Mgr Jaime Spengler, un profil de cardinal influent en Amérique latine
Régulièrement d’ici au consistoire du 7 décembre 2024, I.MEDIA publie des portraits des cardinaux électeurs désignés par le pape François le 6 octobre dernier.
Mgr Jaime Spengler, un profil de cardinal influent en Amérique latine
'Don Baldo' Reina, un cardinal pour la délicate réforme du diocèse de Rome
Mgr Fernando Chomalí, un futur cardinal qui réveille l'Église du Chili
Le futur cardinal Roberto Repole, un théologien bergoglien
Mgr Luis Gerardo Cabrera Herrera, porte-voix d'un Équateur en souffrance
Mgr Bokalic Iglic, l'ancien adjoint de François à Buenos Aires, promu cardinal
Le futur cardinal Baggio, héraut des migrants et de l’écologie dans la Curie
Mgr Rolandas Makrickas, gardien du tombeau du pape François
Frank Leo, le plus jeune archevêque canadien parmi les futurs électeurs du pape
Mgr Kikuchi, un cardinal japonais au profil très international
Le cardinal Radcliffe, le conférencier charismatique et «star» du Synode
Le cardinal Castillo Mattasoglio, visage «bergoglien» de l’Église au Pérou
Ladislav Német, le premier cardinal serbe de l’histoire
Dominique Mathieu, un «cardinal mage» pour l’Iran
Mgr «Ambo» David, nouvel homme fort de l'Église aux Philippines
Le cardinal Jean-Paul Vesco, un pasteur en Algérie dans la ligne de François
Le cardinal George Koovakad, discret organisateur des voyages du pape
Le cardinal Battaglia, évêque “anti-mafia” prêt à «l’effusion de sang»
Mgr Jaime Spengler, un profil de cardinal influent en Amérique latine
Régulièrement d’ici au consistoire du 7 décembre 2024, I.MEDIA publie des portraits des cardinaux électeurs désignés par le pape François le 6 octobre dernier.
Mgr Jaime Spengler, un profil de cardinal influent en Amérique latine
Régulièrement d’ici au consistoire du 7 décembre 2024, I.MEDIA publie des portraits des cardinaux électeurs désignés par le pape François le 6 octobre dernier.
'Don Baldo' Reina, un cardinal pour la délicate réforme du diocèse de Rome
Le 7 décembre prochain, Rome aura officiellement un nouveau cardinal-vicaire: Baldassare Reina, qui sera élevé à la pourpre par le pape François lors d’un consistoire.
Mgr Fernando Chomalí, un futur cardinal qui réveille l'Église du Chili
En annonçant la création cardinalice de Mgr Fernando Chomalí à l’occasion du consistoire des 7 et 8 décembre 2024, le pape a apporté un appui significatif à la reconstruction d’une Église chilienne très affaiblie par l’explosion des affaires d’abus sexuels, en 2018.
Le futur cardinal Roberto Repole, un théologien bergoglien
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Mgr Jaime Spengler, un profil de cardinal influent en Amérique latine
Régulièrement d’ici au consistoire du 7 décembre 2024, I.MEDIA publie des portraits des cardinaux électeurs désignés par le pape François le 6 octobre dernier. Premier portrait de la série: Mgr Jaime Spengler, archevêque de Porto Alegre, au Brésil.
Parmi les 21 futurs cardinaux que le pape François créera le 8 décembre prochain figure Mgr Jaime Spengler, 64 ans, archevêque de Porto Alegre. Ce théologien franciscain, fin diplomate et homme de dialogue, sera le septième cardinal électeur du Brésil. Ces dernières années, l’archevêque au profil pastoral proche du pape François a acquis une carrure internationale, assurant désormais la présidence du Conseil épiscopal latino-américain (Celam).
Origine allemande
«Trois choses me font peur: les maçons, les dentistes et les journalistes. Les maçons et dentistes parce que lorsqu’ils commencent, on ignore quand ça finira et combien ça coûtera, et les journalistes [parce qu’on ignore] où nous conduisent leurs questions.» C’est ainsi que Mgr Jaime Spengler s’est présenté devant la presse, déclenchant les rires lors d’un briefing au Vatican deux jours après l’annonce de son cardinalat.
Jaime Spengler est né le 6 septembre 1960 à Gaspar, dans l’État de Santa Catarina, une région du sud du pays comptant de nombreuses familles d’ascendance allemande, comme la sienne et celle de l’archevêque de Manaus, Leonardo Steiner, cardinal depuis 2022.
Entré jeune – à 21 ans – au noviciat de l’Ordre des franciscains en 1982, il y a fait sa profession religieuse en 1985. Après des études de philosophie et de théologie, notamment à Petrópolis, il s’est spécialisé dans les études bibliques à l’Institut théologique de Jérusalem.
Ordonné prêtre le 17 novembre 1990 dans sa ville natale, il a d’abord enseigné au sein du noviciat franciscain de Rodeio, avant de se rendre à Rome pour un doctorat en philosophie à l’Université pontificale Antonianum, publiant en 2000 une thèse sur «L’ordre comme statut ontologique de l’existence humaine chez Pascal». Le théologien a ensuite reçu plusieurs charges universitaires et en paroisse – professeur de philosophie, vice-recteur d’institut de formation, vicaire paroissial –, notamment dans le diocèse de Curitiba.
