«À une époque où l’on perd souvent ses racines, l’archéologie devient […] un instrument précieux d’évangélisation», affirme Léon XIV. Il s’exprime dans une lettre apostolique publiée le 11 décembre 2025 à l’occasion du centième anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical d’archéologie chrétienne.
Recevant les membres de l’Institut en audience dans la matinée, le pontife a souligné le rôle clé que peut jouer l’archéologie chrétienne dans le dialogue œcuménique et la compréhension des racines spirituelles de l’Europe.
Signée ce jeudi 11 décembre, la lettre de Léon XIV «sur l’importance de l’archéologie à l’occasion du centenaire de l’Institut pontifical d’archéologie chrétienne» rappelle les origines de l’Institut. Il a été fondé en 1925 par le pape Pie XI avec le motu proprio I primi cimiteri della Roma cristiana – les premières cimetières de la Rome chrétienne.
Des centaines d’archéologues du christianisme antique formés
Cet établissement a pour but de former des chercheurs de toute nationalité dans le domaine de l’archéologie sacrée afin «d’aider l’Église à se souvenir de ses origines». Il collabore avec trois autres institutions vaticanes: la Commission pontificale pour l’archéologie sacrée, fondée en 1852 par Pie IX, l’Académie pontificale romaine d’archéologie, fondée en 1740 par Benoît XIV, et l’Académie pontificale Cultorum Martyrum, reconnue par Jean Paul II en 1995.
Léon XIV se réjouit que, cent ans après sa fondation, l’Institut ait formé «des centaines d’archéologues du christianisme antique». Il note qu’il est aussi devenu un promoteur «efficace» de sa discipline dans le champ universitaire international, valorisant notamment les nombreuses catacombes que comptent Rome et ses environs.
L’archéologie chrétienne à l’ère de l’IA
Se tournant vers l’avenir, le pontife se demande quel peut être le rôle de l’archéologie chrétienne «à l’ère de l’intelligence artificielle et des recherches dans les galaxies infinies de l’univers». Si l’archéologie chrétienne n’est pas «confessionnelle» mais scientifique, elle conduit néanmoins les chercheurs «au-delà» de la matérialité, poursuit le pape. «Dans la lecture des sépultures chrétiennes, nous voyons l’attente de la résurrection au-delà de la mort; dans la disposition des absides, nous percevons, au-delà d’un calcul architectural, l’orientation vers le Christ», affirme-t-il.
Le regard patient et contemplatif de l’archéologie chrétienne sur la matière et l’histoire en fait «une science du seuil, qui se situe entre l’histoire et la foi, entre la matière et l’Esprit, entre l’ancien et l’éternel», explique Léon XIV. Une formation archéologique est dès lors «indispensable», insiste-t-il, pour éviter une théologie «désincarnée, abstraite, idéologique». Il note que l’archéologie peut confirmer «l’authenticité des traditions», mais aussi parfois les replacer «dans leur juste contexte» ou soulever «de nouvelles questions».
Pour un christianisme incarné
Pour le pape, cette discipline est «une école d’humilité» qui oriente le chercheur vers «une théologie des sens». Elle leur permet en effet de «toucher, sentir, écouter la réalité historique du christianisme», et par là de «se laisser conduire au Mystère qui s’y cache», celui de l’incarnation de Jésus.
Léon XIV insiste sur le fait que le christianisme «n’est pas né d’une idée, mais d’une chair; ni d’un concept abstrait, mais d’un sein, d’un corps, d’un tombeau». «On ne peut pas comprendre pleinement la théologie chrétienne sans comprendre les lieux et les traces matérielles qui témoignent de la foi des premiers siècles», assure-t-il, estimant qu’un «fragment de mosaïque» ou «un graffiti sur un mur de catacombe» peut raconter l’histoire de la foi chrétienne.
Archéologie et évangélisation
Léon XIV souligne l’importance de cette approche alors que de nos jours, «l’usage et la consommation ont pris le dessus sur la conservation et le respect». Assurant que «rien n’est inutile ou perdu», il note d’ailleurs que les nouvelles technologies «permettent d’obtenir de nouvelles informations à partir de découvertes autrefois considérées comme insignifiantes». L’emploi de l’intelligence artificielle a ainsi récemment permis à des archéologues de lire les manuscrits de la mer Morte, des rouleaux de papyrus d’une importance capitale pour l’histoire biblique.
«À une époque où l’on perd souvent ses racines, l’archéologie devient ainsi un instrument précieux d’évangélisation», assure en outre le pape. Cette discipline est notamment essentielle, note-t-il, pour comprendre le «processus d’inculturation» de l’Église – son adaptation au contexte culturel – et faire en sorte qu’elle trouve «sa place dans les cœurs et les cultures du monde contemporain». Il a aussi souligné la pertinence de l’approche archéologique pour s’adresser aux jeunes «qui recherchent souvent l’authenticité et le concret».
Une mémoire vivante
«Chaque approfondissement du mystère de l’Église s’accompagne d’un retour aux origines», assure le pape, mettant néanmoins en garde contre tout «désir de restauration». «La véritable archéologie chrétienne n’est pas une conservation stérile, mais une mémoire vivante», souligne-t-il.
L’archéologie montre enfin, selon le pape, que les chrétiens ne sont pas des «orphelins», mais qu’ils sont héritiers de l’histoire de l’Église. Grâce aux chercheurs, on sait que cette dernière «a déjà traversé des époques difficiles» et a su résister «aux persécutions, aux crises, aux changements», notamment grâce à sa capacité à «se renouveler, se réinventer, s’enraciner dans de nouveaux peuples, s’épanouir sous de nouvelles formes».
Une vocation au dialogue
Le pontife a présenté la lettre aux membres de l’Institut au matin du 11 décembre lors d’une audience au Vatican. Il a souligné le rôle que peut avoir leur établissement dans le domaine de la diplomatie culturelle et de l’œcuménisme. Il a évoqué son récent voyage à İznik (Turquie), lieu de l’ancienne Nicée, où il a commémoré le premier concile œcuménique avec les représentants d’autres Églises, affirmant que «la présence des vestiges des anciens édifices chrétiens a été pour nous tous émouvante et motivante».
Léon XIV a enfin souligné l’importance de l’archéologie chrétienne pour comprendre les racines de l’Europe, citant l’appel de Jean Paul II de 1981 dans lequel le pontife polonais affirmait que «l’Europe a besoin du Christ». (cath.ch/imedia/cd/rz)