Le 19 janvier 2025, lors d’un entretien accordé à la télévision italienne, le pape François a annoncé que Sœur Raffaela Petrini allait présider le Gouvernorat de la Cité du Vatican en mars prochain, une première pour une femme. L’agence I.MEDIA décrypte l’importance de cette nomination à la tête de cette structure qui administre la vie du plus petit État du monde.
Religieuse romaine de 56 ans, Sœur Raffaela Petrini était, depuis 2021, secrétaire générale du Gouvernorat de la Cité du Vatican. Ancienne étudiante de la LUISS, une école supérieure italienne très prestigieuse, elle y a obtenu une licence en politique industrielle avant de poursuivre des études en sciences du comportement organisationnel à l’Université de Hartford aux États-Unis.
C’est outre-Atlantique qu’elle a rencontré les sœurs franciscaines de l’Eucharistie, une congrégation fondée en 1976, dans laquelle elle a décidé d’entrer au début des années 2000 (elle prononce ses vœux définitifs en 2006). Souvent très diplômées, les religieuses de cette congrégation travaillent dans la société – c’est notamment à l’une d’entre elles, Sœur Judith Zoebelein, que l’on doit l’installation d’Internet au Vatican en 1995.
Spécialisée en bioéthique
Sœur Petrini a travaillé pendant 16 ans (2005-2016) au sein de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples. Dans le même temps, elle a enseigné l’économie et la sociologie des processus économiques à l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin (Angelicum), à Rome, se spécialisant en politique sanitaire et en bioéthique.
Le 4 novembre 2021, elle est devenue – à la surprise générale – la ‘numéro 2’ du Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, une responsabilité inédite pour une femme. Elle avait pour mission d’assister le cardinal Fernando Vérgez Alzaga, qu’elle s’apprête à remplacer. En 2022, le pape François l’a aussi nommée membre du dicastère pour les Évêques, l’entité chargée de la nomination des évêques. Le pontife lui a ensuite fait intégrer le conseil des membres de l’Administration du patrimoine du Saint-Siège (APSA, la 'banque centrale’ du Vatican).
Quelle sera la mission de Sœur Petrini?
Dans sa réforme de 2022 de la constitution de la Cité du Vatican, le pape François avait précisé les domaines sur lesquels le Gouvernorat exerce un pouvoir: la sécurité et l’ordre public, la santé, l’environnement, le fonctionnement de l’économie et des infrastructures, et en particulier des Musées du Vatican, sa principale source de revenus. Des organismes tels que l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), l’APSA, la Gendarmerie vaticane ou la Garde suisse pontificale dépendent du Gouvernorat.
Pour les décisions importantes, Sœur Petrini devra en référer directement au pape, sans passer par la secrétairerie d’État (comme cela était le cas jusqu’en 2022). Elle devra également établir les budgets et bilans financiers du Vatican, et s’assurer que l’économie de cet État de 44 hectares est guidée selon des «principes de clarté, de transparence et d’équité». Elle collaborera pour cela avec une commission de trois personnes nommées par un conseil.
Comment fonctionne le gouvernement de la Cité du Vatican?
En tant que présidente du Gouvernorat de la Cité du Vatican, Raffaela Petrini dirigera le pouvoir exécutif du petit État, par délégation du pape. Ce dernier n’a pas encore fait savoir s’il allait aussi confier à Raffaela Petrini la direction de la Commission pontificale pour l’État de la Cité du Vatican, organe législatif dont elle est déjà membre. C’est néanmoins très probable: le président du Gouvernorat a toujours cumulé cette fonction avec la présidence de la Commission depuis sa création en 1939. Le pouvoir judiciaire est quant à lui délégué aux présidents des trois tribunaux civils du Vatican (première instance, appel et cassation).
Dans sa réforme de la Cité du Vatican en 2023, le pape François a insisté sur le fait que seul le pontife dispose d’un pouvoir au Vatican, que ce soit sur le plan exécutif, législatif ou judiciaire. Le président du Gouvernorat et de la Commission a une «fonction» confiée par le pape et dirige sous la supervision d’un conseil de membres, souvent des cardinaux. Depuis 2023, le pape François a également institué un collège consultatif qui aide les membres de la Commission.
Pourquoi cette nomination est historique ?
Après six cardinaux, Sœur Petrini va devenir la première femme à occuper la fonction de présidente du Gouvernorat. Si on excepte le cas très exceptionnel du gouverneur Camillo Serafini, elle devient aussi la seule à diriger l’institution sans avoir reçu le sacrement de l’ordre.
L’annonce de cette nomination confirme la volonté du pape François de féminiser la gouvernance du Vatican. Elle survient quelques jours seulement après que le pontife a nommé une autre religieuse, Sœur Simona Brambilla, préfète du dicastère pour la Vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. Cette dernière est la première femme préfète et la seconde personne non-ordonnée (après le laïc Paolo Ruffini, préfet du dicastère pour la Communication) à diriger un dicastère de la Curie romaine. Quatorze des seize dicastères sont actuellement dirigés par des cardinaux. (cath.ch/imedia/cd/rz)