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    Malgré le travail de François, «le Vatican n'en a pas terminé avec les affaires»

    «Le travail de réforme que le pape François a réalisé ces dernières années est énorme», affirme la vaticaniste italienne Maria Antonietta Calabrò, alors que le pontife célèbre, le 13 mars 2025, les douze ans de son pontificat. Elle revient sur les «fortes résistances» au programme de réforme du pape.

    Dans son livre Il trono e l’altare. Guerra in Vaticano: una storia inedita (Cantagalli, 2024) – soit 'le trône et l’autel, guerre au Vatican, une histoire inédite’ –, Maria Antonietta Calabrò raconte les nombreuses luttes de pouvoir, les affaires financières et d’espionnage auxquels a dû faire face le pape argentin.

    Douze ans après l’élection de François, diriez-vous que le pape a accompli la mission qui lui avait été confiée par les cardinaux lors du conclave, à savoir restaurer la crédibilité de l’Église en réformant le fonctionnement du Vatican, notamment sur le plan économique et financier?
    Maria Antonietta Calabrò: Oui, même s’il s’agit encore d’un work in progress. Dans un des chapitres de mon livre – «Le chameau passera dans le chas de l’aiguille» – je fais la liste de la masse énorme de réformes menées par le pape François ces dernières années au niveau financier. Trois jours avant d’être admis à l’hôpital, le 14 février dernier, il a signé un nouveau document créant une commission sur les donations.

    Cette entité a pour but de répondre au déficit de dons qu’affronte le Saint-Siège, mais aussi d’établir des règles claires concernant l’acceptation de futurs dons. C’était un des derniers points qu’il restait à régler et qu’avait mis en évidence Moneyval, le comité européen anti-blanchiment d’argent et anti-financement du terrorisme dans son rapport de 2021. Le travail de réforme que le pape François a réalisé ces dernières années est énorme.

    «On ne peut plus faire passer de l’argent dans des valises noires par la Porte Sainte-Anne»

    Cela étant, le Vatican est encore en déficit. Il y a un besoin de rationalisation, de suppression de dépenses inutiles. Certaines mesures doivent encore être mises en œuvre. Mais d’un certain point de vue, tout cela est la meilleure preuve qu’une vraie réforme a été effectuée. Parce qu’avant cette réforme, l’argent – parfois de provenance douteuse – entrait et constituait un «cash flow» continu.

    Cela n’est plus possible aujourd’hui.
    On ne peut plus faire passer de l’argent dans des valises noires par la Porte Sainte-Anne [qui mène au Vatican, ndlr]. Il n’est plus possible d’ouvrir des comptes à l’IOR (Institut des œuvres de religion) sans qu’on sache vraiment à qui ils appartiennent et d’où vient l’argent. Le pape a aussi interdit au Vatican tout rapport avec des hommes d’affaires qui seraient suspectés de se comporter de façon inappropriée. L’opinion publique ne comprend pas l’importance de ces réformes qui suscitent par ailleurs une forte résistance.

    Votre livre apporte un éclairage nouveau sur le procès de l’affaire dite «de l’immeuble de Londres», que vous avez suivi de près et reconstitué en détail. Pourquoi considérez-vous que cette affaire montre la résistance interne à la réforme du pape François?
    L’histoire de l’immeuble de Londres commence avant le pontificat de François, en octobre 2012, quand la décision de renonciation du pape Benoît XVI est prise. Le secret était bien gardé, mais les travaux pour refaire le monastère Mater Ecclesiae – où le pape émérite s’installera ensuite – avaient été lancés en juin 2012. C’est à ce moment qu’ont commencé des manœuvres pour faire sortir hors du Vatican l’argent de la secrétairerie d’État, le fameux «trésor» qui n’apparaissait pas dans les bilans financiers du Saint-Siège et qu’a découvert plus tard le cardinal australien George Pell.

    «Dès le début du pontificat de François, les réformes ont été ralenties»

    Durant le procès, le promoteur de justice adjoint du Vatican, le professeur Gianluca Perone, a fait une présentation très détaillée de la façon dont les manœuvres avaient commencé. Il a raconté comment, en octobre 2012, le gestionnaire de l’argent de la secrétairerie d’État, Enrico Crasso, a été chargé de préparer les véhicules financiers nécessaires pour faire sortir l’argent. Ils ne savaient pas encore où le placer, l’important était de le soustraire à tout contrôle, dans l’attente de savoir qui serait le prochain pape.