Une ascension rapide dans la hiérarchie de l’Église
Le 10 novembre 2010, Benoît XVI le nomme évêque auxiliaire de Porto Alegre, dixième ville du pays en population (1,3 million d’habitants dont plus de la moitié de catholiques), pour assister l’archevêque en place, Mgr Dadeus Grings. Mgr Spengler est consacré évêque le 5 février 2011 et moins de trois ans plus tard, le 18 septembre 2013, il est promu à la tête de l’archidiocèse par le pape François. À seulement 53 ans, il devient le plus jeune archevêque du pays, qui compte près de 500 évêques.
Au fil des ans, son profil acquiert un certain poids dans le paysage catholique brésilien. En mai 2019, il est élu vice-président de la puissante Conférence des évêques du Brésil (CNBB). Quatre ans plus tard, le 24 avril 2023, il est élu président pour le mandat 2023 – 2027. Le 17 mai 2023, il est également propulsé à la présidence du Celam, réseau créé par le Saint-Siège qui regroupe tous les évêques du sous-continent.
Un profil de cardinal bergoglien
Au Brésil, il n’hésite pas à se faire l’avocat de la cause du peuple, critiquant publiquement les choix politiques et économiques dans son pays où «un très petit pourcentage de la population concentre l’essentiel des richesses entre ses mains». Il a aussi déjà un pied dans la Curie romaine, étant membre du dicastère pour le Culte divin et la discipline des sacrements depuis le 1er juin 2022.
Lors de l’angélus du 6 octobre dernier, le pape François a prononcé son nom dans la liste des 21 cardinaux qu’il créera le 8 décembre. Le prélat confiera deux jours plus tard qu’il était en train de lire un ouvrage du cardinal Carlo Maria Martini – cardinal italien pionnier notamment dans le dialogue avec les non-croyants – lorsqu’il a appris la nouvelle.
Ses postes à haute responsabilité à la CNBB et au Celam en faisaient un candidat logique au cardinalat. Pourtant, Porto Alegre n’était pas un siège cardinalice, souligne la vaticaniste brésilienne Mirticeli Medeiros. Dans l’histoire du Brésil, rappelle-t-elle, Porto Alegre n’a connu qu’un seul cardinal avant lui, Alfredo Scherer – qui fut le seul représentant de l’Amérique latine à participer à la session du Concile Vatican II de 1967.
Défenseur de Fiducia
Selon la journaliste, cette nomination est motivée par la responsabilité de Mgr Spengler au Celam, qu’elle considère «une organisation partenaire à l’avant-garde des réformes de François». Mais aussi pour le profil politique de l’archevêque, qui sait «aborder les questions progressistes de manière […] diplomatique».
En décembre 2023, l’archevêque de Porto Alegre a défendu la déclaration controversée Fiducia supplicans du dicastère pour la Doctrine de la foi ouvrant la voie à la bénédiction des couples homosexuels. Pointant du doigt «un moralisme exacerbé», il a souligné qu’il s’agissait «de personnes [qui] méritent aussi notre respect». Il a également estimé que toute controverse devait être abordée avec un effort appuyé de «compréhension».
«Franchise et ouverture» sur le célibat sacerdotal
Ses premières paroles publiques comme cardinal désigné ont été scrutées dans le cadre du Synode sur la synodalité auquel il participe actuellement à Rome. Lors d’un briefing le 6 octobre, Mgr Spengler a fait couler de l’encre en envisageant – avec une grande prudence – l’éventualité d’ordonner prêtres des hommes mariés déjà diacres permanents. «J’oserais dire, au moins pour moi dans la réalité où je me trouve – parce que les réalités sont différentes, je crois qu’on ne peut pas généraliser –, qu’à partir de l’expérience du diaconat permanent, nous verrons peut-être si dans un avenir pas trop lointain, l’un ou l’autre de ces hommes pourrait être ordonné prêtre pour une communauté spécifique», a-t-il déclaré.
Reconnaissant que cette question purement «disciplinaire» était «délicate», il a ajouté: «Je ne sais pas si la possibilité que des hommes mariés servent comme prêtres est ou pourrait être la meilleure solution, mais nous avons besoin de franchise et d’ouverture sur cette question.»
Dans cette première intervention devant la presse après l’annonce de son intégration au sein du collège cardinalice, Mgr Spengler a aussi exprimé sa conviction que «le monde écoute plus les témoins que les maîtres», et que toute autorité dans l’Église devait découler «d’un témoignage éthique, moral et religieux”. (cath.ch/imedia/ak/rz)
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'Don Baldo' Reina, un cardinal pour la délicate réforme du diocèse de Rome
Le 7 décembre prochain, Rome aura officiellement un nouveau cardinal-vicaire: Baldassare Reina, qui sera élevé à la pourpre par le pape François lors d’un consistoire. Propulsé à la tête du vicariat, en charge du fonctionnement du diocèse du pontife, ce Sicilien aura la lourde tâche de réaliser le désir du pape de voir Rome devenir un diocèse modèle pour le reste du monde.
Lors de l’Angélus du 6 octobre 2024, le pape François a non seulement annoncé que Mgr Baldassare Reina serait créé cardinal en décembre, mais aussi sa nomination comme vicaire pour le diocèse de Rome avec effet immédiat. Ce poste était vacant depuis que le pape avait nommé le précédent cardinal-vicaire, Angelo De Donatis, au poste de pénitencier majeur, sur fond de tensions au plus haut niveau dans le diocèse.
