Mercredi 7 mai 2025, les 133 cardinaux électeurs présents à Rome entreront à 16h30 dans la chapelle Sixtine pour élire le successeur du pape François. L’agence I.MEDIA revient sur les étapes de cette journée historique.
1- L’installation des cardinaux à Sainte-Marthe
Ces derniers jours, l’ensemble des occupants habituels des deux maisons Sainte-Marthe – l’ancienne et la nouvelle – ont dû quitter les lieux qui ont été restructurés et sécurisés afin d’accueillir les 133 cardinaux qui voteront pour l’élection du successeur du pape François. Leur installation dans les chambres de cette résidence du Vatican a commencé ce mardi matin 6 mai et pourra se poursuivre jusqu’au lendemain, avant la messe Pro Eligendo Romano Pontifice.
Seule la suite 201 – l’appartement du pontife défunt – reste inoccupée. Elle demeure sous scellés jusqu’à l’élection du nouveau pape, qui pourra l’investir dans les premiers jours de son pontificat. Il sera aussi amené à visiter les appartements pontificaux du palais apostolique, eux aussi mis sous scellés après la mort de François le 21 avril dernier, et pourrait faire le choix de s’y installer.
Inaugurée par Jean Paul II en 1996, la résidence Sainte-Marthe avait été pensée initialement en vue d’un conclave. Les cardinaux ayant participé aux deux conclaves de 1978 – parmi lesquels Joseph Ratzinger, le futur Benoît XVI – avaient alors été hébergés sur des lits de camp dans les couloirs du palais apostolique, dans des conditions très spartiates et pénibles dans le contexte de l’été romain. Pour un investissement de 20 millions de dollars, Jean Paul II avait donc décidé de soutenir la construction d’un nouveau bâtiment plus moderne et sécurisé pour le conclave dédié à élire son successeur.
Ce bâtiment comptant 129 chambres sert habituellement de maison d’hôtes, mais certains prêtres travaillant à la Curie romaine y habitent à temps plein, sauf en cas de conclave. À la surprise générale, après son élection en 2013, le pape François avait fait le choix d’y résider définitivement, prenant possession de la suite occupée par le patriarche Bartholomée de Constantinople, venu au Vatican pour sa messe d’installation.
2- La messe Pro Eligendo Romano Pontifice à 10h
À 10h, tous les cardinaux – électeurs ou non – célèbrent dans la basilique Saint-Pierre la messe Pro Eligendo Romano Pontifice – “Pour l’élection du Pontife romain”. Les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et les fidèles laïcs présents à Rome peuvent aussi participer à la célébration, manifestant ainsi la communion dans la prière de toute l’Église dans un moment aussi important. C’est ce que précise l’Ordo rituum conclavis.
Retransmise par les médias du Vatican, cette messe sera présidée par le doyen du Sacré-Collège, le cardinal Giovanni Battista Re. À 91 ans, l’Italien a présidé les congrégations générales, ces réunions à huis clos durant lesquelles les cardinaux ont fait l’inventaire du pontificat de François et ont dressé des perspectives pour l’avenir. L’ancien préfet de la congrégation pour les Évêques, qui a aussi présidé la messe des funérailles du pape François, ne pourra pas participer au conclave puisqu’il a plus de 80 ans.
Dans son homélie, il devrait revenir sur l’Évangile choisi pour cette messe. L’évangéliste Jean y rapporte la demande du Christ à ses disciples: «Mon commandement, le voici: Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.» Dans cet extrait qu’entendront les cardinaux, Jésus-Christ dit encore: «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure.»
En mars 2013, le prédécesseur à ce poste du cardinal Re, le cardinal Angelo Sodano, avait insisté dans son homélie sur le rôle des papes dans «le service de la charité».
Dans les intentions de prière de cette messe singulière, l’assemblée sera notamment invitée à prier pour les cardinaux « appelés à élire le pontife romain ». La messe se conclura par une prière en latin à la Vierge Marie, le Regina Cæli.
3- Rendez-vous à la Chapelle Pauline à 16h15
Les 133 cardinaux électeurs ont ensuite rendez-vous à 16h15 dans la chapelle Pauline du palais apostolique du Vatican pour une courte prière introduisant la procession vers la chapelle Sixtine. Dans cette chapelle Pauline – qui ne se visite pas d’ordinaire -, deux fresques de Michel-Ange illustrent le Martyre de saint Pierre et la Conversion de saint Paul, soit les deux patrons de la ville. Les cardinaux pourront se plonger dans le regard mystérieux de saint Pierre, crucifié à l’envers, et qui semble avertir le spectateur qui l’observe.
La chapelle Pauline, rénovée en 2009, est séparée de la chapelle Sixtine par la splendide Sala Regia, salle d’honneur du palais apostolique.
La procession qui partira de la chapelle sera composée de cérémoniaires portant une croix et deux chandeliers. Derrière, viendront des chantres et des prélats parmi lesquels le secrétaire du Collège des cardinaux, le maître des célébrations liturgiques pontificales, ainsi que le cardinal Raniero Cantalamessa, chargé de la méditation.
Les cardinaux viendront ensuite, répartis suivant les trois ordres qui composent le collège cardinalice : d’abord les diacres, puis les prêtres et enfin les évêques. Tous chanteront la longue litanie des saints en latin.
