre mal».

    Sympathie pour les “militants pro-LGBT”

    François entretenait de profondes sympathies à l’égard des personnalités actives dans cette pastorale. Il s’est notamment montré proche du prêtre américain James Martin, l’un des principaux avocat de la cause homosexuelle dans l’Église. Les deux jésuites ont eu de nombreux échanges. Ils se sont rencontrés à deux reprises, en 2019 et 2022. Après l’entretien de 2019, le prêtre avait estimé que ce rendez-vous était un «signe clair» du «profond soin pastoral» du pape pour les personnes homosexuelles.

    “Jorge Bergoglio n’a jamais été un 'puritain’”

    La correspondance entre l’Argentin et l’Américain est également significative. Dans une lettre du 8 mai 2022, le pape répondait à de courtes questions posées par le Père Martin. «L’Église est une mère et elle accueille tous ses enfants», insistait-il. «Une Église 'sélective’, une Église de 'sang pur’ n’est pas la Sainte Mère l’Église, mais une secte».

    Divergences avec Benoît XVI

    Jorge Bergoglio n’a jamais été un “puritain”, introduisant toujours dans sa pensée la notion de complexité. Cela n’a ainsi pas été un problème pour lui de rencontrer des personnalités militantes de la cause LGBT, parfois controversées. Il avait accordé une entrevue de 50 minutes, le 18 octobre 2023, à la religieuse américaine Jeannine Gramick.

    Cette dernière avait été interdite par le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, «d’exercer tout travail pastoral auprès des personnes homosexuelles». Le futur Benoît XVI estimait que Sœur Gramick ne “transmettait pas fidèlement l’enseignement clair et constant de l’Église catholique», à savoir, «le mal intrinsèque des actes homosexuels et le désordre objectif du penchant homosexuel en ce domaine».

    François assurait pourtant dans une réponse à l’Américaine, qu’il avait retrouvé dans sa lettre «le style de Dieu». Un “style” résumé par trois mots: “proximité, compassion, et tendresse».

    À la rencontre des personnes

    En bon jésuite, les véritables pensées de François sur la question homosexuelle ont donc semblé difficiles à saisir. Mais il est bien connu qu’il avait son propre modus faciendi en matière de réformes. Plutôt que de briser au canon magistériel les murs doctrinaux, il optait très souvent pour un patient travail de sape, à coups d’audaces pastorales et de phrases discrètement placées, mais lourdes de sens.

    Il était notamment allé, en août 2022, à la rencontre de personnes transgenres ayant trouvé refuge dans une église de Rome. En 2020, il avait apporté un soutien financier à un groupe de prostituées transsexuelles exerçant sur la côte italienne.

    «Condamner une personne (homosexuelle), c’est un péché»

    «Être homosexuel n’est pas un crime. C’est une condition humaine», avait-il assuré  dans un entretien à l’Associated Press, le 24 janvier 2023. Il ajoutait pourtant immédiatement après que l’homosexualité était bien “un péché”. Mais “ce qui est aussi un péché, c’est le manque de charité envers le prochain», précisait-il. «Quand j’ai dit que c’est un péché, je faisais simplement référence à l’enseignement moral catholique, qui dit que tout acte sexuel en dehors du mariage est un péché», avait-il encore relevé dans une lettre à James Martin, quelques jours plus tard.

    Contre la criminalisation de l’homosexualité

    Si le pape François s’est montré équivoque sur le fait même de l’homosexualité, il a en revanche clairement condamné la discrimination envers les personnes concernées. Lors de la conférence de presse dans l’avion qui le ramenait de son voyage en RD-Congo et au Soudan du Sud, le 5 février 2023, il avait ainsi déclaré que «la criminalisation de l’homosexualité est un problème que l’on ne doit pas laisser passer.» Il a à cette occasion martelé que le fait de «condamner une personne (homosexuelle), c’est un péché».

    Tolérance “plus que zéro”

    Malgré tous ces signes d’ouverture, le pape argentin n’est pourtant jamais revenu sur la définition du Catéchisme de l’Église catholique, entériné par Jean Paul II en 1992, soulignant que “les actes d’homosexualité sont intrinséquement désordonnés” (no 2357). S’il serait faux de dire qu’il n’a apporté aucun changement dans l’enseignement de l’Église, il a introduit ces ouvertures en bon spécialiste du tango, en alternant rapprochements et éloignements.

    “Fiducia supplicans a été fustigée autant pour son manque de clarté que pour sa prétendue contradiction du magistère”

    Un pas d’éloignement fut certainement le décret du Vatican, affichant la signature papale, qui a interdit formellement, en mars 2021, la bénédiction des couples de même sexe. Un son de cloche adouci au détour du Synode sur l’avenir de l’Église, dont la phase universelle s’est déroulée à Rome en octobre 2023.

    Avant l’assemblée, plusieurs cardinaux conservateurs s’étaient fendus de 'dubia’ (doutes) concernant certains points de l’instrumentum laboris, notamment les bénédictions de couples homosexuels.

    Tout en rappelant que «l’Église évite tout type de rite qui pourrait contredire” la conviction selon laquelle le mariage est entre un homme et une femme, le pontife soulignait  que «la charité pastorale ne doit pas manquer». Il affirmait en outre que “la prudence pastorale doit discerner adéquatement s’il existe des formes de bénédiction, demandées par une ou plusieurs personnes, qui ne transmettent pas une fausse conception du mariage». Un langage sybillin que certains ont déjà interprété comme une “autorisation” de facto des bénédictions de couples homosexuels.

    La “bombe” Fiducia supplicans

    Ainsi, des actes de désobéissance au décret de mars 2021 n’ont pas été sanctionnés. Comme lorsque Mgr Franz-Josef Overbeck, évêque d’Essen, avait publiquement annoncé qu’il n’empêcherait pas les prêtres de son diocèse de procéder à de telles bénédictions. D’autres prélats allemands ont suivi cet exemple. Les évêques de Flandre ont également publié, en septembre 2022, une liturgie pour la bénédiction des couples homosexuels, sans que cela ne déclenche une réaction du côté de Rome.

    “L’épisode des 'frocciagine’ a renforcé la méfiance de la communauté LGBT envers le pape”

    Une attitude qui préfigurait un pas de rapprochement majeur dans la chorégraphie de François: la déclaration Fiducia supplicans. En décembre 2023, ce document du dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF), validé par le pontife, et qui autorisait les prêtres à bénir les couples “irréguliers” a pour ainsi dire fait sortir l’homosexualité de la “clandestinité”. Inattendu et réalisé dans le cercle restreint du DDF, il a suscité des réactions très contrastées, stigmatisant les clivages entre sensibilités ecclésiales.

    Point névralgique du débat intra-catholique

    Alors que les milieux “progressistes” ont salué une percée majeure dans la doctrine, les plus virulents se plaignant même qu’il n’aille pas assez loin, les franges conservatrices ont vivement critiqué une “entorse” à la tradition, ne manquant pas de souligner qu’il prenait le contre-pied complet du décret de mars 2012.

    Fiducia supplicans a été fustigée autant pour son manque de clarté que pour sa prétendue contradiction du magistère, certains allant jusqu’à parler “d’hérésie”. La déclaration a en outre interrogé la portée universelle de la doctrine, notamment après que le Vatican ait accordé à l’épiscopat africain le droit de ne pas l’appliquer. L’épisode a ébranlé, de manière générale, la conception monolithique de l’enseignement chrétien. Il a en outre révélé de manière encore plus flagrante que l’homosexualité était l’un des principaux points névralgiques du débat intra-catholique.

    Le «frocciagine» passe mal

    Mais alors que la déclaration avait provoqué un net rapprochement avec la communauté LGBTQ, un nouveau pas d’éloignement a été posé par François quelques mois plus tard.

    Fin mai 2024, lors d’une réunion organisée avec 200 évêques italiens réunis en assemblée générale, le pape François utilise une expression italienne insultante – frocciaggine – pour désigner des personnes homosexuelles, en recommandant aux évêques de ne plus les accepter dans les séminaires. Ces paroles, rapportées quelques jours plus tard par les médias, provoquent une vive polémique. Le Saint-Siège réagit le 28 mai par un communiqué en affirmant que «le pape n’a jamais eu l’intention d’offenser ou de s’exprimer en termes homophobes, et il présente ses excuses à ceux qui se sont sentis offensés par l’utilisation d’un terme rapporté par des tiers».

    "François a porté un regard quelque peu différent de celui de ses prédécesseurs sur la sexualité"

    Le pontife réitère toutefois en juin le terme de «frocciaggine» lors d’une réunion à huis clos avec des prêtres de son diocèse de Rome, évoquant la présence d’homosexuels au Vatican. Même si certains observateurs mettent ces propos sur le caractère «impulsif» de Jorge Bergoglio, rappelant également qu’ils ont été prononcés lors de rencontres informelles, l’épisode renforcera la méfiance de la communauté LGBT envers le pape.

    Insaisissable condition humaine

    Le dossier “homosexualité” a été, de manière générale, un cas emblématique de la “méthode François” pour faire évoluer l’Église. Jorge Bergoglio a certainement porté un regard quelque peu différent de celui de ses prédécesseurs sur la sexualité. En filigrane de l’apparente confusion, voire contradiction qu’il a pu y mettre, apparaît un constant souci d’humilité. Une préoccupation basée sur la recherche constante de la vérité et la conscience profonde que la condition humaine, comme la nature de Dieu, est fondamentalement insaisissable. (cath.ch/rz)

    “Le pape François a eu le courage d’en parler”

    La Valaisanne Clémentine Dubuis ne cache pas sa foi catholique aussi bien que son homosexualité. Elle a fondé en 2015 un groupe d’homosexuels catholiques, avec la bénédiction de l’évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey. Elle donne à cath.ch sa vision du pontificat de François dans ce domaine.

    Comment jugez-vous l’attitude du pape François vis-à-vis de l’homosexualité?
    Clémentine Dubuis: Le “Qui suis-je pour juger?” a été essentiel. Au même titre qu’il n’aurait pas jugé mon homosexualité, je ne pense pas que je doive juger son attitude. Il a eu le courage de prendre la parole sur le sujet et de trouver des consensus sur une thématique qui a été interprétée par des hommes pendant plus de 2000 ans et qui ne prenait pas en compte la réalité vécue.

    Je pense que globalement, il a réalisé un pas remarquable pour l’Église.

    Vous ne regrettez rien de son action ou de ses paroles?
    Si, bien sûr. Il a pu faire preuve de maladresses, tout en étant de bonne volonté. Évidemment, comme beaucoup de personnes homosexuelles catholiques, j’aurais aimé qu’il en fasse plus. Mais je peux comprendre qu’il ait dû concilier le poids des traditions, et qu’il ait finalement agi selon le rythme de l’Église, qui met toujours en place des changements avec lenteur et prudence. Il a voulu respecter les diverses sensibilités des catholiques.

    Comment avez-vous reçu la déclaration Fiducia supplicans?
    Bien sûr que j’y suis favorable. Je pense que c’est une belle première étape. Effectivement, je voudrais que les choses aillent plus loin, et notamment que les couples de même sexe qui le souhaitent puissent unir leurs âmes devant Dieu et porter des fruits innombrables et magnifiques à notre monde, en appelant cela un 'mariage’. RZ

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    «Nous risquions de faire mourir le pape dans le transport»

    Dans la presse italienne, le docteur Sergio Alfieri, qui fut l’un des médecins du pape François jusqu’à sa mort, se confie sur les circonstances du décès du pontife argentin survenu le 21 avril 2025. Il explique qu’il n’aurait pas été pertinent d’hospitaliser le pape en urgence: «Nous risquions de le faire mourir dans le transport».

    «Le Saint-Père va très mal. Nous devons retourner au Gemelli». Lundi 21 avril, à 5h30 du matin, c’est par un coup de téléphone du Vatican que le docteur Sergio Alfieri a été réveillé. Au bout du fil se trouvait Massimiliano Strappeti, l’infirmier personnel du pontife argentin, qui l’a veillé jusqu’au bout.

    Quelques minutes auparavant, rapporte La Repubblica, le pape s’était réveillé pour un verre d’eau. «Il s’est retourné sur le côté et l’infirmière a remarqué que quelque chose n’allait pas», explique Sergio Alfieri.

    Arrivé une vingtaine de minutes plus tard à la résidence Sainte-Marthe du Vatican, le professeur a découvert un pape François avec «les yeux ouverts». «J’ai constaté qu’il n’avait pas de problème respiratoire», confie au Corriere della Sera celui qui a coordonné l’équipe médicale qui a entouré le pape à la polyclinique Gemelli, en février et mars.

    «Il est mort sans souffrir, et chez lui»

    «J’ai essayé de l’appeler mais il ne m’a pas répondu; il ne répondait pas aux stimuli, même pas à ceux qui étaient douloureux», détaille le médecin italien. Le pape venait de tomber dans le coma. «Il n’y avait plus rien à faire», assure Sergio Alfieri.

    À La Repubblica, il précise: «Son pouls ralentissait et sa respiration devenait de plus en plus superficielle. Il est mort sans souffrir, et chez lui.» La question d’emmener le pape à l’hôpital avait été évacuée. D’une part, raconte le médecin, «nous risquions de le faire mourir dans le transport». D’autre part, le pape avait fait savoir qu’il souhaitait «mourir à la maison». De même, François avait demandé à ne pas être intubé.

    Après son décès, parmi les personnes qui sont arrivées dans l’appartement de François, le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin, ‘numéro 2’ du Saint-Siège, a proposé de réciter un chapelet autour du défunt pape.

    Le pape ressentait le besoin d’accomplir des choses avant de mourir

    Aux quotidiens italiens, le médecin du pape rapporte que François se sentait encore «très bien» le samedi. «J’ai recommencé à travailler, je vais bien», lui avait confié le pape à la veille du dimanche de Pâques.

    Sergio Alfieri avait prescrit deux mois de convalescence au pontife après son retour au Vatican, le 23 mars. Mais François avait repris certaines de ses activités. «Lui est le pape. Retourner au travail faisait partie de la thérapie. Il ne s’est jamais exposé aux dangers», assure le médecin. Il ajoute dans le Corriere: «Aujourd’hui, j’ai la sensation nette qu’il avait senti le besoin de faire une série de choses avant de mourir.»

    Quelques jours avant sa mort, le pape s’était notamment rendu à Sainte-Marie-Majeure pour y prier. Il avait aussi fait quelques sorties impromptues à la basilique Saint-Pierre. Le jeudi 17 avril, quatre jours avant son décès, il était allé dans la prison romaine de Regina Coeli pour rencontrer 70 détenus. À La Repubblica, Sergio Alfieri confie que dans son dernier échange avec le pape, François lui avait dit sa peine «de ne pas avoir lavé les pieds des détenus: cette fois, je n’y suis pas arrivé». (cath.ch/imedia/hl/rz)

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    Le dialogue inédit et exemplaire du pape François avec l'islam

    L’un des grands textes du pontificat de François est le «Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune», que le pape argentin et le grand imam de la mosquée d’Al-Azhar ont signé ensemble à Abou Dhabi (Émirats arabes unis), le 4 février 2019. Un geste auquel s'uniront par la suite d’autres chefs religieux.

    La signature de ce document a donné lieu à de multiple autres initiatives, érigeant le dialogue islamo-chrétien en modèle pour le dialogue entre toutes les religions et confirmant la nécessité de lutter contre les discriminations et violences religieuses.

    Dans le Document sur la fraternité humaine, inspiré par la rencontre historique de saint François d’Assise et du sultan Malik el-Kamil en 1219, le pape François et l’imam Ahmed Al-Tayeb s’engagent en matière de dialogue interreligieux et affirment avec fermeté «que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine». Cet engagement a été l'un des leitmotiv des prises de parole et des actions du pape François, qui s'est notamment traduit dans ses voyages à caractère interreligieux.

    Les relations entre le Saint-Siège et l'Université Al-Azhar

    L’amitié du pape avec l’imam égyptien Ahmed Al-Tayeb fut d’autant plus remarquée que son pontificat a permis la reprise des relations entre le Saint-Siège et la prestigieuse université sunnite du Caire, Al-Azhar. Cette dernière les avait rompues en signe de protestation pour ce qu’elle avait vu comme une ingérence de Benoît XVI: le pape allemand avait dénoncé une «stratégie de violences» menée envers les chrétiens égyptiens, au lendemain d’un attentat à la voiture piégée devant une église copte d’Alexandrie, en janvier 2011.

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    Le 4 février 2019, le pape et le grand Imam d'Al Hazar signent le document sur la fraternité | © Keystone

    À la suite de l’élection de François, une visite a pu être organisée au Caire en 2017. Puis le pape et l’imam ont posé un nouveau geste commun à Abou Dhabi deux ans plus tard. Lors de ce voyage historique, le premier d’un pape dans les Émirats arabes unis, le Document sur la fraternité humaine marqua une nouvelle étape dans le dialogue entre les deux religions. Par la suite, François missionna le cardinal Miguel Angel Ayuzo Guixot, président du dicastère pour le Dialogue interreligieux, pour faire signer ce document à travers le monde.

    Voyages en terre musulmane

    Le pontife argentin a réalisé au fil des ans de nombreux voyages dans des pays à majorité musulmane comme l’Albanie (2014), la Turquie (2014), la Jordanie et l’État de Palestine (2014), la Bosnie-Herzégovine (2015), l’Azerbaïdjan (2016), l’Égypte (2017), le Bangladesh (2017), les Émirats arabes unis (2019), le Maroc (2019), l’Irak (2021), le Kazakhstan et Bahreïn (2022), ou encore l'Indonésie (2024).

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    2021 a vu la rencontre historique entre le pape François et l'ayatollah irakien Ali al-Sistani | © KEYSTONE/Ayatollah Sistani's Media Office

    Comme Jean Paul II – premier pape à fouler le sol d’une mosquée – et Benoît XVI avant lui, François a visité plusieurs lieux de prière musulmans. Le 26 mai 2014, un an après son élection, il s’est rendu sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem, l’un des lieux saints de l’islam. Il s’est alors déchaussé pour visiter le Dôme du Rocher où il a rencontré le Grand mufti de Jérusalem.

    La même année, il a visité la Mosquée bleue d’Istanbul (Turquie), où il s’est recueilli lors d’une “adoration silencieuse“ aux côtés du Grand mufti de la ville. Et un an plus tard, le 30 novembre 2015, il s’est rendu à la mosquée centrale de Koudoukou, à Bangui, en République centrafricaine, dans le quartier de la ville où des musulmans étaient encerclés par des milices chrétiennes. Une étape placée sous la haute surveillance des soldats des Nations Unies.

    Puis, le 28 avril 2017 au Caire (Égypte), il est intervenu au cours de la Conférence internationale pour la paix organisée par l’université-mosquée Al-Azhar. Il a aussi été le premier pape à être invité à la grande mosquée de Rome (Italie), en 2016, même si la visite n’a pas eu lieu pendant son pontificat.

