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    Léon XIV accepte la renonciation du cardinal Zenari, 17 ans nonce en Syrie

    Le pape Léon XIV a accepté la renonciation du cardinal Mario Zenari, 80 ans, à sa charge de nonce apostolique en Syrie qu’il occupait depuis décembre 2008, annonce le Saint-Siège le 2 février 2026. Resté 17 ans au côté du peuple syrien, il est l’un des cardinaux pour qui la pourpre cardinalice – qui rappelle le sang des martyrs – n’est pas qu’un symbole.

    Le cardinal Zenari aura été les yeux et la voix du Saint-Siège dans un pays victime de la «plus grave catastrophe humanitaire d’origine humaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», selon ses dires. «Comment un représentant du pape pourrait-il être crédible s’il s’enfuit de l’endroit où on a le plus besoin de lui?», glisse-t-il à au média Avvenire en 2014, alors que la Syrie s’enfonce dans l’abîme et qu’il a décidé de rester dans le pays.

    Né à Vérone en 1946, Mario Zenari, qui rêvait pourtant d’être curé de campagne, est entré dans les services de la diplomatie vaticane en 1980 avant de faire ses gammes au Sénégal, au Liberia, en Colombie, en Allemagne et en Roumanie. En 1994, il est nommé observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) et de l’Office des Nations unies à Vienne.

    Puis le pape Jean Paul II le nomme en 1999 nonce apostolique en Côte d’Ivoire, au Niger et au Burkina Faso. Un poste délicat puisque Rome lui demande notamment de proposer la médiation du Saint-Siège dans la crise politico-militaire qui embrase la Côte d’Ivoire à partir de 2002. Deux ans plus tard, il est envoyé au Sri Lanka où il hérite d’une autre crise, celle qui oppose Cinghalais et Tamouls et qui déchire la communauté catholique.

    En service en Syrie depuis 2008

    Le nonce italien s’apprête à fêter ses 63 ans quand, en 2008, Benoît XVI le nomme en Syrie. Deux ans après son arrivée en poste, la vague du «Printemps arabe» déferle sur le pays, en mars 2011. L’opposition au président Bashar al-Assad est réprimée, le pays sombre dans une guerre civile dans laquelle de nombreuses puissances internationales vont s’inviter. Le nonce en Syrie confiera des années plus tard au Corriere della Sera que la complexité de la crise syrienne et l’enchevêtrement des responsabilités a rendu quasiment impossible la lecture du conflit.

    Le sang coule et le diplomate alerte sur le drame d’un pays qui compte encore en 2011 plus d’un million de chrétiens. Il prévient que les violences ne les visent pas spécifiquement et que la souffrance des chrétiens est la même que celle subie par les autres citoyens syriens. Il expliquera d’ailleurs que les sunnites ont payé le prix le plus élevé de cette guerre qui a notamment donné naissance à l’hydre «État islamique».

    Dialogue tendu avec el Assad

    En septembre 2013, alors que les puissances occidentales hésitent à intervenir militairement, il est l’un des artisans de la grande veillée de prière organisée place Saint-Pierre par le pape François pour la paix en Syrie.

    Fidèle à la ligne du Saint-Siège, le nonce Zenari milite de toutes ses forces pour que le conflit puisse trouver une solution autour de la table des Nations Unies. Mais les mois passent et les vétos du conseil de sécurité de l’ONU se multiplient. Et le nonce de fustiger ouvertement l’incapacité des instances internationales à trouver une issue à cette guerre.

    Avec le président Bashar Al-Assad, il maintient le dialogue, mais garde une liberté de ton. À son sujet, il déclare au Corriere que le président syrien «donne l’impression d’être un gentleman. On ne peut pas dire qu’il ressemble à Saddam Hussein ou à Kadhafi. Il n’en demeure pas moins que la responsabilité de ce qui se passe en Syrie lui incombe». En dix ans de conflit, il ne le rencontre que trois fois. Dans des conférences à l’étranger, il n’hésite pas à citer des rapports sur les violences commises, que le régime syrien estime sans fondement. Et nombreux sont ses appels à faire cesser les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

