Archevêque d’Alger depuis 2021, le dominicain Jean-Paul Vesco est devenu cardinal lors du consistoire du 7 décembre 2024. Une marque de confiance du pape François pour cet évêque franco-algérien qui soutient son ouverture pastorale et sa volonté de réformer l’Église.
Il ne s’en cache pas. À 62 ans, Jean-Paul Vesco est l’un des évêques les plus «bergogliens» du collège cardinalice. Nommé évêque d’Oran à la fin du pontificat de Benoît XVI, c’est surtout sous le pape François que le dominicain va prendre de l’épaisseur. «Il est le pape de ma maturité» confiait-il d’ailleurs à l’agence I.MEDIA à la veille du consistoire. Un choix du pontife argentin qui a provoqué chez lui un effet de sidération. Un de plus dans le parcours atypique de cet ancien avocat.
Né le 10 mars 1962 à Lyon – le mois du cessez-le-feu entre la France et l’Algérie fait-il parfois remarquer -, Jean-Paul Vesco étudie chez les pères maristes de Sainte-Marie. Diplômé de HEC, ce deuxième d’une fratrie de trois garçons assouvit un premier rêve en devenant avocat d’affaires à Paris. Six ans plus tard, le catholique pratiquant ne se doute pas qu’un premier séisme va se produire dans sa vie lors d’une d’ordination sacerdotale, un certain 15 août 1994. Comme une évidence, il ressort de la basilique de Lisieux en ayant la certitude qu’il est appelé à être prêtre.
“Vivre et donner envier de vivre”
Il rentre à Paris et organise la cession de son cabinet. À 33 ans, le jeune homme frappe à la porte des dominicains et reprend des études durant sept ans avant d’être ordonné prêtre en 2001. Après deux ans à l’École biblique de Jérusalem, il répond à un appel de son ordre qui souhaite assurer à nouveau une présence en Algérie après la 'décennie noire’. Le Frère Jean-Paul est resté marqué par la figure du dominicain Pierre Claverie, évêque d’Oran assassiné en 1996, alors que lui venait d’entrer au noviciat.
Le Français part alors pour Tlemcen, dans l’est de l’Algérie, avec l’idée de s’enraciner dans ce pays. Mais en 2010, il est élu prieur provincial des dominicains de France. Il quitte l’Algérie à regrets pour revenir à Paris de 2010 à 2012. C’est en décembre de cette année-là que Benoît XVI le nomme évêque d’Oran, le diocèse de Pierre Claverie. Il prend alors comme devise épiscopale: «Je veux vivre et donner envie de vivre».
Une voix importante du Synode sur la famille
Sous le pontificat de François, Jean-Paul Vesco va faire entendre sa voix, notamment lors du Synode sur la Famille. En 2015, alors que la question de la communion pour les personnes divorcées et remariées civilement provoque de vifs débats dans l’Église, il publie un livre engagé intitulé: Tout amour est indissoluble. Plaidoyer pour les divorcés remariés.
D’ordinaire attendu sur les questions interreligieuses, il raconte ressentir «une révolte intérieure très ancienne face à la souffrance d’énormément de personnes [divorcées remariées]».
À l’hebdomadaire La Vie, il résume ainsi sa pensée: «Il est théologiquement possible d’affirmer en même temps l’indissolubilité […] du mariage sacramentel et la possibilité d’un pardon en cas d’échec de ce qui constitue l’une des plus belles mais aussi des plus périlleuses aventures humaines, le mariage pour toute la vie.»
La position de l’évêque d’Oran rejoint la vision du pape François, soucieux de sortir d’une approche juridique pour les cas problématiques et de chercher des solutions pastorales adaptées aux situations.
Le deuxième cardinal d’Algérie
Trois ans plus tard, Mgr Vesco organise dans son diocèse la béatification des 19 martyrs d’Algérie, parmi lesquels Mgr Pierre Claverie et les moines de Tibhirine. La célébration est délicate puisqu’il s’agit de reconnaître dans ce pays musulman la mort en haine de la foi de ces hommes – dont 16 Français – assassinés entre 1994 et 1996. Mais les célébrations sont organisées sous le signe de la fraternité et de l’espérance dans ce pays encore marqué par la guerre civile qui a fait au moins 150’000 morts, dont une centaine d’imams.
