"Aucun État ne peut obtenir le soutien ou l’appui moral du Saint-Siège", a déclaré le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, lors d’un temps d’échange organisé à Rome avec plus de 2’000 jeunes professionnels français à l’occasion du Jubilé des jeunes, dans la soirée du 30 juillet 2025.
Décrivant les contours d’une "diplomatie de l’Évangile", le numéro 2 du Vatican a ensuite loué la ferveur des catholiques français et mis en garde contre les "polarisations" au sein de l’Église. Rassemblés dans le parc du Lycée français de Rome, à l’ombre des frondaisons, plus de 2’000 jeunes professionnels (25-35 ans) français, participants au Jubilé des jeunes, ont eu l’occasion d’écouter celui qui fut pendant 13 ans le "bras droit" du pape François, le cardinal Parolin. L’Italien, souvent cité comme "papabile" et reconduit à son poste par Léon XIV après le conclave, a présenté le rôle de la diplomatie vaticane, dont les principaux axes sont la défense de la paix et de la liberté religieuse.
Un diplomatie de l’Évangile
"Nous essayons de faire une diplomatie de l’Évangile", a confié le cardinal en français, expliquant que les services diplomatiques du Saint-Siège, en lien avec 184 pays et 45 organisations internationales, étaient pauvres en moyens. "Notre seule force est la force de la parole", a-t-il souligné, estimant qu’une authentique diplomatie nécessitait toujours une forme de gratuité.
Si la diplomatie du Saint-Siège s’exprime tout particulièrement sur les conflits en cours afin de promouvoir la paix, le cardinal a rappelé sa neutralité. "Aucun État ne peut obtenir le soutien ou l’appui moral du Saint-Siège, ce qui est parfois incompris", a-t-il répété, assurant qu’il ne fallait pas y voir un désintérêt ou une indifférence, mais plutôt la conviction qu’aucun peuple n’est supérieur à un autre. Il a rappelé, à ce titre, la proposition du Saint-Siège de jouer le rôle de médiateur entre la Russie et l’Ukraine, sans succès en raison de l’impossibilité d’obtenir l’accord des deux parties.
Le cardinal a également souligné combien l’action du Saint-Siège en faveur de la défense de la liberté religieuse – "pour tous les croyants et toutes les religions" – était bien ressentie dans le reste du monde.
Prendre des "décisions déchirantes"
Après cet exposé, le secrétaire d’État a répondu à plusieurs questions des organisateurs, le réseau Santos, qui accompagne les jeunes professionnels catholiques en France. Il a reconnu, en citant la Française Madeleine Delbrel, que son travail impliquait de prendre parfois des "décisions déchirantes", et qu’il rappelait souvent à ses collaborateurs que, comme leurs prédécesseurs, leurs décisions seraient jugées dans le futur.
Afin de bien discerner, le cardinal italien a encouragé les jeunes à donner du temps à Dieu dans la prière, à cultiver la pureté d’intention en se libérant des influences extérieures. Enfin, citant saint Augustin, il a souligné le critère le plus important : "tout ce que vous faites, vous devez le faire par amour".
Les communautés "très ferventes" de l’Église en France
Le cardinal italien, qui n’a pas caché sa francophilie, a ensuite souligné le rôle important de la France dans l’histoire de la sainteté. Il a confié avoir de très bons rapports avec les catholiques français depuis la fin des années 1980. À l’époque en poste à la nonciature au Nigeria, il avait célébré la messe pour des Français expatriés, employés dans une usine automobile.
"Les Français ont des communautés très ferventes", a-t-il souligné, notant le soin porté par les fidèles à la liturgie, à la catéchèse et au soutien des pauvres. "Il y a là un feu qui peut embraser la France et le monde", a-t-il affirmé, estimant que c’était surtout en tant que communauté – et non seuls – qu’il fallait faire face à l’indifférence d’une population qui vit comme si Dieu n’existait pas. Il a également souligné le rôle particulier que la France avait à jouer dans les relations avec l’islam, pour cultiver le dialogue avec les musulmans, mais aussi pour trouver la manière de proclamer l’Évangile dans un contexte musulman.
Le cardinal a ensuite insisté sur l’importance d’une présence publique de l’Église, notamment pour défendre "la valeur de la vie, de la famille, de la solidarité". Il a expliqué qu’il encourageait régulièrement les évêques à préparer des leaders chrétiens afin d’assurer une présence dans la société.
"Beaucoup de critiques"
Se confiant, le cardinal Parolin a reconnu que son action à la tête de la secrétairerie d’État lui avait valu "beaucoup de critiques", y compris au sein de l’Église. "Il y a eu des polarisations très fortes entre les catholiques, très agressives", a-t-il reconnu. "J’ai essayé de faire le mieux devant Dieu, cela me donne une grande paix", a-t-il affirmé. Le cardinal a insisté sur l’importance de l’unité dans l’Église, rappelant que c’était l’une des missions du Saint-Siège de la préserver. "C’est incompréhensible que dans l’Église nous nous déchirions", a-t-il déploré.
L’Église, a-t-il souligné, vit de deux dimensions qui doivent s’articuler de façon équilibrée : la Tradition, parce qu’"on ne peut pas se déraciner", et le changement, parce que "la Tradition ne peut pas devenir un musée". "Les gens doivent voir que nous sommes contents d’être chrétiens", a-t-il insisté avant de conclure par une citation de l’écrivain catholique français Léon Bloy : "Il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints." (cath.ch/imedia/cd/mp)