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    Le prochain pape: un profil à esquisser

    Le conclave débutera le 7 mai 2025. 133 cardinaux vont élire le prochain pape. Il se préparent au cours des congrégations générales pour une élection cette fois-ci très ouverte.

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    Congragation-generale-Versaldi

    Le prochain pape: un profil à esquisser

    Les cardinaux ont débuté dans la matinée du 28 avril 2025, leur 5e congrégation générale – ces réunions qui leur permettent de mieux se connaître et de préparer l’entrée en conclave. Ils pourraient décider ce matin de la date d’entrée en conclave, pour l’élection du prochain pontife.

    Samedi, ils étaient plus de 190 sur le parvis de Saint-Pierre lors de la messe des funérailles du pape François, et les derniers continuent d’arriver vers Rome pour ces rencontres d’organisation de la vie de l’Église et de préparation au conclave, sous la présidence du cardinal doyen Giovanni Battista Re.

    Assaillis par la presse à leur arrivée au Vatican, certains se sont prêtés à quelques interviews sur le vif, comme le cardinal salvadorien Gregorio Rosa Chávez – non électeur – qui a assuré devant les journalistes que les réunions se passaient «en harmonie». Le cardinal de 82 ans a exprimé sa conviction que le prochain pape «sera comme François, la même vision, les mêmes rêves, mais avec son propre style».

    > retrouvez notre dossier "Habemus papam!"

    Un profil à esquisser

    Pour le cardinal espagnol José Cobo Cano également, le prochain pontife doit poursuivre l’œuvre de son prédécesseur. «Le pape François a été très habile dans sa façon de promouvoir les thèmes de la paix, du soin de la création, du dialogue avec notre monde. Je crois qu’il a ouvert de nombreuses portes et que nous devons persévérer dans cette voie!», a confié l’archevêque de Madrid de 59 ans. Et d’assurer: «C’est sûr que le pape François nous aide à trouver une pensée commune pour trouver le prochain pape».

    Jose-Cobo-Cano
    Jose-Cobo-Cano
    Le cardinal José Cobo Cano estime que le prochain pontife doit poursuivre l’œuvre de son prédécesseur | © Cyprien Viet/I.Média

    Le profil du futur pape «est difficile à dire parce que nous devons encore en délimiter les contours», a souligné le cardinal italien Giuseppe Versaldi. À 81 ans, le non électeur imagine un pontificat «en continuité», mais qui ira aussi «de l’avant» avec un «style propre». Les critères «ne sont pas seulement humains», a insisté l’Italien, assurant qu’ «il y a une atmosphère différente quand on entre dans la Chapelle Sixtine».

    «On cherche le bien de l’Église, qui est la norme suprême pour l’Église et pour le monde surtout», a poursuivi l’ancien préfet de la congrégation pour l’Éducation catholique. Le profil du futur chef de l’Église catholique sera «d’abord en continuité avec Pierre», a souligné quant à lui le cardinal italien de 79 ans Fernando Filoni.

    Un conclave long?

    «Nous sommes sereins; il faut apprendre à se connaître», a assuré de son côté le cardinal irakien Louis Raphaël Sako, 76 ans, appuyant le nombre important de cardinaux électeurs : 135 alors que le seuil théorique est fixé à 120. «Nous ne sommes pas là pour faire de la politique mais pour choisir un pape», a déclaré de son côté le cardinal nigérian John Onaiyekan, qui ne participera pas à l’élection, ayant désormais 81 ans.

    > Retrouvez notre dossier pape François <

    Les cardinaux ont confié que la date d’entrée en conclave, que certains envisagent le 5 mai, devrait être décidée aujourd’hui. Pour l’heure, personne ne s’avance à des pronostics sur la durée d’un conclave. «Je ne sais pas, c’est la première fois que je participe à un conclave, mais je pense que ce sera [un conclave] un peu long, parce que les cardinaux ne se connaissent pas bien», a estimé le cardinal suédois de 75 ans Anders Arborelius. «Si vous lisez l’histoire des conclaves […] ils ont souvent été difficiles», a abondé le cardinal Versaldi.

    Le cas Angelo Becciu

    Quant à l’affaire Angelo Becciu, cardinal italien qui clame pouvoir voter pour le prochain pape alors que le pape François lui avait retiré ses droits de cardinal électeur en 2020, «c’est un peu compliqué», a glissé le cardinal Fernando Filoni. Les cardinaux doivent prendre la décision de l’intégrer – ou non – dans la liste des électeurs. Selon nos informations, le pape François aurait rédigé une lettre demandant à ce que le cardinal Becciu ne participe pas au conclave.

    En début d’après-midi, vers 13h, le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège Matteo Bruni devrait assurer un point presse. (cath.ch/imedia/cd/hl/bh)

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    Congregtion-Generale_6830

    Des congrégations générales, pour quoi faire?

    Les cardinaux ont entamé leur cinquième congrégation générale le 28 avril 2025. Alors que l'élection est très ouverte et les papabili nombreux, en quoi consistent ces réunions de travail en période de vacance du Siège apostolique? Quel est leur rôle? Que se passe-t-il lors des réunions des cardinaux dont près de 80% ont été créées par le pape François?

    Avec Vatican News

    Après la mort d'un pape, c'est au collège des cardinaux que revient d'expédier les affaires courantes du Saint-Siège, sous l'autorité du Camerlingue. Les congrégations générales, convoquées par le doyen du collège cardinalice après le décès du pape ont ainsi un rôle essentiel dans la période de vacance du Siège apostolique, explique Olivier Bonnel pour le site Vatican News. Il s'agit avant tout de préparer ce qui est nécessaire à l'élection du prochain pape. Tous les cardinaux, électeurs (c'est-à-dire de moins de 80 ans) ou non électeurs, sont tenus d'y participer une fois convoqués par le doyen du Sacré Collège.

    Cette fois-ci, l'élection du prochain pontife est très ouverte, de nombreux cardinaux ne se connaissent pas. Le dernier consistoire, au cours duquel François a créé 20 nouveaux cardinaux (voir notre dossier) date en effet de décembre 2024. Le pape François a fait notablement évoluer le collège cardinalice sous son pontificat. Les congrégations générales qui ont débuté revêtent un rôle plus important que par le passé.

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    L'infographie du 6 décembre 2024 donne une

    Deux types de congrégations

    Selon la Constitution Universi Dominici Gregis (Tout le troupeau du Seigneur), adoptée par Jean Paul II en 1996, puis complétée par Benoît XVI et par François, et qui fixe les règles en période de vacance du siège de Pierre, il y a deux types de congrégations. Les congrégations générales et les congrégations particulières. Les premières rassemblent tous les cardinaux présents, jusqu'au début de l'élection du pape, les secondes, qui traitent d'affaires mineures, sont un petit groupe composé du cardinal Camerlingue (le cardinal Kevin Farrell, ancien préfet du dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, et de trois cardinaux électeurs tirés au sort, parmi les trois ordres du collège: cardinaux-évêques, cardinaux-prêtres et cardinaux-diacres. Ces trois cardinaux voient leur charge durer trois jours avant un nouveau tirage au sort.

    Des questions pratiques

    Lors des premières congrégations générales, les cardinaux présents doivent prêter serment d'observer les prescriptions de la Constitution apostolique et de garder le secret. Il ne s'agit pas, en effet, d'ébruiter les questions délicates qui touchent l'avenir de l'Église catholique, tout comme les premières "tendances" concernant l'élection du futur pape.

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    Près de 80% des cardinaux créés par le pape François | © I.Média

    La première congrégation générale est d'ordinaire consacrée au règlement des questions "urgentes", comme la date et les dispositions des funérailles du Souverain pontife (qui doit avoir lieu entre le 4e et le 6e jour après le décès), ou l'approbation des dépenses nécessaires pour le Saint-Siège jusqu'à l'élection du futur pontife. Est également annulé l'anneau du pêcheur (l'insigne que reçoit le pape lors de l’inauguration solennelle du pontificat et qui représente saint Pierre pêchant au filet dans sa barque). Des questions plus prosaïques mais néanmoins importantes sont également discutées, comme la répartition des locaux à la résidence Sainte-Marthe pour l'hébergement des cardinaux.

    La date du conclave n'est décidée en congrégation générale que lorsque tous les cardinaux électeurs sont présents à Rome. Un peu à la manière d'un synode, ces congrégations restent essentielles pour les cardinaux car elles permettent des échanges francs – et minutés – et de mieux se connaître pour des pasteurs qui viennent des cinq continents et incarnent l'universalité de l'Église. Un temps de rencontre et de maturation indispensable à l'élection du prochain chef de l'Église catholique. Car l'élection d'un pape, faut-il le rappeler, n'est précédée d'aucune "campagne électorale". (cath.ch/vatnews/bh)

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    Conclave-Cardinaux

    "Extra omnes", le conclave débutera le 7 mai

    Dix-sept jours après la mort du pape François, les 135 cardinaux électeurs se réuniront à partir du 7 mai 2025 pour désigner le 267e pape. La date a été annoncée à l’issue de la cinquième congrégation générale qui a eu lieu dans la matinée du 28 avril et à laquelle ont participé 180 cardinaux.

    Avec Vatican news

    135 cardinaux âgés de moins de 80 ans sont convoqués dans la chapelle Sixtine des palais pontificaux du Vatican le 7 mai pour élire le prochain pape. Lors de la 5e congrégation générale, on a compté près de vingt interventions portant sur l'Église catholique, ses relations avec le monde, les défis à venir et les qualités que le nouveau pape devra posséder pour y répondre. Conformément à la constitution apostolique Universi Dominici Gregis, le conclave débutera au dix-septième jour de vacance du Siège apostolique.

    Le matin du 7 mai, tous les cardinaux se retrouveront dans la basilique Saint-Pierre afin de prendre part à la Messe votive Pro Eligendo Romano Pontifice. Puis, dans l’après-midi, ils se rendront dans la chapelle Pauline du palais apostolique et, en habit de chœur, ils iront en procession solennelle, au chant du Veni Creator, jusqu’à la chapelle Sixtine.

    Lorsque le dernier des cardinaux électeurs aura prêté serment, le maître des célébrations liturgiques annoncera "l'extra omnes", locution latine qui signifie «dehors tous!». Seuls resteront dans la chapelle Sixtine le maître des célébrations liturgiques et l'ecclésiastique choisi pour délivrer la deuxième des méditations, le cardinal non électeur Raniero Cantalamessa, ancien prédicateur de la Maison pontificale. Ces derniers sortiront après la méditation. Ensuite, le doyen du Sacré Collège, le cardinal Giovanni Battista Re, soumettra au collège des électeurs la question de savoir si l'élection peut avoir lieu.

    Un seul tour le premier jour

    Pour que l'élection du nouveau souverain pontife soit valable, son nom doit faire l’objet d’au moins deux tiers des voix comptées sur la base des électeurs présents et votants. L'après-midi du premier jour, il n'y aura qu'un seul tour de scrutin. Si l’élection n’a pas lieu au premier tour, il y aura les jours suivants deux tours de scrutin, le matin et l'après-midi.

    Après trois jours sans résultat, les scrutins sont suspendus pendant une journée au maximum afin de permettre une pause pour la prière, une libre discussion entre les électeurs et une brève exhortation spirituelle, donnée par le premier cardinal de l'ordre des diacres, soit le plus ancien des cardinaux-diacres à prendre part au conclave, le cardinal français Dominique Mamberti.

    Le vote reprendra ensuite selon la même forme et, après sept tours de scrutin, si l'élection n'a pas eu lieu, une nouvelle pause sera organisée pour la prière, la conversation et l'exhortation donnée par le premier cardinal de l'ordre des prêtres, le cardinal croate Vinko Puljic. Les cardinaux procèderont ensuite à une nouvelle série de sept scrutins, suivie, en cas d'échec, d'une nouvelle pause de prière, de discussion et d'exhortation, tenue par le premier cardinal de l'ordre des évêques, qui est également le doyen du collège cardinalice.

    Les cloches et la fumée blanche

    Lors des scrutins suivants, seuls les deux noms ayant obtenu le plus grand nombre de voix au scrutin précédent deviennent éligibles. Une majorité qualifiée d'au moins deux tiers des cardinaux présents et votants est requise pour que l'élection soit validée. Pour éviter toute confusion, la fumée blanche signalant l'élection du pape est désormais accompagnée du retentissement des cloches de la basilique Saint-Pierre.

    Conformément à la constitution apostolique, les cardinaux électeurs sont tenus au secret absolu et à l’isolement. Aucun contact n’est autorisé avec le monde extérieur. Le conclave se tient sur le territoire de l'État de la Cité du Vatican, entre la résidence Sainte-Marthe où logeront les cardinaux durant tout le déroulé de l’élection, et la chapelle Sixtine, où ils se réuniront quotidiennement pour voter. Les espaces réservés aux célébrations liturgiques seront fermés aux personnes non autorisées. (cath.ch/vatnews/bh)

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    Les grands défis qui attendent le prochain pape

    Élu en 2013 pour décentrer l’Église catholique vers les périphéries et réformer le Vatican, le pape François est mort le 21 avril 2025. Le pontife argentin laisse à son successeur un certain nombre de chantiers à poursuivre et de défis à relever. L’agence I.MEDIA revient sur certains d’entre eux.

    La délicate succession d’un pape 'disruptif’

    «Il sera très difficile de succéder au pape François.» Cette réflexion souvent entendue dans les couloirs du Vatican, dès le début de son pontificat en 2013, touche à des points à la fois symboliques et très concrets… À commencer par son logement.

    Le pontife argentin avait choisi de demeurer définitivement à la Maison Sainte-Marthe, la résidence des cardinaux pendant le conclave, afin de vivre un quotidien proche de ses habitudes de vie communautaire jésuite. Mais le prochain pape pourrait retourner vivre dans les appartements pontificaux, qui ont été symboliquement scellés quelques heures après la mort de François, bien qu’il n’y ait jamais dormi. «Je suis certain que le prochain pape reviendra vivre au Palais apostolique», confie un prêtre romain en expliquant que, pour ceux qui passaient le soir sur la place Saint-Pierre, voir la lumière de l’appartement du pontife allumée représentait, sous les pontificats précédents, un symbole important de la protection du pape sur la population de Rome.

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    «Pour moi, faire des voyages n’est pas facile comme au début», indiquait le pape au retour de la Mongolie en septembre 2023 | © Vatican Media

    Un autre aspect important touche au style de communication: le pape François a accordé plus de 200 interviews à des médias parfois inattendus, s’exprimant sans filtre, au grand désarroi de ses propres services. Ses conférences de presse dans l’avion étaient également marquées par une grande liberté de ton. Le prochain pontife reviendra-t-il à une parole plus académique et lissée, plus institutionnelle, quitte à susciter moins d’attention médiatique? Il semble que certains cardinaux souhaitent un profil de pape exprimant une parole plus rare et parcimonieuse, mais le futur chef de l’Église catholique devra tout de même faire preuve d’une certaine connaissance des langages médiatiques actuels pour diffuser son message.

    En outre, le pape François a changé l’image de la papauté, en se montrant très proche des plus pauvres et des périphéries. Il a aussi partagé au monde son souci du dialogue interreligieux, en particulier avec l’islam, ouvrant des perspectives inédites. Il a également su renouveler le discours de l’Église catholique sur l’écologie, reliant la protection de la nature à la justice sociale. Son successeur devra faire fructifier cet héritage face au changement climatique et à des écarts sociaux grandissants dans le monde, qui laissent présager d’une intensification des flux migratoires.

    Le futur pape face à la sécularisation

    Le pontificat de François n’a pas enrayé la sécularisation en Occident, un phénomène ancien et complexe qui se manifeste dans l’Église catholique par une baisse continue des vocations. En l’espace de dix ans, de 2011 à 2021, l’Europe a enregistré une baisse de 27'000 prêtres, 6'000 séminaristes et près de 80'000 religieuses; avec pour effet une diminution générale du nombre de prêtres dans le monde. Ils étaient 413'418 en 2011 contre 407'872 en 2021. Certes, l’Afrique et l’Asie ont connu sur cette période une augmentation du nombre de prêtres: 52'000 prêtres pour l’Afrique contre 39'000 dix ans auparavant. Mais cela ne suffit pas à compenser la baisse des vocations au niveau global. Plus inquiétant pour Rome: même en Asie, continent qui a eu les faveurs de François, le nombre de séminaristes a baissé sous son pontificat (-9% de 2011 à 2021).

    Tout en prolongeant l’élan du pontife argentin aux périphéries, le prochain pape aura pour tâche de remobiliser le catholicisme dans les vieux pays de tradition catholique. Dans ce contexte difficile, le fort rebond des baptêmes d’adultes et de jeunes en France ou au Royaume-Uni a suscité étonnement et intérêt vu de Rome. «Quelque chose est en train de se passer en France. C’est peut-être le signe précurseur d’un nouveau printemps de l’Église», se réjouit un cardinal de la Curie romaine qui fut très proche du pape François.