    L’affaire culmine le 4 octobre 2013, quand le pape François, fraîchement élu, se rend à Assise. À la Curie, on craint alors que le pape, à la manière de saint François, choisisse de dépouiller l’Église de ses biens. Les journaux à l’époque ont témoigné de la terreur qu’a provoqué à l’intérieur du Vatican la perspective d’un tel dépouillement. C’est ce même jour qu’a été versé la première tranche de l’argent de la secrétairerie d’État dans le véhicule financier. L’investissement dans «l’immeuble de Londres» arrive bien plus tard.

    Diriez-vous que l’affaire de l’immeuble de Londres a freiné ou a déstabilisé profondément la réforme du pape?
    Dès le début du pontificat, les réformes, qui avaient été confiées par le pape au cardinal George Pell, préfet du secrétariat pour l’Économie décédé en janvier 2024, ont été ralenties. Ce ralentissement s’est accentué quand il a commencé à s’intéresser aux investissements de la secrétairerie d’État, avec notamment une forte opposition du substitut, Angelo Becciu.

    Puis l’action du cardinal Pell a connu un coup d’arrêt important au moment où il a été forcé de se rendre en Australie en 2017 pour se défendre des accusations de pédophilie apparues contre lui. Il a alors été décidé que, jusqu’au retour du cardinal, ses équipes ne s’occuperaient plus que des affaires courantes. Je raconte avec précision dans mon livre les procès qui ont visé Pell et qui ont abouti à son emprisonnement avant qu’il soit innocenté par la Haute Cour de justice australienne en 2020. Mais l’important est qu’entre-temps, le secrétariat pour l’Économie a été redimensionné et n’a plus eu les moyens de contrôler la secrétairerie d’État.

    On comprend mieux désormais la réaction très dure qu’a eue François vis-à-vis du cardinal Angelo Becciu par la suite. Le cardinal sarde, quand il était substitut, était le véritable bras droit de François.

    «Dans Espère, le pape raconte que le moment le plus sombre de son pontificat a été le scandale de l’immeuble de Londres»

    Peu de jours après la démission du cardinal Becciu en 2020 était prévue la visite au Vatican du comité Moneyval. Il s’agissait d’un moment très délicat, car Moneyval craignait que le “PNRR”, l’énorme somme d’argent (220 milliards d’euros) que l’Italie s’apprêtait à recevoir de l’Europe, afin de soutenir l’économie post-Covid 19, puisse être employé à des fins différentes, le risque étant que le Vatican soit utilisé pour blanchir l’argent détourné.

    Si le pape n’avait pas pris la décision de démettre le cardinal Becciu, selon moi, le Vatican n’aurait pas passé l’évaluation de Moneyval et se serait retrouvé sur sa «liste noire». Cela aurait voulu dire que le Vatican n’était pas «propre», et aurait porté un coup mortel au petit État. Cela aurait surtout voulu dire que François n’avait pas répondu aux attentes que les cardinaux avaient placées en lui lors de son élection.

    «La secrétairerie d’État n’a pas acheté l’immeuble de Londres»

    Ce n’est pas pour rien que dans sa récente autobiographie Espère (Albin Michel, 2025), le pape raconte que le moment le plus sombre de son pontificat a été le scandale de l’immeuble de Londres, quand il a dû prendre des décisions très difficiles, très dures. Je dois souligner que les condamnations prononcées en décembre 2023 contre le cardinal Becciu et huit autres personnes ont été faites en première instance, qu’il y aura un appel et un jugement en cassation, soit le déroulement normal d’un procès.

    Dans le cas de l’investissement dans l’immeuble de Londres, le Vatican a relativisé l’utilisation de l’argent du Denier de Saint-Pierre, l’argent que les fidèles donnent au pape pour lui permettre de poursuivre sa mission. Dans quelle mesure cet argent a été utilisé dans cette affaire?
    La secrétairerie d’État n’a pas dépensé directement l’argent du Denier de Saint-Pierre dans l’opération financière, mais l’a utilisé en garantie pour permettre l’obtention d’un prêt – un crédit lombard avec des taux plus qu’usuriers, qui arrivaient à 12%. En tout, le Saint-Siège a été forcé d’immobiliser 670 millions d’euros, une somme énorme, presque la totalité des ressources de la secrétairerie d’État, qui avoisinaient les 700 millions d’euros. Et dans la somme bloquée, il y avait le Denier de Saint-Pierre, qui était alors géré par la secrétairerie d’État.