    Pope Francis visits Central African Republic
    Pope Francis visits Central African Republic
    Le pape était sous haute protection à Bangui (Photo: EPA/DANIEL DAL ZENNARO/KEYSTONE)

    En Irak, le pape François a tendu la main aux musulmans chiites, en se rendant dans la ville de Nadjaf pour une audience avec le grand ayatollah Ali Al-Sistani. C’est l’une des grandes rencontres de son pontificat.

    En novembre 2022, au Bahreïn, le chef de l’Église catholique a clôturé un forum sur la coexistence humaine. Durant ce déplacement, il a rencontré à nouveau le grand imam d’Al-Azhar et a été reçu par les membres du Conseil musulman des anciens à la Mosquée du palais royal Sakhir.

    Enfin, le 5 septembre 2024, lors de son voyage en Indonésie, le pape François s’est rendu à la mosquée Istiqlal de Jakarta – la plus grande d’Asie du Sud-Est. Il y a signé avec le grand imam Nasaruddin Umar une déclaration commune prônant le refus du fondamentalisme et la recherche de l’amitié entre les religions, sur le modèle du Document pour la fraternité.

    Contre le fanatisme religieux

    Dans tous ces lieux, le pape François a lancé des appels à ne pas instrumentaliser «le nom de Dieu» pour justifier la violence, dans une décennie notamment marquée par les barbaries de l’organisation État islamique. Il a souvent mis en garde contre le fanatisme et le fondamentalisme, en prenant soin de souligner que ce danger existait dans toutes les religions, y compris parmi les chrétiens.

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    Timbre commémorant la visite du pape en Irak | DR

    «On ne peut pas dire, ce n’est pas vrai et ce n’est pas juste, que l’islam soit terroriste», a-t-il affirmé en 2016, au retour de son voyage à Cracovie, après plusieurs attentats perpétrés au nom de l’islam au Moyen-Orient et en France. «Les musulmans ne sont pas tous violents» et «la violence est partout», a-t-il assuré.

    L’engagement du pontife argentin pour le dialogue interreligieux a été taxé parfois de naïf, et au Moyen-Orient certains chrétiens ont cru ressentir un manque de soutien du chef de l’Église catholique face aux discriminations dont ils étaient victimes.

    Le pape François pourtant n'a jamais hésité à dénoncer du haut de la fenêtre du Palais apostolique, lors d’angélus dominicaux, les attaques dont faisaient l’objet les chrétiens lorsqu’une tragédie se produisait dans le monde. En 2020, il avait d’ailleurs estimé que «ces martyrs d’aujourd’hui» étaient plus nombreux que ceux des premiers siècles. (cath.ch/imedia/ak/lb)

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    ErwinKrautler

    «Le pape François mérite notre gratitude pour sa mobilisation pour l’Amazonie»

    Aujourd’hui évêque émérite de la prélature du Xingu, en Amazonie brésilienne, Mgr Erwin Kräutler a toujours été un fervent défenseur du poumon vert de la planète et des peuples indigènes. Il s’est aussi mobilisé pour trouver des solutions contre le "désert sacerdotal" qui existe dans la région. De quoi lui permettre de rencontrer à plusieurs reprises le pape François, notamment lors du Synode pour l’Amazonie.

    Jean-Claude Gérez pour cath.ch

    Avec l’encyclique Laudato si, le pape François a profondément modifié l’approche de la question écologique parmi les croyants. Pensez-vous que cette encyclique représente un héritage durable dans la pensée écologique?
    Mgr Erwin Kraütler: Cela ne fait aucun doute ! Aucun pape avant lui n’avait publié une lettre encyclique sur la question écologique. Et le pape François a parlé d’une écologie "humaine" voulant affirmer ainsi que la dégradation de l’environnement est profondément liée à l’être humain et la conséquence de sa faim apparemment insatiable de richesses qu’il veut rassasier en exploitant de manière abusive les ressources de la nature.

    "Le Saint-Père comprenait que l’Amazonie concerne le monde entier et pas seulement les neuf pays sur lesquelles elle s’étend."

    Notre survie sur la planète terre dépend d’une "conversion écologique". Le mot grec "Metanoia" clarifie encore mieux ce dont nous avons besoin: changer notre façon de raisonner, changer notre vision du monde. François a lancé un appel pressant à tous les hommes et femmes "de bonne volonté", aux gouvernements et aux entreprises du monde entier, pour qu’ils écoutent le cri de la création tourmentée, pour qu’ils corrigent l' "économie qui tue", pour qu’ils en terminent avec la dévastation et la mort et qu’ils reconnaissent leur immense responsabilité envers les générations futures.

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    L'Eglise amazonienne souffre du manque de prêtres (Pixabay.com)

    Vous avez participé activement au synode pour l’Amazonie, très désiré par le pape François. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
    Le fait que le pape François ait convoqué un synode spécial pour l’Amazonie mérite déjà nos applaudissements et notre profonde gratitude. Le fait qu’il ait appelé à Rome les évêques et tant d’autres personnes, en particulier des indigènes, a été un signe clair que le Saint-Père comprenait que l’Amazonie concerne le monde entier et pas seulement les neuf pays sur lesquelles elle s’étend.

    "Pour des milliers de communautés, l’Eucharistie, centre et cœur de notre foi, n’est célébrée que quelques fois par an."

    La forêt amazonienne a une fonction de régulation du climat de toute la planète. Le but du synode était d’intensifier l’engagement de l’Église dans les initiatives visant à sortir des crises environnementales et sociales pour l’Amazonie ("écologie intégrale") et chercher de nouvelles voies qui mènent à une évangélisation "incarnée", c’est-à-dire une évangélisation à partir des cultures et des traditions des peuples de l’Amazonie, en accordant une attention particulière aux cultures indigènes.

    Lors d’une interview accordée à Cath.ch en février 2020, juste après la publication de l’exhortation apostolique "Querida Amazonia", vous vous étiez dit "frustré" parce que le pape François n’avait pas retenu les propositions -pourtant votées par 80% par les évêques- telles que les "viri probati" ou le diaconat des femmes pour lutter contre le "désert sacerdotal" en Amazonie. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cet épisode?
    Je ne nie pas le dépit que j’ai ressenti à l’époque. J’avoue avoir attendu une décision courageuse du pape François face à la "pénurie eucharistique" qui existe en Amazonie. Il insistait souvent sur les "propositions courageuses" que nous, évêques, pourrions lui faire. Pour des milliers de communautés, l’Eucharistie, centre et cœur de notre foi, n’est célébrée que quelques fois par an, dans certaines régions, faute de ministres ordonnés. Je n’aime pas l’expression "viri probati", parce qu’il s’agit d’une terminologie excluante qui restreint, déjà à l’avance, le sacrement uniquement aux hommes. L’Ordre Sacré doit être accessible de toute urgence à ceux qui ont la vocation et les qualités humaines nécessaires, quel que soit le genre. C’est une question de droits et d’égalité des chances pour les hommes et les femmes de pouvoir vivre cette vocation.

    Comment expliquer alors cette frilosité du pape François?
    En fait, je n’ai jamais réussi à comprendre ce qui s’est réellement passé pour que le pape François, pourtant si sensible aux besoins du peuple de Dieu en Amazonie, à la fin de sa magnifique exhortation apostolique post-synodale "Querida Amazonia", aie soudainement renoncé à ouvrir la possibilité d’ordonner des prêtres -  au moins comme une première étape - diacres mariés pour combler le manque de ministres qui célèbrent les sacrements avec les communautés. en grande partie jusqu’à des centaines de kilomètres du centre paroissial et garantir une Église au visage amazonien dans les villages indigènes et les villages de paysans.

    "Ce qui m’a le plus impressionné, c’est sa simplicité dans le contact avec les personnes."

    Vous avez rencontré le pape François à plusieurs reprises. Quel est le souvenir que vous gardez-vous de lui?
    J’ai effectivement rencontré le pape François à de nombreuses reprises, en particulier pendant le Synode presque tous les jours. Lorsque je le saluais, il répondait toujours avec son sourire contagieux et un signe fraternel. Bien avant le Synode, le 4 avril 2014, il m’a reçu en audience privée parce que j’étais secrétaire de la Commission épiscopale pour l’Amazonie de la CNBB. C’est à ce moment-là qu’il m’a révélé qu’il était en train d’écrire une encyclique sur l’écologie. J’ai alors insisté pour que l’Encyclique ne manque pas de références à l’Amazonie et aux peuples autochtones. Il m’a suggéré de contacter le cardinal Peter Turkson, chargé de rédiger un "brouillon" Le cardinal apprécierait certainement des contributions sur la question écologique et indigène en Amazonie. J’ai immédiatement envoyé mes suggestions, et avec beaucoup de joie !

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    Les incendies ravagent l'Amazonie également en Bolivie| © Daniel Beltra Greenpeace

    Avez-vous un souvenir en particulier?
    Je me souviens du pape François avec nostalgie et beaucoup de gratitude. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est sa simplicité dans le traitement des personnes. Une fois, entre deux sessions du Synode, je suis entré dans la file d’attente pour un prendre café. À un moment donné, je me suis retourné et j’ai eu peur car le pape François se trouvait juste derrière moi ! Logiquement, j’ai voulu lui céder ma place. Mais il n’a pas accepté et a attendu son tour comme nous tous. À une autre occasion, j’ai pris l’ascenseur et, à ma grande surprise, le pape était déjà là, voulant aussi monter à l’étage supérieur. Il a tenu la porte et m’a demandé si quelqu’un d’autre venait. Ses gestes parlaient encore plus fort que ses paroles. Il demandait toujours des prières : "Priez pour moi!". Je lui demande maintenant d’intercéder pour nous qui sommes encore en Amazonie ! (cath.ch/jcg/mp)

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    Abus sexuels: ce qu'a réalisé le pape François

    Dans la lignée de Benoît XVI, François avait voulu une «bataille totale» contre le fléau des abus sexuels dans l’Église. L’agence I.MEDIA revient sur les principaux jalons du pontificat concernant cette problématique.

    22 mars 2014: le pape François institue une commission pontificale pour la protection des mineurs

    Près d’un an après son élection, le pape François met en place une commission chargée de lui proposer «les initiatives les plus opportunes pour la protection des mineurs et des adultes vulnérables, afin de réaliser tout ce qui est possible pour assurer que des crimes comme ceux qui ont eu lieu ne se répètent plus dans l’Église».

    Présidée par le cardinal américain Sean O’Malley, elle se compose de spécialistes – laïcs, clercs ou religieux – sur les questions d’abus sur mineurs qui viennent de divers pays du monde. Marie Collins, victime d’un prêtre pédophile et porte-parole de nombreuses victimes, avait intégré la commission avant de la quitter, faisant valoir sa «frustration compte tenu du manque de coopération d’autres bureaux de la Curie».

    11 avril 2014: première demande publique de pardon du pape François

    Un peu plus d’un an après son élection sur le trône de Pierre, le pape François prononce pour la première fois publiquement une demande de pardon aux victimes d’abus sexuels dans l’Église. «Devant Dieu et devant son peuple, j’exprime ma douleur pour les péchés et les graves crimes d’abus commis par le clergé contre vous, et je demande humblement pardon.»

    Recevant des membres du Bureau catholique international de l’enfance (BICE), il demande des sanctions «très sévères» contre les coupables de viols sur des enfants. Quelques semaines plus tard, le 17 juillet 2014, il reçoit au Vatican un groupe de victimes.

    27 septembre 2015: le pape rencontre des victimes aux États-Unis

    «Je suis profondément attristé, car votre innocence a été violée par ceux en qui vous aviez confiance», déclare le pape François lors d’une rencontre avec des victimes d’abus sexuels, à Philadelphie, à l’occasion de son voyage aux États-Unis. «Je regrette profondément que certains évêques n’aient pas assumé leur responsabilité de protéger les mineurs», se désole-t-il, leur assurant: «Sachez que le Saint-Père vous écoute et vous croit.»

    4 juin 2016: le pape permet la révocation des évêques coupables de négligences

    Par une nouvelle loi, le pape François autorise la démission des évêques qui auraient fait preuve de négligences dans la gestion d’affaires d’abus sexuels sur mineurs. Il rappelle que les évêques doivent déployer «une particulière diligence dans la protection de ceux qui sont les plus faibles parmi les personnes confiées à eux». En cas d’indices sérieux, Rome peut ouvrir une enquête et donne la possibilité à l’évêque de se défendre.

    8 avril 2018: le pape reconnaît s’être trompé dans l’évaluation de la crise des abus au Chili

    «J’ai commis de graves erreurs dans l’évaluation et la perception de la situation», confie le pape dans une lettre aux évêques chiliens – qui présenteront tous leur démission quelques mois plus tard. Au cours de son voyage au Chili, en janvier 2018, le pontife avait défendu Mgr Juan Barros, un évêque soupçonné d’avoir couvert un prêtre pédophile. Le pape l’avait nommé en 2015 à la tête du diocèse d’Osorno, dans le sud du pays, provoquant déjà de vives critiques. Après s’être excusé, il avait demandé un rapport d’enquête. C’est à sa lecture qu’il s’est dit «submergé par la douleur», évoquant des «vies crucifiées».

    20 août 2018: publication de la «Lettre du pape François au peuple de Dieu»

    Quelques jours après des révélations accablantes dans le diocèse de Pittsburgh (États-Unis), le pontife argentin publie une Lettre au peuple de Dieu consacrée au fléau des abus sexuels dans l’Église. Il y réaffirme l’engagement de l’Église catholique pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables. Il désigne le cléricalisme comme une cause majeure de la crise des abus et appelle les catholiques au jeûne et à la prière. Une semaine plus tard, lors d’un voyage en Irlande durant lequel il rencontre huit victimes à la nonciature de Dublin, il demandera pardon aux victimes.

    21 février 2019: ouverture du sommet sur les abus sur mineurs

    À l’initiative du pape, 190 participants venus de tous les continents – présidents de conférences épiscopales, chefs des Églises catholiques orientales, supérieurs de congrégations religieuses et prélats de la Curie romaine – se réunissent au Vatican pour mener une «bataille totale» contre les abus sexuels dans l’Église. Ce sommet historique – où des victimes ont pu livrer des témoignages glaçants – ne débouche pas immédiatement sur des annonces concrètes mais dresse des perspectives à mettre en œuvre.

    9 mai 2019 – le pape rend obligatoire la dénonciation des abus et responsabilise les évêques

    Par le motu proprio Vos estis lux mundi, tous les clercs et religieux sont obligés de dénoncer à l’autorité supérieure les abus dont ils auraient connaissance, et ce sans délai. Parmi les autres mesures figure l’obligation pour chaque diocèse du monde de mettre en place un ou des «dispositifs stables et facilement accessibles», afin de permettre le signalement d’abus sexuels sur mineurs.

    Dans le sillage de la loi du 4 juin 2016, le Vatican met sur pied une procédure pour enquêter sur des évêques ou supérieurs soupçonnés de crimes ou de couverture de crimes. Elle prévoit que l’archevêque métropolite – qui coordonne les évêques d’une même province – puisse enquêter en 90 jours, en lien avec Rome. Si le métropolite est lui-même impliqué, c’est à l’évêque le plus ancien de la province de s’en charger.

    Un an après la publication du motu proprio, un évêque américain, accusé d’avoir couvert des abus entre 2013 et 2015, démissionne, après une enquête régie par Vos estis lux mundi.

    17 décembre 2019: le pape abolit le secret pontifical couvrant les procédures en matière de pédo-criminalité

    Dans un rescrit, le pape François abolit le secret pontifical en matière de violences sexuelles commises par des clercs sur des mineurs, des personnes vulnérables ou placées sous leur autorité. Les procès canoniques étaient jusqu’alors couverts par le secret absolu, y compris vis-à-vis des victimes qui ne sont entendues que comme témoins. Ce degré très haut de confidentialité a été critiqué à plusieurs reprises lors du sommet sur la protection des mineurs, réuni fin février au Vatican. Le pape demande par ailleurs une collaboration renforcée avec les tribunaux civils.

    28 février 2020: mise en place d’une task-force contre les abus

    Un an après le sommet sur les abus, le Vatican met en place un groupe de travail formé d’experts pour aider les conférences épiscopales et instituts religieux à élaborer ou mettre à jour des lignes directrices en matière de protection des mineurs.

    16 juillet 2020: publication d’un manuel pour lutter contre les abus

    Autre fruit du sommet sur les abus: la congrégation pour la Doctrine de la foi publie un vademecum ayant pour objectif “d’accompagner et de guider pas à pas quiconque doit chercher la vérité» face à un cas d’abus sur mineur. Non normatif, le texte de 17 pages est à la disposition des évêques, des supérieurs religieux, des tribunaux ecclésiastiques, des juristes et des responsables des centres d’écoute mis en place par les conférences épiscopales. Il vise à clarifier la législation du Saint-Siège afin de permettre aux différents responsables de réagir adéquatement s’ils viennent à devoir gérer une situation d’abus.

    10 novembre 2020: publication du rapport McCarrick

    Le pape François avait demandé en 2018 de faire la lumière sur la manière dont l’ex-cardinal McCarrick avait pu gravir les échelons dans l’Église catholique sans jamais être inquiété malgré ses nombreux abus commis. Deux ans plus tard, le Rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017) est rendu public.

    Épais de 445 pages, ce document inédit retrace depuis le pontificat de Paul VI la façon dont l’ancien haut prélat américain a brillamment évolué dans la hiérarchie de l’Église malgré les allégations d’abus sexuels qui pesaient sur lui. On y apprend notamment que Jean Paul II avait bien été informé officiellement de soupçons importants à l’encontre de McCarrick par une lettre du cardinal O’Connor, archevêque de New York, en 1999. Pourtant, un an plus tard, celui qui s’appelait encore Mgr McCarrick était nommé archevêque de Washington puis élevé au rang de cardinal.

    23 mai 2021: le pape durcit le droit canon

    Le pape François opère une révision majeure d’un chapitre du code de droit canon portant sur les sanctions graves. Elle vise à adapter le droit de l’Église au monde contemporain et à rééquilibrer le rapport entre justice et miséricorde «qui a parfois été mal interprété», entraînant un climat de «laxisme». Les abus sur une personne mineure sont désormais clairement inscrits dans le code.

    10 juin 2021: le pape refuse la démission du cardinal Marx

    «Toute l’Église est en crise à cause du problème des abus», affirme le pape François dans une lettre de trois pages adressée au cardinal Reinhard Marx, le 10 juin 2021. Au-delà du cas personnel de l’archevêque de Munich-Freising – dont le pape refuse la démission -, l’évêque de Rome invite toute l’Église à reconnaître ses erreurs et son péché. «En tant qu’Église, nous devons demander la grâce de la honte», confie-t-il, estimant notamment que «chaque évêque» doit assumer la crise «et se demander: “Que dois-je faire face à cette catastrophe?»