    Assurer l’unité face au risque d’une Église à plusieurs vitesses

    Les sujets clivants n’ont pas manqué durant ce pontificat, notamment avec les restrictions drastiques apportées à la célébration de la messe tridentine, depuis l’été 2021. Le secrétaire de Benoît XVI avait affirmé que la décision de François avait «brisé le cœur» du pape émérite, qui avait au contraire libéralisé l’usage de ce rite antérieur au Concile Vatican II. Le prochain pape devra certainement reprendre en main ce dossier qui a crée de vives tensions parmi les catholiques traditionalistes notamment en Europe et aux États-Unis. Il devra également se pencher sur la question épineuse du dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X.

    Par ailleurs, les différents synodes organisés sous le pontificat de François – ces grandes assemblées de réflexion sur la famille, les jeunes ou les défis spécifiques de l’Amazonie – ont parfois donné l’image d’une Église catholique à plusieurs vitesses, notamment sur les questions très sensibles du célibat sacerdotal, de l’homosexualité ou de l’accès à la communion des personnes divorcées-remariées civilement. Au début de l’année 2024, l’opposition des évêques d’Afrique à la déclaration Fiducia Supplicans ouvrant la voie à des bénédictions de personnes vivant dans des couples de même sexe a été un révélateur de profondes divisions sur ces sujets au sein de l’Église catholique.

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    Le cardinal Fridolin Ambongo appelle l'Église en Afrique à prendre en considération les résultats du Synode | © Vatican Media

    Depuis 2021, le vaste processus du «Synode sur la synodalité» a permis de passer en revue de nombreux thèmes touchant à la gouvernance de l’Église et à la co-responsabilité entre prêtres et laïcs. Le thème de la place des femmes dans l’Église a aussi été au cœur des réflexions. Mais la question du diaconat féminin n’a pas été tranchée, faute de consensus. Certains observateurs s’inquiètent de voir une «anglicanisation» de l’Église catholique, avec des différences doctrinales qui finiraient par se cristalliser d’un continent à l’autre, comme c’est le cas dans la Communion anglicane.

    En faisant le choix de ne pas publier d’exhortation apostolique à l’issue du dernier Synode, le pape François a laissé à son successeur la possibilité de prendre des décisions sur les sujets les plus délicats. Une chose est certaine: le futur pape ne pourra pas mettre l’esprit de réforme de François sous le boisseau. Il y a quelques semaines, alors qu’il était hospitalisé, il a fait diffuser un calendrier synodal qui s’étire désormais jusqu’à 2028 et qui doit mobiliser les diocèses du monde entier.

    La question de l’unité de l’Église catholique en Chine demeurera un sujet de préoccupation majeure, près de sept ans après la signature d’un accord provisoire sur les nominations épiscopales censé réunir les Églises clandestine et officielle mais dont la mise en application s’avère extrêmement complexe.

    La crise des abus sexuels

    La crise des abus sexuels sur mineurs commis par des membres du clergé catholique avait déjà secoué les pontificats de Jean Paul II et de Benoît XVI. La place centrale de ce thème lors du conclave de 2013 avait poussé le pape François à créer dès mars 2014 une Commission pontificale pour la protection des mineurs. Mais le travail effectué par cette dernière a été terni par le départ de plusieurs de ses membres, déçus par son fonctionnement et le manque de collaboration de la Curie romaine.

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    Theodore-Cardinal-McCarrick
    L'ancien cardinal Theodore McCarrick a abusé de personnes mineures et majeures | © flickr/usipeace/CC BY-NC 2.0

    Le pontificat de François aura été émaillé par de nombreux scandales liés aux abus, signes que la question suscitait encore des flottements au Vatican. Parmi ceux-ci, il faut noter la démission générale des évêques du Chili, le renvoi à l’état laïc de l’ex-cardinal McCarrick, les rapports sur les abus alarmants des conférences épiscopales allemande ou française ou les révélations sur de nombreuses figures importantes de l’Église, de l’abbé Pierre à l’ancien jésuite Marko Rupnik, artiste slovène très proche du pape et accusé d’abus par une vingtaine de femmes. Le pontife aura la difficile tâche de continuer la lutte de l’Église contre ce fléau, notamment en Afrique et en Asie.

    Le pape devra poursuivre la réforme de la Curie

    Durant son pontificat, le pape François a mené tambour battant un ambitieux programme de réformes visant à repenser le fonctionnement de la Curie romaine, cœur administratif de l’Église catholique. Son objectif: faire du Saint-Siège une entité plus ouverte sur le monde, plus transparente et plus moderne, au service des diocèses. Cette réforme a finalement abouti à la promulgation d’une nouvelle Constitution apostolique, Praedicate Evangelium, en 2022.

    Mais le volontarisme du pontife s’est heurté à plusieurs obstacles, à commencer par les résistances internes. Des décisions controversées sur le plan de la gestion des ressources humaines ont également généré un sentiment de malaise parmi les employés ces dernières années.

    Reforme-Economique-Vatican
    Reforme-Economique-Vatican
    L'affaire de l'immeuble de Londres a mis en lumière une certaine opacité persistante dans la gestion financière du Vatican | © Bernard Hallet

    Si le pape a assaini les comptes, il n’est toutefois pas parvenu à redresser durablement la situation financière: le Vatican reste structurellement déficitaire, en raison notamment de la baisse des dons des fidèles, ce qui affecte en particulier son fonds de retraite.

    Enfin, le scandale financier de «l’affaire de l’immeuble de Londres» qui a coûté des dizaines de millions d'euros au Vatican et conduit à la condamnation à cinq ans et demi de prison du cardinal Angelo Becciu, apparaît ambivalent: il a mis en lumière une certaine opacité persistante dans la gestion financière du Vatican, tout en révélant la volonté du pape d’en finir avec un système miné par le népotisme et l’amateurisme. De nombreuses sources vaticanes s’accordent pour dire que le prochain pape devra «rassurer l’appareil» en poursuivant les réformes, mais sans brutaliser ni humilier le personnel.

    L’unité des chrétiens: un horizon impossible?

    Le pape François devait se rendre autour du 24 mai en Turquie pour la commémoration du Concile de Nicée (325), et marquer ainsi un rapprochement avec l’Église orthodoxe. Le futur pape pourrait effectuer à cette occasion un premier voyage très symbolique.

    Les contacts entre Rome et le patriarcat de Constantinople ont connu une accélération spectaculaire sous le pontificat de François, mais la situation demeure bloquée avec une partie du monde orthodoxe. «Le patriarche de Constantinople veut l’unité avec Rome, mais les autres patriarches ne sont pas tous d’accord», explique une source proche du dossier à Rome.

    Principale pierre d’achoppement: le patriarcat de Moscou. La rencontre organisée à Cuba entre Cyrille et le pape François, en février 2016, avait semblé ouvrir une percée inédite mais le dialogue a été rompu en raison du soutien actif du patriarche de Moscou à l’offensive russe en Ukraine, qu’il a qualifiée de «guerre sainte», une position inacceptable pour Rome.

    Russian President Putin presents Andrew the First-Called Order to Patriarch Kirill of Moscow and All-Russia
    Russian President Putin presents Andrew the First-Called Order to Patriarch Kirill of Moscow and All-Russia
    Depuis la chute de l'URSS, l'Eglise orthodoxe russe et le Kremlin entretiennent des rapports privilégiés | © Mikhail Metzel/POOL/TASS/KEYSTONE/TASS

    Par ailleurs, en 2023-2024, la déclaration Fiducia Supplicans ouvrant la voie à des bénédictions des couples de même sexe a suscité une profonde incompréhension parmi les Églises orientales orthodoxes, attachées à une vision traditionnelle de la famille. L’Église copte a ainsi annoncé la suspension du dialogue théologique avec l’Église catholique. Les démarches entreprises par le Vatican pour le relancer n’ont pour le moment pas porté leurs fruits.

    En revanche, les échanges avec les différentes dénominations protestantes – anglicans, luthériens, évangéliques ou encore vaudois – ont connu des progrès substantiels sous le pontificat de François et son successeur pourra certainement s’appuyer sur ces acquis pour tenter de renforcer des partenariats entre Églises, notamment sur des questions sociales, tout en préservant l’identité propre de l’Église catholique sur les questions bioéthiques.

    Un monde en guerre

    La multiplication des guerres aura été une 'croix’ du pontificat de François, qui a accordé une place importante au thème de la réconciliation dans des voyages délicats notamment en Bosnie, en Centrafrique, en Colombie, en Birmanie, en Irak, en République démocratique du Congo ou encore au Soudan du Sud. Mais son positionnement a pu être contesté sur d’autres terrains.

    Kherson-Ukraine
    Kherson-Ukraine
    La ville de Kherson. L'armée russe bombarde la ville et les villages environnants avec une intensité accrue | © Jaroslaw Krawiec

    La guerre en Ukraine, initiée dès 2014 dans le Donbass mais étendue à l’ensemble du pays à partir de l’offensive russe de février 2022, a particulièrement mobilisé le pape François. Il a multiplié les appels en faveur de «l’Ukraine martyrisée», tout en recevant de nombreuses critiques pour ses positions initiales perçues comme trop neutres, voire complaisantes à l’égard de la Russie. Son espoir de se rendre dans les deux pays et d’assumer une médiation s’est révélé vain, et ses larmes d’impuissance lors de la prière mariale du 8 décembre 2022 ont marqué les esprits. La rencontre entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky en marge de ses obsèques peut tout de même nuancer ce sentiment d’échec en montrant que le Vatican demeure une précieuse plateforme de contacts.

    La guerre de Gaza, provoquée par l’offensive du Hamas sur Israël le 7 octobre 2023 puis marquée par des bombardements israéliens massifs qui ont fait plus de 50'000 morts palestiniens, a également marqué la fin du pontificat. «En appelant chaque soir la paroisse de Gaza, même quand il était hospitalisé et limité dans sa capacité à parler, le pape a fait preuve de courage et il a contribué à sauver des centaines de vies», assure un cardinal. «En raison de l’attention médiatique que ses appels ont suscité, cette paroisse a été l’un des seuls lieux que les Israéliens n’ont pas osé bombarder», estime-t-il, rendant hommage à l’attention du pape pour ce «petit troupeau».

    Néanmoins, la voix du pape n’a pas empêché cette guerre de se poursuivre. Plus largement, au regard des évolutions géopolitiques globales, le monde de 2025 s’annonce de plus en plus fracturé. Le futur pape devra composer avec la montée en puissance de différents courants populistes et l’influence grandissante de régimes autoritaires mettant parfois leurs voisins en danger. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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    Conclave-Chapelle-sixtine

    Le personnel du conclave prêtera serment le 5 mai  

    Secrétaires, confesseurs, cérémoniaires, personnel d’entretien, infirmiers, cuisiniers, fleuristes, chauffeurs, techniciens, responsables de sécurité... de nombreuses personnes assisteront les cardinaux lors du conclave qui débutera le 7 mai 2025. Comme les cardinaux, toutes ces personnes sont tenues au secret absolu sous peine d’excommunication. Elle prêteront serment le 5 mai.   

    Les personnes devant assister les cardinaux lors du conclave devront prêter serment le 5 mai dans la chapelle Pauline du Vatican. Ces personnes, parmi lesquelles se trouvent des laïcs, jureront de respecter le secret absolu sur le déroulement du conclave, toute rupture du serment valant l’excommunication automatique. Elles ont toutes été approuvées par le cardinal camerlingue Kevin Farrell et par ses trois cardinaux assistants.

    Pour aider les cardinaux lors du conclave, la constitution apostolique Universi Dominici Gregis prévoit la participation du secrétaire du collège cardinalice, Mgr Ilson de Jesus Montanari et du maître des célébrations liturgiques pontificales Mgr Diego Ravelli, qui sera accompagné de huit cérémoniaires et de deux religieux de la Sacristie pontificale.

    Un prêtre a également été choisi par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du pape François, lequel assumera la présidence du conclave. Plusieurs religieux capables de recevoir les confessions dans diverses langues doivent aussi prêter serment.

    À ce personnel religieux, s’ajoutent des médecins et des infirmiers pour les cardinaux malades, des personnes en charge de la cuisine, du ménage, des ascenseurs, des services techniques, de la décoration florale et du transport des cardinaux entre la résidence Sainte-Marthe et la chapelle Sixtine. Sur le plan sécuritaire, est aussi prévue la participation d’un colonel et d’un major de la Garde suisse, en charge de la surveillance de la chapelle Sixtine, et du directeur des services de surveillance et de la protection civile de l’État de la cité du Vatican, et de plusieurs de ses collaborateurs. Le serment sera fait devant le cardinal camerlingue assisté de deux pronotaires apostoliques. (cath.ch/imedia/cd/mp)

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    Veillee_AngeloBecciu

    Le cardinal Becciu renonce à participer au conclave

    Dans une déclaration transmise par ses avocats le 29 avril 2025, le cardinal Angelo Becciu renonce à participer au conclave. Déchu de ses droits cardinalices par le pape François en 2020, le cardinal italien avait dans un premier temps déclaré à la presse compter participer au scrutin.

    Le collège cardinalice compte donc toujours 135 électeurs en vue du conclave – le Saint-Siège ne comptabilisait déjà pas le cardinal Becciu dans sa liste officielle.

    Depuis le 25 avril, des rumeurs rapportaient que le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État sous François, avait lu lors des congrégations générales deux lettres du pontife défunt confirmant la destitution du cardinal Becciu. Hier, plusieurs médias avaient annoncé que le cardinal sarde avait fait volte-face et renoncé, une information que les cardinaux interrogés ce matin par les journalistes n’ont pas voulu confirmer. La réponse aux interrogations est finalement venue de l’avocat du cardinal sarde, Me Fabio Viglione, qui a fait parvenir un communiqué.

    «Ayant à cœur le bien de l’Église, que j’ai servie et continuerai à servir avec fidélité et amour, ainsi que de contribuer à la communion et à la sérénité du conclave, j’ai décidé d’obéir, comme je l’ai toujours fait, à la volonté du pape François de ne pas entrer au conclave tout en restant convaincu de mon innocence», affirme le cardinal dans cette brève communication. Sa non-participation au conclave ne l’empêche pas d’assister et d’intervenir lors des congrégations générales.

    Premier cardinal condamné par la justice civile vaticane

    Le cardinal Becciu a occupé les positions influentes de substitut de la secrétairerie d’État de 2011 à 2018 puis de préfet de la congrégation (désormais dicastère) pour les Causes des saints. Le 24 septembre 2020, le pape François l’a poussé à démissionner de son poste de préfet en raison de sa mise en cause dans l’affaire dite «de l’immeuble de Londres». Le Sarde a été ensuite été inculpé par la justice vaticane en juillet 2021 et condamné en première instance à 5 ans et demi de prison pour détournement de fonds publics en décembre 2023. Le procès en appel doit se tenir à l’automne prochain.

    La justice vaticane reproche au cardinal d’avoir notamment permis un investissement contraire aux normes légales du Saint-Siège, aboutissant à l’acquisition d’un immeuble à Londres. Engageant une part très importante des ressources financières de la secrétairerie d’État, cet investissement a été très défavorable aux intérêts du Vatican, qui a perdu une somme estimée entre 139 et 189 millions d’euros, selon le promoteur de justice du Vatican, Alessandro Diddi.

    Mais ce n’est pas tout: dans un autre volet du procès, le cardinal a été reconnu coupable de détournement de fonds – de 570’0000 euros – dans le cadre de l’embauche, entre 2018 et 2019, de l’intermédiaire Cecilia Marogna pour une opération visant à libérer une religieuse retenue en otage dans le Sahel. Le tribunal considère que l’argent n’a pas été utilisé à cette fin.

    Angelo Becciu a également été reconnu coupable de détournement de fonds – de 125.000 euros – dans le cadre de deux versements effectués avec l’argent de la secrétairerie d’État en 2015 et 2018 à une association diocésaine de Sardaigne gérée par son frère. Le tribunal reconnaît que la destination des fonds était licite – l’argent du Saint-Siège pouvait servir à financer ce type d’association -, mais qu’il s’agissait néanmoins d’une «utilisation illégale» des fonds en raison de la présence de son frère dans l’organisme bénéficiaire.

    Le cardinal a récemment perdu un autre procès – auprès du tribunal de Côme – contre son ancien subordonné au sein de la secrétairerie d’État (et principal témoin de l’enquête vaticane) Mgr Alberto Perlasca, à qui il demandait notamment une compensation pour les conséquences de la perte de ses droits cardinalices. Il conteste vivement sa condamnation, dénonçant une «enquête fabriquée de toutes pièces» et met notamment en cause la manipulation opérée sur le témoignage de Mgr Perlasca par une lobbyiste italienne, Francesca Immacolata Chaouqui, sur laquelle enquête actuellement la justice vaticane. (cath.ch/imedia/cd/mp)

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    Conclave, une première: la limite du nombre de cardinaux électeurs a explosé

    La congrégation des cardinaux a délivré dans la matinée du 30 avril 2025 un communiqué portant sur deux points «de caractère procédural»: la non participation du cardinal Becciu et le dépassement du seuil limite du nombre de cardinaux électeurs. Ils ont aussi appelé les fidèles à prier pour eux.