Le jeune évêque se place alors en héritier du cardinal Léon-Etienne Duval, archevêque d’Alger de 1954 à 1988, favorable à l’autodétermination de l’Algérie et souhaitant que les chrétiens y demeurent pour contribuer à leur mesure à la croissance de la société algérienne. Si l’immense majorité des catholiques ont fui l’Algérie au moment de l’indépendance, l’appel du cardinal Duval reste un acte fondateur pour les religieux et prêtres qui firent le choix d’y rester malgré les risques.
Un prélat bien intégré
En 2021, le pape François nomme Mgr Vesco à la tête de l’archevêché d’Alger. Un nouveau choc pour le prélat qui partage avec le pontife argentin un lien fort autour de la figure de Charles de Foucauld, l’apôtre de la fraternité universelle canonisé à Rome en mai 2022.
L’année suivante, le président algérien Abdelmadjid Tebboune accorde la nationalité algérienne au prélat désormais franco-algérien, signe d’une bonne intégration dans ce pays où la communauté catholique reste ultra-minoritaire. Après l’annonce de son cardinalat, Jean-Paul Vesco est reçu par le président de la République. «Je suis Français de naissance, mais c’est en tant qu’Algérien que j’ai reçu ce cardinalat», confie-t-il à l’agence I.MEDIA.
«Un avant et un après 'pape François’»
Grand défenseur des réformes du pape François pour une montée en puissance des laïcs dans la gouvernance de l’Église, Mgr Vesco plaide pour donner davantage de visibilité aux femmes. Pas fermé à la question de l’ordination de femmes diacres, il explique dans une tribune à La Croix ne pas comprendre pourquoi elles ne peuvent pas prêcher lors des messes, alors que nombre d’entre elles «ont une formation identique ou supérieure à celle des clercs».
Sur la question de la pastorale pour les personnes homosexuelles, il se démarque de la plupart des évêques africains opposés la bénédiction pour les couples de même sexe autorisée par Rome en 2023. Réagissant à la déclaration Fiducia supplicans autorisant ce type de bénédictions, les évêques d’Afrique du Nord se distinguent radicalement des autres africains. «Quand des personnes en situation irrégulière viennent ensemble demander une bénédiction, on pourra la donner à condition que cela n’entraîne pas de confusion», écrivent-ils notamment.
«En me nommant cardinal, le pape sait que je suis sur sa ligne sur la question de l’ouverture», explique-t-il devant les caméras de Berbère Télévision, citant l’accompagnement des personnes en situation irrégulière aux yeux de l’Église ou bien la question du rôle des femmes et des laïcs. Pour lui, un concile ou un synode composé uniquement d’évêques serait impossible de nos jours. «Pour moi, une chose est claire: il y aura un avant et un après 'pape François’. On ne reviendra pas en arrière, et ce quelque soit son successeur», analyse-t-il auprès d’I.MEDIA.
Un évêque méditerranéen
Avec sa nomination au cardinalat, Jean-Paul Vesco est le deuxième cardinal électeur de la petite Conférence des évêques d’Afrique du Nord, aux côtés du cardinal espagnol Cristobal Lopez Romero, archevêque de Rabat et tout autant bergoglien. Il rejoint aussi la longue liste des cardinaux électeurs établis sur le pourtour méditerranéen, qui sont en première ligne face aux drames et aux défis migratoires. «Je suis le pasteur de cette église qui se veut un pont, qui se veut fraternité, qui se veut en lien avec l’humanité tout entière», explique-t-il au micro de Radio Vatican.
Cardinal électeur jusqu’à ses 80 ans, Jean-Paul Vesco a bien conscience qu’il se retrouvera un jour dans la chapelle Sixtine pour élire le successeur du pape François. «C’est le cœur du métier de cardinal», explique-t-il au journaliste de Berbère Télévision. «Moi? Certainement pas!», répond-il enfin, assurant n’avoir ni les capacités, ni les compétences pour être pape. (cath.ch/imedia/hl/rz)