“Parachuté” par le pape
Bien qu’originaire des Pouilles, le cardinal De Donatis était particulièrement bien inséré dans le diocèse de Rome où il avait été incardiné en 1983, trois ans après son ordination. II y avait occupé le poste de directeur spirituel au sein du Séminaire pontifical de 1990 à 2003, lui donnant une réelle proximité avec toute une génération de prêtres. Au contraire, Mgr Reina a été parachuté par le pape à Rome en 2022 seulement, rendant plus délicate son intégration.
Baldassare Reina, dit «Baldo», est en effet originaire de San Giovanni Gemini, une petite bourgade du centre de la Sicile, où il est né en 1970. Issu d’une famille catholique pieuse, il se destine très jeune au sacerdoce et rejoint le petit séminaire d’Agrigente à l’âge de onze ans, puis le grand séminaire, avant de partir à Rome pour poursuivre ses études au sein de l’Université pontificale grégorienne, son premier contact avec la capitale italienne.
Au service de son diocèse sicilien
Ordonné prêtre en 1995 à l’âge de 25 ans pour son diocèse d’Agrigente, il poursuit ses études en théologie biblique (licence en 1998) puis est nommé assistant diocésain pour l’Action catholique pour son diocèse pendant trois ans. Il a ensuite été le curé de trois paroisses différentes jusqu’en 2013, quand lui a été confiée la responsabilité du grand séminaire d’Agrigente.
«Don Baldo», comme il est encore appelé aujourd’hui par son entourage, devient ensuite le recteur du séminaire jusqu’en 2022, période pendant laquelle il enseigne également les Écritures saintes. Des années plus tard, en 2024, il a été accusé par un ancien séminariste, aujourd’hui activiste LGBT, de l’avoir contraint de suivre une thérapie de guérison dans le but de le guérir de son homosexualité.
"Le nom du Père Reina apparaît pour la première fois dans l’agenda du pape François en 2018"
Son diocèse va être sous les projecteurs en 2013, lorsque le pape François va le choisir comme sa première destination hors de Rome en se rendant sur l’île de Lampedusa. Le profil de l’évêque de l’époque, Mgr Francesco Montenegro, particulièrement investi sur la question de l’accueil des migrants, pousse le pontife à l’élever à la pourpre cardinalice en 2015, le préférant aux autres archevêques des grands diocèses de Sicile – Palerme, Messine ou Syracuse. Au sein du collège cardinalice, Mgr Reina siègera donc aux côtés de ce discret cardinal de 78 ans, aujourd’hui à la retraite, mais réputé très proche du pape. Le nom du Père Reina apparaît pour la première fois dans l’agenda du pape François en 2018, lorsqu’il est reçu au Vatican avec les séminaristes de son diocèse.
Une ascension fulgurante
Cette rencontre a-t-elle joué un rôle dans la suite du parcours du Père Reina? Possiblement, même s’il faut attendre 2022 pour que le pontife appelle le Sicilien à Rome pour servir au sein du dicastère pour le Clergé. Les choses s’accélèrent alors pour lui: quelques semaines plus tard, le pape décide de le nommer évêque auxiliaire du diocèse de Rome, avec la responsabilité pastorale du secteur ouest du diocèse, alors divisé en cinq secteurs (les quatre points cardinaux, et un secteur central).
Mgr Reina est ordonné par le cardinal-vicaire Angelo De Donatis, son supérieur hiérarchique direct. Ce dernier connaît alors une période difficile, avec une convalescence difficile du Covid-19, mais surtout après sa défense publique du Père Marko Rupnik, célèbre mosaïste mis en cause par des femmes pour abus sexuels et spirituels, et dont l’atelier qu’il a fondé, le Centre Aletti, dépend du diocèse de Rome.
"C’est un homme très actif, qui se lève très tôt le matin pour travailler"
En janvier 2023, le pape François publie sa nouvelle constitution apostolique pour le diocèse, qui restreint fortement les pouvoirs du cardinal-vicaire, le définissant comme un évêque auxiliaire du pape et un simple coordinateur du travail des autres évêques auxiliaires, placé sous le contrôle direct du pontife. À rebours, le pape renforce le poste du vice-régent (le second du cardinal-vicaire), et le confie à Mgr Reina, pourtant à Rome depuis seulement quelques mois. Il cumule alors cette position avec celle d’évêque en charge du secteur occidental.
En avril 2024, ses responsabilités augmentent encore, puisqu’avec le départ du cardinal De Donatis, le pontife demande à Mgr Reina d’assumer la transition. Et ce, alors que le pape a lancé un grand programme de rénovation visant à faire de Rome un diocèse modèle, notamment en matière de synodalité. Sa nomination comme vicaire vient conclure une période de transition qui a pu être mal vécue par les membres de la communauté des prêtres de Rome.
«Ceux qui le connaissent l’apprécient»
«C’est un homme très actif, qui se lève très tôt le matin pour travailler, un homme simple qui prend les moyens de transports en commun, avec son sac à dos, pour se déplacer», rapporte un prêtre du diocèse interrogé par I.MEDIA. Ce dernier note aussi que «Don Baldo» se fait facilement tutoyer et est facile d’accès. Cependant, il reconnaît que l’adaptation de ce non-Romain a été délicate: «Les gens le regardaient bizarrement», confie-t-il, estimant néanmoins que désormais «ceux qui le connaissent l’apprécient». Comme le poste clé au vicariat est désormais celui du vice-régent, jusqu’alors occupé par Mgr Reina, le choix de son remplaçant sera déterminant.
