«Je me considère encore très nouvelle, une sorte de 'débutante’», confie sœur Simona Brambilla un an après sa nomination comme la première préfète de la Curie romaine, dans un entretien accordé à I.Média en vue de la Journée mondiale de la vie consacrée qui sera célébrée le 2 février 2026 par l’Église catholique.
La religieuse italienne à la tête du dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, détaille les grandes lignes d’action de son 'ministère’ chargé d’accompagner les quelque 650’000 religieuses et religieux recensés dans le monde (d’après les derniers chiffres de 2022). Elle insiste sur la mission particulière des consacrés en faveur de la paix, «en ce temps marqué par trop de violence».
Votre nomination comme première femme préfète en janvier 2025 représente un signe fort. Comment votre arrivée à cette fonction a-t-elle été accueillie par la Curie et par les congrégations religieuses dans le monde?
Sœur Simona Brambilla: Je crois que ce choix du pape François s’inscrit dans un chemin ecclésial toujours plus synodal, ouvert, inclusif, dialoguant et profondément évangélique. Au sein du dicastère, où j’étais secrétaire depuis un an lorsque le pontife m’a nommée préfète, j’ai trouvé un accueil véritablement fraternel et sororal; il en a été de même dans le monde de la vie consacrée.
Je me considère encore très nouvelle, une sorte de «débutante» au sein de la Curie romaine et du dicastère, et j’apprends beaucoup de nombreuses personnes, auxquelles je suis immensément reconnaissante. J’essaie, progressivement, de m’immerger dans le flux d’une histoire, d’en saisir la dynamique, la Vie, de me laisser interroger, d’accueillir les questions qui surgissent en moi et d’en faire matière de réflexion et de dialogue avec mes compagnons et compagnes de route, en diverses occasions et dans différents contextes.
Un an plus tard, quels signes peut-on observer au sein de la Curie concernant la présence des femmes? Quels changements estimez-vous s’être progressivement instaurés?
Peu après avoir commencé mon service en tant que secrétaire du dicastère (décembre 2023), j’ai été frappée par l’homélie du pape François du 1er janvier 2024, solennité de Marie Mère de Dieu et Journée mondiale de la paix: «L’Église a besoin de Marie pour redécouvrir son visage féminin: pour lui ressembler davantage, elle qui, femme, Vierge et Mère en représente le modèle et la figure parfaite (cf. Lumen gentium, n. 63); pour faire de la place aux femmes et être procréatrice à travers une pastorale faite de soin et de sollicitude, de patience et de courage maternel. Mais le monde a aussi besoin de regarder les mères et les femmes pour trouver la paix, pour sortir des spirales de la violence et de la haine, et revenir à avoir des regards humains et des cœurs qui voient. Et toute société a besoin d’accueillir le don de la femme, de toute femme, de la respecter, de la protéger, de la valoriser, en sachant que celui qui blesse une seule femme profane Dieu, né de la femme.»
Je crois vraiment que pour que la paix germe, croisse et mûrisse dans le cœur de chaque personne, entre nous, entre les peuples, dans le monde, dans la création, elle a besoin de la fertilité d’un terreau primordial, d’une matrice indispensable: la relation saine, bonne, confiante, respectueuse, révérencieuse, tendre et vivante entre l’homme et la femme.
Comment sera célébrée la Journée mondiale de la vie consacrée du 2 février au Vatican?
Cette année, pour la fête de la Présentation du Seigneur et XXXe Journée mondiale de la vie consacrée, le pape Léon XIV célébrera la messe dans la basilique Saint-Pierre à 17 h. Nous attendons avec joie ce moment de prière intense ainsi que le message que le Saint-Père adressera, à cette occasion, aux consacrés et aux consacrées.
Une Lettre sera envoyée aux consacrés et aux consacrées de la part de notre dicastère. Les réseaux sociaux du dicastère proposeront des témoignages de vie consacrée. La Journée mondiale de la vie consacrée est toujours une occasion de mémoire reconnaissante, de relecture, de réflexion et de nouvel élan.
Quel message vous semble le plus urgent à transmettre aux communautés consacrées, en un temps de profonds défis culturels et spirituels?