    5 octobre 2021: le pape réagit au rapport Sauvé sur les abus en France

    C’est «avec douleur» que le pape François a pris connaissance du contenu du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) en France, annonce le Vatican, alors que le pays découvre que, selon une méthode de calcul par sondage, près de 216’000 personnes auraient été abusées par des clercs ou des religieux depuis 1950. «C’est le moment de la honte», dira-t-il publiquement le lendemain lors de l’audience générale.

    9 décembre 2021: la rencontre du pape avec la CIASE annulée

    Alors qu’il était convenu depuis l’été 2021 que le pape recevrait les membres de la CIASE après la parution du rapport, la rencontre est ajournée sine die. Le Vatican, qui n’avait pas officialisé cette audience, ne fait aucun commentaire. Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la conférence des évêques de France, et favorable à cette rencontre, explique qu’il s’agit d’une affaire d’agenda. Mais l’audience n’a depuis jamais été re-programmée. Certains arguent que le Vatican aurait été mal à l’aise à l’idée de recevoir les membres d’une commission dont les investigations et les préconisations seraient allées trop loin.

    16 juin 2022: le pape accepte la non-élévation au rang de cardinal d’un évêque belge 

    Il devait faire partie des 21 nouveaux cardinaux créés par le pape François en août 2022. Mais quelques jours après l’annonce de sa nomination, Mgr Luc Van Looy, évêque émérite de Gand (Belgique), demande au pape argentin de le dispenser de son cardinalat. Des victimes ont en effet réagi à la nouvelle de cette distinction et accusent l’évêque d’avoir couvert des abus. Le pape accepte la requête de l’évêque.

    25 mars 2023: le pape confirme et renforce Vos estis lux mundi 

    Trois ans après la publication du Motu proprio Vos estis lux mundi pour traiter les cas d’abus commis au sein de l’Église, le pape promulgue une «mise à jour» de ces normes. Parmi les nouveautés, la place des laïcs dans les procédures de signalement est renforcée. Les modérateurs des associations de fidèles reconnues par le Saint-Siège sont désormais eux aussi tenus d’appliquer les normes.

    La loi précise que les adultes peuvent être considérés comme vulnérables aux abus en fonction de la situation dans laquelle l’abus a été perpétré – prenant en compte les liens de hiérarchie et d’autorité. La Curie romaine est aussi plus impliquée dans le traitement des signalements. Enfin, de véritables bureaux «accessibles» sont exigés afin de recevoir les signalements dans les diocèses.

    29 mars 2023: démission du Père Zollner de la Commission pour la protection des mineurs

    Le jésuite Hans Zollner démissionne à grand fracas de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, critiquant le manque de transparence au sein de cette instance et des dysfonctionnements structurels. Un départ qui ne manque pas de faire couler de l’encre, puisque le prêtre allemand de 56 ans est un expert reconnu sur les questions de pédocriminalité.

    Dans un communiqué diffusé le lendemain, le cardinal Sean O’Malley, président de la commission, se dit «surpris, déçu, et en profond désaccord» avec lui. Cette passe d’arme soulève des questions sur la mission confiée par le pape à cette commission “anti-abus”, dont le périmètre n’a cessé de s’élargir au fil des ans. Devant l’ampleur du dossier, certaines voix jugent que la structure ne possède pas suffisamment de moyens.

    27 octobre 2023: le pape François lève la prescription dans le “cas Rupnik”

    Depuis décembre 2022, le jésuite slovène est accusé d’avoir commis des abus psychologiques et sexuels sur plusieurs femmes, dont des religieuses, principalement dans les années 1990. Les cas étant prescrits, aucune procédure canonique ne peut être lancée contre le mosaïste, le droit canon ne mentionnant une possibilité de lever la prescription qu’en cas d’abus sur mineur. Le 27 octobre, le pape François décide de procéder à cette mesure d’exception, permettant un procès contre Marko Rupnik, qui encore à ce jour doit être agendé.

    Des voix ont accusé le pape François de protéger l’artiste slovène, dont il avait été proche à un certain moment. Certains ont également critiqué la lenteur des procédures ayant caractérisé la prise en charge de l’affaire par le Vatican.

    26 juin 2024: le cardinal O’Malley met en garde le Vatican contre l’utilisation des œuvres de Rupnik

    À l’approche de ses 80 ans, le président de la commission pontificale pour la Protection des mineurs, le cardinal Sean O’Malley, écrit aux responsables de la Curie romaine pour leur demander d’exercer une «prudence pastorale» concernant l’utilisation des œuvres du Père Marko Rupnik. «Nous devons éviter d’envoyer un message selon lequel le Saint-Siège serait indifférent à la détresse psychologique dont souffrent tant de personnes», écrit le cardinal américain dans un communiqué, alors que des dicastères de la Curie romaine utilisent encore dans leur communication des œuvres de ce prêtre autrefois très influent à Rome et proche du pape François.

    29 octobre 2024: premier rapport du Vatican sur les abus sexuels

    Après deux ans de travail, la Commission pontificale pour la Protection des mineurs publie son premier rapport sur l’état de la lutte contre les abus dans l’Église catholique. Ce document de 95 pages, qui ne donne pas de chiffres sur le nombre de victimes ou de clercs pédocriminels, dénonce la lenteur dans la mise en place des procédures par les Églises locales et l’opacité dans le traitement des cas, notamment à Rome.

    «L’Église a échoué» à protéger les plus vulnérables et «rien ne sera jamais assez pour réparer totalement» le mal infligé, admet, face aux victimes d’abus, le cardinal Seán Patrick O’Malley lors de la conférence de présentation du rapport. (cath.ch/imedia/cv/hl/rz)

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    Le cardinal Hollerich s’exprime sur le profil du futur pape

    Le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg, a participé à la messe en hommage au pape François célébrée en l’église Saint-Louis-des-Français de Rome, le 24 avril 2025. Sur le parvis, il a répondu aux journalistes présents. Le rapporteur général du Synode, que certains placent parmi les papabili, a offert un éclairage sur les discussions actuelles entre les cardinaux.

    Comment avez-vous appris le décès du pape François?
    Le lundi de Pâques, j’ai célébré la messe en prison à Luxembourg. Comme nous n’avons pas de téléphone en prison, c’est un des gardiens qui nous a appris la nouvelle. Je ne savais pas si cela était vrai. Quand je suis sorti de prison, notre responsable pour la communication m’attendait. Alors j’ai su que c’était vrai. J’ai pu prendre un avion le soir pour venir à Rome. 
    J’ai ressenti une grande tristesse en disant ‘au revoir’ au pape François. C’était un père. J’avais eu la chance de le voir juste deux semaines auparavant, à sa résidence Sainte-Marthe, de retour de l’hôpital. Il apparaissait très frêle. Mais je n’aurais jamais pensé que le Seigneur le prendrait si vite dans ses bras.

    Quelle est l’atmosphère des congrégations générales qui ont débuté cette semaine avec tous les cardinaux présents à Rome?
    Nous sommes tous des adultes responsables. Nous savons que nous devons nous parler, nous écouter, pour le plus grand bien de l’Église, du “saint Peuple de Dieu” et pour notre bien. (...) Chacun dit un peu ce qu’il veut dire. Et nous écoutons avec diligence.

    Avez-vous en tête un profil de pape pour l’Église aujourd’hui ? 
    Moi oui ! Continuer ce que le pape François a commencé, c’est-à-dire, la priorité aux pauvres, l’engagement pour une écologie intégrale centrée sur les personnes. […] La synodalité, il faut la poursuivre aussi. Nous avons soumis au pape un texte pour la période post-synodale pour l’actualisation du Synode [qui s’est conclu en octobre dernier à Rome]. Il a signé ce texte depuis l’hôpital. Pour moi, c’est un peu comme un testament de François qu’il faut continuer.

    Est-ce que vous percevez une Église divisée ?
    Il y a certainement des visions très différentes mais cela ne veut pas dire “divisée”. Nous sommes en communion plus profonde que les opinions qui nous divisent.  (...) En fait, c’est ce que nous avons fait au Synode. Nous avons évité les radicalismes mauvais en gardant le radicalisme de l’Évangile. Ce serait bien de faire la même chose, et trouver alors un terrain commun où nous pourrions marcher ensemble. Être conservateur ou progressiste n’est pas important. Ce qui l’est, c’est d’avoir la foi en Christ vivant, et qu’on puisse la partager avec ses frères, ses sœurs, et qu’on marche ensemble à l’écoute de l’Esprit.

    Comment appréhendez-vous les semaines qui s’ouvrent ? 
    Avec une certaine appréhension, parce qu’on se sent très petits. Nous devons prendre des décisions pour toute l’Église, donc il faut vraiment prier pour nous, pour que nous soyons à l’écoute de l’Esprit-Saint.

    Sur le futur pape, quelles devront être ses qualités d’homme? 
    Un homme simple, qui peut être en contact avec les gens, qui sait écouter les gens, de gauche et de droite. Un pape qui vit l’Évangile, qui représente le visage de l’Évangile, du Christ, pour le monde entier. C’est difficile à trouver. Mais je pense que Dieu donnera aussi une grâce d’état au futur pape. Je lui souhaite les meilleures choses.

    Ce pape pourrait être vous ? 
    Non! Je crois en l’Esprit-Saint, et je connais mes limites. L’Esprit-Saint ne fera pas de bêtise.  (cath.ch/imedia/hl/mp)

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    Curé de Gaza: «Tous les soirs à 20 heures, François nous appelait»

    «Tous les jours à 20h, François nous appelait. Un rituel que nous attendions tous avec impatience. Il venait prendre des nouvelles de la communauté chrétienne qui s'était réfugiée, à l’étroit, dans l'église de la Sainte Famille à Gaza-ville”, explique le le père Gabriel Romanelli. Leur dernier échange remonte au soir du Samedi saint, le 19 avril 2025.

    Luc Balbont, pour cath.ch

    Il est un peu plus de 19 heures à Paris, le 24 avril 2025, quand la voix du Père Gabriel Romanelli résonne à l'autre bout du fil. Les communications sont mauvaises dans la petite bande de terre en ruine, écrasée par les bombardements israéliens. La voix est inaudible, hachée. «Ce n’est pas grave, me rassure l’intéressé, je t’envoie un témoignage audio.» Une heure plus tard, le message est sur mon téléphone. Le prêtre de Gaza me résume sur un ton vif les conversations, qu'il avait chaque soir, pendant la guerre, avec le pape François.

    "Ces derniers mois, le pape François avait même prononcé quelques expressions en arabe!"

    Il nous a appelé le Samedi Saint, le 19 avril 2025, deux jours avant sa mort. Ce fut son dernier appel. Ses appels étaient réguliers, et quand la connexion était trop faible ou absente, il nous contactait le lendemain. Le 20 avril, nous n’avons plus entendu sa voix. Nous avons appris sa mort le 21.
    Tous les deux argentins, nous nous parlions en espagnol, et je traduisais en arabe pour ceux qui étaient autour de la table. Ces derniers mois, le pape avait même prononcé quelques expressions en arabe!
    Il nous demandait chaque fois comment nous allions, ce que nous avions fait pendant la journée. Lors de notre dernier échange, après avoir prié. Il nous a remercié pour notre présence et nos prières, et nous a donné sa bénédiction. Il a adressé quelques mots au Père Youssef, mon vicaire paroissial, et a chaleureusement salué les Sœurs du Verbe Incarné, ma congrégation religieuse.

    "François nous demandait toujours de prendre particulièrement soin des plus faibles, des malades et des enfants."

    François nous demandait toujours de prendre particulièrement soin des plus faibles, des malades et des enfants, y compris ces petits musulmans handicapés pris en charge par les Sœurs de la Charité de Mère Teresa.

    Grâce à Dieu, à l’Église et à leur soutien, nous avons pu aider de nombreuses familles à Gaza, qu’elles soient catholiques, orthodoxes ou musulmanes.
    Quand je suis arrivé ici pour la première fois, il y a environ 20 ans pour aider l’ancien curé, il y avait 3’500 chrétiens à Gaza. Il en reste aujourd'hui moins de 700, dont une centaine de catholiques. Beaucoup ont fui, ou ont été tués. Nous avons perdu près de 30% de notre communauté.
    Les paroles de François étaient attendues comme un trésor. Il n’a jamais cessé de prier pour la fin de la guerre, la fin des massacres, notamment des enfants palestiniens, mais aussi pour la libération des otages israéliens.

    «Malgré sa souffrance, François nous a accompagné jusqu'au bout. Aujourd’hui, nous prions pour que son successeur suive le même chemin.» (cath.ch/lb).

    Père Romanelli: «La majorité des victimes à Gaza sont des civils»

    19/02/2024

    Père Romanelli: «La majorité des victimes à Gaza sont des civils»

    La voix tremble, les mots résonnent plus fortement, le ton devient plus incisif. Le Père Gabriel Romanelli prévient: «Ecrivez surtout que les victimes à Gaza sont d’abord des civils. La plupart sont des femmes et des enfants, pas des combattants, mais les otages d’une guerre horrible.» cath.ch a pu...

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    François, un génie de la communication?

    François a marqué d’une empreinte très personnelle la façon dont le Saint-Siège transmet son message à la Ville et au Monde. Sa communication a considérablement élargi la portée de la «parole» pontificale, tout en suscitant parfois de la confusion, notamment à l’intérieur de l’Église.

    Dans son premier entretien accordé en 2013 au Père Antonio Spadaro, l’influent directeur de la revue jésuite La Civilta Cattolica, le pape François témoignait de la difficulté de son nouveau 'métier’: «Je suis capable de regarder des personnes individuelles, une par une, pour me connecter de manière personnelle avec celles qui sont devant moi. Je n’ai pas l’habitude des masses».

    “Austère” à Buenos Aires, “jovial” à Rome

    Ce qu’il décrivait alors comme une de ses faiblesses s’est révélée, dix ans plus tard, être l’une de ses plus grandes forces. Le pontife argentin a conservé son style simple, proche de l’oralité dans ses discours, imagé et accessible dans les textes de son magistère. Réputé austère à Buenos Aires, il s’est révélé jovial à Rome. Et sa bonhommie lui a souvent valu la comparaison avec le «bon pape» Jean XXIII.

    Après un pontificat de Benoît XVI marqué par le verbe concis de ce théologien rigoureux, la verve de François, adepte des improvisations et des réactions spontanées, souvent empreintes d’humour et d’émotions, a touché le cœur de beaucoup.

    “Le pape parlait régulièrement des 'caresses’ qu’il faut donner à un monde en souffrance”

    Faisant souvent fi de l’étiquette, le pape a construit sa communication sur l’établissement d’une «proximité informelle». «N’oubliez pas, s’il-vous-plait, de prier pour moi», demandait-il ainsi inlassablement, après chaque discours. Cette formule, la plus entendue pendant ces douze dernières années, était caractéristique du soin que mettait le pape à établir un véritable lien avec son audience. Ce «pont» qu’il jetait entre lui et chaque interlocuteur se voulait humain avant d’être magistériel.

    Communiquer: entre geste et silence

    Le chercheur colombien Ari Waldir Ramos Diaz note dans son essai Soyez authentiques, avec le pape François pour améliorer nos relations et notre communication (Edizioni Lavoro, 2019) que François communiquait d’abord «à partir des gestes» parce que ces derniers constituent un «langage universel». Dans son style sud-américain, le pape parlait régulièrement des «caresses» qu’il faut donner à un monde en souffrance.

    “Le pape François considérait que le monde était 'malade de bruit’»

    Mgr Guido Marini, l’ancien cérémoniaire du pape, affirmait dans un entretien publié en 2021 que François était un «génie de la scénographie». L’Italien avait assisté le pontife lors de la Statio Orbis du 27 mars 2020, cérémonie pendant laquelle le pape avait prié pour le monde, alors plongé dans le chaos de la pandémie. Plus que son discours ce soir-là, c’est la solitude d’un pape sur une place Saint-Pierre battue par la tempête dont beaucoup se souviennent.

    Critique des commérages et de tous les parasitages, le pape François considérait que «le monde était malade de bruit». Il vantait les mérites de la «présence silencieuse», étape indispensable pour se mettre à l’écoute de l’autre. Un principe qu’il a tenté de déployer au sein de sa diplomatie, très active pour favoriser le dialogue de paix dans de nombreux pays du monde. Mais c’est aussi le cas dans le domaine ecclésial avec le synode sur l’avenir de l’Église lancé en 2021, qui a pour but de relancer une culture de la synodalité, c’est-à-dire l’art de s’écouter pour avancer malgré les différences.

    Une parole imprévisible

    Réformateur, le pape François a poursuivi la modernisation, et notamment la numérisation de la communication du Saint-Siège, entamée par son prédécesseur. Même s’il s’est régulièrement montré très critique face aux risques de la communication virtuelle, il a néanmoins ouvert un compte Instagram et lancé une application de prière – Click to Pray. Il a aussi reçu au Vatican les principaux grands patrons des GAFAM. Sur Twitter, ses comptes, diffusés en de nombreuses langues, ont dépassé les 45 millions de followers.

    François a aussi restructuré en profondeur la communication de la Curie en créant, en 2015, le dicastère pour la Communication, dans lequel il a rassemblé toutes les entités médiatiques du Vatican – Vatican News, Radio Vatican, L’Osservatore Romano (qu’il surnomme la «Pravda»), le Bureau de presse du Saint-Siège, la Librairie éditrice vaticane… Son but: une plus grande efficience, moins de dépenses, et une action concentrée sur l’annonce de l’Évangile.

    “Matteo Bruni, actuel directeur du Bureau de presse, ne remplissait pas le rôle de porte-parole”

    Mais le pontife s’est aussi montré très distant vis-à-vis de sa propre administration, court-circuitant souvent les canaux officiels de la communication du Saint-Siège – notamment son Bureau de presse – pour privilégier ses propres réseaux, beaucoup plus insaisissables et imprévisibles.

    Une situation qui a créé un malaise au sein de la Curie, lequel est apparu au grand jour lorsqu’en 2021 le pontife a publiquement critiqué sa communication lors d’une visite des locaux de Radio Vatican. Les injonctions du pape à la prise d’initiatives alors que les structures établies par ses soins tendent à limiter la liberté d’action, ont révélé les problèmes de fond au sein de la communication du Vatican.

    Contrairement à ses deux prédécesseurs qui pouvaient s’appuyer pleinement sur leur porte-parole, le pontife s’est voulu maître de toute sa communication, afin de ne pas voir sa parole utilisée par des groupes de pouvoirs agissant pour leurs intérêts au sein de l’Église. Ainsi, Matteo Bruni, actuel directeur du Bureau de presse, ne remplissait pas le rôle de porte-parole.

    Une communication libre

    S’il accordait de nombreux entretiens dans lesquels il ne fermait la porte à aucun sujet, il arrivait aussi souvent au pontife, dans la pure tradition jésuite, de ne pas aller là où l’emmenait son interlocuteur. «Le pape ne répond pas toujours aux questions qu’on lui pose», notait ainsi le sociologue Dominique Wolton, qui a mené 12 entretiens avec le pontife, publiés dans l’ouvrage Politique et société (2018).

