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    Andrea Riccardi, fondateur de Sant'Egidio © Euku/Wikimedia Commons/CC BY-SA 2.0

    Une relecture de l'histoire de l'Église sans «révisionnisme» et «triomphalisme»

    Dans une lettre présentée par Andrea Riccardi le 21 novembre 2024 au Vatican, le pape François demande des évolutions dans l’enseignement de l’histoire de l’Église, notamment dans les séminaires. Le pape souhaite promouvoir une compréhension de la réalité sans «révisionnisme», sans «triomphalisme» et sans «abstractions dangereuses et désincarnées».

    Dans ce texte confié au dicastère pour le Clergé, le pape invite à promouvoir «une véritable sensibilité historique», c’est-à-dire «une claire familiarité avec la dimension historique propre à l’être humain» dans la formation des séminaristes. L’objectif à la clé est d’aider les prêtres «à mieux interpréter la réalité sociale», explique-t-il.

    Pour le pontife de bientôt 88 ans, cultiver le sens de l’histoire permet d’avoir «le sens des proportions, le sens de la mesure et une capacité à comprendre la réalité sans abstractions dangereuses et désincarnées». Il s’agit de «regarder l’Église réelle qui continue d’apprendre de ses erreurs et de ses chutes, et qui se reconnaît également dans ses moments sombres».

    L’étude de l’histoire évite donc d’avoir une «conception trop angélique de l’Église», ajoute François qui se dit inspiré par «un grand théologien français» – sans le nommer. Égratignant une «approche terrible» de l’histoire qui se réfugie dans «la défense triomphaliste de notre fonction ou de notre rôle», il se distancie également de tout «révisionnisme», de «l’effacement du passé» ou des «récits historiques tendancieux» qui offrent une «justification » des conflits et autres maux.

    Une recherche «sincère et courageuse de la vérité historique » – et non pas des 'copier-coller' de résumés sur Internet, glisse le pape au passage – aidera l’Église à «initier dans la société des chemins sincères et efficaces de réconciliation et de paix». Il s’agit aussi, pour le pontife argentin, de ne pas laisser le jugement de l’histoire aux médias, aux réseaux sociaux ou aux intérêts politiques.

    Une histoire qui parle aussi des vaincus

    Dans ce texte de 4 pages, le pape émet des préconisations, demandant notamment aux enseignants de cette discipline de ne pas se limiter à «une approche purement chronologique, voire une orientation apologétique erronée». Il suggère aussi de corriger la tendance à un «réductionnisme général» de cette matière, assurant que «l’histoire de l’Église […] ne peut être déconnectée de l’histoire des sociétés».

    Sur le ton de l’enseignement de l’histoire de l’Église, il engage à la «rigueur et précision», mais aussi à la «passion et implication […] propres à ceux qui, engagés dans l’évangélisation, n’ont pas choisi une position neutre et aseptique».

    Le pape se fait par ailleurs l’avocat des plus faibles dont les traces ont été effacées au cours de siècles, voulant remédier à l’adage selon lequel l’histoire est écrite par les vainqueurs. «N’est-ce pas un champ de recherche privilégié, pour l’historien de l’Église, que de mettre en lumière […] le visage populaire des derniers, et de reconstruire l’histoire de leurs défaites et des oppressions qu’ils ont subies, mais aussi de leurs richesses humaines et spirituelles, offrant des outils pour comprendre les phénomènes de marginalité et d’exclusion d’aujourd’hui?», lance-t-il aux experts.

    Un chantier encore à réaliser

    En présentant ce document, Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio, s’est réjoui de cette initiative du pape remettant au goût du jour l’histoire qui «a été peu valorisée, toujours diminuée» et parfois vue comme «matière suspecte» dans les études de théologie.

    Selon l’ancien ministre italien, qui fut professeur d’histoire contemporaine dans diverses universités de la Péninsule, ce document permet de redonner ses lettres de noblesse à une discipline qui a été l’objet de «suspicion dans l’Église» à cause de la crise moderniste du début du XXe siècle. Celle-ci, a-t-il expliqué, a péché par «historicisme, tentant de dévaloriser la foi, d’effacer le mystère, de faire du christianisme un simple fruit de l’histoire humaine».

    Quant aux éventuelles modifications des manuels d’histoire de l’Église, servant de support à l’enseignement, le secrétaire du dicastère pour le Clergé, Mgr Andrés Gabriel Ferrada Moreira, a souligné que son dicastère collaborerait avec le dicastère pour la Culture et l’Éducation à ce sujet. Mais «la proposition du pape va au-delà des changements de texte, elle concerne un changement de mentalité et d’approche», a-t-il assuré. (cath.ch/imedia/ak/gr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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