En ce temps marqué par trop de violence, il me semble que la vie consacrée est appelée tout particulièrement à approfondir et à vivre au quotidien le défi de la paix, entendue dans le sens que le Saint-Père ne cesse de nous proposer. C’est un défi qui comporte un appel à cultiver et à libérer ce qu’il y a de plus humain en nous: la compassion, la miséricorde et le choix de ne pas rendre la violence, mais de briser le cercle mortifère du mal en répondant avec une douce fermeté, y compris face aux provocations de l’arrogance, de la domination, de l’agressivité, sous ses formes les plus manifestes ou les plus insidieuses.
Dans le message pour la Journée mondiale de la paix de cette année, le pape Léon XIV remarquait que les disciples furent déconcertés par la réponse non violente de Jésus: «une voie que tous, Pierre le premier, contestèrent, mais sur laquelle, jusqu’au bout, le Maître leur demanda de le suivre. […] La paix de Jésus ressuscité est désarmée, car désarmée fut sa lutte, dans des circonstances historiques, politiques et sociales bien précises. De cette nouveauté, les chrétiens doivent devenir ensemble des témoins prophétiques, conscients des tragédies auxquelles, trop souvent, ils se sont rendus complices».
Je crois que cet appel du pape peut devenir pour nous, consacrés, une véritable invitation à faire fleurir dans nos cœurs, dans nos communautés, dans nos relations, dans les lieux et les situations où nous nous trouvons, cette «paix sauvage» dont le pontife a parlé dans le Message Urbi et Orbi de Noël dernier: non pas une paix apprivoisée, «fabriquée», mais une paix qui vit et vibre, inquiète, dans les fibres les plus profondes de notre être, et qui demande à être libérée, à ressusciter, avec sa puissance à la fois bouleversante et très humble. La puissance de l’Amour transpercé, capable de se dresser, de ressusciter, de se lever, indomptable et tendre. La puissance du pardon, de la compassion et de la miséricorde que les ténèbres du mal ne parviennent ni à briser, ni à éteindre, ni à vaincre.
De quelle manière le début du pontificat de Léon XIV a-t-il influencé les priorités du dicastère pour la Vie consacrée, et quelles orientations concrètes se dessinent pour l’avenir des communautés religieuses?
Nous avons pu rencontrer Léon XIV de près lors du Jubilé de la vie consacrée, qui s’est tenu à Rome du 8 au 12 octobre 2025 et qui a impliqué l’ensemble du dicastère, aux côtés de milliers de consacrés et de consacrées venus du monde entier. Dans son discours aux participants, le Saint-Père a proposé plusieurs images suggestives, capables de nous guider sur notre chemin.
Il nous a rappelé l’importance d’être enracinés dans le Christ: «Unis à Lui, et en Lui, vos petites lumières deviennent comme le tracé d’un chemin lumineux dans le grand projet de paix et de salut que Dieu a pour l’humanité. C’est pourquoi, je vous adresse, à vous qui êtes filles et fils de Fondateurs et Fondatrices, une exhortation chaleureuse à «revenir au cœur», comme le lieu où redécouvrir l’étincelle qui a animé les débuts de votre histoire, lorsqu’à été remis à ceux qui vous ont précédés une mission spécifique, qui n’est pas finie et qui vous est confiée aujourd’hui.»
Je trouve très belle et évocatrice l’image de ces petites lumières qui, unies, forment un tracé lumineux. Oui, aucun de nous, ni comme individu ni comme Institut, n’est une «grande» lumière. La Lumière, c’est le Christ. La petitesse nous appartient, comme à des créatures conscientes de leur fragilité aimée de Dieu, dans laquelle peut se refléter un rayon de Sa lumière. Nous sommes appelés non pas à briller seuls, mais à unir nos petites lumières, à marcher ensemble.
Son invitation à «revenir au cœur» pour redécouvrir «l’étincelle» est aussi très significative. C’est un encouragement à faire mémoire et à s’inscrire dans le grand fleuve de l’histoire de son propre Institut, de l’Église et de l’humanité, afin d’y redécouvrir le patrimoine spirituel unique et original que nous avons reçu en héritage: le charisme qui anime la vie d’un Institut de vie consacrée ou d’une Société de vie apostolique, et qui vibre dans le cœur de chacun de ses membres.
Le Saint-Père nous a ensuite invités de manière explicite à réfléchir sur une autre thématique essentielle: celle de la synodalité. Je crois que ces appels du pape tracent pour nous une voie claire et enthousiasmante. (cath.ch/ak/bh)