    Reprenant les termes du communiqué diffusé la veille par l’avocat du cardinal Becciu, les cardinaux prennent acte du fait que le cardinal sarde, «ayant à cœur le bien de l’Église, ainsi que pour contribuer à la communion et à la sérénité du Conclave, a communiqué sa décision de ne pas y participer». Les cardinaux expriment leur «appréciation pour le geste qu’il a accompli» et souhaitent que «les organes de justice compétents puissent vérifier les faits».

    Le cardinal Becciu doit être jugé en appel à l’automne prochain dans le cadre du procès de l’affaire de l’immeuble de Londres. Il avait été relevé de ses prérogatives de cardinal électeur par le pape François en septembre 2020 mais contestait la validité de cette décision.

    Un conclave avec plus de cardinaux électeurs

    Le communiqué porte également sur le nombre de cardinaux électeurs. Un seuil limite de 120 avait été fixé par Paul VI en 1975, puis confirmé par Jean Paul II en 1996. Or ils devraient être 133 à participer à l’entrée en conclave le 7 mai prochain (compte tenu du désistement de deux cardinaux électeurs pour raisons de santé).

    Le dépassement de cette limite par le pape François relevait de «l’exercice de son pouvoir suprême», précise la congrégation des cardinaux. Les cardinaux excédentaires sont donc dispensés de cette «disposition législative» et disposent du «droit d’élire le pontife romain à partir du moment de leur création et publication».

    Ce seuil des 120 avait déjà été dépassé à plusieurs reprises par les papes Jean Paul II, Benoît XVI et François au fil des consistoires dédiés à la création des nouveaux cardinaux, mais c’est la première fois qu’un conclave est convoqué avec un dépassement de ce seuil limite.

    Un événement de discernement spirituel

    Les cardinaux disent encore dans leur communiqué percevoir «la nécessité d’être soutenus par la prière de tous les fidèles». Se disant «conscients de la responsabilité à laquelle ils sont appelés», ils adressent «au Peuple de Dieu une invitation à vivre ce moment ecclésial comme un évènement de grâce et de discernement spirituel, dans l’écoute de la volonté de Dieu».

    Selon plusieurs cardinaux, le conclave pourrait durer «deux ou trois jours». (cath.ch/imedia/cv/lb)

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    Les finances du Saint-Siège préoccupent les cardinaux

    Les questions économiques ont occupé en bonne partie la septième congrégation générale du 30 avril 2025, a souligné le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège Matteo Bruni. Neuf cardinaux électeurs manquent encore à l’appel.

    Lors d'un point de presse, Matteo Bruni a indiqué que 181 cardinaux, dont 124 électeurs, avaient participé à la 7e congrégation générale. Neuf cardinaux électeurs doivent encore arriver à Rome. Le Saint-Siège n’a pas donné d’indication sur les zones géographiques des cardinaux manquants.

    Les traductions sont assurées pour l'heure, pendant les congrégations générales, mais lors du conclave, il n’y aura pas d’interprètes pour faciliter les échanges entre les cardinaux venus du monde entier. «Ils se confieront à la charité fraternelle», a glissé Matteo Bruni.

    Les cardinaux parlent de finances

    Les questions économiques ont occupé le début de cette septième congrégation générale, avec une présentation de la situation financière du Saint-Siège par le cardinal allemand Reinhard Marx, archevêque de Munich et coordinateur du Conseil pour l’Économie. Il est l’un des rares responsables de la Curie à demeurer en poste durant cette période d’interrègne, afin d’assurer une continuité dans les dossiers économiques.

    Le cardinal Marx a présenté «différents défis et problèmes» liés à la situation économique du Saint-Siège, avec «l’objectif que les institutions puissent continuer à soutenir la mission de l’Église», a expliqué Matteo Bruni, sans donner plus de détails. Le budget, qui n’est plus public depuis quelques années, serait structurellement déficitaire.

    Le cardinal américain Kevin Farrell, qui exerce par ailleurs la charge de camerlingue et assure donc l’intérim dans la gestion de la Cité du Vatican en attendant l’élection du prochain pape, a pour sa part présenté les activités du comité pour les investissements du Saint-Siège qu’il préside. Le cardinal autrichien Christoph Schönborn, archevêque émérite de Vienne – qui n’est plus électeur depuis son 80e anniversaire le 22 janvier dernier – a pris la parole en tant que président du conseil de surveillance de l’IOR (Institut pour les Œuvres de Religion), afin d’expliquer les activités de cet organisme qui est la principale institution financière du Vatican.

    Le cardinal espagnol Fernando Vérgez Alzaga, qui a quitté sa charge de président du Gouvernorat de la Cité du Vatican le 1er mars dernier, a évoqué les chantiers en cours dans le plus petit État du monde.

    Enfin, le cardinal polonais Konrad Krajewski a présenté les activités du dicastère pour le Service de la charité, chargé de l’aide caritative, qu’il a dirigé de sa création en juin 2022 jusqu’à la mort du pape François le 21 avril dernier. Le pape défunt avait érigé ce dicastère – récupérant les prérogatives de l’aumônerie apostolique – au troisième rang protocolaire au sein de la Curie romaine, derrière les dicastères pour l’Évangélisation et la Doctrine de la foi. Cela reste une petite structure, mais le pape François voulait situer l’aide aux pauvres comme une priorité de l’action du Saint-Siège, en orientant vers eux ses décisions liées à l’économie.

    14 interventions sur l’Église et sur le monde

    Durant la suite de la matinée, 14 cardinaux ont pris la parole. Parmi les thèmes évoqués, Matteo Bruni a cité «l’ecclésiologie du peuple de Dieu», la «polarisation de l’Église et la division de la société», la synodalité et la «correponsabilité» dans l’Église, ainsi que les vocations au sacerdoce et à la vie religieuse, ou encore l’évangélisation.

    La présence du cardinal Cipriani

    Interrogé à nouveau sur le cas du cardinal péruvien Juan Luis Cipriani Thorne, archevêque émérite de Lima, sanctionné en 2019 par le Vatican en raison d’accusations d’abus sexuels sur mineurs, Matteo Bruni n’a pas souhaité faire de commentaire. Il n’a pas précisé si la présence du Péruvien aux congrégations générales avait fait l’objet de discussion.

    Les préparatifs matériels du conclave

    Le directeur a assuré que les préparatifs matériels du conclave se poursuivaient. La fameuse cheminée permettant à la fumée noire ou blanche de s’échapper, devrait être installée prochainement sur le toit de la Sixtine. De même l’hébergement des cardinaux est en train d’être organisé à la résidence Sainte-Marthe et la résidence voisine. Leur transfert officiel dans leurs chambres du conclave doit avoir lieu après la messe du 7 mai, a assuré Matteo Bruni.

    La pause du 1er mai

    Demain, 1er mai, étant un jour férié au Vatican pour la saint Joseph, les cardinaux n’auront pas de congrégation générale. Le prochain briefing du directeur du Bureau de presse aura lieu le 2 mai à la mi-journée.  (cath.ch/imedia/cv/ak/lb)

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    Mgr Gugerotti invite les cardinaux à ne pas se sentir «les maîtres de Dieu»

    Le cardinal Claudio Gugerotti a dénoncé la tentation occidentale de se sentir «les maîtres de Dieu, les parfaits connaisseurs de la vérité», en célébrant la messe du septième jour des «novemdiales » – ces neuf jours de prière traditionnelle pour un pape défunt – dans la basilique Saint-Pierre, le 2 mai 2025. L’ancien préfet du dicastère pour les Églises orientales a défendu la spécificité des chrétiens d’Orient.

    Lors de cette célébration ponctuée de quelques accents byzantins, le cardinal de 69 ans a déploré la «profonde dévalorisation de la valeur de la vie» aujourd’hui. «La terre crie, et surtout une humanité submergée par la haine crie», a-t-il dénoncé, tout en rendant hommage au passage à ses confrères d’Afrique, continent où «une nouvelle vie est d’une valeur inestimable». S’inspirant de l’enseignement du pape François, le cardinal italien a enjoint les responsables de l’Église à «soulager concrètement la douleur» de la «vie violée».

    L’ancien préfet – dont la charge a été suspendue à la mort du pape – a recommandé l’attitude de la théologie chrétienne orientale qui souligne «l’incapacité de dire Dieu» et «la contemplation de l’incompréhensible». Et de lancer: «Voilà une grande leçon pour nous, qui nous sentons souvent les maîtres de Dieu, les parfaits connaisseurs de la vérité, alors que nous ne sommes que des pèlerins à qui la Parole a été donnée».

    Le prochain pape: un profil à esquisser

    28/04/2025

    Le prochain pape: un profil à esquisser

    Le conclave débutera le 7 mai 2025. 133 cardinaux vont élire le prochain pape. Il se préparent au cours des congrégations générales pour une élection cette fois-ci très ouverte.

    Au fil de son homélie, le cardinal Gugerotti a longuement souligné la richesse des Églises orientales, dont les membres sont aujourd’hui «en partie réduits, en nombre et en force mais non en foi, par les guerres et l’intolérance». Alors que «beaucoup d’entre eux sont contraints de quitter leurs anciennes terres, qui étaient la Terre Sainte, pour sauver leur vie», il a encouragé à «les accueillir et à les aider sur nos terres à préserver la spécificité de leur apport chrétien».

    Dans sa méditation, le prélat de la Curie romaine a également cité saint Augustin en faisant un clin d’œil à son confrère Robert Francis Prevost, ancien supérieur général des religieux augustiniens et ancien préfet du dicastère pour les Évêques – lui aussi cardinal électeur, considéré comme papabile. (cath.ch/imedia/ak/bh)

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    La cheminée de la chapelle Sixtine est installée

    Des ouvriers ont installé le 2 mai 2025, sur le toit de la chapelle Sixtine, la fameuse cheminée, d’où sortira la fumée indiquant le résultat des scrutins du conclave qui s’ouvrira le 7 mai.  

    Le tube de cuivre visible depuis la place Saint-Pierre, sur la droite de la basilique, est relié à deux poêles situés 30 mètres plus bas. L’un d’eux servira à brûler les bulletins de vote et l’autre à produire la fumée. Noire: pas de consensus. Blanche : un nouveau pape a été élu.

    Le Vatican n’a pas encore livré de détails sur le dispositif pour ce conclave. Mais en 2013, le poêle en fonte servant à brûler les bulletins était de forme cylindrique, d’une hauteur de 1 mètre pour 45 centimètres de large. Il avait été utilisé pour la première fois lors du conclave de 1939, qui porta à l’élection de Pie XII.

    De forme rectangulaire mais de dimensions semblables, le deuxième poêle, qui fut utilisé pour la première fois en avril 2005, permet de produire des fumigènes par un système électronique. Les tubes partant des 2 poêles se rejoignent à environ 2 mètres du sol pour ne former qu’une seule et même cheminée. Un système spécial de résistances électriques et de ventilation permet d’améliorer la circulation de la fumée vers le haut. (cath.ch/imedia/ak/mp)

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    Congrégations générales: «Les disputes n'ont pas encore commencé!»

    Après une journée de pause, les cardinaux se sont réunis le lundi matin 5 mai 2025 pour leur 10e congrégation générale de préparation au conclave. À deux jours du début de l’élection, certains cardinaux se sont confiés à la presse, avant de se rendre au Vatican pour réfléchir à huis clos au profil du successeur du pape François.

    À son arrivée devant le portail du Saint-Office, au matin du 5 mai, le cardinal Ignatius Suharyo Hardjoatmodjo, archevêque de Jakarta, confie être fatigué: il a atterri à Rome la veille dans la soirée en provenance de la capitale indonésienne après 18h de vol. Pour le conclave, il ne manquerait donc plus qu’un cardinal sur les 133 électeurs attendus. Samedi 3 mai, le Bureau de presse du Saint-Siège indiquait que le Bosnien Vinko Puljic devait rejoindre Rome au dernier moment en raison de problèmes de santé.

    L’espoir d’un conclave court

    «Je suis heureux, ouvert aux conseils du Saint-Esprit», affirme le cardinal indonésien qui espère un conclave court. Peu expérimenté – il s’agira de son premier conclave – il confie ne connaître que quelques cardinaux pour le moment. Il pense que le futur pape peut venir de partout. Mais il assure ressentir le besoin d’élire quelqu’un qui poursuive les chantiers ouverts par François. «C’est ce que les gens espèrent, pas ce que moi je souhaite. Je les ai écoutés, c’est leur souhait», estime-t-il.

    Arrivé à Rome peu après la mort du pape François, le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, confie avoir vu le collège des cardinaux «prendre forme» au fil des congrégations générales. Il explique notamment avoir repéré beaucoup de personnalités qui pourraient être pape parmi ses pairs.

    «J’ai ce qu’on appelle un cœur d’artichaut, chaque jour je me dis 'Ah, là ce cardinal, ce qu’il dit et ce qu’il est, c’est bon, c’est beau!’», déclare le dominicain. «Aujourd’hui je suis en paix, je suis sûr qu’on donnera un bon pape à l’Église», assure-t-il, écartant les rumeurs d’accords entre cardinaux.

    «Peut-être quelqu’un né en Algérie»

    Le cardinal, qui a la nationalité franco-algérienne, assure ne pas savoir si le collège cardinalice pourrait élire un Français. «Peut-être quelqu’un qui est né en Algérie, c’est possible», plaisante-t-il, faisant un clin d’œil sur le statut de papabile de son ami le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, né à Sidi Bel Abbès.

    «Vous parlez d’un Français quand on est 70 nationalités. Et si c’était un Africain, et si c’était un Asiatique, j’en serais très heureux», poursuit le cardinal Vesco. Le plus important, pour lui, est que le prochain pape soit «un pasteur, une voix pour le monde, quelqu’un qui peut porter les valeurs des Évangiles, qui peut porter les valeurs des Béatitudes, qui peut être le père de 'l’enfant prodigue’». Soit «beaucoup de ce qu’était le pape François», estime-t-il.

    «Rassembler tout le monde»

    Reconnaissable à sa barbe blanche, le cardinal Joseph Coutts, archevêque émérite de Karachi, assure ne s’attendre à rien pour le moment. «Ce sont les congrégations générales: il n’y a pas de discussions, ce sont seulement des présentations», souligne le Pakistanais de 79 ans. Juste avant de pénétrer dans le Vatican, un journaliste lui demande si certains désaccords se font ressentir à l’intérieur. «Pas encore! Les disputes n’ont pas encore commencé!», assure le cardinal en éclatant de rire.

    Premier cardinal du Timor oriental, Virgilio do Carmo da Silva ne sait pas s’il est prêt pour le conclave. «La date a été choisie, donc peu importe, il va falloir y aller», assure-t-il avec un grand sourire. Selon lui, un profil de pape commence à se dessiner, celui d’un homme «qui puisse rassembler tout le monde, d’un pape qui puisse travailler en restant ouvert à la réalité d’aujourd’hui».

    Un pape «ne peut plus vivre replié dans son palais»

    Le patriarche chaldéen Raphaël Sako voit lui aussi émerger un profil de pape, qui devra être «un père et un pasteur, capable de porter le message et de conserver l’intégrité de l’Église, mais qui connaît aussi les défis d’aujourd’hui, qui sait dialoguer, défendre les pauvres, et réaliser la paix dans le monde». Il imagine un conclave relativement court, de «deux ou trois jours».

    L’Irakien estime que le futur pape sera dans la continuité du pontificat de François, mais qu’il devra être aussi capable de lire les «signes des temps» d’un monde en plein changement. «Il ne peut plus vivre replié dans son palais.»

    Une opinion que semble partager le cardinal Vesco. Il estime que le temps d’écoute entre cardinaux est une richesse pour le futur pape qui se trouve parmi eux. «J’espère qu’après, on va pouvoir être pour lui un vrai collège de frères cardinaux (…) À la fin, il faudra en choisir un, et le Seigneur l’a déjà choisi dans son cœur.» Il assure pour sa part avoir «plusieurs» noms en tête. (cath.ch/imedia/hl/rz)

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    «Quelque chose de nouveau émerge avec la maturité de l'Asie»

    Le cardinal Maurice Piat, évêque émérite de Port-Louis, sur l’île Maurice, est le porte la voix de l’Océan indien durant les congrégations générales. Il confie à l’agence I.MEDIA son regard sur les évolutions actuelles de l’Église catholique, et notamment la visibilité croissante de l’Asie.

    Le cardinal Piat a été intégré au Sacré Collège par le pape François en 2016. Il ne participera cependant pas au conclave, ayant atteint le seuil des 80 ans en juillet 2021. Il est néanmoins présent à Rome pour les congrégations générales des cardinaux, destinées à définir le profil du prochain pontificat.