    Cette capacité du pape à prendre le contre-pied de son interlocuteur a été particulièrement observable lors des conférences de presse organisées dans chaque vol retour – et non plus vol aller, comme pour les deux précédents pontificats – de ses déplacements à l’étranger. Le pontife argentin a redonné toute son importance à ce moment de contact privilégié avec la presse que Benoît XVI avait ‘verrouillé’ au milieu de son pontificat après une polémique sur l’usage du préservatif.

    “Certains ont souvent reproché au pape une forme de 'populisme’»

    Pendant les 40 vols retour effectués ces dix dernières années, François a permis à nouveau aux journalistes de poser librement leurs questions sur tous les thèmes. Il s’y est exprimé dans un style très spontané mais souvent débridé. On doit à ces séquences quelques formules clés de son pontificat, par exemple celle sur l’homosexualité – «Qui suis-je pour juger?».

    «Bourdes» et divisions

    La spontanéité du pape François a cependant parfois joué contre lui, par exemple lorsqu’il s’est embrouillé dans ses propos sur la renonciation de l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit, ou qu’il a mis à mal les efforts de sa propre diplomatie en laissant entendre que les Bouriates et les Tchétchènes étaient responsables des massacres en Ukraine. Le style de communication du pontife a aussi régulièrement suscité la perplexité voire la colère dans ses propres rangs.

    «Vous êtes plus aimé […] chez les athées que chez les catholiques», lui faisait remarquer Dominique Wolton. Dans l’Église, certaines voix ont souvent reproché au pape une forme de «populisme» brouillant les cartes sur la doctrine. D’autres, au contraire, se sont agacées de son style ‘pastoral’ qui lui éviterait d’enclencher les grandes réformes qu’elles attendent de lui.

    Le pape François, pour sa part, s’est à de nombreuse reprises élevé contre ce qu’il décrivait comme une «polarisation». Contre les conflits binaires et idéologiques, il a encouragé les chrétiens à enrichir leur communion des «contrapositions» existantes dans l’Église, faisant de ce défi un des axes du grand processus du synode sur l’avenir de l’Église lancé en 2021. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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    'Dilexit Nos': «L’essentiel est le cœur à cœur avec le Christ»

    Dans sa dernière encyclique Dilexit Nos (Il nous a aimés) passée un peu inaperçue au moment de sa publication le 24 octobre 2024, en même temps que la clôture du Synode, le pape François rappelait que «L’essentiel est le cœur à cœur avec le Christ». Peut-on voir dans cette encyclique le testament du pape François?

    «Lorsque nous sommes tentés de naviguer en surface, de vivre à la hâte sans savoir pourquoi, de nous transformer en consommateurs insatiables, asservis aux rouages d’un marché qui ne s’intéresse pas au sens de l’existence, nous devons redécouvrir l’importance du cœur,» insistait le pape François.

    L’abbé François-Xavier Amherdt, ancien professeur de théologie pastorale à Fribourg, aujourd’hui curé de Savièse (VS) revient pour cath.ch sur quelques éléments centraux de ce texte et de la spiritualité du pape François.

    Le titre de l’encyclique Dilexit Nos (Il nous a aimés) est tiré de l’épitre aux Romains (8.37) Que nous dit-il?  
    François-Xavier Amherdt: À travers le titre déjà, le pape François veut nous centrer sur l’essentiel. L’amour et la tendresse de Dieu qui prennent visage en Jésus-Christ constituent l’élément central de notre foi chrétienne. Dans le langage biblique le cœur n’est pas que le siège de l’émotion, c’est le centre de la personne où se prennent les grandes décisions. Jésus se présente lui-même comme «doux et humble de cœur» (Mt 11,29).
    C’est une source de consolation pour tant d’hommes et de femmes marqués par les divisions, la maladie, la guerre, le découragement, le deuil. Cela peut parler à nos contemporains.

    Peut-on voir dans cette encyclique le testament du pape François?
    À mon avis, cette encyclique est un plaidoyer pour l’unité. C’est une invitation à nous unir autour de l’essentiel. Le pape a publié cette encyclique juste au moment où s’achevait le synode sur la synodalité à Rome. Car pour lui, c’est dans le cœur du Christ que nous pouvons trouver une source de communion au-delà des diverses positions ecclésiales.
    Il est très intéressant aussi que le pape François la publie après deux encycliques plus sociales, Laudato si’ sur la sauvegarde de la ›maison commune’ et Fratelli tutti sur la fraternité humaine. Ce texte explicitement spirituel sous-tend les deux autres. Enfin rappelons qu’il n’y a chez lui aucune opposition avec les papes précédents. La forme est peut-être différente, mais le message est le même.

    Pour certains, la dévotion au Sacré-Cœur apparaît comme mièvre.
    Oui, il peut y avoir un côté un peu mièvre lorsqu’on parle de cœur. C’est le petit cœur rose en sucre, alors que la dévotion au Sacré-Cœur n’est pas douceâtre mais enflamme. Certains trouvent Thérèse de l’Enfant Jésus trop sentimentale, mais en fait, elle reprend avec ses mots puissants, la parole de l’évangile «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos» (Mt 11,28). Vivre la dévotion au Sacré-Cœur c’est rejoindre le mouvement même de Jésus vers les hommes.

    «Dans une famille, dans une société, quand on manque de cœur, tout s’écroule.»

    L’encyclique dénonce ceux qui se moquent de la piété populaire.
    Populaire veut dire du peuple. Or la Bible est marquée par l’alliance de Dieu avec son peuple. Ce qui vient du peuple a ainsi une force de vérité et d’authenticité. On met du ‘cœur à l’ouvrage’, du ‘cœur à chanter à jouer’. Cette piété peut toucher toutes les expériences humaines. Dans une famille, dans une société, quand on manque de cœur, tout s’écroule.

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    La fresque de l'église du Sacré-Coeur à Genève | Facebook

    Le pape regrette le peu de place du cœur dans la philosophie et la théologie.
    La philosophie et la théologie doivent éviter un certain intellectualisme froid. Il s’agit aussi de prévenir un jansénisme moralisateur selon lequel il convient de s’attirer les bonnes grâces de Dieu par le respect du devoir. C’est une voie médiane entre esprit, volonté et émotion. On retrouve là une démarche typiquement jésuite, mais finalement très moderne dans sa conception de l’homme.
    C’est une vision très équilibrée où les émotions sont mises à leur place, sans les déconnecter de l’esprit et de l’intelligence. Les deux dimensions de la sensibilité et de l’engagement sont présentes chez Ignace de Loyola. Il faut savoir les choses, mais il faut aussi les sentir, les goûter intérieurement, dans la prière et la contemplation.

    Le texte revient assez longuement sur la notion de cœur dans une perspective biblique. 
    On peut commencer avec le grand commandement de l’Ancien Testament: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.» (Dt 6,5) Le cœur est affirmé comme lieu de la réponse à l’appel du Seigneur: «Écoute Israël.» 
    Ce commandement est repris par Jésus lorsqu’on lui pose la question: «Quel est le plus grand des commandements?». Cet amour fort et concret porte l’Ancien et le Nouveau Testaments. Jésus présente son cœur comme un havre de paix pour ceux qui cherchent un sens à leur vie.

    «Se brancher sur le cœur du Christ, c’est accepter de faire la vérité sur nous-mêmes.»

    Je ressens en pastorale, surtout pour les malades et les personnes en deuil, combien se rapprocher du cœur de Jésus avec Marie peut être important. Au-delà d’un faux sentimentalisme, nous sommes rejoints dans nos tripes, nos entrailles. Quelle plus belle imitation du Christ que d’ouvrir notre cœur à la souffrance des autres?

    Le pape dénonce aussi une spiritualité ‘sans chair’. 
    Dans Evangeli gaudium , le pape François définissait la pastorale comme ‘un constant corps à corps’. Nous sommes appelés à ‘toucher’ la chair de l’autre c’est-à-dire ce qui fait son humanité. Dans notre monde de réseaux sociaux, d’algorithmes, d’intelligence artificielle, ce rappel me semble bienvenu. Dans ce monde virtuel, revenir au cœur est aussi revenir à la vérité. Se brancher sur le cœur du Christ, c’est accepter de faire la vérité sur nous-mêmes.

    Le pape y voit un antidote contre la mentalité actuelle où tout s’achète et se vend, y compris la dignité humaine.
    Le cœur et la chair représentent par excellence l’unicité inviolable de la personne, sa dignité ‘indépassable’. Blesser et briser le cœur d’un enfant constitue le sommet de la violence. C’est exactement le contraire de ce que le Christ veut pour nous. C’est un antidote à la marchandisation et l’exploitation de l’être humain sous toutes ses formes.

    «Le Sacré-Coeur sonne juste parce que les gens ont besoin d’un Dieu proche.»

    La dévotion au Sacré-Cœur n’a donc rien d’anachronique. 
    Elle sonne juste parce que les gens ont besoin d’un Dieu proche, d’une Église proche. On revient au centre, loin d’un catalogue de dogmes ou de listes de choses permises ou défendues. Nous ne sommes pas dans une dogmatique froide ni un moralisme impitoyable, mais dans une spiritualité existentielle. L’essentiel est le cœur à cœur avec le Christ, dans le silence.

    Durant les dernières décennies, on a eu souvent au sein de l’Église un peu de mépris pour cette dévotion comme une forme de superstition, de pensée magique.
    Le pape François propose un bel équilibre entre la théologie et l’invitation à la vivre dans le concret de l’existence. Les recherches anthropologiques actuelles sont revenues d’un rationalisme structuraliste étroit. Je constate dans ma pastorale, combien il est important, notamment pour les jeunes, d’avoir non seulement une réflexion et des paroles, mais aussi des gestes et des images. Nous pouvons encore évoquer l’importance des racines puisque cette piété populaire nous vient à travers les siècles. Nous renouons ainsi avec nos racines, pour mieux résister aux vents contraires de notre monde.

    «À quoi servent des structures qui ne sont pas animées par un cœur et l’oraison amoureuse?»

    L’encyclique critique les communautés et les pasteurs concentrés sur les réformes de structures.
    Il faut évidemment des structures et une réflexion sur les modalités de gouvernance de l’Eglise, mais sans jamais oublier l’essentiel qui reste de favoriser la relation personnelle avec Dieu. À quoi servent des structures qui ne sont pas animées par un cœur et l’oraison amoureuse? Avec cette encyclique le pape remet de la chair et un cœur sur le squelette. C’est en vivant une spiritualité forte que les agents pastoraux pourront la communiquer à d’autres, sinon cela reste cérébral, extérieur.

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    Saint Thomas touchant le côté de Jésus. Détail de l'autel de la chapelle du Sacré-Coeur de l'église jésuite de Londres. (Photo: Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0)

    Le pape se penche aussi sur les notions de réparation et de consolation. Dans la dévotion traditionnelle au Sacré-Cœur, il s’agit de consoler le Christ et de compléter ses souffrances. Ce qui ne paraît pas très concevable dans la vision actuelle.
    Réparation et consolation sont deux notions différentes. La réparation signifie que par le cœur du Christ, nous pouvons réparer et soigner les blessures faites aux êtres humains. Parfois la réparation est un peu ambiguë, si on la considère comme un calcul ou un décompte d’une dette que l’on devrait à Dieu. Non, le don de Dieu est gratuit et nous pouvons y répondre en soignant gratuitement ceux qui souffrent. N’entrons pas dans la logique du donnant-donnant.
    La consolation du Christ rappelle que le Christ pleure de voir toutes les abominations commises par les êtres humains. L’Évangile raconte que Jésus pleura sur Jérusalem. (Luc 19,41). Vouloir consoler Jésus, c’est lui dire: ‘Nous pleurons avec toi. Nous travaillons à ton œuvre pour que ton corps soit restauré.’
    Le jésuite François Varillon parlait de la joie et de la souffrance de Dieu. Jésus nous est si proche qu’il a en quelque sorte ‘besoin’ d’être consolé par notre attitude, notre réponse, notre engagement. (cath.ch/mp)

    Ce texte est la reprise d’un article paru sur cath.ch le 8 novembre 2024

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    La littérature qui a marqué le pontificat de François

    Hugo, Dante, Virgile, Tolkien… ces écrivains et encore bien d’autres ont marqué en profondeur Jorge Bergoglio, féru de littérature, remarque le prêtre jésuite Antonio Spadaro. Le directeur de la revue Civilta Cattolica décrypte l’influence de ces auteurs sur la pensée et le pontificat de François.

    «Le roman, la littérature, voyez-vous, lit dans le cœur de l’homme (…) et il est utile pour la prédication de connaître les cœurs», avait confié en 2016 le pape François au Père Spadaro. Le jésuite était un proche du Saint-Père, qui l’accompagnait fréquemment dans ses voyages. Le prêtre-journaliste connaît aussi très bien les habitudes de lecture du défunt pontife. Un aspect, qui selon lui, permet de mieux comprendre la vision du monde de François et d’éclairer «sous un angle différent» son pontificat. À l’occasion des dix ans de son élection, le 13 mars 2013, le directeur de la Civilta Cattolica esquissait en 2023, dans la revue jésuite italienne, «la carte littéraire de Bergoglio».

    Le manque d’imagination, un grave problème pour la foi

    Le pape François a toujours été passionné par la littérature, explique Antonio Spadaro. Les romans et la poésie l’ont accompagné dans sa formation. Une fascination qui remonte probablement à son enfance, notamment lorsque son père lui lisait à haute voix des livres après le dîner.

    Cet attrait précoce pour les lettres l’a influencé dans ses études et sa carrière ecclésiastique. Jeune jésuite, il a enseigné la littérature dans une école catholique de Santa Fe, au nord de l’Argentine. «Il y a acquis la conviction que l’expérience créative était décisive», également pour la foi, souligne Antonio Spadaro.

    Il note qu’au sein de la littérature, Jorge Bergoglio a toujours eu un intérêt particulier pour la poésie. Il sera ainsi le premier pape à préfacer un recueil de poèmes, l’ouvrage Rime a sorpresa (Les rimes surprises), de Luca Milanese, en 2020.

    Pour le journaliste jésuite, cette passion poétique du pape venait de sa conviction que le manque d’imagination était un grave problème pour la foi. «Nous avons maintenant besoin du génie d’un nouveau langage, d’histoires et d’images fortes, d’écrivains de poètes et d’artistes capables de crier au monde le message de l’Evangile, de nous faire voir Jésus», a ainsi déclamé François dans une méditation à Sainte-Marthe en 2014.

    Pour exprimer sa pensée, François utilisait fréquemment des images. «Comprendre les métaphores aide à rendre la pensée agile, intuitive, flexible, aiguë. Ceux qui ont de l’imagination ne deviennent pas rigides; ils ont le sens de l’humour, appréciant toujours la douceur de la miséricorde et de la liberté intérieure», avait expliqué l’évêque de Rome à la communauté de la Civilta Cattolica en 2017. Il a ainsi utilisé des citations de poètes dans nombre de ses textes, également dans les documents les plus importants, tels que les exhortations apostoliques ou les encycliques.

    Dostoïevski et Baudelaire, portes de la “pensée ouverte”

    Jorge Bergoglio avait confié dans une interview en 2013 aimer les «artistes tragiques». Sa passion pour Dostoïevski était bien connue. Pour le pape François la tragédie «témoigne de la complexité et de la nature contradictoire de l’expérience humaine, de la vie», assure le directeur de la revue jésuite. Dans l’œuvre dostoïevskienne préférée du pape, Notes d’un souterrain, l’auteur écrit que «deux plus deux égale quatre n’est plus la vie, messieurs, mais le principe de la mort». «L’une des pierres angulaires de la pensée de Bergoglio est que la réalité passe toujours avant l’idée et que la complexité du polyèdre est supérieure aux équidistances de la sphère», note le Père Spadaro.

    Ce dernier y voit «un point crucial pour comprendre François». Cette «infraction à la logique rigide postulée par le grand écrivain russe» peut être considérée comme la base d’un des concepts mis en avant par le pontife: la «pensée incomplète» ou «pensée ouverte».

    Une vision des choses qu’il aurait également découverte chez Baudelaire, pour lequel «la vie n’est pas une image en noir et blanc. C’est une image en couleurs. Il y a du clair et du foncé, de l’atténué et du vif. Mais les nuances prévalent toujours».

    Cette «pensée ouverte» s’oppose à la «pensée isolée» ou «pensée unique», souvent décriée par François, notamment face à la mondialisation. En 2005, Jorge Bergoglio dénonçait ainsi «la conception impérialiste de la mondialisation», conçue comme «une sphère parfaite et propre où tous les peuples se fondent dans une uniformité qui annule la tension entre les diversités.»

    Fraternité et miséricorde

    Jorge Bergoglio a toujours également marqué de l’intérêt pour les œuvres classiques, voire populaires, notamment de la littérature latino-américaine et argentine. «Mais par 'populaire’, il entendait une œuvre liée au peuple, qui exprime son génie», note Antonio Spadaro. Il affectionnait particulièrement les auteurs tels que Leopoldo Marechal, un classique argentin attaché au cosmopolitisme de Buenos Aires, pour son expression de «la valeur de l’unité d’un peuple sur la base de la diversité et du métissage.»

    Marechal évoque notamment une cité utopique au nom significatif de «Philadelphie» [qui signifie en grec: l’amour d’un frère ou d’une sœur]. «Comme la rose règne parmi les fleurs, la 'cité des frères’ règnera parmi les métropoles du monde», écrit l’auteur argentin. «Comment ne pas voir ici l’arrière-plan de l’encyclique Fratelli Tutti?», relève le journaliste jésuite.

    Outre la fraternité, le pape François était "impressionné par les œuvres qui manifestent la miséricorde». Un aspect dont Dante est pour lui l’un des principaux chantres. En témoignent notamment, dans son œuvre, la figure de l’empereur Trajan, placé au chant XX du Paradis bien que païen, ou celle du roi Manfred, excommunié mais placé par Dante au Purgatoire. Quand le pontife avait déclaré un Jubilé de la Miséricorde, entre 2015 et 2016, peut-être avait-il ces œuvres en mémoire.

    Pour Antonio Spadaro, le style pastoral de François a pu être inspiré par un certain nombre d’auteurs, dont Victor Hugo. Le pape a fait référence en 2022 à l’évêque Bienvenu, qui apparaît dans Les Misérables. L’écrivain français le décrit en effet comme un médecin dans un hôpital de campagne, un terme récurrent dans la rhétorique du pontife. «(…) il sentait partout la fièvre, il écoutait partout la souffrance et, sans chercher à percer l’énigme, cherchait à apaiser la plaie (…) 'Aimez-vous les uns les autres’ : […] il n’aspirait à rien de plus, et en cela résidait sa doctrine», écrivait le grand auteur. «On dirait vraiment l’incarnation du pasteur selon Bergoglio», note le Père Spadaro.