Dans une vidéo envoyée aux membres de son diocèse, Mgr Reina a affirmé que son désir était «de continuer à servir» l’Église de Rome. «Je sais que ce n’est pas une mission facile, parce que notre ville est belle, mais extrêmement complexe, malheureusement marquée par beaucoup de problèmes et difficultés», a-t-il reconnu, souhaitant être «pour tous l’image du Bon Pasteur».
Une mission de taille attend le nouveau cardinal-vicaire en 2025: le Jubilé. Juste après sa nomination, il n’a d’ailleurs pas hésité à monter au créneau pour dénoncer le retard des travaux lancés par la mairie de Rome et les désagréments qu’ils occasionnent. (cath.ch/imedia/cd/rz)
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Mgr Fernando Chomalí, un futur cardinal qui réveille l'Église du Chili
En annonçant la création cardinalice de Mgr Fernando Chomalí à l’occasion du consistoire des 7 et 8 décembre 2024, le pape a apporté un appui significatif à la reconstruction d’une Église chilienne très affaiblie par l’explosion des affaires d’abus sexuels, en 2018. Mgr Chomalí, dont la démission comme archevêque de Concepcion avait alors été refusée, est ensuite devenu l’un des voix fortes d’un catholicisme résilient et renaissant.
Fernando Natalio Chomalí Garib est né le 10 mars 1957 dans une famille de cinq enfants issus d’un couple de chrétiens originaires de Palestine. Son père, Juan Chomali Celse, qui était un médecin odontologue, et sa mère Vitalia Garib Aguad, faisaient partie de cette importante diaspora d’origine palestinienne, qui compte actuellemement plus de 400’000 membres au Chili. Malgré la différence d’orthographe, Mgr Fernando Chomalí est parent de Mgr William Shomali, évêque auxiliaire du Patriarcat latin de Jérusalem depuis 2010.
Mgr Chomalí a revendiqué à plusieurs reprises ses racines familiales, qui en font le premier cardinal à avoir du sang palestinien. «Nous, Chiliens d’origine palestinienne, promouvons une option claire en faveur de la non-violence et d’un dialogue sincère, seul moyen de parvenir à une paix fondée sur la vérité et la justice, le respect du droit international et des traités en vigueur, ainsi que le respect des êtres humains indépendamment de leur foi, de leur race ou de leur situation sociale», déclarait-il lors d’une homélie prononcée en 2012, dans le contexte, déjà à l’époque, d’une guerre à Gaza.
«En tant qu’être humain, en tant que descendant d’un Palestinien, je suis animé par la conviction la plus profonde que rien ne justifie la violence, et que la violence ne fait qu’engendrer plus de violence. Je suis animé par la conviction que la violence est incapable de poser les fondements politiques, moraux et spirituels nécessaires à l’édification d’une société authentiquement libre », martelait-il alors.
Un prélat francophone
Après avoir été formé à l’Alliance française et au lycée Saint-Exupéry de Santiago, ce qui lui permet de parler un français très fluide, Fernando Chomalí reçoit en 1981 un diplôme d’ingénieur civil, avec une spécialisation dans le domaine de la construction. Il entre au séminaire de la capitale chilienne en 1984 et est ordonné en 1991 par Mgr Carlos Oviedo Cavada. Le discret archevêque de Santiago a accompagné le lent processus de retour à la démocratie. Il fut créé cardinal par Jean Paul II en 1994.
"En 2010, Mgr Chomalí devient archevêque de Concepción, ville marquée par une sécularisation rapide"
Après son ordination, Fernando Chomalí reçoit une longue formation universitaire à Rome, obtenant une licence en théologie morale à l’Académie pontificale alphonsienne en 1993, un doctorat en théologie sacrée à l’Université grégorienne en 1994 et une maîtrise en bioéthique à l’Institut Jean Paul II pour la famille en 1998.
Investi dans la bioéthique
Il s’est beaucoup investi sur les questions de bioéthique, devenant notamment membre dès 1991 du comité d’éthique de l’hôpital affilié à la faculté de médecine de l’Université catholique pontificale du Chili, et membre du Comité national de bioéthique de la Conférence épiscopale chilienne à partir de 2002. Son expertise a été rapidement reconnue à Rome puisqu’il est aussi devenu membre correspondant de l’Académie pontificale pour la Vie dès 200. Il a vu son mandat renouvelé à plusieurs reprises, du pontificat de Jean Paul II à celui de François.
Le 6 avril 2006, le pape Benoît XVI le nomme évêque auxiliaire de Santiago du Chili, charge qu’il cumule un temps avec celle de curé de paroisse. Ses quatre ans de collaboration avec l’archevêque de l’époque, le très controversé cardinal Francisco Javier Errázuriz Ossa, lui ont valu des critiques au sujet de la couverture accordée au prêtre Fernando Karadima, coupable de nombreux abus.
"Mgr Fernando Chomalí voit sa démission refusée, et il devient l’un des évêques les plus mobilisés sur le dossier des abus"
En 2010, Mgr Fernando Chomalí devient archevêque de Concepción, ville du sud du pays marquée par une sécularisation rapide, et dévastée, quelques semaines avant son arrivée, par un puissant séisme de 8,3 à 8,8 sur l’échelle de Richter. Ingénieur de formation, Mgr Chomalí s’est particulièrement investi dans la reconstruction des églises: une cinquantaine d’édifices catholiques avaient été détruits.
