«Là où une vie humaine est touchée, en particulier un enfant, un peu de notre espérance et de notre humanité s’éteint.» Survivante de la Shoah, l'italienne Liliana Segre, 94 ans, est intervenue au sommet sur les droits des enfants organisé au Vatican le 3 février 2025.
Déportée à Auschwitz à l’âge de 13 ans avec son père, Liliana Segre a plaidé pour le droit des enfants à l’éducation, devant le pape et des responsables politiques, culturels et religieux réunis au Vatican dans le cadre de ce sommet sur les droits des enfants. «Je sais personnellement ce que signifie ne pas pouvoir aller à l’école», a-t-elle déclaré en préambule. A l'âge de 8 ans, en 1938, Liliana Segre n’avait pas pu faire sa rentrée des classes à cause des lois fascistes expulsant les juifs des institutions scolaires en Italie.
«Nous étions entourés d’indifférence, ce qui est parfois pire que la violence», a-t-elle glissé. Avocate de la mémoire de la Shoah, Liliana Segre a fait écrire le mot 'Indifférence' à l’entrée du Mémorial de Milan, édifié sous les voies de la gare d’où est parti en en 1944 le convoi qui l’a déportée au camp de concentration et d’extermination.
La portée universelle de la Shoah
Évoquant dans son discours le nourrisson Hurbinek, né et mort à Auschwitz – dont parle notamment l’écrivain Primo Levi –, elle a vu en lui «le symbole du silence des enfants invisibles d’hier et d’aujourd’hui». Car pour Liliana Segre, la Shoah a «une portée universelle», elle inclut «chaque type de souffrance injuste […] et de violence injustifiable». Et de glisser aux intervenants autour de la table: «Si nous prenions parti uniquement pour certains enfants, en oubliant les autres, nous les trahirions.»
Au fil de son propos, elle a incité à «pleurer les enfants de toutes nationalités» et a évoqué les «petits enfants israéliens otages du Hamas et les enfants palestiniens entre les décombres de Gaza». «Tous les enfants sont sacrés et ne doivent être touchés sous aucun prétexte», a-t-elle martelé. Elle a averti en ces termes: «Là où une vie humaine, en particulier un enfant, est touchée, un peu de notre espérance et de notre humanité s’éteint.»
Renoncer à la vengeance
Liliana Segre a plaidé pour le «renoncement à la vengeance et au ressentiment». «C’est ce que j’essaie de témoigner encore aujourd’hui, dans un moment où il y a tant de haine autour de moi: je suis la femme la plus âgée du monde à avoir une escorte, et je suis insultée et menacée sans avoir rien fait», a déclaré celle qui fait régulièrement l’objet d’antisémitisme et vit accompagnée de militaires depuis 2019.
Son intervention a lieu à quelques jours de la récente commémoration des 80 ans de la découverte du camp d’Auschwitz-Birkenau – 27 janvier 1945. Ce camp d’extermination nazi a vu périr plus d’un million de personnes pendant la Seconde Guerre mondiale. Le pape a évoqué cet anniversaire lors de l’angélus du 26 janvier, appelant à «éradiquer le fléau de l’antisémitisme». Il a aussi affirmé que «l’horreur de l’extermination de millions de juifs et de personnes d’autres confessions au cours de ces années ne peut être ni oubliée ni niée». (cath.ch/imedia/ak/lb)
Son intervention avait lieu à quelques jours de la récente commémoration des 80 ans de la découverte du camp d’Auschwitz-Birkenau – 27 janvier 1945. Ce camp d’extermination nazi a vu périr plus d’un million de personnes pendant la Seconde Guerre mondiale. Le pape a évoqué cet anniversaire lors de l’angélus du 26 janvier, appelant à « éradiquer le fléau de l’antisémitisme ». Il a aussi affirmé que « l’horreur de l’extermination de millions de juifs et de personnes d’autres confessions au cours de ces années ne peut être ni oubliée ni niée ».