    L’homme qui marche

    Parmi les œuvres classiques lues par François, certaines ont inspiré sa vision de l’homme en tant que «voyageur», note le jésuite. Le pape s’est ainsi référé à plusieurs reprises à la figure d’Enée chez le poète latin Virgile. Face aux ruines de Troie, le héros surmonte la tentation de s’arrêter pour reconstruire la ville et, prenant son père sur les épaules, commence à gravir la montagne vers la colline où sera fondée Rome. «C’est ce que nous devons tous faire maintenant, aujourd’hui: emporter avec nous les racines de nos traditions et gagner la montagne», avait préconisé le pontife dans une interview en 2020.

    «La réception de Virgile par Bergoglio s'inscrit dans la lignée de tant de littéraires, d'hommes et de femmes de culture pour qui la réception d'un classique est un rapport fécond entre le passé et le présent, affirme ainsi le Père Spadaro. C'est la reprise du fil qui unit l'expérience présente et passée, c'est la possibilité de se régénérer à travers un texte d'hier afin d'en tirer une carte pour tracer notre avenir».

    Bergoglio était très sensible à cette image d’Enée, le héros sur la route, conscient du sens de sa mission. Une idée qu’il retrouve dans la littérature contemporaine, notamment chez Tolkien. Dans un de ses discours en tant qu’archevêque de Buenos Aires, il notait que l’auteur du Seigneur des Anneaux «reprend dans les figures de Bilbon et de Frodon l’image de la personne appelée à marcher (…) la personne qui marche représente une dimension de l’espérance; elle 'entre’ dans l’espérance».

    Bergoglio retrouvait également cette figure du héros en mission dans Il divino impaziente (Le divin impatient), un drame sur Saint François Xavier de l'écrivain espagnol José María Pemán. François l'a cité le 31 juillet 2013, à l'église Saint-Ignace de Rome, comme un exemple de «l'anxiété d'évangéliser sans hésitation ni retard». «C'est cette même anxiété qui imprègne tout le pontificat de François», conclut Antonio Spadaro. (cath.ch/civiltacattolica/as/rz)

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    Deux cent mille personnes aux funérailles du pape

    Alors que la cérémonie de funérailles du pape François se déroule à partir de 10h à Rome, une foule dense occupe la Place St-Pierre. Plus de 200'000 personnes en tout devraient assister à l’événement.

    Dans la foule, de très nombreux jeunes sont présents, dont beaucoup avaient prévu de venir pour la canonisation de Carlo Acutis initialement prévue dimanche 27 avril, rapporte l’agence IMEDIA. D’autres sont venus spécifiquement pour les obsèques du pape François. C’est le cas de Callahan, jeune Californien vivant en Allemagne pour ses études. «Je ne suis pas très religieux mais j’aimais beaucoup le pape François, c’était un homme de bien, qui aimait les gens. J’ai voulu profiter d’être en Europe pour pouvoir vivre ce moment historique. Mes amis et mes parents en Californie ont été jaloux d’apprendre ma présence ici!», s’amuse-t-il.

    Anna, du diocèse de Bergame, était venue pour le Jubilé des adolescents. «Mais c’est une très belle opportunité pour nous de vivre ce moment d’hommage à ce pape avec lequel nous avons grandi, et qui était très attentif à la diversité des jeunes», souligne la jeune fille.

    Selon l’agence IMEDIA, 150'000 personnes sont présentes sur la Place St-Pierre pour la messe.

    Près de 100 représentants d'autres confessions et religions

    Le Saint-Siège a publié la liste des chefs et représentants de diverses confessions chrétiennes et d’autres religions qui assistent aux funérailles du pape François, ce 26 avril 2025. Près de 100 dignitaires sont annoncés.

    Dans le monde orthodoxe et oriental, le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée, à qui François avait dédié son encyclique Laudato si’, sera présent à la tête d’une importante délégation, tout comme le patriarche arménien Garéguine II Nersissian, le patriarche Ignace Aphrem II, primat de l’Église syriaque orthodoxe, le catholicos de la Grande Maison de Cilicie, Aram Ier, ou encore Mar Awa III, catholicos-patriarche de l’Église assyrienne de l’Orient.

    Les patriarches de l’Église orthodoxe d’Albanie, Joan, et de celle de République tchèque et de Slovaquie, Rastislav, seront également présents.

    Les Églises orthodoxes russe, serbe, roumaine, bulgare, géorgienne, chypriote, grecque, américaine, ainsi que les Églises gréco-orthodoxes d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem ont envoyé des représentants. Il en va de même pour l’Église copte orthodoxe d’Alexandrie, les Églises éthiopienne et érythréenne, ainsi que l’Église orthodoxe syro-malankare.

    Justin Welby absent

    Du côté de la Communion anglicane, une importante délégation a été envoyée à Rome en l’absence de son primat. L’ancien archevêque de Cantorbéry, Justin Welby, dont le pape François était très proche, a en effet démissionné en janvier dernier. Dans le monde protestant, la Conférence vieille-catholique, la Fédération luthérienne mondiale, la Communion des Églises réformées et le Conseil méthodiste ont envoyé leurs présidents. L’Église vaudoise, l’Alliance baptiste mondiale et l’Alliance évangélique mondiale sont également représentées.

    Des représentants de divers courants bouddhistes, venus du Myanmar, du Sri Lanka et du Japon, assisteront aux funérailles. Ils côtoieront des délégations hindoues, sikhes, zoroastriennes et jaïnistes.

    Pour l’heure, aucun représentant de l’islam n’a été annoncé dans la liste officielle transmise par le Saint-Siège. Toutefois, une importante délégation, menée par le grand imam Ahmed el-Tayyeb de la mosquée Al-Azhar du Caire, a été annoncée par la presse. Le pape François et le grand imam avaient signé ensemble, en 2019 aux Émirats arabes unis, le Document sur la fraternité humaine, un texte appelant à la coopération des religions en faveur de la paix.

    Aucun représentant du monde juif n’est non plus officiellement annoncé par le Vatican. Mais le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, sera bien présent sur la place Saint-Pierre selon la presse italienne.

    Plus de 160 délégations officielles

    Plus de 160 délégations officielles du monde entier participent à la messe de funérailles. 55 chefs d’État, dont le président américain Donald Trump et le président français Emmanuel Macron seront notamment présents. La délégation officielle de la Suisse est conduite par la présidente de la Confédération, Karin Keller-Sutter.

    Selon les règles protocolaires du Vatican, les délégations officielles sont placées à droite de l’autel durant la célébration. Le président argentin Javier Milei (du pays d’origine du pontife), venu avec sept personnes, et le président italien, Sergio Mattarella, accompagné de 19 membres du gouvernement, sont placés en premier.

    Suivent ensuite les souverains régnants, puis les chefs d’État, qui sont assis par ordre alphabétique de pays. À noter que c’est la langue française, langue de la diplomatie, qui est la référence pour ce classement.

    Parmi tous les pays, 55 sont représentés par des chefs d’État, douze par des souverains régnants et deux par des princes héritiers. Quinze ont envoyé des chefs de gouvernements, et les autres des ministres, ou des ambassadeurs. Neuf organisations internationales sont présentes dans ces délégations, dont le secrétaire général des Nations unies António Guterres. Quatre dirigeants de l’Union européenne ont aussi été annoncés, dont la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen.

    La France pour sa part compte une délégation de cinq membres: le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Macron, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, le ministère de l’Intérieur Bruno Retailleau et l’ambassadrice près le Saint-Siège Florence Mangin.

    La Chine est représentée par l’ancien vice-président Chin-Jen Chen. Israël a choisi d’envoyer son ambassadeur près le Saint-Siège Yaron Sideman, tandis que l’autorité palestinienne envoie son premier ministre Mohamed Mustafa. La Russie a mandaté la ministre de la Culture Olga Borisovna Lyubimova.

    Les chanoines de Saint-Pierre ont veillé le cercueil

    Pour sa dernière nuit dans la basilique Saint-Pierre, les chanoines de Saint-Pierre – une quarantaine de prêtres au service de l’animation de la basilique vaticane – ont veillé le cercueil du pape François, le 25 avril 2025. Le cercueil du 266e pape a été fermé lors d’un rite qui a duré une heure, après la fermeture des visites au public. Selon le rituel, le maître des célébrations pontificales a étendu sur le visage du défunt un voile de soie blanche, a déposé dans le cercueil une bourse contenant les monnaies frappées à l’effigie du pape durant son pontificat, et le Rogito – bref texte qui résume la vie et les œuvres importantes du pape – enroulé dans un tube de métal. Au matin du 26 avril, le cercueil fermé a été porté en procession sur le parvis de la basilique pour la messe des obsèques.

    Plus de 250'000 personnes en tout se sont recueillies devant la dépouille du pape.

    Un corbillard modeste

    Pour son transfert de la basilique Saint-Pierre à la basilique Sainte-Marie-Majeure après la messe de funérailles du 26 avril, le cercueil du pape François sera transporté en papamobile ouverte, a confié Matteo Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. Le véhicule du convoi funèbre sera en l’occurrence une papamobile que le pontife argentin avait utilisée pour un voyage en Orient. La voiture a été aménagée avec une plateforme ouverte, pour permettre aux fidèles de voir le cercueil sur le passage du cortège dans les rues de Rome. La durée du trajet est estimée à une demi-heure. (cath.ch/imedia/ak/cd/hl/rz)

    Suivez en direct les funérailles du pape François

    26/04/2025

    Suivez en direct les funérailles du pape François

    Le pape François, décédé le 21 avril 2025, est inhumé le samedi 26 avril à Rome. RTS 2 diffuse en direct ses funérailles.

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    Basilique de Genève: une messe en hommage au pape, fidèle à son image

    Le pape François aurait sans nul doute aimé la messe donnée à son intention samedi 26 avril, à 8h, à la basilique Notre-Dame de Genève (GE),  juste avant ses obsèques. Une centaine de fidèles, Européens, Africains, Latinos et Asiatiques, parmi lesquels quelques sans-abris, ont prié avec ferveur et simplicité à son intention.

    A la gauche de l’ambon, un livre d’or, où quiconque peut laisser un dernier hommage à feu le pape François ; juste à coté, devant l’hôtel, une photo de lui, souriant et saluant les fidèles, entourée de fleurs, comme pour n’importe quel messe donnée en l’honneur d’un défunt.

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    Une messe en hommage au pape François, célébrée en toute simplicité par l'abbé Jean-Luc Martin, 26 avril 2025, Genève

    Dans le quartier populaire des alentours de la gare de Genève, où se dresse la basilique Notre-Dame, certaines paroles du pape François résonnent en osmose avec l'atmosphère du lieu. «’Allez dans les périphéries, chez les plus pauvres’ disait-il», a rappelé dans son homélie l'abbé Jean-Luc Martin, prêtre in solidum de l’Unité Pastorale Mont-Blanc, qui a célébré la messe. «Le pape François avait aussi parfois des paroles chocs, comme lorsqu’il lançait: ‘Allez annoncer la joie de l’Évangile aux baptisés non chrétiens‘», lance encore le prêtre.

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    Un sans-abris en adoration, basilique Notre-Dame, Genève, 26 avril 2025 | © Lucienne Bittar

    La porte s’ouvre. Des touristes sacs au dos, venus pour visiter la basilique Notre-Dame, entrent... et restent jusqu’à la fin de la célébration. Au moment de la communion, des fidèles se mettent à genou devant le prêtre pour recevoir l’hostie dans la bouche, d’autres, debout, tendent les mains. Sur une allée latérale, un sans-abri s’avance et s’agenouille à côté de l’autel, en adoration. Des gestes comme autant d’échos à cette Église ouverte à tous et sur le monde désirée par François, un pape qui a aussi manifesté, tout le long de son pontificat, son attachement aux expressions de foi et de dévotions populaires.

    A la fin de la messe, toute l'assemblée a été invitée par l'abbé Jean-Luc Martin à se tourner vers la statue de la Vierge Immaculée, œuvre de l’artiste sculpteur romain Forzani, placée au centre de la chapelle de la Vierge, haut-lieu de la basilique, pour prier Marie. Une façon, là encore, de rendre hommage au pape François, un pontife très attaché à la Vierge Marie, au point d'avoir formulé dans son testament le vœux que sa dépouille repose dans la Basilique Papale Sainte-Marie-Majeure.

    Reconnu pour son humilité et simplicité, défenseur des marginaux, des pauvres, porteur de l’Église universelle et multiculturelle tout à la fois, François se serait sans conteste reconnu dans cette messe célébrée en son honneur à Genève, une heure avant ses obsèques officielles à Rome, avec 160 délégations étrangères, une dizaine de monarques régnants et une cinquantaine de chefs d’États. (cath.ch/lb)

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    Cathédrale Saint Nicolas: “Prions pour le pape François”

    “Prions pour le pape François. Accueille-le Seigneur dans la lumière de ton visage.” La prière liturgique a pris une forte actualité lors de l’hommage que le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg lui a rendu, le 25 avril 2025, à la cathédrale Saint Nicolas.

    “Pendant l’octave de Pâques, on ne célèbre pas de messe de requiem, a précisé Mgr Charles Morerod vêtu d’ornements blancs. Cette messe est une action de grâce pour le ministère du pape François, dans la joie de la résurrection.”

    Regarder les personnes

    Devant les nombreux fidèles qui avaient rempli la cathédrale, l’évêque de LGF a tenu à relever trois aspects de la personnalité et de l’action du pape Bergoglio: “A l’image du Bon Samaritain, il a toujours regardé les personnes sans jamais les enfermer dans des cases. Leur demandant toujours que puis-je faire pour toi?”

    Le deuxième est aspect et l’importance de l’écologie intégrale. “Avec son encyclique Laudato Si, il fait de la sauvegarde de la maison commune une question spirituelle”. Pour Mgr Morerod, le troisième élément est celui de la synodalité par laquelle le pape François veut faire de l’Eglise un peuple en chemin.

    “Après la mort du pape, sommes-nous inquiets? Non nous ne sommes pas orphelins, mais forts de la promesse de Jésus d’être toujours avec nous.”

    Sérénité et confiance

    Le même sentiment de sérénité régnait à la sortie de la célébration. “De formation jésuite, je me sentais proche du pape François, note René Canzali. Je retiens son attention à tous et sa capacité à dire les choses directement”.

    “Tout Fribourg était réuni autour du pape François dans une belle communion”, estime Madeleine Duc. L’ancienne conseillère communale a été conquise dès le premier 'Bonsoir’ du pape François prononcé de la loggia de la basilique saint-Pierre le soir de son élection. “Je le prie de nous donner un bon pape.”

    Les soeurs hospitalières, Marie-Emmanuel et Adorata, soulignent que le pape François s’est offert jusqu’au bout, visitant les prisonniers le Jeudi saint ou encore faisant un long passage sur la place Saint Pierre le dimanche de Pâques. “C’est beau de mourir au temps de Pâques.”

    “Je suis heureuse de voir la cathédrale aussi pleine, mais je m’y attendais car François était un pape populaire et aimé”, remarque la présidente de paroisse Valentine Murith.

    La générosité du coeur du pape François a aussi marqué André Schönenweid, ancien député centriste. “Il a ouvert les coeurs et les frontières, c’est une belle symbolique, y compris en politique. C’est un pape qui faisait du bien.” (cath.ch/mp)

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    La diplomatie du pape François: une «culture du face à face»

    Le pontificat de François n'a pas coïncidé avec une ère de paix mondiale, loin s'en faut. Le journaliste américain Victor Gaetan estime pourtant que le défunt pontife a reforgé la géopolitique du Saint-Siège avec une approche à long terme, en utilisant intelligemment les atouts du petit État.

    Victor Gaetan est un journaliste catholique américain spécialiste de la diplomatie vaticane. cath.ch l'a interrogé par téléphone sur le bilan du pape François en matière de politique mondiale.

    Quels sont les principes qui ont guidé le pape François dans les relations internationales?
    Victor Gaetan: Par sa diplomatie, le pape François a développé une véritable «culture de la rencontre». Pour lui, le contact face à face est le meilleur moyen d'engager un dialogue le plus honnête et le plus sincère possible. Deux êtres de chair et de sang, partageant le même espace au même moment, en situation d'égalité.

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    Victor Gaetan est un journaliste américain spécialiste de la diplomatie vaticane | © DR

    Evangelii Gaudium (La joie de l'Évangile, 2013) est un document majeur pour comprendre son approche géopolitique. Dans sa première exhortation apostolique, il définit plusieurs principes pour guider la diplomatie du Vatican. L'un d'eux est l'idée que «le temps est plus grand que l'espace», ce qui signifie une préférence pour les petits pas en avant plutôt que pour les grands bouleversements. Ensuite, il y a la nécessité d'accroître la confiance mutuelle. Un principe qu'il a mis en pratique notamment avec la Chine.

    “Le Saint-Siège n'a pas d'intérêts nationaux et son leadership ne peut être que moral”

    Au-delà, François a toujours maintenu une approche non-militariste et non-violente. Cela a pu lui valoir quelques critiques, notamment lorsqu'il a parlé de «drapeaux blancs» ou de «négociations de paix» dans le contexte de l'Ukraine. Son pacifisme a été perçu par certains comme un soutien à la Russie.

    Mais la diplomatie du Vatican a-t-elle une spécificité? Si oui, comment François l'a-t-il incarnée?
    La politique du Saint-Siège diffère de celle des États séculiers. La Cité du Vatican n'a pas de portée militaire, économique, géographique ou démographique. Le pape est unique en ce sens qu'il est à la fois chef d'État et chef spirituel de la plus grande religion sur la planète, qui compte des adeptes dans le monde entier. Le Saint-Siège n'a pas d'intérêts nationaux et son leadership ne peut être que moral.

    “La diplomatie n'est jamais un remède miracle”

    Cela lui confère un avantage certain sur les autres États, qui peuvent toujours être accusés d'intérêt personnel. Le Vatican peut afficher une véritable neutralité. Et je crois que François a fait bon usage de cet avantage. Il s'est notamment efforcé de ne pas stigmatiser l'une ou l'autre partie d'un conflit, et d'accepter la complexité des situations, en laissant la porte ouverte au dialogue. François était toujours prêt à dialoguer avec un protagoniste d'un conflit.

    Pourtant, de nombreux conflits dans lesquels il s'est impliqué, notamment en Ukraine, au Sud-Soudan et en Birmanie, ne se sont pas apaisés - au contraire....
    La diplomatie n'est jamais un remède miracle. En Ukraine, le Vatican n'a pas pu jouer un rôle très significatif. Le Saint-Siège est limité par son approche pacifiste lorsqu'il s'agit d'entrer dans une dynamique de pouvoir aussi intense, avec d'énormes intérêts en jeu. Il n'a pu qu'essayer de jouer les bons offices, notamment en faveur des enfants ukrainiens emmenés en Russie et des prisonniers de guerre. Non sans succès.

    “Souvent, c'est par des gestes, et non par des discours, qu'il a fait passer des messages urgents”

    Quant au Soudan du Sud, François a donné un incroyable exemple de médiation. En baisant les pieds du président et des trois vice-présidents du pays, dont deux avaient précipité le pays dans la guerre civile, il a démontré avec force que les meilleures chances de paix résident dans l'humilité et le dialogue.