    Un nonce sous les missiles

    De nature discrète, le cardinal Zenari s’emploie à témoigner des atrocités de la guerre dont lui-même a failli faire les frais. En novembre 2013, une roquette atterrit sur la terrasse de la nonciature à Damas. À 5 mètres près, elle le fauchait. «Ils ont souvent fini par frapper des innocents, dont plusieurs enfants qui se rendaient ou revenaient de l’école», raconte-t-il en 2022 au média espagnol Alfa&Omega. Et d’ajouter: «J’ai rendu visite à certains d’entre eux dans un hôpital de Damas, les bras, les jambes ou diverses parties du corps bandés à cause de blessures causées par des éclats d’obus.»

    Aux médias occidentaux qui se lassent de couvrir un conflit qui dure depuis dix ans, il a rappelé inlassablement que la catastrophe n’était pas terminée, que 500’000 personnes avaient péri, que plus de 11 millions de Syriens avaient été déplacés et que la «bombe» de la pauvreté faisait des ravages. Il a aussi parlé de ces dizaines de milliers de familles restées sans nouvelles d’un proche.

    Un homme de terrain

    Si les nonces sont souvent familiers des salons, lui devient un diplomate de terrain, sillonnant des régions et des villes ravagées par les obus et appliquant à la lettre le souhait du pape François d’une «Église-hôpital de campagne». Il œuvre à la bonne coordination des fonds humanitaires provenant d’organismes chrétiens et qui financent des projets de santé notamment. L’archevêque pressent aussi l’urgence d’aider la minorité chrétienne qui ne représente désormais que moins de 3% de la population. Avec la guerre, les deux tiers des chrétiens ont fui le pays, et parmi eux, bien souvent les plus diplômés. Fatigués, les épiscopats ont eux aussi besoin d’un souffle pour affronter un quotidien sans espoir.

    Un nonce cardinal, une première dans l’ère moderne

    En 2016, quand le pape François crée de nouveaux cardinaux, il prend soin d’annoncer le nom de Mario Zenari en premier; un honneur qui révèle toute l’estime que le pontife argentin a pour celui qui est devenu au fil des mois ses yeux et ses oreilles en Syrie. En recevant la barrette cardinalice, le diplomate italien devient aussi le premier nonce apostolique en poste à être créé cardinal depuis la mise en place de la diplomatie moderne de l’Église.

    Le jour du consistoire, dans la basilique Saint-Pierre, Mario Zenari plaide devant le pape et ses frères cardinaux pour une Église du «bon Samaritain», qui se penche sur les «millions de malheureux», adultes et enfants «[…] laissés morts ou à moitié morts dans les rues de leurs villages et de leurs quartiers, ou sous les décombres de leurs maisons et de leurs écoles».

    En défense des chrétiens

    Non loin de lui, dans la basilique, se trouve la célèbre statue de la Pietà. À certains, le cardinal Mario Zenari a confié que chaque fois qu’il entre à Saint-Pierre, il s’arrête longuement pour contempler le chef-d’œuvre de Michel-Ange. «Et en la regardant, je vois la Syrie, qui pleure ses enfants».

    En 2024, la chute de Bachar El Assad lui donne cependant des raisons d’espérer, et il s’activera dès lors pour défendre la place des chrétiens dans la Syrie du nouveau régime. Il sera très marqué par l’attentat qui a frappé une Église orthodoxe à Damas le 22 juin 2025, alertant une nouvelle fois sur l’exil progressif des chrétiens de Syrie et appelant les autorités à les défendre.

    Poseur de pallium

    L’Italien a participé au conclave qui a abouti à l’élection de Léon XIV. Clin d’œil de l’histoire: le 18 mai, c’est le cardinal Zenari qui remet son pallium au nouveau pape, en remplaçant in extremis le cardinal protodiacre Dominique Mamberti, victime d’un malaise lors de la messe d’inauguration. Sa renonciation, à l’âge de 80 ans – soit théoriquement dix ans de plus de l’âge autorisé pour la retraite des nonces – montre à quel point ce discret serviteur avait su se rendre indispensable. Pour l’heure, son successeur à Damas n’a pas encore été annoncé par le Saint-Siège. (cath.ch/imedia/cd/rz)

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