A l’occasion de l’audience consacrée au Jubilé du monde du travail samedi 8 novembre à Rome, le pape Léon XIV a mis en valeur la dignité des travailleurs. Devant 45’000 pèlerins, selon la préfecture de la Maison pontificale, le pape s'est inspiré du témoignage d'espérance offert par le bienheureux congolais Isidore Bakanja, ainsi que par l'encyclique de Jean Paul II sur le travail humain, Laborem exercens.
L'encyclique Laborem exercens, publiée à l'occasion du 90e anniversaire de l'encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII, est parue en 1981, un an après la création de l'historique syndicat Solidarnosc.
«Le travail doit être une source d’espérance et de vie, qui permette d’exprimer la créativité de l’individu et sa capacité à faire du bien», a expliqué Léon XIV lors de son audience jubilaire du 8 novembre 2025, organisée dans le cadre du Jubilé du monde du travail. Il a articulé sa brève méditation sur l’espérance autour de la figure d’Isidore Bakanja (1885-1909), un jeune Congolais martyrisé par son employeur belge et devenu patron des laïcs de la République démocratique du Congo (RDC) depuis sa béatification par Jean Paul II en 1994.
Isidore Bakanja, un «témoin de l’espérance chrétienne»
Très attaché à l’Afrique, continent sur lequel il s’est rendu à de nombreuses reprises lorsqu’il était prieur général des Augustins, le pape s’est arrêté sur un «témoin de l’espérance chrétienne» sur ce continent. Il a rappelé que Isidore Bakanja, né en 1885 - quand son pays était officiellement reconnu comme la propriété privée du Roi des Belges - ne fut pas scolarisé mais «se lia d’amitié avec les missionnaires catholiques, les moines trappistes, qui lui parlèrent de Jésus».
Cet apprenti maçon accepta de suivre l’enseignement chrétien et de recevoir le baptême, vers l’âge de vingt ans. Malgré des conditions de travail épouvantables en tant qu’ouvrier agricole sous la férule de colons belges très violents, «son témoignage devint de plus en plus lumineux».
Sous la férule de colons belges très violents
Son employeur «ne supportait pas sa foi et son authenticité», a rappelé le pape. «Le maître détestait le christianisme et ces missionnaires qui défendaient les indigènes contre les abus des colonisateurs. Mais Isidore continua de porter jusqu’à la fin son scapulaire autour du cou avec l’image de la Vierge Marie, endurant toutes sortes de mauvais traitements et de tortures, sans perdre l’espérance», a raconté Léon XIV.
L’imitation du Christ dans le don de la vie
En mourant, après avoir été fouetté jusqu’au sang, revivant ainsi d’une certaine manière la passion du Christ, le jeune Congolais demanda «aux pères trappistes de ne pas éprouver de rancune et leur promettant même de prier, dans l’au-delà, pour ceux qui l’avaient réduit à cet état». Cette attitude répond à la «parole de la Croix», a insisté Léon XIV, voyant dans cet exemple «une parole vécue, qui brise la chaîne du mal. C’est une nouvelle sorte de force, qui déconcerte les orgueilleux et renverse les puissants de leurs trônes», a-t-il insisté, reprenant la célèbre expression du Magnificat.
Témoignage des Églises jeunes
Le pontife a relevé que «les anciennes Églises du Nord du monde reçoivent de la part des Églises jeunes ce témoignage, qui les pousse à marcher ensemble vers le Royaume de Dieu, qui est un Royaume de justice et de paix». «L’Afrique, en particulier, réclame cette conversion, et elle le fait en nous offrant de nombreux jeunes témoins de la foi. Espérer c’est témoigner que la terre peut vraiment ressembler au ciel», a conclu Léon XIV, y voyant «le message du Jubilé».
Le salut du pape aux travailleurs
Parmi les participants à cette audience jubilaire figuraient les milliers de pèlerins rassemblés à Rome pour le Jubilé du monde du travail. Initialement prévu en mai dernier, cet évènement avait été décalé en raison de la mort du pape François et du conclave. En s’adressant aux fidèles polonais, le pape a salué la longue tradition des pèlerinages du monde du travail en Pologne.
Il a rappelé que «leur inspiration naît de l’enseignement de saint Jean Paul II et de son encyclique Laborem exercens ainsi que de l’activité du bienheureux Père Popiełuszko», faisant ainsi référence aux efforts de l’Église polonaise pour défendre les droits des travailleurs face au régime communiste alors en vigueur dans le pays.
«Revenez à ces sources pour affronter les ‘choses nouvelles’, en sollicitant la vision chrétienne du travail humain», a insisté Léon XIV. L’expression «choses nouvelles» faisait ainsi référence à l’encyclique de Léon XIII Rerum Novarum (1891), premier texte pontifical dédié à la défense des travailleurs.
Rappel de l’encyclique de Léon XIII Rerum Novarum
«Le travail doit être une source d’espérance et de vie, qui permette d’exprimer la créativité de l’individu et sa capacité à faire du bien», a par ailleurs rappelé le pape Léon XIV en saluant différentes organisations italiennes. «Je souhaite un engagement collectif, de la part des institutions et de la société civile, pour créer des opportunités valides qui puissent offrir stabilité et dignité, en assurant surtout aux jeunes de réaliser leurs propres rêves et de contribuer au bien commun», a demandé le pontife.
Il a par ailleurs salué les participants au Jubilé des reconstitutions historiques italiennes, qui ont déployé leurs drapeaux et leurs tenues médiévales sur la place Saint-Pierre, constituant une sorte de haie d’honneur pour le pape lorsqu’il est monté sur le parvis.
Léon XIV les a exhortés à prendre conscience du fait que «les grandes valeurs de la foi chrétienne sont à la base de la culture, de l’art et de la tradition civile et religieuse de la nation». (cath.ch/imedia/cv/be)