    Au Myanmar également, l'appel à la réconciliation nationale qu'il a lancé lors de sa visite dans le pays a certainement touché les cœurs. Même si le régime militaire n'a pas semblé changer ses habitudes.

    Au-delà de ces «échecs» apparents, il y a aussi des réussites à noter. Par exemple, le Vatican a contribué à la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis.

    D'une manière générale, le pape argentin n'a pas cherché à forcer les choses; sa diplomatie a consisté à planter des graines dont les fruits ne sont pas toujours directement observables.

    Dans quelle mesure l'approche de François, avec son appel au dialogue, au multilatéralisme et à la protection de l'environnement, est-elle en phase avec l'évolution de la politique mondiale?
    Il avait une vision assez juste de l'état du monde actuel, constatant la multiplicité des centres de pouvoir et la multidimensionnalité de la géopolitique. Son concept de «troisième guerre mondiale par morceaux» reflète cette vision. Il n'a jamais privilégié les solutions simplistes, car il était bien conscient que toutes les situations sont complexes.

    Dans ce contexte, le fait que le dialogue, le multilatéralisme et les préoccupations écologiques aient semblé reculer à un moment donné de son pontificat ne signifie pas qu'il allait à contre-courant, si l'on considère la multiplicité des centres de pouvoir où l'Église est active.

    En fait, il n'a pas cherché à se rapprocher des grands centres de décision...
    Non, et cela se reflète dans la carte de ses voyages. Très peu de ses visites apostoliques se sont déroulées dans des centres de pouvoir. À l'exception d'une visite au Parlement européen à Strasbourg (2014) et à Washington, DC et New York aux États-Unis (2015), ses destinations ont typiquement été les périphéries.

    “Lors de ses voyages, François n'a pas hésité à mettre sa vie en danger”

    Souvent, c'est par des gestes, et non par des discours, qu'il a fait passer des messages urgents. Pour exprimer sa conviction que Washington doit adopter une approche plus clémente en matière d'immigration, il a célébré la messe du côté mexicain de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Sa diplomatie était davantage celle d'un pasteur que celle d'un chef d'État.

    Il n'a pas non plus hésité à mettre sa vie en danger, par exemple en République centrafricaine (2015), en Irak (2021) et aux Philippines (2015), où il a refusé de reporter un voyage alors qu'un violent typhon était annoncé.

    Que pensez-vous de son approche des pays ayant des politiques d'immigration restrictives?
    François a rencontré un certain nombre de chefs d'État qui adoptent une ligne dure en matière d'immigration. Cela va à l'encontre de l'une de ses principales préoccupations, à savoir le respect de la dignité des migrants. Malgré cela, que ce soit avec des dirigeants comme Viktor Orban ou Giorgia Meloni, il a toujours privilégié la même approche conciliante. Plutôt que de leur dire «Ne faites pas ça!», il a eu des gestes de reconnaissance envers les migrants.

    “Je pense que la politique du pape François a été favorable aux catholiques chinois”

    La messe à la frontière mexicaine a été l'un des gestes les plus forts en ce sens. L'objectif a toujours été d'envoyer un message d'empathie et de solidarité à ces populations. On l'a vu lorsqu'il a visité un camp de réfugiés à Lesbos et qu'il est revenu à Rome avec des réfugiés syriens dans son avion, ou lorsqu'il a accueilli des réfugiés ukrainiens à Rome, pris en charge par Sant'Egidio.

    Certains ont pu dire que sa politique à l'égard de la Chine était trop conciliante, et que Rome était instrumentalisée par Pékin.....
    Si le pape François a privilégié les relations avec la Chine, je pense que c'est au bénéfice de la communauté catholique de ce pays - quelque 12 millions de personnes. Sa diplomatie avec le Parti communiste a toujours été cohérente et respectueuse. En fait, il a obtenu plus que Benoît XVI ou Jean Paul II, y compris un accord provisoire en 2018, prolongé en 2020, en 2022 et en 2024 pour quatre ans pour la nomination des évêques. Cela a clarifié la question controversée des nominations d'évêques. À ce jour, onze évêques ont été nommés conjointement par Pékin et le Saint-Siège.

    Quelles ont été les principales critiques?
    L'opposition est venue principalement des responsables politiques américains et des néo-conservateurs au sein de l'Église. Il est intéressant de noter que ces mêmes personnes ont critiqué l'ouverture du Saint-Siège vers les pays communistes, qualifiée d'Ostpolitik. Dans le passé, les États-Unis et le Vatican ont collaboré à un rapprochement avec la Chine. Mais lorsque l'attitude de Washington a changé et que Pékin est devenu un adversaire, le Vatican a poursuivi son approche conciliante, conformément à sa diplomatie classique de dialogue continu. Sa principale préoccupation est de protéger les catholiques chinois de la persécution et de préserver les sacrements, qui nécessitent des évêques oints par le pape.

    Mais l'accord avec la Chine protège-t-il réellement les catholiques du pays ? On entend encore parler de démolition d'églises...
    Je dirais que les autorités chinoises se méfient davantage des protestants. Quant à la situation des catholiques, j'ai pu constater moi-même, lorsque je me suis rendu à Pékin pour Pâques l'année dernière, que les églises étaient bondées et que la ferveur était immense. En tout cas, il n'y avait pas de crainte de répression, et cela m'a beaucoup surpris. Donc, oui, je pense que la politique du pape François a été favorable aux catholiques chinois.

    “Son action à l'égard du Vietnam est peu connue, mais très significative”

    Le dialogue entre le Vatican et le Parti communiste est devenu de plus en plus concret sous le pontificat de Jorge Bergoglio. En témoignent les visites à Pékin d'évêques et de cardinaux représentant le Vatican et, plus récemment, la participation au Vatican de deux évêques chinois, par exemple au Synode sur la synodalité.

    Qu'est-ce qui différencie la diplomatie de François de celle de ses prédécesseurs?
    Benoît XVI et Jean Paul II étaient plus influencés par la guerre froide et la division binaire du monde. François, en tant que Sud-Américain, n'a pas été soumis à cela, ce qui l'a libéré d'un certain «carcan» idéologique. Il a ainsi pu être proactif dans ses relations avec les pays communistes tels que Cuba, la Chine et le Vietnam. Son action à l'égard de ce dernier pays est peu connue, mais très significative. Le fait que le Vatican et Hanoi se reconnaissent mutuellement et qu'un envoyé résident vive au Viêt Nam constitue un progrès encore inconcevable il y a seulement dix ans (cath.ch/rz).

    Victor Gaetan est correspondant international principal pour le National Catholic Register, basé aux États-Unis. Il écrit également pour le magazine Foreign Affairs et The American Spectator. Il a contribué au Catholic News Service pendant plusieurs années.
    Victor Gaetan est titulaire d'une licence en études ottomanes et byzantines de l'Université de la Sorbonne à Paris, d'une maîtrise de la Fletcher School of International Law and Diplomacy de l'Université de Tufts (Massachusetts) et d'un doctorat en idéologie de la littérature de la même université. Grand spécialiste de la géopolitique du Vatican, son livre God's Diplomats: Pope Francis, Vatican Diplomacy, and America's Armageddon a été publié en juillet 2021.
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    Les extraits forts de l'homélie du cardinal Re aux funérailles de François

    L’agence I.MEDIA propose les extraits marquants de l’homélie que le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Collège cardinalice, a prononcée lors de la messe de funérailles du pape François, le 26 avril 2025, sur la place Saint-Pierre. L’homélie a été très applaudie par la foule.

    Nous sommes rassemblés le cœur triste

    «Sur cette majestueuse place Saint-Pierre, où le pape François a célébré tant de fois l’Eucharistie et présidé de grandes rencontres au cours de ces 12 années, nous sommes rassemblés en prière autour de sa dépouille mortelle, le cœur triste, mais soutenus par les certitudes de la foi, qui nous assure que l’existence humaine ne s’achève pas dans la tombe, mais dans la maison du Père, dans une vie de bonheur qui ne connaîtra pas de crépuscule.»

    La dernière image du pape

    «Sa dernière image, qui restera gravée dans nos yeux et dans nos cœurs, est celle de dimanche dernier, jour de la solennité de Pâques, lorsque le pape François, malgré ses graves problèmes de santé, a voulu nous donner la bénédiction depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, puis est descendu sur cette place pour saluer depuis la papamobile découverte toute la foule venue assister à la messe de Pâques.»

    Le don jusqu’au bout

    «Malgré sa fragilité dernière et sa souffrance, le pape François a choisi de suivre cette voie du don jusqu’au dernier jour de sa vie terrestre. Il a suivi les traces de son Seigneur, le bon Pasteur, qui a aimé ses brebis jusqu’à donner sa vie pour elles.»

    Le nom de François d’Assise

    «La décision de prendre le nom de François est immédiatement apparue comme le choix d’un programme et d’un style sur lesquels il souhaitait fonder son pontificat, en cherchant à s’inspirer de l’esprit de saint François d’Assise.»

    Le pape du peuple et des pauvres

    [Après son élection] «Il a conservé son tempérament et sa manière de guider son troupeau, et a immédiatement imprimé sa forte personnalité dans la gouvernance de l’Église, en établissant un contact direct avec les individus et les populations, désireux d’être proche de tous, avec une attention particulière pour les personnes en difficulté, se dépensant sans compter, en particulier pour les plus démunis, les exclus. Il a été un pape parmi les gens, avec un cœur ouvert à tous.»

    François, ses métaphores et sa spontanéité

    «Avec son vocabulaire caractéristique et son langage riche en images et en métaphores, il a toujours cherché à éclairer les problèmes de notre temps par la sagesse de l’Évangile, en offrant une réponse à la lumière de la foi et en encourageant à vivre en chrétiens les défis et les contradictions de ces années de changements, qu’il aimait qualifier de 'changement d’époque’. Il avait une grande spontanéité et une manière informelle de s’adresser à chacun, même aux personnes éloignées de l’Église.»

    Une Église aux portes toujours ouvertes

    «Le fil conducteur de sa mission a également été la conviction que l’Église est une maison pour tous, une maison dont les portes sont toujours ouvertes. Il a souvent utilisé l’image de l’Église comme 'hôpital de campagne’ après une bataille qui a fait de nombreux blessés; une Église désireuse de prendre en charge avec détermination les problèmes des personnes et les grandes souffrances qui déchirent le monde contemporain; une Église capable de se pencher sur chaque homme, au-delà de toute croyance ou condition, pour soigner ses blessures.»

    Ses gestes innombrables pour les réfugiés

    «Ses gestes et ses exhortations en faveur des réfugiés et des personnes déplacées sont innombrables. Son insistance à œuvrer en faveur des pauvres a également été constante. Il est significatif que le premier voyage du pape François ait été celui à Lampedusa, île symbole du drame de l’émigration avec des milliers de personnes noyées en mer. Dans la même ligne, il y a eu également le voyage à Lesbos, avec le patriarche œcuménique et l’archevêque d’Athènes, ainsi que la célébration d’une messe à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, à l’occasion de son voyage au Mexique.»

    François le voyageur

    «Parmi ses 47 voyages apostoliques intenses, celui qu’il a effectué en Irak en 2021, au péril de sa vie, restera particulièrement gravé dans les mémoires. Cette difficile visite apostolique a été un baume sur les plaies ouvertes du peuple irakien, qui a tant souffert des actes inhumains de Daech. Ce voyage a également été important pour le dialogue interreligieux, autre dimension importante de son œuvre pastorale. Avec sa visite apostolique de 2024 dans quatre pays d’Asie-Océanie, le pape a atteint 'la périphérie la plus périphérique du monde’.»

    Deux mots clés du pape François

    «Le pape François a toujours mis au centre l’Évangile de la miséricorde, soulignant à plusieurs reprises que Dieu ne se lasse pas de nous pardonner: Il pardonne toujours, quelle que soit la situation de celui qui demande pardon et revient sur le droit chemin. Il a voulu le Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, afin de mettre en évidence que la miséricorde est 'le cœur de l’Évangile’. Miséricorde et joie de l’Évangile sont deux mots clés du pape François.»

    François le héraut de la fraternité

    «Le thème de la fraternité a traversé tout son pontificat avec des accents vibrants. Dans la lettre encyclique Fratelli tutti, il a voulu faire renaître une aspiration mondiale à la fraternité, car nous sommes tous enfants du même Père qui est aux cieux. Il a souvent rappelé avec force que nous appartenons tous à la même famille humaine. En 2019, lors de son voyage aux Émirats arabes unis, le pape François a signé un Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, rappelant la paternité commune de Dieu. S’adressant aux hommes et aux femmes du monde entier, la lettre encyclique Laudato si’ a attiré l’attention sur les devoirs et la coresponsabilité envers notre maison commune. 'Personne ne peut se sauver seul’”.

    Le pape de la paix

    «Face à la fureur des nombreuses guerres de ces dernières années, avec leurs horreurs inhumaines, leurs innombrables morts et destructions, le pape François n’a cessé d’élever la voix pour implorer la paix et appeler à la raison, à des négociations honnêtes afin de trouver les solutions possibles, car la guerre, disait-il, n’est que mort d’êtres humains, destruction de maisons, d’hôpitaux et d’écoles. La guerre laisse toujours le monde pire qu’il n’était auparavant: elle est toujours une défaite douloureuse et tragique pour tous.»

    La bénédiction du pape depuis le ciel

    «Le pape François avait l’habitude de conclure ses discours et ses rencontres en disant: 'N’oubliez pas de prier pour moi’. Cher Pape François, nous te demandons maintenant de prier pour nous et que, du ciel, tu bénisses l’Église, bénisses Rome, bénisses le monde entier, comme tu l’as fait dimanche dernier depuis le balcon de cette basilique, dans une dernière étreinte avec tout le peuple de Dieu, mais aussi, idéalement, avec l’humanité qui cherche la vérité avec un cœur sincère et qui tient haut le flambeau de l’espérance.»

    (cath.ch/imedia/ak/rz)

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    VATICAN POPE

    Le pape François est à présent enterré à Sainte-Marie-Majeure

    Après une demi-heure de cortège funèbre dans les rues de Rome, depuis la basilique Saint-Pierre, le cercueil du pape François est arrivé à la basilique Sainte-Marie-Majeure un peu avant 13h ce 26 avril 2025, pour son inhumation.

    Selon ses dernières volontés, le pape doit y être enterré sous une pierre simple, gravée du seul mot “Franciscus”. La basilique restera fermée toute la fin de journée pour cet enterrement – qui a lieu en privé – et n’ouvrira au public que demain dimanche 27 avril.

    Après son parcours de 6 kilomètres salué par 150’000 personnes qui formaient une haie d’hommage sur son passage, le cercueil du 266e pape est arrivé sur le parvis de la basilique mariale et a été déchargé de sa papamobile immatriculée SCV 1, comme toujours pour le pape. François a été accueilli au son du glas, par un groupe d’une quarantaine de personnes en situation de précarité, notamment des sans-abris et des réfugiés.

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    Le cercueil du pape est porté dans la basilique Sainte-Marie-Majeure | © Vatican Media

    Dans la basilique, les 14 porteurs en costumes et gants blancs ont conduit le cercueil de Jorge Mario Bergoglio au pied de l’icône de la Salus populi romani (Salut du peuple romain), à laquelle il était particulièrement attaché. Des enfants ont alors déposé des fleurs, comme l’a fait le pape François lors des plus de 120 visites qu’il a rendues à cette Vierge en douze ans de pontificat. Une image qui résonnait comme un ultime salut du pape argentin à celle auprès de laquelle il reposera désormais.

    Le rituel de l’enterrement d’un pape

    Puis la retransmission en direct par les médias du Vatican s’est interrompue, l’inhumation étant une cérémonie privée. Selon le rituel, cette liturgie commence par une procession au rythme de psaumes jusqu’au lieu de la sépulture prévu, dans la nef latérale gauche, entre la chapelle Pauline (une chapelle abritant la Salus Populi Romani, icône que François affectionnait) et la chapelle Sforza de la basilique.

    Le cardinal camerlingue, couvert d’une chape rouge, préside une dernière prière pour l’âme du successeur de Pierre qui s’est éteint. Cette courte célébration comprend des intercessions pour le repos du défunt ainsi que la prière du Notre Père.

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    Le pape est porté dans la basilique majeure | © Vatican Media

    Puis le cercueil en bois, qui recouvre le cercueil de zinc, est imprimé des sceaux du camerlingue, de la préfecture de la Maison pontificale, du Bureau des célébrations liturgiques pontificales et celui du Chapitre de la basilique Sainte-Marie-Majeure (ou chapitre “libérien”, formé de 12 prêtres qui assurent le service de la basilique).

    Le cercueil est déposé dans le caveau et aspergé d’eau bénite tandis qu’est chanté l’hymne du Regina Cœli. Le notaire du Chapitre de la basilique rédige alors l’acte authentique de l’inhumation et le lit devant les personnes présentes. Le cardinal camerlingue, le régent de la Maison pontificale, le maître des célébrations pontificales et le notaire signent le document qui atteste de l’enterrement.

    Le tombeau sera installé dans l’après-midi, la basilique restant fermée. D’après ses dernières volontés, la sépulture de Jorge Mario Bergoglio doit être «dans la terre; simple, sans décoration particulière, et avec la seule inscription: Franciscus».

    Les personnes présentes à l’inhumation

    Neuf cardinaux entourent le pape François pour son inhumation: le camerlingue Kevin Farrell, le doyen du Collège cardinalice Giovanni Battista Re, l’Américain Roger Michael Mahony, le protodiacre français Dominique Mamberti, l’archiprêtre de la basilique Sainte-Marie-Majeure Stanisław Ryłko, l’archiprêtre coadjuteur Rolandas Makrickas, l’ancien secrétaire d’État Pietro Parolin, le vicaire de Rome Baldassare Reina, l’aumônier pontifical Konrad Krajewski, ainsi que Sœur Rafaella Petrini.

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    Le cercueil a été déposé dans le caveau | © Vatcan Media

    Sont également présents le substitut de la secrétairerie d’État Mgr Edgar Peña Parra, le vice-camerlingue Mgr Ilson de Jesus Montanari, le régent de la Maison pontificale Mgr Leonardo Sapienza, les chanoines et les confesseurs de Sainte-Marie-Majeure, et les secrétaires du pape François.

    Réouverture aux fidèles et pèlerinage des cardinaux

    La basilique Sainte-Marie-Majeure sera à nouveau ouverte au public le dimanche matin 27 avril, permettant ainsi aux premiers fidèles qui le souhaitent de venir se recueillir sur la tombe de François.

