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    Cardinaux au Vatican © synod.va – Lagarica - via I.Media

    À la veille du consistoire, cinq nouveaux cardinaux se confient

    Le 7 décembre 2024, le pape François remettra l’anneau cardinalice à 21 cardinaux. Le collège cardinalice comptera alors 140 membres électeurs. Avant chaque consistoire, le Vatican propose à quelques cardinaux de venir rencontrer des journalistes dans la salle de presse du Saint-Siège située à deux pas de la place Saint-Pierre.

    L’agence I.Media a ainsi pu rencontrer cinq cardinaux venus de quatre continents : le Britannique Timothy Radcliffe, prédicateur dominicain de 79 ans, l’Ivoirien Bessi Dogbo, 63 ans, Mgr Mykola Bychok, jeune évêque de 44 ans à la tête de la diaspora gréco-catholique ukrainienne en Australie, le Lituanien Rolandas Makrickas, archiprêtre de la basilique romaine de Sainte-Marie-Majeure, et le Chilien Fernando Chomalí, 67 ans, ayant des origines palestiniennes. Voici les verbatims sélectionnés de ces rencontres.

    Timothy Radcliffe, prédicateur dominicain, 79 ans, Britannique

    • Sur ses relations avec la communauté LGBT

    «Je suis entré en contact avec cette communauté à travers mon travail auprès de personnes souffrant du SIDA. C’est comme cela que j’ai découvert combien d’amour et de compassion il y avait dans cette communauté LGBT. […] Il est très rare que des personnes viennent débattre sur la chasteté avec moi, ils savent que j’en reste à l’enseignement de l’Église. Les gens ne viennent pas à moi pour trouver des solutions faciles, tout ce qu’ils veulent d’abord c’est l’amitié, l’accueil et la reconnaissance qu’ils sont comme nous tous des disciples cherchant à suivre le Seigneur.

    La sagesse fondamentale de la tradition catholique sur la sexualité est saine et bonne. […] Mais il faut toujours trouver des nuances, des nouvelles voies pour que les personnes voient que l’éthique sexuelle de l’Église est libératrice et bonne, sainte et humaine».

    • Sur son souhait de ne pas être évêque et de garder sa bure blanche

    «Quand le pape m’a nommé, j’ai pensé d’abord à deux choses. J’ai demandé à être dispensé d’être ordonné évêque, parce que je suis un frère, et je souhaite rester un frère dans mon vieil âge. Et même avant que je lui demande, le pape m’a dit : “Tu peux continuer à porter ta bure”. […] Je me sens plus moi-même, dans les profondeurs de mon être je suis un frère».

    • Sur le Synode et les femmes

    «Je ne pense pas que le Synode soit tombé à plat sur [la cause] des femmes. […] Nous avons sous-estimé ce qu’apporte le Synode. Nous voyons souvent le Synode en termes de décisions particulières – l’ordination des femmes au diaconat, etc. C’est peut-être important mais le pape nous invite à un renouveau beaucoup plus fondamental de l’Église. […] Quand les gens sont déçus du Synode, ce n’est pas parce qu’il a apporté peu, c’est qu’ils n’ont pas encore découvert tout ce qu’il apporte».

    • Sur les grands défis actuels

    «Nous devons redécouvrir l’amour pour la vérité. Une société qui perd l’amour pour la vérité se désintègre. […] La tentation de notre monde […] de paroles faciles, c’est d’oublier de chercher la vérité. Quand nous rencontrons des personnes qui sont différentes de nous, avec lesquelles nous sommes en désaccord, au lieu de les rejeter comme ayant toujours tort, nous devons être ouvert pour recevoir le morceau de vérité qu’elles ont».

    Cardinal Bessi Dogbo, archevêque d’Abidjan, 63 ans, Ivoirien

    • Sur la représentation de l’Afrique dans le collège cardinalice

    «Pour le moment, on ne peut pas dire que la représentation soit équitable. C’est vrai que les Églises d’Afrique sont jeunes. La plus vieille n’a pas encore 400 ans d’évangélisation. Aujourd’hui, il y a quand même plus de cardinaux qu’il y a soixante ans. Le chemin se fait. Progressivement, il faut qu’on aille plus loin, pour que l’Église en Afrique, qui est en plein essor, puisse être mieux représentée. Il y a des efforts qui se font. On peut regretter quand même que dans les pays qui avaient des cardinaux, depuis leur disparition, il n’y a pas eu de renouvellement. Le pape François sait ce qu’il fait mais le souhait serait qu’il y ait une plus grande représentativité, pour que l’Église en Afrique ait sa voix.»