Le choc des abus
Entre 2014 et 2015, il cumule son propre diocèse avec un intérim comme administrateur apostolique du diocèse d’Osorno. Il échoue alors à dissuader le pape François de nommer comme évêque de ce diocèse Mgr Juan Barros, qui avait protégé le prêtre abuseur Fernando Karadima. La défense de Mgr Barros par le pape François lors de sa visite de janvier 2018 au Chili provoquera un tollé, conduisant quelques mois plus tard à la démission collective de l’ensemble des évêques chiliens.
Mgr Fernando Chomalí voit alors sa démission refusée, et il devient l’un des évêques les plus mobilisés sur ce dossier sensible. Le 10 septembre 2018, dans une lettre pastorale sur la crise des abus sexuels, il appelle l’Église à coopérer pleinement avec les autorités civiles: «Nous devons obéir à la loi car nous ne sommes pas au-dessus des règles qui régissent le pays». Il déplore que l’Église ait perdu sa réputation de «voix des sans-voix» et soit devenue «une source de scandale, de profonde remise en question, de grande méfiance et de peu de crédibilité».
Attentif aux victimes
Il condamne alors l’impact du cléricalisme et prône de nouvelles règles pour créer la transparence dans les séminaires et les procédures judiciaires de l’Église. Sur un plan très concret, il propose de séparer les bureaux qui traitent les plaintes pour abus des autres bureaux diocésains, afin de permettre aux victimes de s’exprimer plus librement, sans pression institutionnelle. Il est personnellement proche de Juan Carlos Cruz, victime du Père Karadima, et désormais membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs. Dans son propre diocèse de Concepcion, il a dû écarter son chancelier, mis en cause dans une affaire d’abus.
"Il répond à tout le monde, même aux ministres"
Le 25 octobre 2023, le pape François le nomme archevêque de Santiago du Chili, une charge dans laquelle il est installé le 16 décembre suivant. Le 6 octobre dernier, il réagit sobrement à l’annonce de sa promotion cardinalice. «Je suis très ému. J’espère pouvoir apporter ma contribution à l’Église chilienne», indique-t-il sur X. Il se tient depuis à distance des médias.
Un archevêque dynamique et atypique
Mgr Chomalí «a trouvé une Église en sommeil, qui s’était effacée de la vie publique», remarque un prêtre du diocèse de Santiago du Chili. Il se rejouit d’avoir un archevêque dynamique, qui se déploie sur de multiples champs d’activité, comme intellectuel et théologien mais aussi comme peintre, documentariste, auteur de pièce de théâtre… «Il est très actif sur Tik Tok, Instagram, Twitter… Il répond à tout le monde, même aux ministres. Il considère que sa voix est celle d’un citoyen, qui a toute légitimité pour s’exprimer», explique le prêtre.
Ce dernier salue «un pasteur au milieu des gens, très rusé et attentif à ce qui se passe dans la réalité sociale». Il montre une aisance avec tous les milieux, comme le prouve sa bénédiction du groupe de bikers venus avec leurs Harley-Davidson, et qui l’ont fait revêtir une veste en cuir aux couleurs de son diocèse. Mais cet archevêque attaché à son indépendance, qui n’a ni garde du corps, ni chauffeur, ni personnel de service, peut avoir quelques difficultés à travailler en équipe, témoignent certaines sources.
Défense de la vie
«Il prend le métro, conduit sa voiture, fait sa vaisselle, un peu comme le cardinal Bergoglio avant qu’il ne devienne pape», raconte Julio Pozo, porte-parole de la fondation Catholic Voices. Cet ancien journaliste de Radio Maria remarque qu’une certaine «lune de miel» médiatique entoure les débuts de son épiscopat à Santiago.
Lors du traditionnel Te Deum célébré le 18 septembre en présence des plus hautes autorités du pays, l’archevêque de la capitale chilienne a parlé frontalement de la lutte contre la corruption et des atteintes à la vie, une allusion claire aux revendications de la gauche au pouvoir sur l’euthanasie et l’avortement. Son engagement pour la défense de la vie passe aussi par des actions concrètes. Dans son précédent diocèse à Concepción, il avait créé un café solidaire pour y faire travailler des personnes trisomiques.
"D’une façon assez inhabituelle, la capitale chilienne comptera désormais quatre cardinaux"
Dans un contexte de déclin de la foi, Mgr Chomalí cherche à réveiller les consciences par des moyens originaux. Il a ainsi composé une pièce de théâtre dans laquelle deux jeunes garçons s’interrogent sur leur filiation, afin de dénoncer les conséquences psychologiques de la gestation pour autrui.
Un certain frémissement se fait sentir sur le plan des vocations sacerdotales, avec huit entrées au séminaire cette année contre seulement une ou deux par an au pic de la crise des abus. Mgr Chomalí veut «encourager une Église vivante». «Il fait des choses et il parle», se réjouit Julio Pozo.
La cohabitation avec trois “émérites”
D’une façon assez inhabituelle, la capitale chilienne comptera désormais quatre cardinaux, puisque trois prédécesseurs de Mgr Chomalí sont encore en vie. Le cardinal Francisco Javier Errázuriz Ossa, 91 ans, a gouverné ce diocèse de 1998 à 2010 et fut créé cardinal par Jean Paul II le 22 février 2001, en même temps que le cardinal Bergoglio. Bien qu’il ne soit plus électeur depuis 2013, il a joué un rôle important dans les premières années du pontificat de François, en tant que membre du Conseil de Cardinaux au sein duquel il représentait l’Amérique latine de 2013 à 2018. Sa mise en cause dans la couverture des abus de Fernando Karadima a mené à son retrait de la vie publique.