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    Après l'inhumation du pape, les fidèles ont pu lui rendre hommage | © Vatican Media

    Dimanche après-midi à 16h, il est prévu que les cardinaux se rendent en pèlerinage sur la tombe du pape François. Pendant ce temps de visite de la basilique mariale, ils doivent franchir la Porte sainte de l’édifice et se rendre au tombeau du pontife. Ils doivent ensuite voir la chapelle Pauline, qui abrite l’icône de la Salus populi romani, chère au pape François. Ils concluront ce moment par la prière des vêpres. (cath.ch/imedia/ak/rz)

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    Que va-t-il se passer dans les prochains jours et mois au Vatican?

    Depuis la mort du pape François, le 21 avril 2025, une incertitude demeure sur un certain nombre d’événements prévus dans le cadre du Jubilé et du conclave. L'agence IMEDIA présente un panorama des informations existantes à ce sujet.

    AVRIL 2025

    Dimanche 27 avril

    Second jour des novendiales – débutées avec les funérailles du pape François. Messe célébrée pour les employés et fidèles du Vatican à 10h30 sur la place Saint-Pierre par le cardinal Pietro Parolin, ancien secrétaire d’État. Sont aussi attendus les 80’000 participants annoncés pour le Jubilé des adolescents.

    Le matin, réouverture au public de la basilique Sainte-Marie Majeure. L’accès à la tombe du pape François est possible.

    L’après-midi, à 16h, il est prévu que les cardinaux se rendent en pèlerinage sur la tombe du pape François.

    Lundi 28 avril

    Cinquième Congrégation générale des cardinaux à 9h00.

    Troisième jour des novendiales. Messe à 17h00, dans la basilique Saint-Pierre, pour les fidèles romains. Célébrée par le cardinal Baldassare Reina, vicaire du pape pour le diocèse de Rome.

    Messe du Jubilé des personnes en situation de handicap, à 17h en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, présidée par Mgr Fisichella.

    Mardi 29 avril

    Quatrième jour des novendiales. À 17h00, dans la basilique Saint-Pierre. Pour les chapitres des basiliques papales. Célébrée par le cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique Saint-Pierre.

    Pas d’informations officielles sur les horaires d’une Congrégation générale. (Idem pour les jours suivants).

    Mercredi 30 avril

    Cinquième jour des novendiales. À 17h00, dans la basilique Saint-Pierre. Pour la Chapelle papale. Célébrée par le cardinal Leonardo Sandri, vice-doyen du collège cardinalice.

    MAI 2025

    Durant le mois de mai, il était prévu que le Vatican publie un document sur la phase de mise en œuvre du Synode sur l’avenir de l’Église, que le pape François a lancée jusqu’en 2028.

    Jeudi 1er mai

    Sixième jour des novendiales. À 17h00, dans la basilique Saint-Pierre. Pour la Curie romaine. Célébrée par le cardinal Kevin Joseph Farrell, camerlingue de la Sainte-Église romaine.

    Fête de saint Joseph. Jour ferié au Vatican.

    1er – 4 mai

    Le Jubilé des travailleurs se tient dans un format réduit.

    Vendredi 2 mai

    Septième jour des novendiales. À 17h00, dans la basilique Saint-Pierre. Pour les Églises orientales. Célébrée par le cardinal Claudio Gugerotti, ancien préfet du dicastère pour les Églises orientales.

    Samedi 3 mai

    Huitième jour des novendiales. À 17h00, dans la basilique Saint-Pierre. Pour les membres des instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. Célébrée par le cardinal Ángel Fernández Artime, ancien pro-préfet du dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique.

    La béatification en Ukraine du Père Pietro Paolo Oros est ajournée.

    4 – 5 mai

    Le Jubilé du monde de l’entreprise se tient dans un format réduit.

    Dimanche 4 mai

    Neuvième jour des novendiales. À 17h00, dans la Basilique Saint-Pierre. Pour la Chapelle papale. Célébrée par le cardinal Dominique Mamberti, protodiacre du collège cardinalice.

    Lundi 5 mai

    Les novendiales étant finies, le conclave pourrait débuter, comme le confiait le cardinal Hollerich.

    Mardi 6 mai

    L’assermentation des nouveaux gardes suisses est ajournée.

    10 – 11 mai

    Jubilé des ensembles musicaux.

    12 – 14 mai

    Jubilé des Églises orientales.

    Samedi 16 mai

    Le cardinal Carlos Osoro Sierra célèbre ses 80 ans.

    Dimanche 17 mai

    La béatification de Camille Costa de Beauregard à Chambéry est ajournée.

    16 – 18 mai

    Jubilé des confréries.

    24 mai

    Autour de cette date, un voyage du pape François en Turquie pour célébrer le 1700 anniversaire du Concile de Nicée était envisagé par le Vatican.

    30 mai – 1 juin

    Jubilé des familles, des enfants, des grands-parents et des personnes âgées.

    JUIN 2025

    7 – 8 juin

    Jubilé des mouvements, des associations et des communautés nouvelles. Veillée de Pentecôte sur la place Saint-Pierre le 7 juin à 20h.

    9 juin

    Jubilé du Saint-Siège. Messe sur la place Saint-Pierre à 11h30.

    14 – 15 juin

    Jubilé du sport. Messe place Saint-Pierre le 15 juin à 9h30.

    Dimanche 15 juin

    Le cardinal guinéen Robert Sarah célèbre ses 80 ans.

    20 – 22 juin

    Jubilé des pouvoirs publics.

    23 – 24 juin

    Jubilé des séminaristes.

    25 juin

    Jubilé des évêques.

    25 – 27 juin

    Jubilé des prêtres. Messe place Saint-Pierre prévue le 27 juin à 9h30, avec des ordinations sacerdotales.

    Dimanche 29 juin

    Fête des saints Pierre et Paul.

    JUILLET 2025

    28 juillet – 3 août

    Jubilé des jeunes. Canonisation de Pier Giorgio Frassati prévue le 3 août. (La canonisation de Carlo Acutis le 27 avril a été reportée et pourrait avoir lieu durant ce Jubilé).

    (cath.ch/imedia/hl/rz)

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    Funeral Mass for Pope Francis in Buenos Aire

    L’Argentine pleure la «perte d’un père»

    Un vibrant hommage a été rendu au pape François au matin du samedi 26 avril 2025, sur la place de Mai, lors d’une messe d’adieu face à la cathédrale Métropolitaine de Buenos Aires. Des milliers de personnes ont écouté dans un silence religieux l’homélie de l’archevêque de Buenos Aires, Mgr Garcia Cuerva, avant que les tambours et les applaudissements ne fassent monter les décibels dès la fin de la messe aux cris de «vive le pape».

    Benoit Drevet, correspondant de cath.ch à Buenos Aires. Photos: Sebastian Motta

    Les Argentins pleurent mais à leur manière, avec joie, chants, tambours et trompettes sous un soleil réconfortant. Alors que la messe d’adieu au pape François touchait à sa fin, vers 11h30, samedi, devant la cathédrale de Buenos Aires, la foule, nombreuse sur la place de Mai, a longuement applaudi puis a repris en chœur l’hymne argentin. L’instant de recueillement touchait à sa fin, des dizaines de prêtres étant passés dans la foule distribuer les hosties. Derrière des banderoles et une image géante du Pape, un défilé est alors parti faire le tour de l’emblématique place, où se trouve le palais présidentiel.

    “Grâce à lui et à tous les curés des favelas qui ont suivi son exemple, il nous a aidés à nous en sortir”

    Pablo, 42 ans, est venu du quartier Barracas, à Buenos Aires, et plus précisément de la Villa 21-24, l’une des zones les plus pauvres la capitale où il travaille avec l’église Notre-Dame de Caacupé: «J’étais moi-même à la rue quand j’avais 18 ans et il est venu un jour me distribuer un repas. Grâce à lui et à tous les curés des favelas qui ont suivi son exemple, il nous a aidés à nous en sortir.» Désormais, il accompagne lui-même les jeunes sans abris pour les aider à sortir de la rue.

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    Des fidèles surtout issus des classes défavorisées d'Argentine sont venus rendre hommage au pape François | © Sebastian Motta

    Arborant un maillot de l’équipe de San Lorenzo, dont le pape a toujours été fan, Pablo a noté une anecdote qu’il juge «folle» lors de la mort du pape: «François avait une carte de sociétaire de San Lorenzo numéro 88235. Il est mort à 88 ans, à 2h35 [heure de Buenos Aires, ndlr], c’était sa meilleure façon de nous faire un ultime salut.»

    «Le pape François nous a donné beaucoup d’amour, de miséricorde et des messages pour les jeunes enfermés dans l’obscurité comme la drogue, l’addiction ou l’alcool», lance Federico Galeano 31 ans, venu de la province de Santa Cruz (sud de la Patagonie) avec sa paroisse locale. Dans ses mains une pancarte où il a écrit: “Une église pauvre pour les pauvres. Merci pour tout, Père”.

    Une fierté pour l’Argentine

    «Il était si inspirant de le voir si près des pauvres, ne laisser personne derrière lui, ne juger personne pour ses péchés ou le voir laver les pieds de migrants et de prisonniers. Il est revenu à la base de l’Évangile et au message de Jésus», souligne Juan Ignacio, 28 ans, commercial, venu avec sa femme Natalia, avocate de 32 ans et leur bébé de 11 mois, Camilo, dans la poussette. «C’était incroyable en tant qu’Argentins de nous voir représentés par un pape au niveau mondial», conclut-il.

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    La messe en mémoire du pape François a été célébrée devant la cathédrale métropolitaine de Buenos Aires, le 26 avril 2025 | © Sebastian Motta

    «Le pape a une image à la fois importante en Argentine et dans le monde. Ce qui m’a touché chez lui, c’était d’abord son travail social, d’avoir été si proche des gens handicapés et malades», témoigne Valentina, 18 ans, étudiante à l’université. Elle est aux côtés de son groupe de jeunes de la paroisse de la Vierge des Abandonnés, de la paroisse du quartier Alvear, dont elle porte une chasuble bleue.

    “Il nous a poussés à être nous-mêmes”

    Accompagnée de ses deux frères et de sa maman pour cette messe d’adieu, Erica Rodriguez, également 18 ans et étudiante, du quartier de Barracas, tient dans ses mains un cadre photo du pape lors de sa visite au Paraguay voisin en 2015.

    «Je le vois comme un leader dans la religion et encore plus pour les jeunes car il a nous a poussés à être nous-mêmes, et à ne pas nous mettre dans une posture dictée par la société ou la religion.»

    Dès 10 heures du matin, lors de l’introduction de la messe, Mgr Garcia Cuerva a rendu un vibrant hommage au pape François qui fut l’un de ses prédécesseurs à l’archevêché de Buenos Aires, entre 1998 et 2013, année de son accession au Saint-Siège. Il a terminé son homélie en rappelant les paroles du pontife inscrites dans son testament: «La souffrance qui a marqué la dernière partie de ma vie, je l'ai offerte au Seigneur pour la paix dans le monde et pour la fraternité entre les peuples (…) Nous lui devons en tant que peuple de nous embrasser.»

    L’Argentine “orpheline”

    «Son message le plus important me parait destiné à ceux qui sont au pouvoir. Mondialement la situation est complexe, surtout au niveau social et politique, et c’est l’heure que le changement vienne en suivant son exemple», estime avec émotion Eliana Iñego, 35 ans, graphiste, du quartier Floresta, près du quartier de Florès d’où venait Jorge Bergoglio.

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    L'émotion était grande lors de la messe en mémoire du pape François, à Buenos Aires, le 26 avril 2025 | © Sebastian Motta

    Devant des dizaines d’évêques du clergé argentin et des centaines de prêtres, mais aussi des officiels du gouvernement et des chœurs de l’armée, l’archevêque a déclaré: «Nous avons eu du mal à le croire lorsque nous l'avons vu rencontrer les dirigeants les plus importants du monde et, en même temps, embrasser et passer du temps avec les plus pauvres, les prisonniers, les malades.»

    Disant que l’Argentine pleurait «la perte d’un père», et se sentait «orpheline», Mgr Garcia Cuerva a rappelé la voie à suivre pour l'Église qu’il a comparé à «un hôpital de campagne» ouvert pour accueillir tout le monde.

    Parmi la foule d’une dizaine de milliers de personnes venue lui dire adieu, difficile de ne pas faire abstraction d’une foule où l’on n’apercevait que peu de cols blancs comme le soufflera une correspondante internationale de presse. C’est son peuple, celui à qui il a apporté le plus d’attention dans sa vie et qu’il chérissait tant, celui des humbles et des pauvres, qui était présents en majorité au rendez-vous. (cath.ch/bd/rz)

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    Antonio Spadaro: François a soutenu la proximité de l’Église avec le monde

    Le conclave, lors duquel les cardinaux éliront le futur pape, débutera le 7 mai 2025. Que fera le prochain pontife? S’inscrira-t-il dans la ligne de François? Pour le jésuite Antonio Spadaro, sous-secrétaire du dicastère pour la Culture et l’éducation, membre du cercle rapproché du pape défunt, cette question est un non-sens.

    Le pape François vous avait accordé sa confiance. Vous avez d’ailleurs réalisé, le 19 août 2023, la première interview de son pontificat en tant que directeur de La Civiltà Cattolica. Craigniez-vous une dissipation de son héritage, que les réformes qu’il a entreprises soient remises en cause?
    Antonio Spadaro
    : Les funérailles de François ont montré que son pontificat poursuit sa dynamique. Le futur pape, bien sûr, sera le successeur de Pierre et non de François, comme certains se sont empressés de rappeler, mais il est aussi vrai que tout pontife prend le relais de son prédécesseur. François lui-même a repris le brouillon de ce qui aurait dû être une encyclique de Benoît XVI, son prédécesseur, et il l'a complétée en la faisant sienne (Lumen Fidei, "Lumière de la foi", 2013, ndlr).

    Cela dit, conversions spirituelle, pastorale et structurelle sont allés de pair durant le pontificat de François. Ceux qui cherchent à les opposer n’ont visiblement pas compris son fondement, son cœur. Si son pontificat n'avait été guidé que par un projet idéal, fruit de ses propres désirs, même bons, il n’aurait été que le marqueur d’une «idéologie du changement» supplémentaire.

    On dit souvent pourtant que son programme était déjà contenu dans son exhortation apostolique Evangelii gaudium («La joie de l'Évangile») de 2013.
    Parler du «programme» du pape François n'a pas beaucoup de sens pour moi. Il n'avait pas d'idées toutes faites à plaquer sur la réalité, ni de plan idéologique de réformes à appliquer. Il n'a pas hésité à dire, dans son homélie de la Pentecôte 2020, à propos de l'expérience du Cénacle, "les Apôtres n’avaient pas de stratégie, de plan pastoral (...) Ils partent. Sans préparation, ils sortent.»

    François a toujours considéré l'Église comme une institution, mais il a toujours affirmé qu’elle procède de l'Esprit saint qui «provoque le désordre avec les charismes» mais qui, «dans ce désordre, crée l'harmonie». Pour Bergoglio, l'institution ecclésiale n'a donc jamais été un monolithe. De ce désordre apparent, dû à la diversité et à tous les contrastes que l’on connaît, surgit l'harmonie.

    François voulait donc prémunir l’Église de tout enfermement ecclésial. Il a maintenu dans sa gouvernance la tension dialectique entre l'esprit et l'institution, qui ne se nient et ne coïncident jamais. L'Église est «un peuple pèlerin et évangélisateur, qui transcende toujours toute expression institutionnelle nécessaire», écrivait-il lucidement.

    Cette vision de la mission implique que le pasteur soit pleinement inséré dans le peuple de Dieu. C’est nécessaire pour comprendre ce qui se passe et décider de ce qu'il faut faire. Je pense, par exemple, à ce qui s'est passé au Chili. Dans sa lettre du 8 avril 2018 adressée aux évêques du Chili, suite au rapport remis par Mgr Charles Scicluna sur les abus du clergé, François écrit: «En ce qui me concerne, je reconnais, et je veux que vous le transmettiez fidèlement, que j'ai commis de graves erreurs d'évaluation et de perception de la situation, en particulier à cause d'un manque d'informations véridiques et équilibrées. Dès à présent, je présente mes excuses à tous ceux que j'ai offensés et j'espère pouvoir le faire personnellement, dans les semaines à venir, lors des rencontres que j'aurai avec les représentants des personnes que j'ai interviewées.»

    Il ressort clairement de ces propos que ce n'est qu'en «s'immergeant» dans le peuple et ses souffrances que le pape a pris conscience des faits. Les idées toutes faites ne sont d'aucune utilité et les informations reçues ne sont pas toujours équilibrées et véridiques. Seules la rencontre et l'immersion permettent une gouvernance avisée.

    Vous êtes jésuite. Faites-vous allusion à la notion de discernement si chère au pape François?
    Tout à fait. Cette façon de procéder s'appelle le «discernement». Elle consiste à agir en recherchant et en comprenant la volonté de Dieu dans l'histoire. Sa matière première est l'écho que la réalité renvoie dans notre espace intérieur. Et cet écho pousse à trouver Dieu partout, pas seulement dans des périmètres prédéterminés, bien définis, clôturés et «géolocalisés».

    Le discernement ne porte donc jamais sur les idées, même réformatrices, car la réalité dépasse les idées. Toute action, toute décision doit donc être accompagnée d'une relecture attentive de l'expérience.

    Pour François, il a toujours été essentiel de discerner quel l'esprit - bon ou mauvais – anime tout projet de réforme. Pas seulement ce qui était proposé, mais aussi la manière, le langage avec lequel cette proposition s’exprimait. La médiation de l'Esprit était fondamentale pour lui. Il voyait, par exemple, le Synode comme le lieu par excellence de «l'exercice spirituel» de la gouvernance. Sa finesse à cet égard était mystique.

    Peut-on dire que François a placé la réalité de l'expérience chrétienne avant toute considération d'ordre théologique?
    Le principe qui résumait sa vision était cette devise ignatienne: «Ne pas être contraint par le plus grand, et se laisser pourtant contenir par le plus petit, voilà qui est divin». La conversion peut se réaliser dans le plus petit geste, dans le plus petit pas, dans la rencontre avec une personne, par exemple, ou dans l'attention à une situation de besoin singulière.

    C'est la raison pour laquelle François ne s'est pas adressé uniquement aux autorités, aux gouvernants, mais très souvent aux victimes de situations difficiles, d'exploitation ou d’abus directement. Il s'est adressé aux petits, aux derniers, aux laissés-pour-compte, car il était convaincu que la situation concrète porte en elle le germe de la conversion évangélique.

    De la même manière, son magistère n’est pas contenu uniquement dans ses encycliques. Une note dans un document pouvait avoir pour lui plus de valeur qu’un paragraphe entier. Une homélie à la maison Sainte-Marthe être plus importante qu'un discours officiel. La densité théologique du magistère de François ne respectait pas les «formes» prescrites, mais s'adaptait aux temps et aux moments.

    Une de ses images pour désigner l’Église était d’ailleurs celle d'un hôpital de campagne…
    Oui, et qu’il a énoncée dès le début de son pontificat. Vous avez mentionné l’interview qu’il m’avait accordée en 2013. Il y avait exprimé le critère spirituel qui a guidé tout son pontificat: «Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l’Église aujourd’hui, c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol et si son taux de sucre est trop haut! Nous devons commencer par soigner ses blessures. Ensuite, nous pourrons aborder le reste."