    Quel est votre état d’esprit dans ce moment particulier de la vie de l’Église catholique, après ce temps d’adieu au pape François et ces journées de réflexion sur le choix de son successeur?
    Cardinal Piat: Après le décès du pape François, j’ai d’abord traversé une période de deuil, car c’était une grande figure, qui a beaucoup marqué l’Église. Mais j’ai aussi ressenti une grande part d’action de grâce pour cet homme qui nous a marqués très concrètement dans notre petite île, notre petit diocèse. Sa mort a réveillé beaucoup de choses en nous.

    Sa visite de 2019 dans notre pays a laissé beaucoup de traces. Le peuple a été touché de cette attention du pape François qui avait voulu passer une journée chez nous durant son voyage dédié au Mozambique et à Madagascar. Nous avions pris cela comme un geste d’affection, cela nous a beaucoup touchés.

    L’île Maurice a une position particulière, en plein Océan indien, à la jonction entre l’Afrique et l’Asie… Le caractère singulier de votre pays, multilingue, multiculturel, multi-religieux, c’est aussi cela qui avait attiré le pape François?
    Je ne sais pas s’il était attentif aux caractéristiques de la société mauricienne, mais il voulait voir notre petite Église, et non seulement les grandes Églises qu’il rencontrait à travers le monde. C’était très touchant, et c’était un signe de son attention aux petits, à ceux qui sont loin.

    Maurice, c’est le grand large, l’Océan indien, et c’est aussi une porte vers l’Asie. Durant ce temps de pré-conclave, on entend beaucoup dire que l’Église catholique regarde de plus en plus vers l’Asie… Ressentez-vous aussi cette impulsion vers l’Orient?
    En effet, les Églises d’Asie, particulièrement celles d’Inde, des Philippines et de Corée, ont désormais une certaine maturité, une force, qui s’exprime. Elles s’expriment très bien. Je ne dirais pas qu’elles font ‘contrepoids’ aux Églises d’Europe, mais quelque chose de nouveau émerge dans le panorama de l’Église.

    Nous, les Mauriciens, nous y sommes sensibles car notre population compte environ 50% de personnes d’origine asiatique. Il y a donc une proximité naturelle avec l’Asie. Cela se ressent aussi parmi nos prêtres. Environ 50% de notre clergé est mauricien, mais nous avons aussi des missionnaires venus d’Inde et du Vietnam, outre ceux venus d’Afrique et d’Europe. Nous sommes attentifs à ces réalités, à ces changements.

    Au regard de la réforme de la Curie que le pape François voulait orienter vers une écoute plus attentive des Églises locales, ressentez-vous des changements dans la relation avec Rome? Est-ce que le Vatican a changé?
    Autrefois, surtout, nous venions rarement à Rome! Il est donc difficile de faire des comparaisons par rapport à ce qu’il se passait il y a 20 ou 30 ans, mais il est vrai que ces Églises se font entendre, prennent de l’importance. C’est vrai que nous voyons que Rome s’est beaucoup internationalisée, avec des figures importantes venues d’Afrique et d’Asie au sein de la Curie.

    "Une grande source d’inspiration laissée par le pape François restera Laudato si’"

    Durant ces congrégations générales, nos échanges sont très variés: les réflexions des cardinaux venus de pays lointains portent naturellement la marque de leurs origines. Les pères venant d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine nous font prendre conscience de l’immensité de la tâche d’un pape qui doit conserver la communion entre ces Églises dont chacune est marquée par sa situation géographique, politique, culturelle…

    Vous provenez d’un pays qui pratique intensément le dialogue interreligieux. Sentez-vous que ce sera aussi l’un des principaux défis du prochain pape, de parler avec l’islam, les religions asiatiques, l’athéisme aussi, qui est devenu une réalité puissante dans certains pays? Ce frottement avec d’autres pensées et d’autres façons de vivre la foi sera-t-il l’un des enjeux du prochain pontificat?
    Cela a déjà été un enjeu du pontificat de François, et même avant! Le pape Benoît XVI avait parlé du “parvis des Gentils”, c’est une belle expression, un beau concept. Et en réalité, ce “parvis des Gentils”, on le vit dans de nombreux pays, notamment à l’île Maurice. De nombreuses personnes hindoues et musulmanes viennent facilement à l’église pour se recueillir, pour demander des conseils. Elles inscrivent volontiers leurs enfants dans des établissements catholiques, elles ne se sentent pas menacées.

    Le pape François et ses prédécesseurs ont beaucoup appuyé et encouragé ce dialogue, qui progresse, qui s’affine. Des chrétiens engagés développent de grandes expériences du dialogue, ils apprennent progressivement de nouvelles manières de se situer, de s’exprimer. Et le dialogue interreligieux ne se vit pas seulement dans des pays lointains: il se vit aussi à Marseille, à Paris, à Londres… Dans toutes les grandes capitales naissent des expériences interreligieuses.

    Le monde est marqué par une polarisation croissante: les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres… Le prochain pape aura-t-il cette mission de «recoller les morceaux», d’apporter un message d’unité et d’espérance face à ces écarts grandissants?
    Oui, et une grande source d’inspiration laissée par le pape François restera Laudato si’, qui a su montrer toutes les interconnexions entre ces grandes questions économiques, écologiques, sociales. C’est une synthèse et une vision très porteuse.

    Il y aura toujours des lignes de fracture dans le monde. L’Église devra être là, sur ces lignes. En tout cas, nous vivons ces jours-ci l’expérience d’une Église très vivante, et cela donne beaucoup d’espérance pour l’avenir. (cath.ch/imedia/cv/rz)

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    Travaux-Chapelle-Sixtine

    Fenêtres obscurcies, accès scellés… Focus sur les préparatifs du conclave

    L’ingénieur Silvio Screpanti, vice-directeur du département infrastructure au sein du gouvernorat de la Cité du Vatican, détaille les travaux en cours pour la préparation du conclave qui débutera le 7 mai 2025. Outre l’aménagement des logements des cardinaux et de la chapelle Sixtine, il s’agit d’assurer l’isolement complet des participants, afin que le conclave soit impénétrable.

    Ils sont une quarantaine d’employés du Vatican, entre charpentiers, forgerons, monteurs, fleuristes, personnel de nettoyage, et une vingtaine de travailleurs d’entreprises externes, pour mener à bien ces travaux en quelques jours. Les préparatifs, précise Silvio Screpanti, consistent notamment à organiser les logements des cardinaux. Une mission rendue plus complexe cette fois-ci puisque le nombre de participants devrait être de 133 – contre 115 en 2013 – et que la résidence Sainte-Marthe où logent traditionnellement les cardinaux compte seulement 126 chambres.

    Tous les cardinaux électeurs devront laisser leurs téléphones portables à la résidence Sainte-Marthe avant l’ouverture du conclave et n’y auront absolument plus accès avant la fin du conclave. Cette disposition vise à garantir la dimension de la prière et de la concentration nécessaire pour l’élection du nouveau pape. Le Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican avait annoncé la désactivation des relais de téléphonie mobile situés sur le territoire du Vatican à partir de du 7 mai, à 15h. Ces dispositions n’auront aucun impact sur le travail des journalistes en salle de presse, ni sur la place Saint-Pierre, qui est reliée aux réseaux de téléphonie mobile situés en territoire italien.

    Les techniciens ont dû, outre la résidence Sainte-Marthe, réhabiliter des chambres dans des édifices adjacents – l'«ancienne maison Sainte-Marthe» et le Collège éthiopien –, en fournissant la planimétrie et en aménageant les meubles manquants (lit, table de chevet, armoire). Au total, 200 chambres, pour les électeurs et pour le personnel qui les accompagnera, sont prévues.

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    Les techniciens ont dû, outre la résidence Sainte-Marthe, réhabiliter des chambres dans des édifices adjacents | © Vatican Media

    Il a fallu aussi «étudier un aménagement de la chapelle Sixtine qui puisse accueillir le plus grand nombre de votants, tout en garantissant le respect du protocole et le confort des participants», assure le vice-directeur. Les fameux poêles pour produire la fumée noire ou blanche après les votes ont été mis en place et déjà les «tests de fumée» ont été réalisés «discrètement». En outre, un plancher flottant doit être posé pour régulariser le niveau du sol. Les tables des cardinaux électeurs et du personnel de soutien seront ensuite installées.

    80 sceaux de plomb

    Le Vatican prévoit plusieurs mesures pour garantir la confidentialité la plus totale sur le conclave: obscurcissement des fenêtres du palais apostolique dans les zones du conclave, désactivation de tous les appareils technologiques et de détection dans la Sixtine, apposition de 80 sceaux de plomb sur tous les accès au périmètre du conclave, pose de cloisons, de portes temporaires et fermeture de certaines fenêtres «pour éliminer les introspections» et garantir l’isolement des cardinaux.

    Pendant le conclave, cinq électriciens et ascensoristes, cinq thermo-hydrauliciens et deux fleuristes seront présents. «Ils prêteront serment et seront en service à plein temps, passant la nuit au Vatican, sans pouvoir avoir de contact avec leurs familles», affirme l’ingénieur. L’un des experts restera pendant toute la durée du vote dans un petit local technique près de la chapelle Sixtine, avec une télécommande du poêle électronique, «prêt à intervenir rapidement en cas de besoin».

    En parallèle, les fleuristes doivent préparer les décorations de la loggia de la Salle des Bénédictions – d’où le futur pontife adressera son premier salut au peuple rassemblé place Saint-Pierre. Après le conclave, les techniciens ne perdront pas leur temps: la Sixtine et tous les logements seront rapidement démontés pour permettre la réouverture totale des Musées du Vatican et le retour des résidents de Sainte-Marthe, qui ont dû céder leurs chambres. Il s’agira enfin de préparer la messe d’installation du nouveau chef de l’Église catholique. (cath.ch/imedia/ak/bh)

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    Des cardinaux s’épanchent-ils un peu trop sur le conclave?

    Ces derniers jours, de nombreux cardinaux ont livré leurs impressions au sortir du conclave. Certains ont carrément apporté des précisions sur son déroulement précis. Des faits graves pour lesquels une très lourde sanction canonique est prévue...

    Vincent Delcorps, Cathobel

    Les textes font formels: au terme d’un conclave, les participants à celui-ci sont absolument tenus de garder le secret sur tout ce qui le concerne. Seul le pape est autorisé à lever le secret – et à autoriser ses confrères à parler.

    Consensus, harmonie et score magistral

    Et pourtant, dès les heures qui ont suivi la fin du conclave, de très nombreux cardinaux n’ont pas manqué de prendre la parole dans les médias. Le plus souvent pour livrer leur ressenti ou partager des impressions générales. "J’ai senti un consensus", a ainsi déclaré le cardinal De Kesel. "Il y a eu une harmonie entre nous", a confié le cardinal Dominique Mathieu. Un rien plus précis, le cardinal Jean-Paul Vesco indiqua que le cardinal Prevost "avait eu un score magistral".

    Plus frappant: dès ce week-end, certains journalistes entreprirent de reconstituer le déroulement précis du conclave. On a ainsi pu lire dans la presse le nombre de voix obtenues par certains cardinaux. On a aussi appris que l'un d'eux se serait "désisté" entre deux scrutins. Pareil travail journalistique n’a été rendu possible qu’avec la «complicité» de cardinaux – ou d’autres participants au conclave. Des personnes qui, en l’occurrence, se sont exprimées 'en off’.

    Les opinions et les faits

    Mais que penser de ces prises de parole? Pour Louis-Léon Christians, canoniste à l’UCLouvain, il y a un problème. "Les cardinaux peuvent sûrement donner leur opinion sur l’élection, partager leur satisfaction. En revanche, ils ne peuvent dire ce qui s’est passé. Ni en 'on’ ni en 'off’." Le vicaire général honoraire de Liège Alphonse Borras, également canoniste, confirme. Tout en apportant une petite nuance: "On peut comprendre qu’un cardinal donne une impression générale, sur l’ambiance par exemple. Mais pas qu’il décrive des faits précis ou donne des détails."

    La fascination des micros

    L’incroyable essor des réseaux sociaux semble avoir donné à ce conclave une médiatisation particulièrement forte. Pour autant, le phénomène des «fuites» n’est pas neuf. "Je me souviens avoir entendu que le cardinal Bergoglio était déjà un candidat significatif lors de l’élection de Benoît XVI, mais qu’il avait refusé", témoigne Louis-Léon Christians. "C’est quelque chose qu’on n’aurait pas dû savoir." Alphonse Borras, lui, évoque «la fascination des micros». "Il y a de l’ego, du narcissisme… C’est typiquement moderne: on se sent soudainement important parce qu’on a un micro devant soi et qu’on dispose d’informations. Alors, les médias jouent là-dessus."

    Reste que si les participants au conclave doivent respecter le secret, les journalistes, eux, n’y sont pas tenus. "Mais je pense que les médias catholiques devraient faire un effort de retenue. Ils ont un devoir de discrétion, on n’est pas des cow-boys!", souligne le professeur Christians. "Maintenant, si la presse concurrente dévoile des choses, il faut pouvoir aussi en parler."

    Un secret bien utile

    Les deux canonistes se rejoignent sur l’utilité du maintien du secret du conclave, notamment pour permettre une grande liberté des électeurs. "Plus on parle, plus les cardinaux deviennent fragiles et vulnérables pour le conclave suivant", ajoute le professeur Christians. "Il faut tenir le devoir de réserve et de confidentialité pour le bien d’autrui", souligne, pour sa part, l’abbé Borras. "Au final, qui subit le plus de préjudices? Pas les personnes qui s’expriment mais celles dont on parle – implicitement ou explicitement. C’est leur réputation qui est atteinte."

    > Retrouvez notre dossier spécial conclave <

    Reste qu’en ces temps de synodalité, disposer d’un compte-rendu du déroulement du conclave ne permettrait-il pas de mieux percevoir les grands enjeux de l’Église? "On entrerait alors dans une autre logique, celle des débats parlementaires", analyse Alphonse Borras. "Mais même dans nos institutions démocratiques actuelles, des lieux demeurent entourés d’une confidentialité stricte, pour le bien de l’institution et pour la réputation des personnes."

    Une sanction obsolète?

    Les textes juridiques indiquent que le non-respect du secret du conclave entraîne l'excommunication latae sententiae. Cela veut dire que la personne concernée est exclue de la communion de l'Église par le fait même que l'acte est posé. Nuance: cette sentence reste dans la conscience de la personne tant qu’elle n’est pas prononcée par le pape. "Je pense que cette sanction ne vaut toutefois que pour les faits graves", réagit Christians. "Si l’on raconte, par exemple, qu’un cardinal s'est retiré pendant le conclave." En l'occurrence, face aux fuites actuelles, le canoniste imagine mal le pape proclamer publiquement une excommunication. "Mais il pourrait très bien dire à un cardinal: 'ça suffit'".

    Ajoutons que, de longue date, le canoniste Borras trouve, pour sa part, les modalités d'application de cette sanction latae sententiae "obsolètes, incongrues et incompréhensibles dans nos mentalités actuelles".

    Il faut rappeler que Léon XIV est, lui aussi, un spécialiste du droit canon. Il sera intéressant d'observer la façon dont celui-ci évoluera sous son pontificat. (cath.ch/cathobel/vd/rz)

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    Qui succédera au pape François? les papabili

    La succession du pape François ne présente pas de candidat favori. Selon l’adage romain 'qui entre pape au conclave en ressort cardinal.’ C’est dire si les incertitudes sont grandes et les papabili nombreux.

    Maurice Page et Max Savi Carmel avec I.MEDIA

    Au cours des XXe et XXIe siècle, si certaines élections étaient prévisibles et attendues (Pie XII en 1939, Paul VI en 1963, ou Benoît XVI en 2005) les autres ne l’étaient pas du tout (Jean XXIII, Jean Paul Ier, Jean Paul II, François)

    Pour la première fois, les cardinaux désignés par le pape François depuis le début de son pontificat forment largement plus des deux tiers du Collège cardinalice, c’est-à-dire la majorité nécessaire pour élire un pape. Auront-ils pour autant une position cohérente? Certainement pas. Face à ces incertitudes cath.ch offre un assez large panel de concurrents classés par continent.

    L’Europe 

    Avec 53 cardinaux électeurs l’Europe reste le continent le plus représenté au conclave (39%), mais elle n'a plus de majorité. Et on ne peut pas tabler pour autant sur un vote continental. Trois Italiens semblent toutefois tenir la corde.

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    Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, 2020 | © Flickr Catholic Church of England and Wales CC BY-NC-SA 2.0

    Pietro Parolin, 68 ans, secrétaire d’Etat nommé par le pape François en 2013, il est le no 2 du Saint Siège dont il connaît parfaitement les rouages. Comme diplomate de carrière au Vatican (Nigeria, Mexique, Venezuela …) puis comme secrétaire d’Etat, il a eu à faire avec tous les épiscopats et les Etats du monde. Il a été très impliqué dans l’accord controversé entre la Chine et le Vatican. Personnalité simple et discrète, toujours très mesuré dans ses prises de parole, il garde une ligne doctrinale orthodoxe, capable de rassurer les cardinaux après le pontificat ›agité’ du pape François. Sa nationalité italienne reste également un atout après trois papes étrangers dans un conclave qui compte encore 15 Italiens. Mais il n’apparaît néanmoins pas comme le successeur naturel à François.

