Le dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique reprend en mains l’Institut du Verbe Incarné, un mouvement fondé il y a une quarantaine d’années en Argentine et marqué par des scandales d’abus impliquant son fondateur, ainsi que sa branche féminine, les Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matarà.
Le dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique annonce la nomination respective de deux délégués pontificaux à la tête de l’Institut du Verbe Incarné et des Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matarà, à savoir, respectivement: Mgr José Antonio Satué, évêque de Teruel y Albarracín en Espagne, et la religieuse espagnole Clara Echarte, fille de Jésus. Celle-ci devient la première femme à recevoir ce mandat formel de déléguée pontificale.
Premier acte de gouvernance de sœur Brambilla
Le communiqué du dicastère, daté du 10 janvier 2025, constitue le premier acte de gouvernement de la nouvelle préfète, sœur Simona Brambilla, mais selon la revue espagnole Vida Nueva, il se rapporte en réalité à un décret signé le 8 décembre 2024 par son prédécesseur, le cardinal João Braz de Aviz. Ce décret, approuvé par le pape François, avait également été signé par sœur Brambilla en tant que secrétaire du dicastère.
La mission conjointe de Mgr Satué et de sœur Echarte fait suite à la mission de commissaire pontifical confiée au cardinal Santos Abril y Castello, espagnol lui aussi, qui s’est heurté à de nombreuses résistances internes dans son mandat de commissaire pontifical. Les nouveaux délégués pontificaux disposeront d’un mandat élargi leur permettant de changer les constitutions ou de choisir des collaborateurs afin de pouvoir gouverner le mouvement, précise Vida Nueva. Concernant la branche féminine, une décision radicale est déjà prise: la suspension pour trois ans de toute nouvelle entrée dans le noviciat.
Les abus du Père Carlos Buela
Au cœur de la remise en question de ce mouvement: les abus commis sur des séminaristes par le fondateur, Carlos Buela (1941-2023), un prêtre originaire de Buenos Aires et décédé à Gênes, en Italie. Il avait été écarté par le Vatican en 2010 après qu’il ait été reconnu comme «un prédateur sexuel, et avec de forts soupçons qu’il avait mis en place une structure pour parrainer un réseau d’abus», indique encore Vida Nueva.
Tout comme ce fut le cas pour les Légionnaires du Christ vis-à-vis du Père Maciel, la défense persistante de cette figure fondatrice par le mouvement et la diffusion de ses écrits dans les communautés semble l’une des raisons de la mise sous la tutelle du Saint-Siège de l’Institut du Verbe Incarné. Concernant la branche féminine sont également visées de graves carences dans la formation et le discernement des vocations. Le Saint-Siège demande aux membres des deux branches, masculine et féminine, de recevoir les décisions à venir «dans un esprit de foi, de charité et d’obéissance».
L’Institut du Verbe Incarné compte environ 3000 religieux répartis en 150 communautés, dans 45 pays à travers le monde. L’un de ses membres les plus connus n’est autre que le Père Gabriel Romanelli, curé de l’unique paroisse catholique de la Bande de Gaza, et informateur régulier du pape François sur les souffrances de la population palestinienne. L’Institut s’est également vu confier la charge de l’église du baptême de Jésus en Jordanie, consacrée le 10 janvier 2025 par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège. (cath.ch/imedia/cv/lb)