    «Ceux qui crient que le Vatican est au bord du gouffre ont pour véritable cible le pape François»

    J’en profite pour souligner un malentendu: la secrétairerie d’État n’a pas acheté l’immeuble de Londres, comme certains le disent pour souligner combien il s’agit d’un investissement solide et sûr. Avant même qu’il soit question de cet immeuble, la secrétairerie d’État a acheté une participation dans un fonds de droit luxembourgeois, propriété du financier Raffaele Mincione. Et ce fonds avait le contrôle, parmi tant d’autres choses, du fameux immeuble.

    L’affaire a un lourd impact réputationnel pour le Saint-Siège: inévitablement, les gens ont moins donné au Vatican par la suite. Durant le procès, la secrétairerie d’État, comme partie civile, a estimé les dommages réputationnels à une somme avoisinant les 200 millions d’euros.

    À l’automne dernier, le pape François a de nouveau reconnu que le Vatican devrait faire des efforts financiers, parlant notamment de la situation critique du fonds de pension du Vatican. Diriez-vous que le Vatican est aujourd’hui en danger sur le plan financier?
    Pour moi non, parce que le Vatican a des biens immobiliers et des flux de trésorerie importants. Certes, ils ont été impactés par la crise du Covid-19, notamment avec la fermeture temporaire des Musées du Vatican. Mais le Vatican n’a pas été plus touché que les autres États. Et la situation concernant le fonds de pension du Vatican est une situation que tous les fonds de pension du monde doivent affronter actuellement. Selon moi, ceux qui crient sur les toits que le Vatican est au bord du gouffre mettent sur pied une narration négative qui a pour véritable cible le pape François.

    «Dans mon livre, je souligne l’importance des opérations d’influence effectuées par des entités étrangères»

    Le Vatican, de plus, possède d’énormes réserves d’or, qui, ces derniers temps, ont pris beaucoup de valeur. S’ils venaient à vendre 0,1% ou 0,4% de ces réserves, ils seraient tranquilles pour les 50 prochaines années.

    Alors oui, il y a un déséquilibre, mais ce dernier peut être affronté de manière professionnelle. Certes, l’IOR gagne moins qu’il y a dix ans, mais on sait aussi quels scandales le Saint-Siège a dû affronter depuis. Le dernier en date est celui d’un immeuble à Budapest qui a coûté environ 50 millions à l’IOR. Si on cumule les pertes générées par les sorties illégales d’argent des caisses du Vatican, cela finit par faire beaucoup. C’est donc une très bonne chose que l’IOR et la secrétairerie d’État aient changé leur politique en la matière.

    La personne du pape joue un rôle essentiel dans votre livre. Vous évoquez la présence d’un «cordon sanitaire» établi autour de lui qui l’a souvent bloqué dans sa volonté de réforme. Ce cordon sanitaire existe-t-il encore?
    Il existe encore, comme il y en a toujours un autour d’une personnalité importante, par exemple un président. Ce sont des personnes qui se vantent d’avoir une certaine influence, ou parfois qui en ont vraiment et utilisent leur pouvoir. En ce sens, le Vatican n’en a pas terminé avec les affaires. Mais ces derniers temps, après la décision du procès de l’immeuble de Londres, cela devient plus compliqué pour ces personnes. Et comme on en arrive à la phase conclusive du pontificat, il est clair que le cordon existant s’est déjà «recyclé» en vue de l’élection du prochain pape. Il s’agit d’une filière qui va bien sûr essayer de freiner au maximum les procédures judiciaires à venir et se placer le plus proche possible du cardinal qui est vu comme «papabile».

    Comme vous le soulignez dans votre livre, le pape François a récemment déclaré que la réforme de la Curie ne faisait que commencer. Pensez-vous que la tâche principale de son successeur sera de poursuivre la purification de l’appareil curial? Prévoyez-vous des résistances?
    Cela peut être le cas, si c’est le choix du prochain conclave. Mais il y aura, selon moi, beaucoup de résistances. Je parle dans mon livre de «guépards du Vatican», en référence à la formule «tout doit changer pour que rien ne change». C’est déjà ce qui est arrivé pendant le pontificat de François, quand des personnes appartenant à la vieille garde se sont présentées comme appartenant au nouvel ordre et ont ensuite bridé les réformes.

    Ils ne sont pas les seuls. Dans mon livre, je souligne aussi l’importance des opérations d’influence effectuées par des entités étrangères à travers les services secrets ou des personnes qui leur sont liées. (cath.ch/imedia/cd/rz)

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