    Pour moi, c’est cela le témoignage de François qui sera remis entre les mains du prochain successeur de Pierre. (cath.ch/lb)

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    cardinaux

    Quel successeur pour le pape François?

    La succession du pape François ne présente pas de candidat favori. Selon l’adage romain 'qui entre pape au conclave en ressort cardinal.’ C’est dire les incertitudes sont grandes et les papabili nombreux.  

    Maurice Page et Max Savi Carmel

    Au cours des XXe et XXIe siècle, si certaines élections étaient prévisibles et attendues (Pie XII en 1939, Paul VI en 1963, ou Benoît XVI en 2005) les autres ne l’étaient pas du tout (Jean XXIII, Jean Paul Ier, Jean Paul II, François)

    Pour la première fois, les cardinaux désignés par le pape François depuis le début de son pontificat forment largement plus des deux tiers du Collège cardinalice, c’est-à-dire la majorité nécessaire pour élire un pape. Auront-ils pour autant une position cohérente? Certainement pas.

    Face à ces incertitudes cath.ch offre un assez large panel de concurrents classés par continent.

    L’Europe

    Avec 52 cardinaux électeurs reste largement majoritaire au conclave. Mais on ne peut pas tabler pour autant sur un vote continental. Quatre Italiens semblent toutefois tenir la corde.

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    Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, 2020 | © Flickr Catholic Church of England and Wales CC BY-NC-SA 2.0

    Pietro Parolin, 68 ans, secrétaire d’Etat nommé par le pape François en 2013, il est le no 2 du Saint Siège dont il connaît parfaitement les rouages. Comme diplomate de carrière au Vatican (Nigeria, Mexique, Venezuela ...) puis comme secrétaire d’Etat, il a eu à faire avec tous les épiscopats et les Etats du monde. Il a été très impliqué dans l’accord controversé entre la Chine et le Vatican. Personnalité simple et discrète, toujours très mesuré dans ses prises de parole, il garde une ligne doctrinale orthodoxe, capable de rassurer les cardinaux après le pontificat ‘agité’ du pape François. Sa nationalité italienne reste également un atout après trois papes étrangers dans un conclave qui compte encore 15 Italiens. Mais il n’apparaît néanmoins pas comme le successeur naturel à François.

    Le cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne et président de la CEI
    Le cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne et président de la CEI
    Le cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne et président de la CEI | © Francesco Pierantoni

    Matteo Zuppi, 68 ans. L’archevêque de Bologne depuis 2015 est un proche du pape François dont il partage largement la ligne en particulier dans l’option préférentielle pour les pauvres. Proche de la communauté Sant’Egidio, il a l’expérience de la diplomatie 'parallèle’. Il a été envoyé spécial du pape François en Ukraine. Selon certains observateurs, il serait devenu le rival 'officieux’ de Pietro Parolin. En 2022, il devient président de la Conférence épiscopale italienne, ce qui renforce son autorité.

    Mgr-Pizzabala-2
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    "Je sais ce qui s’est passé récemment à Jérusalem contre les symboles chrétiens: n’ayez pas peur. N’ayez jamais peur", a lancé Mgr Pizzaballa après la procession des Rameaux | © Patriarcat latin de Jérusalem

    Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, 60 ans, fait partie de la dernière fournée des cardinaux nommé par le pape François. Sa visibilité mondiale s’est fortement accrue avec le conflit israélo-palestinien, mais le franciscain italien occupe depuis longtemps un poste de premier plan en Terre-Sainte d’abord comme custode des franciscains puis comme patriarche nommé par le pape François pour remettre de l’ordre dans un patriarcat en difficulté. Cet homme fin et respectueux a su gardé sa simplicité franciscaine. Son élection serait évidemment un signe et un hommage très fort pour les chrétiens d’orient.

    Hollerich
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    Pour le cardinal Holleric h, l'Europe ne doit pas oublier sa vocation première | © Vatican media

    Jean-Claude Hollerich, 65 ans. L’archevêque du Luxembourg depuis 2011 a été au devant de la scène comme rapporteur général du Synode des évêques sur la synodalité. Le jésuite, longtemps missionnaire au Japon, a pris des positions plutôt progressistes sur la bénédiction des couples homosexuels ou sur la place des femmes en Eglise. Il s’est également fait connaître et apprécié comme président de la commission des épiscopats de la communauté européennes (COMECE) de 2018 à 2023. Le fait qu’il soit jésuite comme le pape François pourrait être un obstacle.

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    Le cardinal Peter Erdö est archevêque d'Esztergom Budapest depuis 2003 | © DR

    Peter Erdö, archevêque d'Esztergom-Budapest, 71 ans. Président du Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE) de 2006 à 2016, rapporteur du Synode sur la famille de 2014, le cardinal qui parle cinq langues bénéficie d’une réputation qui dépasse les limites de son pays. D’une ligne plus conservatrice, il serait pour certains le candidat des anti-François (mais qui sont aujourd’hui très minoritaires dans le conclave). Ses relations avec le gouvernement nationaliste et réactionnaire de Viktor Orban ont aussi été questionnées.

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    Le cardinal Jean-Marc Aveline est archevêque de Marseille depuis 2019 | © Diocèse de Marseille

    Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, 65 ans. Les Français aimeraient voir dans ce prélat un papabile. Il a été nommé cardinal par le pape François en 2022. Plutôt une surprise, même si on sait que le pontife l’avait depuis un certain temps fréquemment interpellé sur le front des migrations. Son profil ecclésial est assez intéressant, il connaît très bien le monde arabe, étant né en Algérie de parents espagnols qui ont été contraints d’émigrer deux fois, d’abord d’Espagne, puis d’Oran. Théologien, allergique à la pompe, réfractaire aux protocoles, Aveline est une personnalité populaire très appréciée.

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    Timothy Radcliffe | © Grégory Roth

    Le dominicain Timothy Radcliffe, 79 ans, créé cardinal en décembre 2024 pourrait être un outsider. L’ancien Maître de l’Ordre des prêcheurs de 1992 à 2001 s’est fait connaître hors des cercles religieux par ses analyses et ses prises de position sur la société contemporaine, la situation de l'Église et la vie religieuse. La finesse de ses analyses, la simplicité de ses propos alliée à une grande profondeur, et son sens de l'humour prononcé ont contribué à faire de lui une personnalité catholique de premier plan.

    Anders-Arborelius
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    Mgr Anders Arborelius, évêque de Stockholm, explique la démarche de la Conférence des évêques nordiques | Capture-écran

    Le cardinal suédois Anders Arborelius, 75 ans est peu connu du grand public. Il représente une Eglise minoritaire mais dynamique. À l'âge de vingt ans, il se convertit au catholicisme et deux ans plus tard, il entre au carmel de Norraby. Il a étudié la philosophie et la théologie à Bruges en Belgique et à Rome. Nommé évêque du diocèse catholique de Stockholm en 1998, il est le premier évêque catholique de Suède d'origine suédoise depuis la Réforme.

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    Mgr Arthur Roche a remplacé le cardinal Robert Sarah à la tête du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements | © Catholic Church of England/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0

    Le cardinal anglais Arthur Roche, 74 ans, préfet du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2021 personnifie la défense de la Réforme liturgique voulue par le Concile Vatican II. D’abord évêque auxiliaire de Westminster puis évêque de Leeds, il rejoint la curie romaine en 2012. Il est l’artisan de la nouvelle traduction du Missel Romain. Il s’oppose à la politique restrictive du préfet de l’époque le cardinal Robert Sarah. Ses talents de négociateur sont importants dans les relations avec les conférences épiscopales nationales.

      

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    Berne le 19 mars 2024. Le cardinal Mario Grech | © Bernard Hallet

    Le cardinal maltais Mario Grech, 68 ans, s’est fait largement connaître comme secrétaire général du synode des évêques. En sa qualité de président la conférence épiscopale maltaise il participé en octobre 2014 au synode la famille sur où le pape François le remarque. En 2019, à quelques jours de l'ouverture du synode sur l'Amazonie, Mario Grech est nommé pro-secrétaire général du synode des évêques. Il est créé cardinal en 2020. Il a joué un rôle important pour le synode sur la synodalité voulu par le pape en 2023 et 2024.  

    L’Asie

    L’Eglise reste ultra-minoritaire, pourrait néanmoins offrir quelques papabili, parmi ses 23 cardinaux-électeurs.

    Le cardinal Luis Antonio Tagle souligne l'importance du voyage du pape en Asie et Océanie  |  © Vatican Media
    Le cardinal Luis Antonio Tagle souligne l'importance du voyage du pape en Asie et Océanie | © Vatican Media
    Le cardinal Luis Antonio Tagle souligne l'importance du voyage du pape en Asie et Océanie | © Vatican Media

    Luis Antonio Tagle, 66 ans, pro-préfet du Dicastère pour l’évangélisation. Avant même d'être amené à Rome par le pape François en 2019, le cardinal philippin avait été largement salué comme un "François asiatique" et un successeur potentiel, se faisant remarquer lors du synode sur les jeunes en 2018. Mais après que Tagle a été démis de la présidence de Caritas, l'organisation caritative de l'Église, son aura a fortement pâli, notant des problèmes financiers et de personnel au sein du groupe caritatif, et même des cas d'échec dans la gestion des clercs abuseurs.  Il ne serait pas un bon gestionnaire et organisateur ne sachant pas comment prendre des décisions.

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    Mgr Lazarus You Heung-sik, archevêque de Daejeon, à une ordination en 2022 | © Vatican Media

    Le cardinal coréen Lazarus Yu Heung-Sik, 71 ans, est le préfet du Dicastère pour le clergé depuis 2021. Il est le premier Coréen à diriger un dicastère de la Curie romaine.Il a précédemment été évêque de Daejeon de 2005 à 2021. Il a été créé cardinal par le pape François en 2022. Il a été associé au Mouvement des Focolari et a assisté à des rassemblements internationaux.

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    Le cardinal Tarcisius Kikuchi est le second Japonais au Collège cardinalice | Facebook

    Cardinal seulement depuis décembre 2024, le Japonais Tarcisio Isao Kikuchi, 66 ans, présente néanmoins un profil intéressant. L’actuel archevêque de Tokyo, membre de la société du Verbe divin (SVD) a été formé en Australie avant de devenir missionnaire au Ghana, en Afrique. En 1998, il rejoint Caritas Japon et devient représentant des évêques japonais lors de diverses conférences internationales. Evêque de Niigata en 2004, il devient archevêque de Tokyo en 2017. De 2011 à 2019, il est à la tête de Caritas Asie. En 2023, il est élu pour un mandat de 4 ans à la tête de Caritas Internationalis.

    Amériques

    Pour l’Amérique du Nord, la puissante Église catholique des États-Unis, avec 11 cardinaux électeurs, est très divisée entre pro et anti-François ce qui empêche l’émergence de personnalités de consensus. Quelques noms peuvent être cependant retenus.

    Milton gregory
    Milton gregory
    Mgr Wilton Gregory, ancien archevêque de Washington | archidiocèse d'Atlanta

    Le cardinal Wilton Gregory, 77ans, vient de prendre sa retraite  comme archevêque de Washington. Il est le premier évêque afro-américain à accéder à un rang aussi élevé dans l'Église catholique aux États-Unis. Le pape François le crée cardinal en 2020. d’abord évêque auxiliaire à Chicago puis évêque de Belleville et archevêque d’Atlanta, il est vice-président puis président de la conférence épiscopale des États-Unis de 2001 à 2004. Il se fait connaître par ses prises de position courageuses dans la politique américain.

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    Le cardinal Robert McElroy, nouvel archevêque de Washington | © sdcatholic.org

    Le cardinal Robert McElroy, 71 ans, successeur de Mgr Gregory à Washington pourrait aussi figurer sur la liste. Créé cardinal en 2022, le prélat a suscité des tensions au sein de l’Eglise américaine, notamment pour ses positions jugées trop conciliantes sur la question de l’avortement et prenant la défense du président Jo Biden. Cet ancien professeur d’éthique sociale s’oppose clairement aux anti-pape François.

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    Le cardinal Blase J. Cupich, archevêque de Chicago (Photo:Goat-Girl/Wikimedia Commons/CC BY 2.0)

    Le cardinal Blase Joseph Cupich, 75 ans, archevêque de Chicago et cardinal depuis 2016, apparaît aussi comme appartenant à la ligne pastorale du pape François. D’abord prêtre en paroisse, puis recteur de collège et responsable de la formation, il devient évêque de Rapid City en en 1998 avant d’être transféré à Denver puis Spokane, avant d’arriver à Chicago en 2014.

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    Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix | © Vatican Media

    Le cardinal canadien Gérald Cyprien Lacroix, 68 ans, archevêque de Québec, peut faire valoir son expérience de missionnaire en Colombie. Evêque auxiliaire puis archevêque de Québec en 2011, il devient cardinal en 2014. Il est sorti récemment blanchi d’accusations d’abus et de dissimulation d’abus. Il est connu également par ses oeuvres sociales.

    L’Amérique latine

    Malgré 23 cardinaux électeurs, n’a plus les hautes personnalités qu’elle a connues dans le passé. On voit en outre mal un sud-américain succéder à un pape argentin.  

    OdiloScherer
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    Le cardinal Odilo Scherer est archevêque de Sao Paulo | Vatican Media

    Le cardinal brésilien Odilo Scherer, 75 ans, déjà en lice pour la succession de Benoît XVI, peut rester sur la liste. Archevêque de Sao Paulo depuis 2007, Odilo Scherer reste la figure dominante de l’Eglise du Brésil. Ordonné prêtre en 1976, son ministère sacerdotal est marqué par l'enseignement dans différentes institutions  du Brésil. Evêque auxiliaire de Sao Paulo, il occupe surtout le poste de secrétaire général de la Conférence des évêques du pays de 2003 à 2007. Il est créé cardinal en 2007.

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    Mgr Víctor Manuel Fernández, nouveau cardinal et préfet du Dicastère pour le doctrine de la foi © revistaecclesia.com

    Argentin comme le pape François, le cardinal Victor Manuel Fernandez, 62 ans, est une personnalité de poids dans l’Eglise. Le puissant préfet du Dicastère de la doctrine de la foi, en place depuis 2023, gère non seulement les questions de doctrine, mais aussi les membres du clergé auteurs d’abus. Remarqué par le cardinal Bergoglio pour ses qualités d'écriture, il est considéré comme un «modèle du théologien pastoral» et s'inscrit dans le courant de la «théologie du peuple» chère au pape François. Honni par quelques-uns de ses pairs, comme son prédécesseur à la doctrine de la foi le cardinal Müller, Victor Manuel Fernandez pourrait pâtir du fait d’être le protégé de François.

    L’Afrique

    L'Afrique aura son mot à dire. Avec 18 cardinaux participant au conclave, l’Afrique n’aura jamais été aussi bien représentée. Néanmoins, même si les cardinaux Ambongo, Rugambwa et Nzapalainga se détachent du lot, le continent pourrait devoir encore patienter avant d’avoir son premier pape.

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    Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa | © François-Régis Salefran/Wikimedia/CC BY-SA 4.0

    Le cardinal Fridolin Ambongo, 65 ans, archevêque de Kinshasa est de loin le favori. Le capucin est sans doute le prélat le plus influent du continent pour plusieurs raisons. D’abord, il est à la tête du diocèse qui constitue la capitale du pays le plus catholique d’Afrique, la République démocratique du Congo (RDC). Il sait aussi compter sur la sympathie de la presse catholique et sa mobilité constante sur tous les continents lui confère une aura internationale que tous les autres cardinaux africains pourraient lui envier. Ensuite, par son rôle politique de premier plan, dans un pays où l’Eglise est une entité incontournable, il est considéré comme "la personnalité la plus écoutée" de la RDC.

    Président du Symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM), sa farouche opposition au mariage de couples homosexuels face à la publication de Fiducia supplicans a conforté son leadership. Enfin membre du Conseil des Cardinaux (C9), il s’illustre comme la principale figure d’une Afrique qui s’est longtemps sentie à l’écart des centres de décisions au sein de l’Eglise.

    Rugambwa
    Rugambwa
    Le cardinal Protase Rugambwa est archevêque de Tabora en Tanzanie | Vatican Media

    Protase Rugambwa, 65 ans, l’archevêque de Tabora, en Tanzanie, connaît, mieux qu’aucun autre les rouages de la Curie romaine pour y avoir travaillé pendant près de 20 ans. Il devrait capitaliser les voix des pays anglophones du continent qui constituent le contingent le plus important de l’Afrique. Il est le neveu de Laurean Rugambwa qui fut le premier cardinal du continent africain en 1960. Nommé en 2023 à Tabora, diocèse secondaire du nord-ouest de la Tanzanie, le cardinal Rugambwa est davantage isolé des pôles médiatiques.

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    Le cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, en République centrafricaine, défend le dialogue interreligieux | © Jacques Berset

    Dieudonné Nzapalainga, 58 ans, archevêque de Bangui, a toutes les chances de prendre part à plusieurs conclaves. Les atouts forts du prélat centrafricain sont sa modestie "franciscaine" et son esprit de consensus. Dynamique, infatigable, fin modérateur et très aimé du pape François il s’est fait remarquer par ses efforts pour faire cohabiter christianisme et islam en Centrafrique. Il est néanmoins un conservateur invétéré, une posture qui aura du mal à convaincre des cardinaux occidentaux de moins en moins dogmatiques sur les questions de mœurs et d’éthique.

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    Le cardinal Peter Turkson lors d'une visite à Fribourg, en Suisse | © Jacques Berset

    Le cardinal ghanéen Peter Kodwo Appiah Turkson, 76 ans, été président du Conseil pontifical Justice et Paix et préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral jusqu’en décembre 2021. En 2009, à l'issue du synode pour l'Afrique dont il était rapporteur général, Benoît XVI annonce sa nomination comme président du Conseil pontifical Justice et Paix. En  2016 est créé le Dicastère pour le service du développement humain intégral, le cardinal Turkson en est alors nommé premier préfet. Après la démission de Benoît XVI, en février 2013, son nom est cité parmi les favoris pour occuper le siège apostolique.

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    Oran le 9 décembre 2018. Cathédrale Sainte-Marie-Paul Vesco, alors évêque d'Oran. | © Bernard Hallet

    Le dominicain franco-algérien Jean-Paul Vesco, 62 ans, représente une Eglise très minoritaire au sein du Maghreb musulman. Il est un des artisans du dialogue islamo-chrétien. Né à Lyon, Jean-Paul Vesco entre dans l’ordre des frères prêcheurs en 1994. Envoyé dans le diocèse d’Oran, en Algérie, il en devient l’évêque en 2012 puis archevêque d’Alger en 2021. En 2023, il reçoit la nationalité algérienne. Il est créé cardinal en décembre 2024.

     (cath.ch/msc/mp)

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