Le cardinal Riccardo Ezzati, 82 ans, qui est originaire d’Italie et a émigré au Chili en 1959 pour sa formation religieuse, a lui aussi été mis en cause pour sa couverture des affaires d’abus sexuels. Nommé archevêque de Santiago en 2010 – après avoir gouverné l’archidiocèse de Concepcion tout comme Mgr Chomalí – , Mgr Ezzati a été créé cardinal lors du premier consistoire de 2014. Sa démission, présentée avec l’ensemble des évêques chiliens en 2018, a été acceptée le 23 mars 2019, alors que des poursuites judiciaires avaient été engagées contre lui. Il avait de toute façon déjà 77 ans et sa démission pour raison d’âge était programmée.
La discrétion du cardinal Aos Braco
Enfin, le cardinal Celestino Aós Braco cohabitera avec le cardinal Chomalí Chomali au sein du collège des cardinaux électeurs jusqu’à son 80e anniversaire, le 6 avril 2025. Ce moine capucin originaire d’Espagne eut la tâche ingrate de reprendre en main le diocèse de Santiago après le choc des scandales d’abus. Alors évêque de Copiapo, il fut nommé administrateur apostolique de Santiago en mars 2019, puis archevêque de plein droit en décembre 2019 et cardinal moins d’un an plus tard, lors du consistoire du 28 novembre 2020, alors qu’il avait déjà 75 ans.
Se sachant contraint à un épiscopat court compte tenu de son âge, le cardinal Aós Braco a assumé une certaine discrétion avant de transmettre les rênes du diocèse à un successeur plus vigoureux. Signe de la proximité et de la loyauté qui relient les deux hommes, c’est lui-même, et non pas le nonce apostolique comme le protocole le prévoyait, qui a déposé le pallium sur les épaules de son successeur en 2023. (cath.ch/imedia/cv/rz)
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Le futur cardinal Roberto Repole, un théologien bergoglien
Évêque depuis à peine deux ans, Mgr Roberto Repole va rejoindre le Collège cardinalice à 57 ans et restera donc électeur des futurs papes pendant 23 ans. Avec la promotion de cet évêque au profil de théologien, disciple du cardinal Henri de Lubac, la capitale du Piémont va retrouver son statut traditionnel de ville “cardinalice” qu’elle avait perdu depuis la retraite du cardinal Severino Poletto, le 11 octobre 2010.
Roberto Repole est né le 29 juin 1967 à Turin. Il est entré au séminaire au tout jeune âge de 11 ans, et a été ordonné prêtre en 1992. Après un temps de service en paroisse dans son diocèse, il s’est rendu à Rome pour poursuivre des études de théologie systématique à l’Université pontificale grégorienne – établissement jésuite – où il a soutenu une thèse de doctorat en 2001 sur des penseurs français: le théologien Henri de Lubac, en dialogue avec le philosophe Gabriel Marcel.
De retour à Turin, le jeune prêtre a enseigné à la Faculté de théologie de l’Italie du Nord et à l’Institut supérieur des sciences religieuses, tout en servant en paroisse et dans la pastorale universitaire. Il est d’ailleurs membre du conseil d’administration de l’Agence du Saint-Siège pour l’évaluation et la promotion de la qualité des universités et facultés ecclésiastiques (AVEPRO) depuis 2016.
Nomination surprise
Au fil des ans, le Père Repole est devenu un théologien connu en Italie, incarnant une aile “bergoglienne”, soucieuse de penser l’Église de demain dans une société sécularisée, et engagée dans la réforme «synodale». Il a notamment été président de l’Association théologique italienne de 2011 à 2019.
En 2018, il s’est fait connaître pour avoir été le coordinateur d’un recueil de réflexions théologiques élaboré à l’occasion du cinquième anniversaire du pontificat du pape François (une série de 11 petits volumes sur la théologie du pape François), que Benoît XVI avait refusé de préfacer en raison de la présence d’auteurs qui avaient attaqué son pontificat et celui de Jean Paul II.
"Il est parfois la cible de critiques de médias conservateurs, notamment pour son attitude pastorale envers les personnes homosexuelles"
Le 19 février 2022, il est nommé à la fois archevêque de Turin et évêque de Suse – deux diocèses que le pape a réuni dans le cadre de la refonte des diocèses italiens – et il reçoit l’ordination épiscopale le 7 mai suivant. Il est l’un des rares théologiens élevés par le pape François à l’épiscopat, ce dernier préférant souvent des profils d’hommes de terrain et missionnaires. Sa nomination est accueillie avec une certaine surprise.
Mgr Repole choisit pour devise épiscopale «Le Christ s’est donné lui-même pour moi», tirée de la lettre de Paul aux Galates (Gal 2,20). Quelques mois après, en septembre, il est nommé membre de la Commission pour l’éducation catholique au sein de la Conférence épiscopale italienne; puis en octobre, vice-président de la Conférence épiscopale du Piémont et de Val d’Aoste, qui regroupe les 17 diocèses de cette région du nord de l’Italie.