    • Sur un premier voyage du pape en Afrique de l’Ouest et en Côte d’Ivoire

    «En Côte d’Ivoire, nous avons été gâtés avec les visites des papes. Jean-Paul II nous a gâtés. Chaque 5 ans depuis 1980, on a eu une visite de ce pape. Par conséquent, nous ne savons plus êtres gourmands ! Nous avons vu tellement le pape ! Nous comprenons aussi que François donne la priorité à certains pays qui en ont le plus besoin. Si d’aventure, la situation demandait qu’on sollicite une visite, nous le ferions. Pour le moment, je pense que nous avons été tellement gâtés, que nous nous reposons un peu!»

    • Sur le rôle du cardinal d’Abidjan à la veille des élections présidentielles de 2025 

    «Il faut reconnaître que ce ne sont pas les cardinaux qui font les élections. Ce sont les citoyens. Le cardinal est le citoyen d’un pays et, de ce point de vue, il participe comme tous les citoyens à la vie de son pays – sociale, économique, politique, etc. Le cardinal fait partie du peuple et de ceux qui sont supposés avoir une vision large. On attend qu’il donne une parole qui aide.

    Dans notre pays, nous sortons petit à petit d’une crise très profonde. Aujourd’hui, il faut que le cardinal donne sa participation en tant que citoyen mais aussi comme homme d’Église pour aider à sortir totalement de cette crise et aller véritablement à la réconciliation. Même s’il ne faut pas réduire la fonction du cardinal à cela, cette mission en fait partie: il a une parole à donner, un geste à poser pour aider à la cohésion et à la réconciliation».

    • Sur le fait de rester un simple serviteur quand on est cardinal en Afrique  

    «C’est un grand défi à relever. Le pape François l’a dit. Mais déjà le pape Paul VI avait dit que la dignité du cardinal n’était pas d’avoir des privilèges mais de porter la croix. C’est une dignité qui ne consiste pas à être élevé mais plutôt à être immolé.

    Pour le peuple ce n’est pas évident. C’est un véritable défi que le cardinal reste humble et se sente au service du peuple. Même si le peuple lui-même voudra que le cardinal ne fasse pas ceci ou cela.»

    Mykola Bychok, évêque de Saints-Pierre-et-Paul de Melbourne des Ukrainiens, 44 ans, Ukrainien en Australie

    • Sur sa mission comme cardinal :

    «J’utiliserai toutes les occasions pour proclamer la parole de vérité, la parole de l’Évangile, […] sur ce qui se passe en Ukraine. Je saisirai toutes les occasions pour parler au Saint-Père de ce qui s’y passe.»

    • Sur son jeune âge :

    « Pourquoi ai-je été choisi ? Je n’en sais rien. Peut-être qu’à l’avenir, Dieu me montrera la raison principale pour laquelle j’ai été nommé à l’âge de 44 ans. Mais je pense que c’est une bonne chose que d’avoir un jeune cardinal, pour montrer l’Église telle qu’elle est : jeune, active, sainte. Je ne suis pas le seul : il y a le cardinal de Mongolie [ndlr. Giorgio Marengo] qui a 50 ans, le cardinal Americo [Aguiar Alves, 50 ans] du Portugal… Nous allons former une bonne équipe pour travailler ensemble et proclamer la parole de Dieu.»

    • Son profil type pour le prochain pape :

    «Le prochain pape devra être un homme de sainteté, de prière, et qui a des fondations très solides, sur la Bible, sur les commandements et sur les vertus chrétiennes»

    • À propos des tensions entre le Vatican et l’Église gréco-catholique ukrainienne :

    «Je citerai Sa Béatitude Sviatoslav Shechuk [archevêque majeur de l’Église gréco-catholique ukrainienne, ndlr] : ‘avant cette nomination, il y avait une voix, maintenant, il y aura deux voix’. Nous ferons de notre mieux pour transmettre à Sa Sainteté toutes les vérités sur la guerre en Ukraine. Nous essaierons également de libérer nos enfants qui ont été éloignés de la zone occupée vers la Russie. Je suis très reconnaissant au Saint-Siège pour son action en faveur de la libération de nos enfants et de nos captifs.»