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    Le cardinal Mateo Zuppi | © Vatican medias

    Matteo Zuppi, 68 ans. L’archevêque de Bologne depuis 2015 est un proche du pape François dont il partage largement la ligne en particulier dans l’option préférentielle pour les pauvres. Proche de la communauté Sant’Egidio, il a l’expérience de la diplomatie ‘parallèle’. Il a été envoyé spécial du pape François en Ukraine. Selon certains observateurs, il serait devenu le rival ‘officieux’ de Pietro Parolin. En 2022, il devient président de la Conférence épiscopale italienne, ce qui renforce son autorité.

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    Frère Pierbattista Pizzaballa, ancien custode des Franciscains de Terre Sainte | © Maurice Page

    Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, 60 ans, fait partie de la dernière fournée des cardinaux nommé par le pape François. Sa visibilité mondiale s’est fortement accrue avec le conflit israélo-palestinien, mais le franciscain italien occupe depuis longtemps un poste de premier plan en Terre-Sainte d’abord comme custode des franciscains puis comme patriarche nommé par le pape François pour remettre de l’ordre dans un patriarcat en difficulté. Cardinal depuis 2023, cet homme fin et respectueux a su gardé sa simplicité franciscaine. Son élection serait évidemment un signe et un hommage très fort pour les chrétiens d’orient.

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    Le cardinal Peter Erdö est archevêque d'Esztergom Budapest depuis 2003 | © DR

    Peter Erdö, archevêque d’Esztergom-Budapest, 71 ans. Président du Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE) de 2006 à 2016, rapporteur du Synode sur la famille de 2014, le cardinal qui parle cinq langues bénéficie d’une réputation qui dépasse les limites de son pays. D’une ligne plus conservatrice, il serait pour certains le candidat des anti-François (mais qui sont aujourd’hui très minoritaires dans le conclave). Ses relations avec le gouvernement nationaliste et réactionnaire de Viktor Orban ont aussi été questionnées.

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    Le cardinal Jean-Marc Aveline est archevêque de Marseille depuis 2019 | © Diocèse de Marseille

    Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, 65 ans. Les Français aimeraient voir dans ce prélat un papabile. Il a été nommé cardinal par le pape François en 2022. Plutôt une surprise, même si on sait que le pontife l’avait depuis un certain temps fréquemment interpellé sur le front des migrations. Son profil ecclésial est assez intéressant, il connaît très bien le monde arabe, étant né en Algérie de parents espagnols qui ont été contraints d’émigrer deux fois, d’abord d’Espagne, puis d’Oran. Théologien, allergique à la pompe, réfractaire aux protocoles, Aveline est une personnalité populaire très appréciée.

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    Mgr Anders Arborelius, évêque de Stockholm, explique la démarche de la Conférence des évêques nordiques | Capture-écran

    Le cardinal suédois Anders Arborelius, 75 ans est peu connu du grand public. Il représente une Eglise minoritaire mais dynamique. À l’âge de vingt ans, il se convertit au catholicisme et deux ans plus tard, il entre au carmel de Norraby. Il a étudié la philosophie et la théologie à Bruges en Belgique et à Rome. Nommé évêque du diocèse catholique de Stockholm en 1998, il est le premier évêque catholique de Suède d’origine suédoise depuis la Réforme.

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    Berne le 19 mars 2024. Le cardinal Mario Grech | © Bernard Hallet

    Le cardinal maltais Mario Grech, 68 ans, s’est fait largement connaître comme secrétaire général du synode des évêques. En sa qualité de président la conférence épiscopale maltaise il participé en octobre 2014 au synode la famille sur où le pape François le remarque. En 2019, à quelques jours de l’ouverture du synode sur l’Amazonie, Mario Grech est nommé pro-secrétaire général du synode des évêques. Il est créé cardinal en 2020. Il a joué un rôle important pour le synode sur la synodalité voulu par le pape en 2023 et 2024.

    L’Asie

    L’Église en Asie reste ultra-minoritaire, pourrait néanmoins offrir au moins deux papabili, parmi ses 23 cardinaux-électeurs.

    Le cardinal philippin Luis Antonio Tagle
    Le cardinal philippin Luis Antonio Tagle
    Le cardinal philippin Luis Antonio Tagle | © Vatican Media

    Luis Antonio Tagle, 66 ans, pro-préfet du Dicastère pour l’évangélisation. Avant même d’être amené à Rome par le pape François en 2019, le cardinal philippin avait été largement salué comme un « François asiatique » et un successeur potentiel, se faisant remarquer lors du synode sur les jeunes en 2018. Mais après que Tagle a été démis de la présidence de Caritas, l’organisation caritative de l’Église, son aura a fortement pâli, notant des problèmes financiers et de personnel au sein du groupe caritatif, et même des cas d’échec dans la gestion des clercs abuseurs.  Il ne serait pas un bon gestionnaire et organisateur ne sachant pas comment prendre des décisions.

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    Le cardinal coréen Lazarus You Heung-sik est heureux que les JMJ 2027 se déroulent dans son pays | © Lorenzo Iourfino/Flickr/CC BY-SA 4.0

    Le cardinal coréen Lazarus Yu Heung-Sik, 71 ans, est le préfet du Dicastère pour le clergé depuis 2021. Il est le premier Coréen à diriger un dicastère de la Curie romaine.Il a précédemment été évêque de Daejeon de 2005 à 2021. Il a été créé cardinal par le pape François en 2022. Il a été associé au Mouvement des Focolari et a assisté à des rassemblements internationaux.

    Amérique

    Pour l’Amérique du Nord, la puissante Église catholique des États-Unis, avec 11 cardinaux électeurs, est très divisée entre pro et anti-François ce qui empêche l’émergence de personnalités de consensus. Deux noms peuvent être cependant retenus.

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    Le cardinal Robert McElroy, nouvel archevêque de Washington | © sdcatholic.org

    Le cardinal Robert McElroy, 71 ans, successeur de Mgr Gregory à Washington pourrait aussi figurer sur la liste. Créé cardinal en 2022, le prélat a suscité des tensions au sein de l’Eglise américaine, notamment pour ses positions jugées trop conciliantes sur la question de l’avortement et prenant la défense du président Jo Biden. Cet ancien professeur d’éthique sociale s’oppose clairement aux anti-pape François.

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    Le cardinal Robert Francis Prevost est Préfet du Dicastère pour les évêques | Vatican media

    Le cardinal, Robert Francis Prevost, 69 ans, est le moins américain des Américains. Le Préfet du dicastère pour les Évêques, le cardinal Prevost apparaît à la fois comme un homme d’expérience et comme une figure nouvelle au sein de la Curie romaine. Né à Chicago en septembre 1955 dans une famille d’ascendance espagnole, française et italienne, il a fait des études de mathématiques avant d’entrer dans l’Ordre des augustins, dont il fut le prieur général durant deux mandats, de 2001 à 2013. Le pape l’a ensuite nommé évêque du diocèse de Chiclayo, au Pérou, pays où il avait vécu comme missionnaire dans les années 1980 et 1990. En 2023, François l’a appelé à Rome comme préfet du dicastère pour les Évêques, et l’a promu cardinal.

    L’Amérique latine 

    Malgré 23 cardinaux électeurs, l’Amérique latine n’a plus les hautes personnalités qu’elle a connues dans le passé. On voit en outre mal un sud-américain succéder à un pape argentin.  

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    Le cardinal Odilo Scherer est archevêque de Sao Paulo | Vatican Media

    Le cardinal brésilien Odilo Scherer, 75 ans, déjà en lice pour la succession de Benoît XVI, peut rester sur la liste. Archevêque de Sao Paulo depuis 2007, Odilo Scherer reste la figure dominante de l’Eglise du Brésil. Ordonné prêtre en 1976, son ministère sacerdotal est marqué par l’enseignement dans différentes institutions  du Brésil. Nommé évêque auxiliaire de Sao Paulo, il occupe surtout le poste de secrétaire général de la Conférence des évêques du pays de 2003 à 2007. Il est créé cardinal en 2007.

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    Mgr Víctor Manuel Fernández, nouveau préfet du Dicastère pour le doctrine de la foi |© arzobispado de La Plata

    Argentin comme le pape François, le cardinal Victor Manuel Fernandez, 62 ans, est une personnalité de poids dans l’Eglise. Le puissant préfet du Dicastère de la doctrine de la foi, en place depuis 2023, gère non seulement les questions de doctrine, mais aussi les membres du clergé auteurs d’abus. Remarqué par le cardinal Bergoglio pour ses qualités d’écriture, il est considéré comme un «modèle du théologien pastoral» et s’inscrit dans le courant de la «théologie du peuple» chère au pape François. Honni par quelques-uns de ses pairs, comme son prédécesseur à la doctrine de la foi le cardinal Müller, Victor Manuel Fernandez pourrait pâtir du fait d’être le protégé de François.

    L’Afrique

    L’Afrique aura son mot à dire. Avec 18 cardinaux participant au conclave, l’Afrique n’aura jamais été aussi bien représentée. Néanmoins, même si les cardinaux Ambongo ou Turkson se détachent du lot, le continent pourrait devoir encore patienter avant d’avoir son premier pape.

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    Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa | © François-Régis Salefran/Wikimedia/CC BY-SA 4.0

    Le cardinal Fridolin Ambongo, 65 ans, archevêque de Kinshasa est de loin le favori. Le capucin est sans doute le prélat le plus influent du continent pour plusieurs raisons. D’abord, il est à la tête du diocèse qui constitue la capitale du pays le plus catholique d’Afrique, la République démocratique du Congo (RDC). Il sait aussi compter sur la sympathie de la presse catholique et sa mobilité constante sur tous les continents lui confère une aura internationale que tous les autres cardinaux africains pourraient lui envier. Ensuite, par son rôle politique de premier plan, dans un pays où l’Eglise est une entité incontournable, il est considéré comme « la personnalité la plus écoutée » de la RDC.

    Président du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), sa farouche opposition au mariage de couples homosexuels face à la publication de Fiducia supplicans a conforté son leadership. Enfin membre du Conseil des Cardinaux (C9), il s’illustre comme la principale figure d’une Afrique qui s’est longtemps sentie à l’écart des centres de décisions au sein de l’Eglise.

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    Le cardinal Turkson encourage le tourisme comme outil de développement rural | © Raphaël Zbinden

    Le cardinal ghanéen Peter Kodwo Appiah Turkson, 76 ans, été président du Conseil pontifical Justice et Paix et préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral jusqu’en décembre 2021. En 2009, à l’issue du synode pour l’Afrique dont il était rapporteur général, Benoît XVI annonce sa nomination comme président du Conseil pontifical Justice et Paix. En  2016 est créé le Dicastère pour le service du développement humain intégral, le cardinal Turkson en est alors nommé premier préfet. Après la démission de Benoît XVI, en février 2013, son nom est cité parmi les favoris pour occuper le siège apostolique.

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    Le cadinal Cristobal Lopez est archevêque de Rabat, au Maroc | © Maurice Page

    Le cardinal Cristóbal López Romero, 72 ans, est un homme de trois continents. L’Espagnol de 72 ans est l’un des cardinaux représentant les petites communautés catholiques vivant en terre d’Islam. Archevêque de Rabat, au Maroc, depuis 2017, le salésien a œuvré au Paraguay pendant près de vingt ans et en Bolivie durant trois ans. Il est porteur de l’esprit missionnaire et de fraternité entre les peuples que le pape François a encouragé, et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé au Maroc. Connu pour son humour et sa bienveillance, il est depuis 2022 président de la conférence des évêques du Nord de l’Afrique. Cité parfois comme ‘papabile’, il a assuré ces jours-ci qu’il fallait être « malade mentalement pour vouloir être pape». Avant d’admettre que s’il s’agissait d’un appel de l’Église, il serait difficile de ne pas se rendre disponible. (cath.ch/msc/imedia/mp)

    Les outsiders
    Outre les principaux favoris, il existe de nombreux outsiders aux personnalités et aux charismes plus ou moins connus.
    Jean-Claude Hollerich, 65 ans. L’archevêque du Luxembourg depuis 2011 a été au devant de la scène comme rapporteur général du Synode des évêques sur la synodalité. Le jésuite, longtemps missionnaire au Japon, a pris des positions plutôt progressistes sur la bénédiction des couples homosexuels ou sur la place des femmes en Eglise. Il s’est également fait connaître et apprécié comme président de la commission des épiscopats de la communauté européennes (COMECE) de 2018 à 2023. Le fait qu’il soit jésuite comme le pape François pourrait être un obstacle.

    Le dominicain Timothy Radcliffe, 79 ans, créé cardinal en décembre 2024 pourrait être un outsider. L’ancien Maître de l’Ordre des prêcheurs de 1992 à 2001 s’est fait connaître hors des cercles religieux par ses analyses et ses prises de position sur la société contemporaine, la situation de l’Église et la vie religieuse. La finesse de ses analyses, la simplicité de ses propos alliée à une grande profondeur, et son sens de l’humour prononcé ont contribué à faire de lui une personnalité catholique de premier plan.

    Le cardinal anglais Arthur Roche, 74 ans, préfet du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2021 personnifie la défense de la Réforme liturgique voulue par le Concile Vatican II. D’abord évêque auxiliaire de Westminster puis évêque de Leeds, il rejoint la curie romaine en 2012. Il est l’artisan de la nouvelle traduction du Missel Romain. Il s’oppose à la politique restrictive du préfet de l’époque le cardinal Robert Sarah. Ses talents de négociateur sont importants dans les relations avec les conférences épiscopales nationales.

    Cardinal seulement depuis décembre 2024, le Japonais Tarcisio Isao Kikuchi, 66 ans, présente néanmoins un profil intéressant. L’actuel archevêque de Tokyo, membre de la société du Verbe divin (SVD) a été formé en Australie avant de devenir missionnaire au Ghana, en Afrique. En 1998, il rejoint Caritas Japon et devient représentant des évêques japonais lors de diverses conférences internationales. Evêque de Niigata en 2004, il devient archevêque de Tokyo en 2017. De 2011 à 2019, il est à la tête de Caritas Asie. En 2023, il est élu pour un mandat de 4 ans à la tête de Caritas Internationalis.  

    Le cardinal Wilton Gregory, 77ans, vient de prendre sa retraite  comme archevêque de Washington. Il est le premier évêque afro-américain à accéder à un rang aussi élevé dans l’Église catholique aux États-Unis. Le pape François le crée cardinal en 2020. d’abord évêque auxiliaire à Chicago puis évêque de Belleville et archevêque d’Atlanta, il est vice-président puis président de la conférence épiscopale des États-Unis de 2001 à 2004. Il se fait connaître par ses prises de position courageuses dans la politique américain.

    Le cardinal Blase Joseph Cupich, 75 ans, archevêque de Chicago et cardinal depuis 2016, apparaît aussi comme appartenant à la ligne pastorale du pape François. D’abord prêtre en paroisse, puis recteur de collège et responsable de la formation, il devient évêque de Rapid City en en 1998 avant d’être transféré à Denver puis Spokane, avant d’arriver à Chicago en 2014.

    Le cardinal canadien Gérald Cyprien Lacroix, 68 ans, archevêque de Québec, peut faire valoir son expérience de missionnaire en Colombie. Evêque auxiliaire puis archevêque de Québec en 2011, il devient cardinal en 2014. Il est sorti récemment blanchi d’accusations d’abus et de dissimulation d’abus. Il est connu également par ses oeuvres sociales.

    Protase Rugambwa, 65 ans, l’archevêque de Tabora, en Tanzanie, connaît, mieux qu’aucun autre les rouages de la Curie romaine pour y avoir travaillé pendant près de 20 ans. Il devrait capitaliser les voix des pays anglophones du continent qui constituent le contingent le plus important de l’Afrique. Il est le neveu de Laurean Rugambwa qui fut le premier cardinal du continent africain en 1960. Nommé en 2023 à Tabora, diocèse secondaire du nord-ouest de la Tanzanie, le cardinal Rugambwa est davantage isolé des pôles médiatiques.

    Dieudonné Nzapalainga, 58 ans, archevêque de Bangui, a toutes les chances de prendre part à plusieurs conclaves. Les atouts forts du prélat centrafricain sont sa modestie « franciscaine » et son esprit de consensus. Dynamique, infatigable, fin modérateur et très aimé du pape François il s’est fait remarquer par ses efforts pour faire cohabiter christianisme et islam en Centrafrique. Il est néanmoins un conservateur invétéré, une posture qui aura du mal à convaincre des cardinaux occidentaux de moins en moins dogmatiques sur les questions de mœurs et d’éthique.


