Le pape Léon XIV a promulgué, le 24 novembre 2025, deux nouveaux règlements qui encadrent le fonctionnement de la Curie romaine et son personnel. Ces documents, qui devront être appliqués dès le 1er janvier 2026, conforment les règles internes du Saint-Siège aux normes établies par le pape François dans sa Constitution apostolique Praedicate Evangelium en 2022.
Le 5 juin 2022, cette Constitution apostolique régissant le fonctionnement du Saint-Siège était entrée en vigueur, entérinant un long travail de réforme voulu par le pape François. Quelques semaines auparavant, le pontife argentin avait créé une commission interdicastérielle dirigée par Mgr Filippo Ianonne, alors préfet du dicastère pour les Textes législatifs (et actuel préfet du dicastère pour les Évêques), afin de travailler à la réécriture du règlement général de la Curie romaine.
Le résultat de ses travaux, « très attendu » selon une source vaticane, sont les deux nouveaux règlements signés par Léon XIV dimanche 23 novembre et publiés ce lundi – le Règlement général de la Curie romaine et le Règlement du personnel de la Curie romaine. Ils viennent remplacer l’unique Règlement général de la Curie romaine promulgué par le cardinal secrétaire d’État Angelo Sodano en 1999 avec l’assentiment du pape Jean-Paul II. Il s’agissait déjà à l’époque d’appliquer une « nouvelle » Constitution apostolique, Pastor bonus – l’ancêtre de Praedicate Evangelium – signée par Jean-Paul II en 1988. Le pape polonais avait dû s’y reprendre à deux fois, le règlement de 1999 remplaçant un autre texte promulgué en 1993.
Le secrétariat pour l’Économie, nouvelle plaque tournante de la Curie romaine
Le premier règlement édicte les règles générales de fonctionnement des institutions et bureaux qui composent la Curie romaine. Le second concerne les règles d’ordre organisationnel, disciplinaire et économique relatives aux relations de travail du personnel de la Curie romaine. Les deux textes entrent en vigueur le 1er janvier 2026.
Contrairement aux règlements de 1993 et 1999, c’est le pape en personne, et non le secrétaire d’État, qui a signé les deux documents. Cette différence s’inscrit dans la continuité de Praedicate Evangelium, qui avait fait perdre de l’influence à la secrétairerie d’État, pourtant organe central de la Curie romaine.
À rebours, le secrétariat pour l’Économie, organe économique exécutif du Saint-Siège qui a pris une importance croissante dans son fonctionnement depuis sa création en 2014, est cité à 61 reprises dans les deux règlements. Les textes confirment qu’il est le chef d’orchestre de la machine vaticane sur le plan économique, amené à contrôler et valider les diverses dépenses, promotions et embauches.
Un règlement plus strict sur les absences
Le Règlement du personnel de la Curie romaine comporte les principales évolutions qui vont toucher directement les employés du petit État. Le nouveau règlement est notamment plus restrictif concernant les congés. Les congés maladie doivent être justifiés avec un certificat médical quand ils dépassent une journée d’absence – contre deux auparavant – et ne peuvent dépasser les vingt jours – contre quarante – par an sans entraîner une visite médicale. De plus, les nombreux employés non-italiens ne bénéficient plus de congés supplémentaires – entre trois et cinq jours par an – pour pouvoir rentrer dans leur pays.
Les employés du Saint-Siège ne peuvent plus avoir une autre activité rémunérée en dehors du Vatican. Il leur est en outre désormais interdit d’« enfreindre les dispositions relatives à la protection de l’environnement » ou « en matière de sécurité », « d’accepter des fonctions auprès d’autres organismes du Saint-Siège sans l’autorisation expresse » de leur supérieur, ou « d’utiliser abusivement » leur courriel professionnel.
Les motifs permettant le licenciement d’un employé du Saint-Siège, culturellement très rare entre les murailles léonines, sont beaucoup plus nombreux. Il est désormais possible d’être renvoyé pour « rendement insuffisant persistant et négligence dans l’accomplissement des tâches professionnelles », pour des absences répétées au travail, pour s’être rendu coupable d’« évaluations négatives répétées du chef » ou encore pour avoir fait preuve d’un « grave abus d’autorité ».
Le latin perd du terrain
Le règlement encadre aussi plus strictement les modalités concernant toutes les formes de collaborations professionnelles autorisées au Saint-Siège, des stages aux missions temporaires en passant par les volontaires. Désormais, l’embauche de stagiaires ne doit « en aucun cas avoir pour objectif de pallier d’éventuelles pénuries de personnel ».
Un changement notable concerne les langues employées au Vatican. Auparavant, les employés des dicastères devaient théoriquement rédiger « leurs actes en règle générale en latin », les autres langues n’étant tolérées qu’« en fonction des besoins ». Une règle inadaptée à l’actuelle réalité du travail dans le petit État, où les employés peuvent désormais écrire «en latin ou dans une autre langue», sans que ne soit plus donnée la priorité au latin, qui reste néanmoins la langue officielle de l’Église.
Le nouveau règlement prévoit en outre une formation continue obligatoire pour ses employés, exige qu’ils déclarent un éventuel conflit d’intérêt, et impose des évaluations annuelles de leur travail. Il met aussi en place un protocole de traitement des demandes adressées aux différentes entités du Saint-Siège, qui doivent désormais être obligatoirement enregistrées, attribuées à un responsable et recevoir une réponse. Cette mesure vise à établir une transparence procédurale afin de ne pas laisser certaines questions sans réponse. (cath.ch/imedia/cd/mp)