Pour une Église “humble”
Auteur prolixe, il a publié de nombreux ouvrages, articles, essais, notamment sur le pontificat du pape François. Homme de dialogue, il plaide pour une Église «humble» dans la société. Il est parfois la cible de critiques de médias conservateurs, notamment pour son attitude pastorale envers les personnes homosexuelles. Sa participation à une rencontre du Centre d’étude Ferruccio Castellano sur le thème «Même sexe, même amour, famille différente» a ainsi été remarquée. Dans son diocèse, il prend aussi la défense des droits des travailleurs.
Acteur du Synode sur la synodalité
Le 6 octobre 2024, alors qu’il participe activement au Synode sur la synodalité convoqué par le pape François à Rome – où il incarne une voix importante –, le nom de l’évêque piémontais est cité dans la liste des 20 nouveaux cardinaux que le pontife a choisis pour le consistoire du 7 décembre. Quatorze ans après son dernier cardinal, Turin retrouve la pourpre cardinalice que n’a jamais eue Mgr Cesare Nosiglia, son prédécesseur. Un choix qui montre aussi que le pape l’apprécie, puisque depuis le début de son pontificat, François ne s’est pas senti tenu de se plier aux traditionnels «sièges cardinalices», dans ses choix de cardinaux italiens.
Avec cette nouvelle entrée au sein du collège, les Italiens seront au nombre de 15 électeurs – contre 28 lors du conclave de 2013. Roberto Repole fait partie des 20 cardinaux (sur 140 électeurs) qui ont moins de 60 ans. (cath.ch/imedia/ak/rz)
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Mgr Luis Gerardo Cabrera Herrera, porte-voix d'un Équateur en souffrance
En faisant revenir, avec Mgr Luis Gerardo Cabrera Herrera, l’Équateur au sein du collège des cardinaux électeurs, et en choisissant l’archevêque de Guayaquil et non celui de la capitale Quito, le pape François manifeste son appui à une Église qui tente d’apporter une consolation à une population éprouvée par la violence et la montée en puissance des gangs. Autrefois considéré comme un pays plus stable que ses voisins, l’Équateur a vécu un véritable effondrement économique et sécuritaire avec la pandémie de Covid-19.
Luis Gerardo Cabrera Herrera est né le 11 octobre 1955, à Azogues, une ville du sud de l’Équateur comptant environ 35’000 habitants. Elle abrite le plus important sanctuaire marial du pays, dédié à la Virgen de la Nube, la “Vierge des nuages”. Une apparition de la Vierge dans le ciel, en suivant la forme des nuages, le 30 décembre 1696, aurait mené à la guérison de l’archevêque de Quito de l’époque. Cette dévotion donne lieu à un pèlerinage chaque année, le 1er janvier.
D’abord formé au petit séminaire franciscain, avant des études à l’Université catholique d’Équateur puis à l’université antonienne de Rome où il a reçu un doctorat en philosophie, Luis Gerardo Cabrera Herrera a revêtu la robe de bure en 1975 et a prononcé ses vœux définitifs chez les franciscains en 1982, un an avant de recevoir l’ordination sacerdotale.
Provincial des franciscains en Équateur
Il a occupé de nombreuses fonctions dans le domaine de la formation, notamment comme maître des novices et chargé de la pastorale vocationnelle de la Province franciscaine en Équateur. Il fut aussi secrétaire exécutif de la commission œcuménique, au sein de la Conférence épiscopale équatorienne.
De 1996 à 2001, il a dirigé le Centre d’études franciscaines de l’Équateur, et fut aussi de 1998 à 2000 le directeur de l’Institut philosophique et théologique “Cardenal Bernardino Echevarria”. Né en 1912 et décédé en 2000, Mgr Bernardino Echevarria fut archevêque de Guayaquil de 1969 à 1989 et fut créé cardinal (non électeur) en 1994 par Jean Paul II. Il fait actuellement l’objet d’un procès en béatification.
De 2000 à 2003, le Père Luis Gerardo Cabrera Herrera fut le ministre provincial des franciscains en Équateur, avant de rejoindre Rome en tant que conseiller général des franciscains et responsable des provinces franciscaines d’Amérique latine et des Caraïbes.
Évêque dans un pays en crise
En 2009, le pape Benoît XVI l’a nommé archevêque de Cuenca, la troisième ville du pays qui compte environ 600’000 habitants. Durant son épiscopat de six ans dans cette ville des hauts plateaux andins, Mgr Luis Gerardo Cabrera Herrera a commencé à devenir l’un des évêques les plus connus du pays, assumant notamment une première fois la vice-présidence de l’épiscopat de 2011 à 2014.
En septembre 2015, deux mois après sa visite en Équateur, le pape François le nomme archevêque de Guayaquil, le grand port sur l’Océan pacifique, qui est la capitale économique du pays et la plus grande ville, avec plus de 3,5 millions d’habitants dans l’agglomération. La capitale, Quito, ne compte qu’un peu plus de deux millions d’habitants en incluant sa banlieue.
L’Église en médiatrice
La ville de Guayaquil, pourtant surnommée «la perle du Pacifique», a vu son contexte économique se dégrader considérablement depuis la pandémie de Covid-19 qui a provoqué de nombreux décès et suscité une véritable psychose dans la population. De plus, les enjeux économiques liés au trafic portuaire ont suscité une montée en puissance des gangs violents qui ont provoqué une hausse de 800% du nombre d’homicides entre 2018 et 2023.