    Le dominicain franco-algérien Jean-Paul Vesco, 62 ans, représente une Eglise très minoritaire au sein du Maghreb musulman. Il est un des artisans du dialogue islamo-chrétien. Né à Lyon, Jean-Paul Vesco entre dans l’ordre des frères prêcheurs en 1994. Envoyé dans le diocèse d’Oran, en Algérie, il en devient l’évêque en 2012 puis archevêque d’Alger en 2021. En 2023, il reçoit la nationalité algérienne. Il est créé cardinal en décembre 2024. (cath.ch/mp)

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    L'entrée en conclave en sept étapes détaillées

    Mercredi 7 mai 2025, les 133 cardinaux électeurs présents à Rome entreront à 16h30 dans la chapelle Sixtine pour élire le successeur du pape François. L’agence I.MEDIA revient sur les étapes de cette journée historique.

    1- L’installation des cardinaux à Sainte-Marthe

    Ces derniers jours, l’ensemble des occupants habituels des deux maisons Sainte-Marthe – l’ancienne et la nouvelle – ont dû quitter les lieux qui ont été restructurés et sécurisés afin d’accueillir les 133 cardinaux qui voteront pour l’élection du successeur du pape François. Leur installation dans les chambres de cette résidence du Vatican a commencé ce mardi matin 6 mai et pourra se poursuivre jusqu’au lendemain, avant la messe Pro Eligendo Romano Pontifice.

    Seule la suite 201 – l’appartement du pontife défunt – reste inoccupée. Elle demeure sous scellés jusqu’à l’élection du nouveau pape, qui pourra l’investir dans les premiers jours de son pontificat. Il sera aussi amené à visiter les appartements pontificaux du palais apostolique, eux aussi mis sous scellés après la mort de François le 21 avril dernier, et pourrait faire le choix de s’y installer.

    Inaugurée par Jean Paul II en 1996, la résidence Sainte-Marthe avait été pensée initialement en vue d’un conclave. Les cardinaux ayant participé aux deux conclaves de 1978 – parmi lesquels Joseph Ratzinger, le futur Benoît XVI – avaient alors été hébergés sur des lits de camp dans les couloirs du palais apostolique, dans des conditions très spartiates et pénibles dans le contexte de l’été romain. Pour un investissement de 20 millions de dollars, Jean Paul II avait donc décidé de soutenir la construction d’un nouveau bâtiment plus moderne et sécurisé pour le conclave dédié à élire son successeur.

    Ce bâtiment comptant 129 chambres sert habituellement de maison d’hôtes, mais certains prêtres travaillant à la Curie romaine y habitent à temps plein, sauf en cas de conclave. À la surprise générale, après son élection en 2013, le pape François avait fait le choix d’y résider définitivement, prenant possession de la suite occupée par le patriarche Bartholomée de Constantinople, venu au Vatican pour sa messe d’installation.

    2- La messe Pro Eligendo Romano Pontifice à 10h

    À 10h, tous les cardinaux – électeurs ou non – célèbrent dans la basilique Saint-Pierre la messe Pro Eligendo Romano Pontifice – “Pour l’élection du Pontife romain”. Les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et les fidèles laïcs présents à Rome peuvent aussi participer à la célébration, manifestant ainsi la communion dans la prière de toute l’Église dans un moment aussi important. C’est ce que précise l’Ordo rituum conclavis.

    Retransmise par les médias du Vatican, cette messe sera présidée par le doyen du Sacré-Collège, le cardinal Giovanni Battista Re. À 91 ans, l’Italien a présidé les congrégations générales, ces réunions à huis clos durant lesquelles les cardinaux ont fait l’inventaire du pontificat de François et ont dressé des perspectives pour l’avenir. L’ancien préfet de la congrégation pour les Évêques, qui a aussi présidé la messe des funérailles du pape François, ne pourra pas participer au conclave puisqu’il a plus de 80 ans.

    Dans son homélie, il devrait revenir sur l’Évangile choisi pour cette messe. L’évangéliste Jean y rapporte la demande du Christ à ses disciples: «Mon commandement, le voici: Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.» Dans cet extrait qu’entendront les cardinaux, Jésus-Christ dit encore: «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure.»

    En mars 2013, le prédécesseur à ce poste du cardinal Re, le cardinal Angelo Sodano, avait insisté dans son homélie sur le rôle des papes dans «le service de la charité».

    Dans les intentions de prière de cette messe singulière, l’assemblée sera notamment invitée à prier pour les cardinaux « appelés à élire le pontife romain ». La messe se conclura par une prière en latin à la Vierge Marie, le Regina Cæli.

    3- Rendez-vous à la Chapelle Pauline à 16h15

    Les 133 cardinaux électeurs ont ensuite rendez-vous à 16h15 dans la chapelle Pauline du palais apostolique du Vatican pour une courte prière introduisant la procession vers la chapelle Sixtine. Dans cette chapelle Pauline – qui ne se visite pas d’ordinaire -, deux fresques de Michel-Ange illustrent le Martyre de saint Pierre et la Conversion de saint Paul, soit les deux patrons de la ville. Les cardinaux pourront se plonger dans le regard mystérieux de saint Pierre, crucifié à l’envers, et qui semble avertir le spectateur qui l’observe.

    La chapelle Pauline, rénovée en 2009, est séparée de la chapelle Sixtine par la splendide Sala Regia, salle d’honneur du palais apostolique.

    La procession qui partira de la chapelle sera composée de cérémoniaires portant une croix et deux chandeliers. Derrière, viendront des chantres et des prélats parmi lesquels le secrétaire du Collège des cardinaux, le maître des célébrations liturgiques pontificales, ainsi que le cardinal Raniero Cantalamessa, chargé de la méditation.

    Les cardinaux viendront ensuite, répartis suivant les trois ordres qui composent le collège cardinalice : d’abord les diacres, puis les prêtres et enfin les évêques. Tous chanteront la longue litanie des saints en latin.

    4- Le Serment dans la Sixtine

    Après avoir pris la place qui leur aura été attribuée dans la Chapelle Sixtine, les cardinaux entonneront le chant du Veni Creator, la prière des chrétiens demandant à l’Esprit Saint de venir les soutenir.

    Puis, en présence des personnes ayant participé à la procession solennelle, ils prononceront le serment prescrit. Le cardinal présidant le conclave – le cardinal Pietro Parolin – prononcera alors la formule consacrée (v. encadré).

    Ensuite, chaque cardinal électeur, selon l’ordre de préséance, prêtera serment en latin selon la formule suivante: “Et moi N., cardinal N., je le promets, j’en fais le vœu et je le jure”, et il ajoutera en posant la main sur l’Évangile présenté par les cérémoniaires: “Que Dieu m’y aide ainsi que ces saints Évangiles que je touche de ma main.“

    5- «L’Extra Omnes»

    Lorsque le dernier cardinal aura prêté serment, le maître des célébrations liturgiques pontificales, Mgr Diego Ravelli, prononcera alors la célèbre formule extra omnes – “Tous dehors“ – pour que ceux qui ne participent pas au conclave quittent la Chapelle Sixtine. Le prélat italien fermera alors la lourde porte de bois qui sépare la chapelle de la Sala Regia.

    6- La dernière méditation à huis clos

    Alors, devant les cardinaux électeurs, interviendra celui qui a été choisi pour prêcher une “méditation sur la lourde tâche qui les attend”, précise l’Ordo rituum conclavis. C’est le cardinal non électeur Raniero Cantalamessa, ancien prédicateur de la Maison pontificale, qui s’acquittera de cette mission.

    Le religieux capucin a pris sa retraite à l’automne dernier à 90 ans, après un service actif d’une durée exceptionnellement longue au Vatican, puisqu’il occupait la charge de prédicateur depuis 44 ans et était l’une des dernières figures du pontificat de Jean Paul II encore en activité.

    Au terme de cette méditation, le prédicateur et le maître des cérémonies pontificales quitteront les lieux. La Garde suisse sera postée à toutes les entrées de la chapelle et le premier scrutin pourra avoir lieu.

    7- Le premier vote

    Le premier vote se tiendra après la méditation du cardinal Cantalamessa, et donnera donc lieu à la première fumée. Il n’est pas impossible qu’un nouveau pape soit élu dès le premier tour, mais c’est très peu probable. Il faudrait pour cela qu’au moins 89 cardinaux – sur 133 – aient voté pour un cardinal. Habituellement, le premier vote sert à jauger les forces en présence sans préjuger du résultat final.

    Par exemple, selon certaines sources, le cardinal polonais Karol Wojtyla n’avait obtenu que 5 voix lors du premier tour du second conclave de 1978, loin derrière les cardinaux italiens Giuseppe Siri (entre 23 et 36) et Giovanni Bennelli (22). Ce n’est qu’à partir du 4e tour que l’archevêque de Cracovie était apparu comme un candidat de recours face au blocage provoqué par l’opposition entre ces deux cardinaux incarnant le clivage entre conservateurs et progressistes. La progression du futur pape Jean Paul II s’est poursuivie jusqu’à sa large élection au huitième tour.

    En 2013, le cardinal Bergoglio avait obtenu 26 voix, selon le vaticaniste Gerard O’Connell. Il avait été légèrement devancé par le cardinal italien Angelo Scola, 28 voix, le grand favori de l’élection. Au second tour, le lendemain, l’archevêque de Buenos Aires avait viré en tête, avec 45 voix, tandis que le cardinal Scola n’avait progressé que de 8 voix. Dès le cinquième scrutin, l’Argentin avait été élu.

    Après ce premier vote, les cardinaux rentreront en bus à la maison Sainte-Marthe pour le dîner et la soirée. Ils pourront alors échanger entre eux mais n’auront aucune communication avec le monde extérieur. Ils ne récupéreront leur téléphone portable qu’après la fin du conclave. (cath.ch/imedia/cv/hl/rz)

    Le serment des cardinaux:

    Nous tous et chacun de nous, cardinaux électeurs présents à cette élection du souverain pontife, promettons, faisons le vœu et jurons d’observer fidèlement et scrupuleusement toutes les prescriptions contenues dans la Constitution apostolique du souverain pontife Jean Paul II, Universi dominici gregis, datée du 22 février 1996. De même, nous promettons, nous faisons le vœu et nous jurons que quiconque d’entre nous sera, par disposition divine, élu pontife romain, s’engagera à exercer fidèlement le munus Petrinum de pasteur de l’Église universelle et ne cessera d’affirmer et de défendre avec courage les droits spirituels et temporels, ainsi que la liberté du Saint-Siège. Nous promettons et nous jurons surtout de garder avec la plus grande fidélité et avec tous, clercs et laïcs, le secret sur tout ce qui concerne d’une manière quelconque l’élection du pontife romain et sur ce qui se fait dans le lieu de l’élection et qui concerne directement ou indirectement les scrutins; de ne violer en aucune façon ce secret aussi bien pendant qu’après l’élection du nouveau pontife, à moins qu’une autorisation explicite en ait été accordée par le pape lui-même; de n’aider ou de ne favoriser aucune ingérence, opposition ni aucune autre forme d’intervention par lesquelles des autorités séculières, de quelque ordre et de quelque degré que ce soit, ou n’importe quel groupe, ou des individus voudraient s’immiscer dans l’élection du pontife romain.

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    Au seuil du conclave, comment se compose le collège cardinalice?

    Depuis la mort du pape François, le 21 avril 2025, les cardinaux du monde entier ont gagné Rome afin de préparer l’élection de son successeur. À la veille du conclave, l’agence I.MEDIA détaille les caractéristiques de l’actuel collège électeur qui porte la marque du pontificat de François: plus international, moins occidental, moins italien et davantage tourné vers le Sud et les périphéries.

    Méthode: Pour être électeur lors d’un conclave, un cardinal doit avoir eu moins de 80 ans le jour de la mort du pontife. Un cas à part est celui du cardinal Angelo Becciu, 76 ans, à qui le pape François a retiré le droit de participer à l’élection – il ne figure donc pas dans les statistiques. Ces statistiques prennent aussi en compte l’absence de deux cardinaux électeurs: le Kenyan John Njue et l’Espagnol Antonio Cañizares Llovera, qui n’entreront pas dans la chapelle Sixtine pour des raisons de santé.

    1- Un collège électeur largement modelé par François

    La très grande majorité des cardinaux qui choisiront le prochain pape ont été créés par le pape François. En l’espace de douze ans, le pape argentin a convoqué dix consistoires, ces célébrations durant lesquelles il leur a remis la barrette cardinalice, le fameux chapeau carré rouge avec des rabats rigides. En tout, il a nommé 133 cardinaux mais certains ne sont plus électeurs ou ne l’étaient déjà pas lors de leur création, pour raison d’âge. Pour ce conclave, le collège électeur compte 108 cardinaux (81,2 %) créés par le pape argentin.

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    Pour ce conclave, le collège électeur compte 108 cardinaux (81,2%) créés par le pape François | © I.Media

    Lors du conclave de 2013, les cardinaux créés par Benoît XVI ne représentaient que 59% du total. En 2005, tous les cardinaux avaient été créés par Jean Paul II durant son long pontificat de plus de 26 ans, à l’exception de deux cardinaux créés par Paul VI, dont le cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI.

    Ce conclave de 2025 comptera vingt cardinaux créés par Benoît XVI. Il reste encore cinq cardinaux électeurs choisis par Jean Paul II: le cardinal bosnien Vinko Puljic, le cardinal français Philippe Barbarin, le cardinal hongrois Péter Erdö, le cardinal croate Josip Bozanic et le cardinal ghanéen Peter Turkson. Ils participeront donc à leur troisième conclave.

    2- L’Italie toujours en tête au conclave malgré un net recul

    Le pays le plus représenté dans ce conclave sera une nouvelle fois l’Italie. Avec 17 cardinaux électeurs, le pays dans lequel est enclavé le Vatican et dont le pape est le primat représente 12% des effectifs du collège. Et même un peu plus si on considère que deux cardinaux ayant le passeport italien ne sont pas comptabilisés comme tels: le préfet apostolique d’Oulan-Bator, le cardinal Giorgio Marengo, considéré comme un représentant de la Mongolie, et le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche de Jérusalem, rattaché à la «Terre sainte».

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    Le pays le plus représenté dans ce conclave sera une nouvelle fois l’Italie | © I.Media

    Cependant, l’Italie n’a jamais été aussi peu représentée au sein du Sacré collège. En 1958, lors du conclave qui a abouti à l’élection de Jean XXIII, les cardinaux italiens n’étaient là aussi que 17, mais pour 51 cardinaux en tout (soit 1/3). Cette fois-ci, ils ne comptent que pour 12% du collège cardinalice, soit la moitié de la part qu’ils représentaient en 2013.

    Cette baisse est structurelle depuis le début du XXe siècle, hormis les légers rebonds observés lors des pontificats de Jean XXIII et de Benoît XVI. Elle a participé à l’élection de trois papes non-Italiens de suite, du jamais vu depuis la période avignonnaise, au XIVe siècle.

    Les Italiens ne sont pas les seuls à perdre de l’influence: si les États-Unis restent le deuxième pays le plus représenté dans le collège cardinalice, ils ont un cardinal électeur en moins et 2 points de pourcentage en moins par rapport à 2013. Douze ans après la fin du pontificat de Benoît XVI, les Allemands sont aussi moins nombreux, avec seulement 3 cardinaux, soit deux de moins qu’en 2013.

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    Les États-Unis restent le deuxième pays le plus représenté dans le collège cardinalice | © I.Media

    Avec cinq cardinaux électeurs, la France, en revanche, connaît un léger rebond après avoir atteint son plus faible poids en 2013. À noter en outre que le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, a la double nationalité franco-algérienne mais est comptabilisé comme algérien par le Saint-Siège.

    La France est devancée uniquement par l’Italie, les États-Unis et le Brésil, pays avec la plus importante population catholique au monde et qui compte sept cardinaux. Viennent ensuite six pays avec quatre électeurs: le Portugal, l’Espagne, le Canada, l’Inde, l’Argentine et la Pologne.

    3- L’Occident en perte de vitesse, l’Asie comme nouvelle force

    Le continent le plus représenté dans ce conclave reste l’Europe: 39% des cardinaux viennent du Vieux Continent, soit une baisse spectaculaire par rapport au conclave de 2013 – cinq cardinaux de moins et 13 points de pourcentage en moins. Il s’agit non seulement d’un des effets de la 'désitalianisation' du collège cardinalice, mais aussi d’un élan vers les autres continents.

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    Le continent le plus représenté dans ce conclave reste l’Europe: 39% | © I.Media

    Le continent américain stabilise sa deuxième place dans le collège cardinalice (près de 28%), mais penche désormais beaucoup plus au sud. L’Amérique du Nord perd ainsi deux points de pourcentage, et l’Amérique centrale régresse légèrement. Au contraire, la part des cardinaux venus d’Amérique du Sud est passée de 11% à 13% sous le pontificat du pape argentin.

    Le continent qui a indéniablement le plus progressé en douze ans est l’Asie, dont la part au sein du collège cardinalice a presque doublé depuis 2013, passant de 9% à 17% en comptant le Moyen-Orient. Le pape François – qui rêvait dans sa jeunesse de devenir missionnaire au Japon – a accordé une importance toute particulière à ce continent qui pèse désormais plus que chacun des sous-continents américains et ou bien que l’Afrique. À l’intérieur du continent asiatique, le Moyen-Orient a aussi légèrement accru son poids en passant d’un à trois cardinaux.

