« Accueillir et écouter les victimes sont les marques authentiques d’une Église qui, dans la conversion communautaire, reconnaît les blessures et s’efforce de les guérir », a déclaré Léon XIV aux évêques italiens rassemblés à Assise le 20 novembre 2025.
Dans la cité de saint François – où il a visité la tombe du Poverello -, le pape a plaidé pour une « culture de prévention » face aux abus et encouragé les Italiens à promouvoir la synodalité. Il s’agissait de la première visite italienne du pape américano-péruvien en dehors de la région de Rome.
Léon XIV est arrivé à Assise en hélicoptère aux alentours de 8h30 et s’est immédiatement rendu à la basilique Saint-François pour se recueillir sur la tombe du Poverello (1181-1226). "C’est une bénédiction de pouvoir venir ici aujourd’hui dans ce lieu sacré. Nous approchons des 800 ans de la mort de saint François, ce qui nous donne l’occasion de nous préparer à célébrer ce grand saint humble et pauvre alors que le monde cherche des signes d’espoir", a rapporté l’agence de presse catholique SIR.
Une trentaine de minutes plus tard, le pontife a rejoint la basilique Sainte-Marie-des-Anges. Il s’agit d’un autre lieu attaché à la figure de François d’Assise, puisque cette église baroque abrite la Portioncule, chapelle rénovée par le saint après une vision reçue dans la prière, au cours de laquelle il avait entendu ces mots : «Va et répare mon église».
Dans cette basilique, le pontife a prononcé un discours à huis clos aux évêques italiens en conclusion de leur 81ᵉ assemblée générale de la CEI, qui s’était ouverte à Assise le 17 novembre dernier. Le pape, en tant qu’évêque de Rome et Primat d’Italie, participe habituellement à cette réunion.
Synodalité, retraite des évêques, fusion des diocèses
Dans son discours, transmis par le Saint-Siège, Léon XIV a fait le tableau d’une "époque marquée par les fractures, tant nationales qu’internationales", déplorant que se répande de plus en plus des "messages et des paroles souvent empreints d’hostilité et de violence". "La course à l’efficacité laisse les plus vulnérables de côté", s’est-il inquiété, ciblant aussi la "toute-puissance technologique" qui "étouffe la liberté" et la solitude qui "consume l’espoir". Face à ces défis, le pontife a encouragé les évêques italiens à être des "bâtisseurs d’amitié, de fraternité et de relations authentiques" dans leurs communautés afin d’"écouter et apaiser les tensions".
Plaidant pour une plus grande synodalité, le pape a aussi annoncé qu’il continuerait la politique de "regroupements diocésains" (fusion de diocèses) opérée par ses prédécesseurs, l’estimant indispensable pour faire face aux enjeux de l’évangélisation et aux mutations de la société italienne. Il a aussi annoncé que le dicastère pour les Évêques et la nonciature apostolique se coordonneraient désormais pour favoriser "une plus grande participation à la consultation pour la nomination de nouveaux évêques". Il a également annoncé vouloir appliquer l’âge de la retraite à 75 ans, prévu par le droit canonique pour les évêques, avec «éventuellement» deux ans supplémentaires pour les cardinaux.
Léon XIV a aussi enjoint les évêques italiens à promouvoir un "humanisme intégral" dans la société. Il les a encouragés à intervenir dans le débat public pour défendre la légalité, la solidarité, mais aussi "un sens de l’humanité qui exalte la valeur de la vie et le soin de chaque créature". Il a notamment cité la question des médias numériques, leur demandant d’œuvrer pour "qu’Internet puisse véritablement être un espace de liberté, de responsabilité et de fraternité".
Abus : pour une "culture de prévention"
Le pontife a aussi abordé la question des abus, plaidant pour une "attention particulière aux plus petits et aux plus vulnérables" et pour le développement d’une "culture de prévention". "Accueillir et écouter les victimes sont les marques authentiques d’une Église qui, dans la conversion communautaire, reconnaît les blessures et s’efforce de les guérir", a-t-il insisté en saluant les premières initiatives récemment menées par les évêques italiens.
Dans un rapport sur l’état de la lutte contre les abus au sein de l’Église catholique, rendu public le 16 octobre dernier, la commission pontificale pour la Protection des mineurs a apporté un regard critique sur les pratiques en terme de prévention et lutte contre les abus au sein de l’Église en Italie. La commission note une "résistance culturelle considérable en Italie à la lutte contre les abus", pointant du doigt les "tabous culturels" qui empêchent les victimes de parler de ce qu’elles ont vécu et de dénoncer.
Léon XIV est resté une demi-heure dans la basilique avant de regagner son hélicoptère, qui l’a amené à Montefalco, une petite ville située à une vingtaine de kilomètres au sud d’Assise. Il y a rendu visite à une communauté de religieuses augustines, avec lesquelles il doit célébrer la messe et partager un repas. Le pape doit ensuite rentrer en hélicoptère au Vatican en début d’après-midi.
Une Église italienne secouée par le pape François
Pendant son pontificat, François n’avait pas ménagé les évêques italiens lors de ces rencontres. En 2021, il s’était inquiété notamment de la "rigidité" des séminaristes de la Botte, et en 2022, il avait presque imposé son candidat comme président de la conférence épiscopale en exigeant qu’il s’agisse d’un cardinal. Les évêques avaient donc choisi le cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne, réputé proche du pontife.
Le pape argentin leur avait aussi, à plusieurs reprises, reproché de retarder le lancement d’un synode national, pourtant convenu depuis 2015. Lancé en 2021 et conclu en 2025, le processus a rencontré des difficultés, puisque le document préparé à l’issue de l’assemblée finale en avril dernier a été rejeté à la quasi-unanimité par les 800 participants, qui lui reprochaient d’être "trop convenu". Finalement, un nouveau document a été approuvé le 25 octobre. Ce dernier texte, non doctrinal, évoque notamment la question du diaconat féminin et de la pastorale auprès des personnes de la communauté LGBT.
Lors de sa première rencontre avec les évêques italiens, le 17 juin dernier, Léon XIV avait demandé un "nouvel élan dans l’annonce et la transmission de la foi", ciblant trois défis majeurs : la sécularisation, "une certaine désaffection à l’égard de la foi" et la "crise démographique".
À Assise ce jeudi, il a soutenu la direction prise par le synode italien, estimant que les pistes ouvertes par le document final "correspondent" à ses propres préoccupations pour l’Italie. Mais il a aussi mis en garde contre "l’inertie", demandant qu’elle "n’entrave pas les changements nécessaires".(cath.ch/imedia/cd/mp)