    Rolandas Makrickas, archiprêtre coadjuteur de Sainte-Marie-Majeure, 52 ans, Lituanien en Italie

    • Sur la tombe du pape dans sa basilique

    «Dans la basilique nous avons la sépulture du premier pape dominicain, Pie V, celle du premier pape franciscain, Nicolas IV, et maintenant nous aurons la tombe du premier pape jésuite. C’est la volonté du Saint-Père. […] Les personnes sont curieuses naturellement, ils demandent à voir le lieu de la tombe, mais évidemment nous ne pouvons pas leur montrer».

    Fernando Chomalí, archevêque de Santiago du Chili, 67 ans

    • Sur la gestion de la crise des abus après le voyage du pape au Chili… 

    «Il y a eu un changement très fort pour aller au fond des choses sur le thème des abus. Nous avons fait un travail extraordinaire, reconnu d’ailleurs par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il y a deux mois, nous étions avec le pape. Nous avons fait un long rapport sur tout ce que nous avons accompli, que ce soit au niveau des écoles, des paroisses ou de la Conférence épiscopale. Ils voient que nous travaillons dur, non seulement pour mettre fin aux abus, ce qui est évident — il n’y a pas de place pour les abus — mais surtout pour créer des lieux où la fraternité est au cœur de la vie de l’Église et de la société.

    J’ai aussi dit au Saint-Père que c’était très triste de constater que les abus et la corruption sont des réalités qui marquent fortement l’Amérique latine et le Chili. Cela nous fait beaucoup de mal parce que cela conduit à la pauvreté et à la perte de confiance des gens envers les responsables. Nous travaillons donc très fort pour que ce genre de choses ne se reproduise pas. Il y a une prise de conscience dans les paroisses chrétiennes : cela ne peut pas arriver».

    • Sur le fait que Amnesty international parle de génocide à Gaza… (le cardinal Chomali a des origines palestiniennes). 

    «Ce sont des spécialistes sur le sujet. Et ils disent cela… Que signifie voir 40.000 personnes mortes ? C’est quelque chose de terriblement grave. Nous devons donc mettre fin à cela, le plus rapidement possible.

    Je pense qu’un dialogue est possible, mais pour cela, il faut reconnaître de nombreuses choses : les résolutions des Nations unies, par exemple. Reconnaître qu’il est possible de vivre en paix avec deux pays indépendants, dotés de frontières sûres. Et cela doit être le chemin à suivre désormais. […] Nous devons dialoguer et parvenir à la paix, comme cela a été fait entre le Chili et l’Argentine il y a 40 ans grâce au pape Jean-Paul II.»

    • Sur son apport lors du prochain conclave 

    «J’apporterai la joie, j’apporterai l’espérance ! J’apporterai la conviction que nous avons un corpus doctrinal très beau et que nous devons réfléchir sérieusement à ce que signifie être Église aujourd’hui, dans un monde qui ne veut rien savoir de Dieu. Mais ce même monde, qui ne veut rien savoir de Dieu, va mal. Ils ont voulu construire un monde sans Dieu, et cela se voit : il y a une force de l’économie, de la consommation, du bien-être. Mais de l’autre côté, il y a un manque d’espoir. Beaucoup de gens sont restés en dehors de cette grande fête».

    • Sur la manière d’être catholique aujourd’hui 

    «Le premier problème, à mon avis, est de penser que l’évangélisation peut se faire comme une campagne publicitaire. Croire qu’avec plus de marketing, il y aura plus de catholiques est une illusion. Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. Le défi est que, lorsque quelqu’un rencontre un catholique, il perçoive une nouveauté, mais ce n’est pas toujours le cas. […]

    Quand je parle des grandes questions humaines — sur la mort, le sens de la vie, la vie quotidienne —, je dois dire avec beaucoup d’humilité que la pensée catholique est imbattable».

    • Sur le manque d’espérance dans la société chilienne  

    «Cela se traduit par l’absence de projets d’avenir, qu’ils soient matrimoniaux ou sacerdotaux. Les gens vivent au jour le jour. Un pays où chacun vit seulement pour le présent est un pays sans avenir. Cela se voit non seulement au Chili mais aussi en Italie et en Amérique latine. La natalité est en forte baisse, à un taux de 1,2 enfant par femme. C’est également triste de constater une méfiance envers les migrants, qui sont pourtant des êtres humains dans le besoin, mais qui sont vus comme une menace». (cath.ch/imedia/hl/gr)

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