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    Le continent qui a indéniablement le plus progressé en douze ans est l’Asie | © I.Media

    L’Afrique, continent où l’Église catholique connaît actuellement la plus forte croissance, a aussi progressé au sein du Sacré collège, mais moins que l’Asie. On peut aussi noter la présence inédite de quatre cardinaux de l’Océanie, venant d’Australie, de Nouvelle-Zélande, des îles Tonga et de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

    4- Une Curie romaine moins influente

    Le pontificat de François aura aussi été marqué par un phénomène de décentralisation du collège cardinalice, qui s’est manifesté par une diminution du nombre de cardinaux électeurs membres de la Curie, l’administration centrale de l’Église catholique à Rome.

    Moins d’un cardinal électeur sur quatre – 24% – est en poste à la Curie romaine ou en est un ancien membre à la retraite. Il s’agit d’une perte d’influence significative pour les cardinaux vivant à Rome, si on compare la situation actuelle à celle du conclave de 2013.

    En 2013, près de 35% des électeurs appartenaient à la Curie romaine. En 2005, l’équilibre était plus proche de celui observé actuellement, avec un peu plus de 25% de membres résidant à Rome.

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    Moins d’un cardinal électeur sur quatre – 24% – est en poste à la Curie romaine | © I.Media

    À noter que dans le collège cardinalice actuel, un cardinal n’est ni rattaché à la Curie ni à un diocèse: le cardinal britannique Timothy Radcliffe, ancien supérieur des dominicains. Il est aussi le seul à ne pas être évêque.

    5- Des cardinaux des périphéries

    Cette décentralisation a aussi été accélérée par la volonté du pape François de mettre en avant une Église des périphéries. Cela se manifeste par la présence de 17 cardinaux électeurs créés par le pontife argentin venant de pays où personne n’avait jamais porté la barrette cardinalice auparavant.

    Parmi ces pays se trouvant sur tous les continents, on compte la Mongolie, la Suède, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Paraguay, l’Iran ou encore les îles Tonga. Mais l’ouverture du collège aux périphéries par le pape François ne s’est pas limitée aux nouveaux pays, le pape mettant à mal le principe des «sièges cardinalices».

    Ainsi, certains «grands» diocèses traditionnellement pourvoyeurs de cardinaux s’en trouvent aujourd’hui dépourvus : c’est par exemple le cas de Los Angeles et de San Francisco aux États-Unis, de Lyon et de Paris en France, de Cracovie en Pologne ou de Milan et Venise en Italie. Le pape François a même préféré créer cardinal un évêque d’un diocèse suffragant de celui de Milan en choisissant le cardinal Oscar Cantoni, évêque de Côme, aux dépens de l’archevêque de Milan Mgr Mario Delpini.

    6- Des cardinaux qui se connaissent peu

    Au sein du collège cardinalice, quatre cardinaux sur dix portent la pourpre depuis moins de cinq ans, et près des deux tiers depuis moins de 10 ans. En moyenne, ils sont cardinaux depuis six ans et demi. 21 cardinaux électeurs ont été créés par le pape François lors de son dernier consistoire en décembre 2024. Le cardinal Puljic, archevêque émérite de Sarajevo, est le cardinal avec le plus d’ancienneté puisqu’il a été créé en 1994 par Jean-Paul II, soit il y a 31 ans.

    En dehors de ceux qui travaillent à la Curie romaine, les cardinaux ont eu peu d’occasion de se rencontrer : le pape François a peu réuni son collège pendant son pontificat. Une soixantaine de cardinaux ont toutefois participé au Synode sur la synodalité, en octobre 2023 et en octobre 2024. Ces derniers jours, nombre de cardinaux ont insisté sur l’importance d’apprendre à se connaître en amont du conclave.

    7- Une très relative jeunesse

    Le pape François a légèrement rajeuni le collège cardinalice. Sa moyenne d’âge est d’un peu moins de 70 ans, soit une baisse par rapport aux deux autres conclaves du XXIe siècle – environ 72 ans de moyenne d’âge. Les conclaves du XXe siècle ont connu des moyennes d’âge nettement plus basses ou nettement plus hautes. Pour comprendre les fluctuations, il faut prendre en compte la création de la règle interdisant aux octogénaires de participer au conclave par Paul VI en 1975, ainsi que l’augmentation de l’espérance de vie dans la seconde moitié du XXe siècle.

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    François a légèrement rajeuni le collège cardinalice. Sa moyenne d’âge est d’un peu moins de 70 ans | © I.Media

    Le cardinal Mykola Bychok, évêque de l’Église gréco-catholique ukrainienne basé en Australie et benjamin du collège cardinalice, est le seul quadragénaire du conclave. Quinze cardinaux, soit un peu plus de 11% du total, ont moins de 60 ans.

    En haut de l’échelle des âges, le cardinal Carlos Osoro Sierra, archevêque émérite de Madrid, est le plus anciens du collège électeur: il doit en effet célébrer son 80e anniversaire le 16 mai prochain. Plus de 40% des cardinaux électeurs ont 75 ans ou plus. Les sexagénaires sont un peu moins d’un tiers des effectifs.

    8- Des cardinaux très «religieux»

    Enfin, le collège compte 33 cardinaux appartenant à un ordre religieux. Il s’agit d’un record. L’ordre religieux le plus représenté est celui des salésiens, avec cinq membres. Les différentes familles franciscaines (frère mineur, conventuel, capucin) totalisent huit membres.

    Parmi les autres familles religieuses, 17 en tout, on compte des dominicains, des jésuites, un bénédictin, un scalabrinien ou encore un spiritain. Élu pape en 2013, le cardinal Bergoglio était le premier jésuite à occuper le siège de Pierre. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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    Dans la tête des cardinaux: élire le pape, une responsabilité vertigineuse

    Les cardinaux sont appelés à entrer en conclave ce mercredi 7 mai 2025. Une idée vertigineuse s’est imposée peu à peu à eux ces derniers jours: l’un d’eux sera le futur pape. Pendant cette période de Sede vacante, les cardinaux, réunis au Vatican pour les congrégations générales, ont pu réfléchir au choix inéluctable qui les attend. Plusieurs d’entre eux ont confié à I.MEDIA la manière dont ils se préparent à ce moment historique.

    «Nous sommes désarmés», confie le cardinal Francesco Montenegro, archevêque émérite d’Agrigente, avant de franchir le portail du Saint-Office. Comme beaucoup, ce Sicilien de 78 ans témoigne de la difficulté de la tâche qui l’attend. Plus de huit électeurs sur dix n’ont jamais participé à un conclave. Et le pape François a peu sollicité le collège cardinalice durant son pontificat, même si certains membres ont pu nouer des liens à l’occasion de synodes organisés à Rome. Beaucoup reconnaissent se connaître encore mal, un sentiment renforcé par la dispersion géographique inédite du collège (70 pays).

    En préparation au scrutin, qui s’ouvrira le 7 mai, les «hommes en rouge» se retrouvent chaque matin — et parfois l’après-midi — dans l’amphithéâtre de la salle Paul VI pour participer aux congrégations générales. Ces assemblées à huis clos permettent de faire l’inventaire du pontificat de François, d’exposer les défis qui attendent l’Église, et surtout de découvrir les autres cardinaux.

    Contrairement au conclave, les cardinaux non électeurs — âgés de plus de 80 ans — peuvent également y assister et s’exprimer. Si l’ambiance est feutrée, elle peut parfois être animée, comme lors d’une intervention du cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong de 93 ans et critique acerbe de certains axes du pontificat de François. Le cardinal Joseph Coutts, archevêque émérite de Karachi, ironisait lundi: «Les disputes n’ont pas encore commencé.»

    Ces derniers jours, les 133 électeurs ont dû accueillir, assimiler et digérer plus de 250 interventions de leurs pairs, chacune d’entre elles devant durer 5 minutes. «Nous essayons d’avoir une vision de toute l’Église», explique le cardinal Anders Arborelius, 75 ans, évêque de Stockholm, qui avoue cependant ressentir une certaine fatigue face à cette intensité.

    Si chacun peut prendre la parole, toutes les interventions ne reçoivent pas la même attention, confie un cardinal européen expérimenté. C’est pourtant à ce moment-là que les papabili sont souvent identifiés: «En 2013, quand Bergoglio s’est levé et a parlé, on a tendu l’oreille», se souvient-il.

    Le cardinal François Bustillo, évêque d’Ajaccio, explique écouter attentivement, puis échanger à la pause avec ceux qui l’ont interpellé. Ces moments informels sont pour lui essentiels pour nouer des liens avec des cardinaux qu’il ne connaissait pas quelques semaines plus tôt.

    Mais le format des congrégations en déconcerte certains. «C’est l’ancien monde», glisse un cardinal européen, habitué aux récents synodes plus participatifs. «Les interventions s’enchaînent sans ordre du jour. Elles sont censées durer cinq minutes, mais certains parlent un quart d’heure», ajoute-t-il, avouant avoir parfois éprouvé un certain malaise.

    Le conclave, une aventure spirituelle

    Pour ce même cardinal, les congrégations générales ont pu aussi manquer de souffle spirituel. «Les prières d’ouverture ou de clôture sont expédiées. On n’a même pas le temps de se lever que le signe de croix est déjà fait», déplore-t-il.

    Certains cherchent donc le calme ailleurs. Un cardinal africain a choisi de résider dans la maison généralice de son ordre religieux, en périphérie de Rome, pour se préparer dans la prière et la lecture des Évangiles. «Je veux vivre cette période le plus saintement possible, pour être vraiment à l’écoute de l’Esprit saint.»

    Un cardinal asiatique partage cette vision: «Le conclave est une liturgie», affirme-t-il, comparant sa préparation spirituelle à celle d’une homélie. «On pense tout maîtriser, mais parfois, c’est une virgule ajoutée à la dernière minute, qui touche un cœur.»

    Le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, évoque un «vrai temps de discernement spirituel». «On doit découvrir celui que le Seigneur a déjà choisi», explique-t-il. Lors d’une messe à la basilique Saint-Pierre, le cardinal Baldassare Reina, vicaire du diocèse de Rome, invite ses confrères à une disposition radicale: «Il faut entrer dans le rêve de Dieu confié à nos pauvres mains.»

    Se prémunir contre les tentatives d'influence

    En prêtant serment, chaque cardinal s’engage à garder le secret sur les échanges des congrégations. Certains respectent scrupuleusement cet engagement, fuyant les journalistes. D’autres laissent filtrer quelques mots, voire accordent des entretiens en privé.

    Un cardinal africain, très discret médiatiquement, insiste sur l’importance de se couper du monde. «Ce n’est pas de l’indifférence. Nous portons le monde dans notre prière, mais il faut rester vigilants face aux tentatives d’influence.»

    Certains cardinaux reçoivent à l’entrée du Vatican des livrets détaillés sur les profils des papabili, incluant affinités idéologiques et prises de position. «Il y a de l’argent derrière ça», glisse un cardinal en montrant l’un de ces documents. D’autres tentatives d’influence passent par des lettres de fidèles transmises à l’intérieur de la salle Paul VI, abordant des sujets comme les abus ou la synodalité. Le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, a rencontré discrètement dans un restaurant du centre de Rome Juan Carlos Cruz, victime chilienne devenue l’un des visages de la lutte contre les abus dans l’Église.

    Le cardinal Bustillo affirme ne pas s’intéresser aux pressions de l’extérieur. «Je me laisse porter par le programme des congrégations», confie-t-il, expliquant ne pas ressentir le besoin d’enquêter minutieusement sur tous les candidats. D’autres, au contraire, cherchent des informations dans la presse, sur Internet, ou auprès de personnes de confiance – dont parfois des journalistes. Un cardinal estime par ailleurs qu’il existe un fossé entre ce qu’il lit dans les médias et ce qui se vit à l’intérieur. «Je ne ressens pas de campagne politique», assure-t-il.

    "Style" d’Église, continent, âge, etc. pour critères

    Le pontificat singulier de François a pesé sur ce pré-conclave. Le cardinal Albert Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo, confiait ce dimanche espérer élire un pontife «digne et capable d’être, en un sens, proche de ce grand pape». Un «consensus pour la continuité» semble émerger au sein du Sacré Collège, affirme le Salvadorien Gregorio Rosa Chavez, mais aussi de nombreux autres cardinaux interrogés. Tous conviennent que le prochain pape, comme François, devra avoir un «style pastoral».

    Avec François, le collège cardinalice est devenu le reflet d’une Église qui s’est déplacée vers le Sud. «C’est un fait, pas une idée», affirme un cardinal germanophone. Le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg, envisage tout à fait la possibilité d’un pape venu d’Asie ou d’Afrique. «Il faut un pape des Églises jeunes», dit-il, même s’il rappelle que «l’important, c’est de trouver le meilleur».

    Un cardinal électeur africain souligne cependant que l’Europe ne doit pas être écartée. «L’Europe est mère des autres Églises», affirme-t-il. Le cardinal Bustillo, lui, appelle à l’équilibre: «Il nous faut les deux: l’enthousiasme des jeunes Églises et l’expérience de l’Europe. Je ne voterai pas pour un passeport, une culture ou une couleur de peau.»

    La maîtrise de l’italien fait débat. Pour certains, c’est essentiel pour être évêque de Rome. D’autres estiment qu’un pape peut perfectionner sa maîtrise de la langue après son élection. «C’est vrai qu’on aimerait bien un pape qui maîtrise deux ou trois langues», confie un des 133 cardinaux électeurs.

    En revanche, l’âge semble faire consensus: «En conclave, si on a en dessous de 60 ans ou au-dessus de 80, on est tranquille», plaisante le cardinal Bustillo, 56 ans. «Pas trop jeune, pas trop vieux», confirme le cardinal Hollerich. Un cardinal africain note que si le benjamin du collège, le cardinal Mykola Bychok, 45 ans, était élu, il pourrait rester pape plus de 40 ans!

    Certains, comme le cardinal Raphaël Sako, affirment déjà avoir un nom en tête. Mais pour d’autres, le choix reste à faire. Un cardinal africain conclut: «Je pense décider dans la chapelle Sixtine, après une dernière prière. En attendant, je laisse toutes les portes ouvertes, car je ne veux pas rater le bon.» (cath.ch/imedia/cd/hl/cv/ak/lb)

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    Une messe comme prélude traditionnel au conclave

    Présidée par le cardinal Giovanni Battista Re, la messe 'Pro Eligendo Romano Pontifice’ (pour l’élection du Souverain pontife) a été concélébrée par les 133 cardinaux électeurs le matin du 7 mai 2025, dans la basilique Saint-Pierre, et retransmise en direct par les médias du Vatican. Elle a permis aux participants d’invoquer l’aide de l’Esprit saint en ce moment fondamental pour l’Église et l’humanité.

    «Nous sommes ici pour invoquer l’aide de l’Esprit-Saint, pour implorer sa lumière et sa force afin que soit élu le pape dont l’Église et l’humanité ont besoin en ce tournant si difficile et si complexe de l’histoire», a souligné dans son homélie le cardinal Giovanni Battista Re, âgé de 91 ans et doyen du Collège cardinalice.

    Devant les fidèles venus en nombre pour entourer les cardinaux électeurs et non électeurs dans ces heures décisives, il a insisté sur le fait que chaque pape continue d’incarner Pierre et sa mission. Il a appelé l’assemblée à prier «pour que Dieu accorde à l’Église le pape qui saura le mieux réveiller les consciences de tous ainsi que les énergies morales et spirituelles dans la société actuelle, caractérisée par de grands progrès technologiques mais qui tend à oublier Dieu».

    Les cardinaux électeurs face à leur conscience

    «Le cardinal a mis les cardinaux électeurs face à leur conscience", commente l’agence Imedia. Il a rappelé que dans la chapelle Sixtine, où se dérouleront les votes, ‘tout concourt à nourrir la conscience de la présence de Dieu, devant lequel chacun devra un jour se présenter pour être jugé’ – en référence à la fresque du Jugement Dernier de Michel Ange.»

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    Le cardinal Giovanni Battista Re a présidé la messe ‘Pro Eligendo Romano Pontifice’ | © Vatican media

    Faire grandir la communion

    L’ancien préfet de la congrégation pour les Évêques a ensuite lancé un appel à l’unité de l’Église, qui passe par l’acceptation de sa diversité et par «la pleine fidélité à l’Évangile». Parmi les tâches de chaque successeur de Pierre, a expliqué le doyen du Collège des cardinaux, il y a celle de faire grandir la communion, «communion de tous les chrétiens avec le Christ communion des évêques avec le pape, communion des évêques entre eux». «L’appel est fort à maintenir l’unité de l’Église», a-t-il martelé, alors que la fin du pontificat de François a été marquée par des divisions parmi les catholiques, notamment entre courants plus conservateurs et courants plus progressistes.