4- Le Serment dans la Sixtine
Après avoir pris la place qui leur aura été attribuée dans la Chapelle Sixtine, les cardinaux entonneront le chant du Veni Creator, la prière des chrétiens demandant à l’Esprit Saint de venir les soutenir.
Puis, en présence des personnes ayant participé à la procession solennelle, ils prononceront le serment prescrit. Le cardinal présidant le conclave – le cardinal Pietro Parolin – prononcera alors la formule consacrée (v. encadré).
Ensuite, chaque cardinal électeur, selon l’ordre de préséance, prêtera serment en latin selon la formule suivante: “Et moi N., cardinal N., je le promets, j’en fais le vœu et je le jure”, et il ajoutera en posant la main sur l’Évangile présenté par les cérémoniaires: “Que Dieu m’y aide ainsi que ces saints Évangiles que je touche de ma main.“
5- «L’Extra Omnes»
Lorsque le dernier cardinal aura prêté serment, le maître des célébrations liturgiques pontificales, Mgr Diego Ravelli, prononcera alors la célèbre formule extra omnes – “Tous dehors“ – pour que ceux qui ne participent pas au conclave quittent la Chapelle Sixtine. Le prélat italien fermera alors la lourde porte de bois qui sépare la chapelle de la Sala Regia.
6- La dernière méditation à huis clos
Alors, devant les cardinaux électeurs, interviendra celui qui a été choisi pour prêcher une “méditation sur la lourde tâche qui les attend”, précise l’Ordo rituum conclavis. C’est le cardinal non électeur Raniero Cantalamessa, ancien prédicateur de la Maison pontificale, qui s’acquittera de cette mission.
Le religieux capucin a pris sa retraite à l’automne dernier à 90 ans, après un service actif d’une durée exceptionnellement longue au Vatican, puisqu’il occupait la charge de prédicateur depuis 44 ans et était l’une des dernières figures du pontificat de Jean Paul II encore en activité.
Au terme de cette méditation, le prédicateur et le maître des cérémonies pontificales quitteront les lieux. La Garde suisse sera postée à toutes les entrées de la chapelle et le premier scrutin pourra avoir lieu.
7- Le premier vote
Le premier vote se tiendra après la méditation du cardinal Cantalamessa, et donnera donc lieu à la première fumée. Il n’est pas impossible qu’un nouveau pape soit élu dès le premier tour, mais c’est très peu probable. Il faudrait pour cela qu’au moins 89 cardinaux – sur 133 – aient voté pour un cardinal. Habituellement, le premier vote sert à jauger les forces en présence sans préjuger du résultat final.
Par exemple, selon certaines sources, le cardinal polonais Karol Wojtyla n’avait obtenu que 5 voix lors du premier tour du second conclave de 1978, loin derrière les cardinaux italiens Giuseppe Siri (entre 23 et 36) et Giovanni Bennelli (22). Ce n’est qu’à partir du 4e tour que l’archevêque de Cracovie était apparu comme un candidat de recours face au blocage provoqué par l’opposition entre ces deux cardinaux incarnant le clivage entre conservateurs et progressistes. La progression du futur pape Jean Paul II s’est poursuivie jusqu’à sa large élection au huitième tour.
En 2013, le cardinal Bergoglio avait obtenu 26 voix, selon le vaticaniste Gerard O’Connell. Il avait été légèrement devancé par le cardinal italien Angelo Scola, 28 voix, le grand favori de l’élection. Au second tour, le lendemain, l’archevêque de Buenos Aires avait viré en tête, avec 45 voix, tandis que le cardinal Scola n’avait progressé que de 8 voix. Dès le cinquième scrutin, l’Argentin avait été élu.
Après ce premier vote, les cardinaux rentreront en bus à la maison Sainte-Marthe pour le dîner et la soirée. Ils pourront alors échanger entre eux mais n’auront aucune communication avec le monde extérieur. Ils ne récupéreront leur téléphone portable qu’après la fin du conclave. (cath.ch/imedia/cv/hl/rz)
Le serment des cardinaux:
“Nous tous et chacun de nous, cardinaux électeurs présents à cette élection du souverain pontife, promettons, faisons le vœu et jurons d’observer fidèlement et scrupuleusement toutes les prescriptions contenues dans la Constitution apostolique du souverain pontife Jean Paul II, Universi dominici gregis, datée du 22 février 1996. De même, nous promettons, nous faisons le vœu et nous jurons que quiconque d’entre nous sera, par disposition divine, élu pontife romain, s’engagera à exercer fidèlement le munus Petrinum de pasteur de l’Église universelle et ne cessera d’affirmer et de défendre avec courage les droits spirituels et temporels, ainsi que la liberté du Saint-Siège. Nous promettons et nous jurons surtout de garder avec la plus grande fidélité et avec tous, clercs et laïcs, le secret sur tout ce qui concerne d’une manière quelconque l’élection du pontife romain et sur ce qui se fait dans le lieu de l’élection et qui concerne directement ou indirectement les scrutins; de ne violer en aucune façon ce secret aussi bien pendant qu’après l’élection du nouveau pontife, à moins qu’une autorisation explicite en ait été accordée par le pape lui-même; de n’aider ou de ne favoriser aucune ingérence, opposition ni aucune autre forme d’intervention par lesquelles des autorités séculières, de quelque ordre et de quelque degré que ce soit, ou n’importe quel groupe, ou des individus voudraient s’immiscer dans l’élection du pontife romain.“