    La présidence du conclave revient au cardinal Parolin

    Outre cette messe, le cardinal Re a présidé toutes les congrégations générales précédant le conclave ainsi que la messe des funérailles du pape François le 26 avril 2025. Il restera par contre à l’extérieur de la chapelle Sixtine durant le conclave, laissant son rôle de présidence à un autre italien, le cardinal Pietro Parolin, le plus ancien des cardinaux de l’ordre des évêques.

    Les cardinaux électeurs ont rendez-vous cet après-midi 7 mai, à 16h15, dans la chapelle Pauline du palais apostolique du Vatican pour une courte prière introduisant la procession vers la chapelle Sixtine où ils prêteront serment. Les portes de la chapelle se refermeront derrière eux pour le premier scrutin. Une fumée noire ou blanche est attendue vers 19h. (cath.ch/vatican news/imedia/lb)

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    Les cardinaux électeurs ont prêté serment, le conclave débute

    Après leur procession vers la chapelle Sixtine au rythme de la litanie des saints, pour inaugurer le conclave qui élira le futur pape, les 133 cardinaux électeurs, un à un, ont prêté serment de garder le secret sur l’élection du nouveau pape, ce 7 mai 2025.

    Selon le rituel du conclave, le cardinal présidant le conclave, le cardinal italien Pietro Parolin, a prononcé la formule suivante:

    “Nous tous et chacun de nous, cardinaux électeurs présents à cette élection du souverain pontife, promettons, faisons le vœu et jurons d’observer fidèlement et scrupuleusement toutes les prescriptions contenues dans la Constitution apostolique du souverain pontife Jean-Paul II, Universi dominici gregis, datée du 22 février 1996. De même, nous promettons, nous faisons le vœu et nous jurons que quiconque d’entre nous sera, par disposition divine, élu pontife romain, s’engagera à exercer fidèlement le munus Petrinum de pasteur de l’Église universelle et ne cessera d’affirmer et de défendre avec courage les droits spirituels et temporels, ainsi que la liberté du Saint-Siège. Nous promettons et nous jurons surtout de garder avec la plus grande fidélité et avec tous, clercs et laïcs, le secret sur tout ce qui concerne d’une manière quelconque l’élection du pontife romain et sur ce qui se fait dans le lieu de l’élection et qui concerne directement ou indirectement les scrutins; de ne violer en aucune façon ce secret aussi bien pendant qu’après l’élection du nouveau pontife, à moins qu’une autorisation explicite en ait été accordée par le pape lui-même; de n’aider ou de ne favoriser aucune ingérence, opposition ni aucune autre forme d’intervention par lesquelles des autorités séculières, de quelque ordre et de quelque degré que ce soit, ou n’importe quel groupe, ou des individus voudraient s’immiscer dans l’élection du pontife romain.“

    Ensuite, chaque cardinal électeur, selon l’ordre de préséance, a prêté serment en latin selon la formule suivante: “Et moi N., cardinal N., je le promets, j’en fais le vœu et je le jure”, et il ajoute en posant la main sur l’Évangile présenté par les cérémoniaires: “que Dieu m’y aide ainsi que ces saints Évangiles que je touche de ma main”.

    Les portes de la chapelle Sixtine se sont fermées

    Au terme de la prestation de serment des 133 cardinaux électeurs, le maître des célébrations liturgiques pontificales, Mgr Diego Ravelli, a prononcé la célèbre formule afin que ceux qui ne participent pas au conclave quittent la chapelle Sixtine. Le chœur, les photographes et les cérémoniaires sont notamment sortis, puis Mgr Ravelli a traversé l’allée centrale et fermé à 17h46 les deux battants de la lourde porte de bois, isolant les électeurs du monde jusqu’à l’élection du nouveau pape.

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    Fermeture des portes de la chapelle Sixtine | © Vatican media

    À huis-clos, les cardinaux doivent d’abord écouter une méditation du cardinal non électeur Raniero Cantalamessa, ancien prédicateur de la Maison pontificale. Puis le prédicateur et le maître des célébrations liturgiques pontificales quitteront à leur tour la chapelle Sixtine. Les électeurs pourront procéder au premier scrutin. Un seul vote est prévu en ce mercredi 7 mai. Le cardinal qui obtiendra les deux tiers des suffrages, soit 89 voix, sera élu pape. (cath.ch/imedia/ak/lb)

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    Fumée noire sur la place Saint-Pierre de Rome

    Un épais panache de fumée noire a jailli de la cheminée de la chapelle Sixtine mercredi 7 mai 2025 à 21h00, annonçant que le premier scrutin de ce conclave n’a pas permis d’élire le 267e pape. Les 133 cardinaux électeurs, qui sont entrés en conclave en fin d’après-midi, vont désormais rejoindre la résidence Sainte-Marthe, où ils logent. L’élection reprendra dès le matin du 8 mai.

    Sur la place Saint-Pierre, une foule dense s’était amassée dès 18h, les yeux tournés vers le toit de la chapelle Sixtine où se trouve la fameuse cheminée. Dans une ambiance festive, ils ont attendu longtemps alors que le soleil se couchait derrière la basilique Saint-Pierre. Comme on pouvait s’y attendre, la fumée était noire. Les cardinaux électeurs ne sont pas parvenus à élire un pape lors du premier scrutin.

    Il aurait fallu pour cela qu’un cardinal obtienne les deux tiers des suffrages, soit 89 voix. Une élection dès le premier tour de scrutin aurait été inédite à l’époque moderne: en 2013, le pape François avait été désigné par ses pairs après cinq scrutins et Benoît XVI, en 2005, après 4 tours. Le record dans l’histoire récente revient à Pie XII, élu en 1939 après seulement 3 tours de scrutin.

    Un à quatre tours de scrutins auront lieu jeudi 8 mai

    L’élection reprendra dès le lendemain, jeudi 8 mai. Les cardinaux sont attendus peu avant 8h dans la chapelle Pauline pour célébrer la messe. Puis ils retourneront dans la chapelle Sixtine pour un nouveau tour d’élection qui devrait se terminer aux alentours de 10h. Dans le cas où ce scrutin aboutit à l’élection du pape, une fumée blanche sortira de la cheminée de la chapelle Sixtine aux alentours de 10h30. Sinon, les cardinaux procéderont à un nouveau scrutin au terme duquel, aux alentours de la mi-journée, une fumée blanche ou noire sortira de la cheminée.

    S’ils n’ont pas élu un pape jeudi matin, les cardinaux retourneront à Sainte-Marthe pour déjeuner. Les scrutins reprendront en fin d’après-midi, des fumées pouvant être attendues vers 17h30 (seulement si blanche) et 19h. En cas de fumée noire, une troisième journée de conclave se déroulera vendredi, suivant le même programme que celle de jeudi, avec deux votes par demi-journée. (cath.ch/imedia/cd/lb)

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    Les scores et les rapports de force des précédents conclaves

    L’agence I.MEDIA revient sur quelques données des conclaves les plus récents, de l’élection de Jean XXIII en 1958 à celle du pape François en 2013.

    Si chaque participant au conclave est tenu au secret absolu sur la teneur des échanges et le résultat des votes, quelques fuites, souvent dues à des cardinaux imprudents ou bavards, ont permis à des journalistes et à des historiens de reconstituer les résultats des votes. Une marge d’erreur est à prendre en considération, ces données n’ayant aucun caractère officiel.

    L’agence I.MEDIA revient sur quelques unes de ces données, avec l’aide d’une synthèse élaborée par Olivier Mathonat, directeur adjoint des études à l’Ircom d’Angers, qui prépare une thèse sur la façon dont les médias influencent les conclaves.

    1958: le patriarche de Venise élu au 11e tour

    Le conclave de 1958, convoqué après la mort de Pie XII, voit émerger deux figures centrales: le cardinal Angelo Roncalli, patriarche de Venise, et le cardinal Grégoire-Pierre XV Agagianian, catholicos-patriarche de Cilicie, c’est-à-dire chef de l’Église catholique-arménienne. Il s’agit d’un cas unique de patriarche oriental classé parmi les 'papabili’ dans l’histoire des conclaves. Au premier tour, le cardinal Roncallli aurait obtenu 20 voix et le cardinal Agagianian 15 voix, sur 51 cardinaux électeurs au total.

    Quelques autres voix auraient été dirigées vers le cardinal français Eugène Tisserant, ainsi que vers les cardinaux italiens Ernesto Ruffini et Valerio Valeri. D’une façon très étonnante, deux voix se seraient aussi dirigées vers l’archevêque de Milan, Mgr Giovanni Battista Montini, le futur Paul VI, qui n’était pas encore cardinal et ne participait donc pas au conclave.

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    Le pape Jean XXIII | Wikimedia Commons

    Il semble que dans le contexte de la Guerre froide, la révélation de contacts entre la sœur du cardinal Agagianian et l’ambassade soviétique à Rome ait fragilisé la réputation du cardinal arménien, l’Arménie faisant alors partie de l’URSS. Le cardinal Roncalli a vu ses scores évoluer d’une façon irrégulière, baissant puis augmentant, pour finalement atteindre 38 ou 36 voix au 11e et dernier tour, contre 10 pour le cardinal Agagianian.

    Devenu pape sous le nom de Jean XXIII, Angelo Roncalli vivra un pontificat court de moins de cinq ans mais bouleversera l’histoire de l’Église par son style jovial, en rupture avec l’austérité de Pie XII. Le cardinal Agagianian, pour sa part, jouera un rôle central lors du Concile Vatican II en tant que préfet de la congrégation pour la Propagation de la foi (Propaganda Fide), chargé des terres de mission.

    1963: consensus autour de la poursuite du Concile Vatican II

    En 1963, alors que l’enjeu central du conclave convoqué après la mort de Jean XXIII est la poursuite du Concile Vatican II qui a débuté à l’automne 1962, l’élection se porte assez naturellement vers le cardinal Montini, archevêque de Milan, considéré comme le garant de la continuité et comme un fin stratège politique. Il aurait obtenu entre 24 et 40 voix au premier tour, contre respectivement 24 et 22 pour ses compatriotes italiens Antoniutti et Lercaro.

    Le bienheureux pape Paul VI (Photo: vatican.va)
    Le bienheureux pape Paul VI (Photo: vatican.va)
    Le bienheureux pape Paul VI | © Vatican Media

    Montini connaîtra une progression constante, atteignant le seuil des 50 voix au quatrième tour et remportant l’élection au 6e tour avec un score compris entre 57 et 65 voix sur 80 cardinaux électeurs. L’élection de Paul VI fut considérée comme prévisible et rassurante pour la majorité des participants au Concile.

    Août 1978: nouvelle élection d’un patriarche de Venise

    Lors du premier conclave de 1978, le Sacré-Collège s’était beaucoup internationalisé en raison du souhait de Paul VI de donner des cardinaux aux jeunes États issus de la décolonisation. Le principe d’élire un pape italien comme évêque de Rome était toutefois encore un sujet de relatif consensus.

    Le cardinal Albino Luciani, patriarche de Venise, serait passé largement en tête dès le premier tour avec 23 voix, les autres voix se dispersant entre plusieurs figures parmi lesquelles plusieurs non-Italiens: le Brésilien Aloisio Lorscheider, l’Argentin Eduardo Pironio et l’Autrichien Franz König. À noter que le Polonais Karol Wojtyla, le futur Jean Paul II, aurait obtenu 4 voix au deuxième tour.

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    Le pape Jean Paul Ier lors de l'angelus | Wikimedia commons CC BY-SA 2.0

    Sans réelle opposition, le cardinal Luciani progresse rapidement jusqu’à obtenir entre 96 et 101 voix au 4e tour, un score proche de l’unanimité puisque 111 cardinaux participaient au vote. Mais le pontificat de Jean Paul Ier ne durera qu’un peu plus d’un mois.

    Octobre 1978: l’archevêque de Cracovie comme solution de recours

    Le conclave de l’automne 1978 se tient dans un climat tendu, après le choc provoqué par la mort inopinée de Jean Paul Ier. Le cardinal polonais Karol Wojtyla n’aurait obtenu que 5 voix lors du premier tour, loin derrière les cardinaux italiens Giuseppe Siri (entre 23 et 36) et Giovanni Bennelli (22). Ce n’est qu’à partir du quatrième tour que l’archevêque de Cracovie apparaît comme un candidat de recours face au blocage provoqué par l’opposition entre ces deux cardinaux incarnant le clivage entre conservateurs et progressistes.

    La progression du futur pape Jean Paul II se poursuit jusqu’à sa large élection au huitième tour, avec entre 97 et 99 voix sur 111. S’il semble que le cardinal Siri ait demandé à ses soutiens de se rallier au futur Jean Paul II, le cardinal Giovanni Bennelli, archevêque de Florence et tenant de l’aile progressiste, aurait pour sa part vu son score monter jusqu’à 70 voix au 5e tour contre 40 pour le cardinal polonais, avant de chuter jusqu’à atteindre 14 voix au dernier tour. La tension dramatique autour de ce vote est fidèlement restituée dans la série télévisée Karol, l’homme qui devint pape, diffusée en 2006.

    2005: le cardinal Joseph Ratzinger, héritier de Jean Paul II

    Le conclave d’avril 2005, tenu après le très long pontificat de Jean Paul II, voit émerger la figure du cardinal allemand Joseph Ratzinger comme point de référence central pour ceux qui veulent s’assurer d’une pleine continuité théologique avec le pontife polonais. Au premier tour, l’Allemand obtient 47 voix contre 10 pour l’Argentin Jorge Mario Bergoglio, d’autres voix se dispersant entre les Italiens Carlo Maria Martini (9 voix), Camillo Ruini (6 voix) en encore Angelo Sodano (4 voix).

    Au troisième tour, Ratzinger obtient 65 voix contre 35 pour Bergoglio. La progression des deux cardinaux se poursuit au 3e tour avec 72 voix pour Ratzinger contre 40 pour Bergoglio. Dans un souci d’éviter le risque d’une division de l’Église, l’archevêque de Buenos Aires aurait alors demandé à ses soutiens de se rallier au cardinal Ratzinger. Au quatrième et dernier tour, le futur Benoît XVI aurait obtenu 84 voix contre 26 au futur pape François, sur 113 électeurs.

    2013: la surprise Bergoglio

    Alors relativement oublié dans la majorité des listes de 'papabili’, le cardinal Bergoglio, 76 ans, s’impose par surprise lors du conclave de 2013. Ce n’est cependant pas lui mais le cardinal Scola, archevêque de Milan, qui arrive en tête du premier tour avec 28 voix contre 26 pour Bergoglio, 22 pour le Canadien Marc Ouellet et 10 pour l’Américain Sean O’Malley, sur 115 électeurs au total.

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    Le pape François a marqué un nouveau style de pontificat dès le soir de son élection, le 13 mars 2013 | © Vatican Media

    L’archevêque de Buenos Aires passe en tête au deuxième tour avec 45 voix contre 38 pour le cardinal Scola. Sa progression sera constante jusqu’au cinquième tour, que Bergoglio remporte avec 85 voix contre 20 pour le cardinal Scola et 8 pour le cardinal Ouellet. Les relations entre le pape François et le cardinal Scola seront notoirement distantes durant son pontificat, mais, par un concours de circonstances étonnant, l’un des derniers textes du pape François, publié à titre posthume en avril 2025, sera la préface d’un livre du cardinal Scola sur la vieillesse et la mort. (cath.ch/imedia/cv/rz)

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    Chapelle Sixtine: fumée noire au terme des 2e et 3e scrutins

    Une nouvelle fumée noire a jailli de la cheminée de la chapelle Sixtine ce jeudi 8 mai 2025 à 11h50, annonçant que les deuxième et troisième scrutins de ce conclave n’ont pas permis d’élire le 267e pape. Les 133 cardinaux électeurs, qui sont entrés en conclave la veille, en fin d’après-midi, vont désormais rejoindre la résidence Sainte-Marthe, où ils logent, pour y déjeuner. L’élection reprendra dans l’après-midi.

    Sur la place Saint-Pierre une foule de fidèles s’était amassée dans la matinée, les yeux tournés vers le toit de la chapelle Sixtine où se trouve la fameuse cheminée. La fumée noire leur a finalement indiqué que les cardinaux électeurs ne sont toujours pas parvenus à élire un pape, au terme de trois scrutins.

    Il aurait fallu pour cela qu’un cardinal obtienne les deux tiers des suffrages, soit 89 voix. Les cardinaux n’ont pas réussi à s’entendre aussi vite qu’en 1939, quand Pie XII avait été élu après seulement 3 tours de scrutin. En 2013, le pape François avait été désigné par ses pairs après 5 scrutins et Benoît XVI, en 2005, après 4 tours.

    L’élection reprendra cet après-midi. Des fumées peuvent être attendues vers 17h30 (seulement si blanche) et 19h. En cas de fumée noire, une troisième journée de conclave se déroulera vendredi, suivant le même programme que celle de jeudi, avec deux votes par demi-journée.

    Pour rappel, voici le programme des principales étapes du conclave de 2013, qui avait abouti à l’élection du pape François au terme du 5e scrutin. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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