La promotion cardinalice de Mgr Luis Gerardo Cabrera Herrera peut donc se comprendre comme un appui à l’Église catholique qui tente de maintenir le lien social et la confiance dans les institutions dans ce contexte particulièrement éprouvant. Elle constitue aussi un appui dans ses fonctions de président de la Conférence épiscopale équatorienne, qu’il occupe depuis 2020.
“Le choix de l’archevêque de Guayaquil, et non de Quito, peut apparaître comme une marque de distance à l’égard de ce dernier”
L’Église a joué un rôle de médiation dans la crise sociale que traverse le pays, soumis à une grande instabilité depuis les mandats des présidents Lenin Moreno et Guillermo Lasso, qui a cédé la place en 2023 à Daniel Noboa. Ce jeune président de 36 ans, qui applique une politique de répression dure à l’égard des gang, avec les mêmes méthodes musclées que son homologue salvadorien Nayib Bukele, se targue d’avoir fait baisser l’insécurité, mais au prix de détentions parfois jugées arbitraires. Invitant à «ne pas céder à la panique stérile», l’épiscopat s’est montré prudent après la proclamation par le président d’un «état de conflit interne» censé permettre d’étendre les prérogatives des forces de sécurité.
Choix de Guayaquil et non de la capitale Quito
Mgr Cabrera Herra deviendra le premier archevêque de Guayaquil en poste à recevoir la barrette cardinalice: le cardinal Echevarria était déjà émérite lorsqu’il l’a reçue en 1994. Dans un entretien à Vatican News, le futur cardinal a expliqué avoir reçu sa nomination et la lettre du pape l’accompagnant comme «une invitation à regarder au-delà de l’archidiocèse de Guayaquil, au-delà de l’Équateur, à penser à l’Église universelle et à découvrir comment la foi est vécue de façons différentes, selon les cultures, les traditions et l’histoire».
Le choix de l’archevêque de Guayaquil, et non de celui de la capitale Quito, Mgr Alfredo José Espinoza Mateus, peut apparaître aussi comme une marque de distance à l’égard de ce dernier, qui a accueilli le Congrès eucharistique international en septembre dernier, mais a été mis en cause dans des affaires financières. Le pape François, qui était venu en Équateur en 2015, n’a pas fait à cette occasion ce second voyage à Quito qui avait pourtant été initialement annoncé par les autorités locales. (cath.ch/imedia/cv/rz)
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Mgr Bokalic Iglic, l'ancien adjoint de François à Buenos Aires, promu cardinal
Avec Mgr Vicente Bokalic Iglic, le pape François a décidé de renforcer la présence de son pays natal, l’Argentine, au sein du Sacré Collège, avec désormais sept cardinaux, parmi lesquels quatre électeurs. Cette année, son choix ne s’est pas porté sur l’archevêque de Buenos Aires, mais sur celui de Santiago del Estero. Ce diocèse est redevenu, le 22 juillet 2024, le siège du primat d’Argentine. De 2010 à 2013, Mgr Bokalic Iglic avait été évêque auxiliaire de Buenos Aires sous la conduite du cardinal Bergoglio.
Vicente Bokalic Iglic est né le 11 juin 1952 à Lanús – une ville de la province de Buenos Aires, et qui fut aussi la commune natale de Diego Maradona – dans une famille d’origine slovène.
Ces communautés catholiques d’ex-Yougoslavie immigrées en Argentine ont donné à l’Église locale de nombreuses vocations sacerdotales, et deux cardinaux. L’actuel doyen d’âge du Sacré Collège, le cardinal Estanislao Esteban Karlic, 98 ans, est un Argentin issu d’une famille d’immigrés croates. Archevêque émérite de Paranà, il a été créé cardinal en 2007 par Benoît XVI, à titre honorifique, puisqu’il avait déjà dépassé le seuil des 80 ans. Cet archevêque argentin avait collaboré avec le cardinal Ratzinger dans la rédaction du Catéchisme de l’Église catholique, de 1986 à 1992.
Missionnaire et curé
Vicente Bokalic Iglic, pour sa part, est entré en 1970 en formation au sein de la Congrégation de la Mission, fondée en 1617 en France par saint Vincent de Paul. Ses membres sont communément appelés les “lazaristes”, ou les “vincentiens” quand ils sont associés aux autres branches de cette famille spirituelle.
Après avoir prononcé ses vœux en 1976 et avoir reçu l’ordination sacerdotale en 1978 au sein de cette congrégation, Vicente Bokalic Iglic, formé en théologie au sein de l’Université catholique d’Argentine, a exercé plusieurs charges dans le domaine de la formation et en paroisse. Il a notamment exercé au sein du séminaire vincentien de San Miguel, comme formateur et directeur de 1983 à 1986 et comme supérieur de 1987 à 1990 et de 1997 à 2000. Il a aussi été, de 1991 à 1993, le recteur du sanctuaire Notre-Dame de la Médaille miraculeuse, à Parque Chacabuco, un quartier central de Buenos Aires.
“Vicente Bokalic Iglic a été l’adjoint du futur pontife jusqu’en 2013”
Conformément à la tradition de sa congrégation dédiée au soin spirituel des plus déshérités, il a été missionnaire de 1994 à 1997 dans la prélature territoriale de Dean Funes, une petite ville du nord du pays ne comptant que neuf prêtres pour près de 80 lieux de culte. De 2000 à 2003, c’est dans le diocèse de Goya, au nord de l’Argentine, qu’il fut envoyé comme missionnaire et curé de paroisse.
De 2003 à 2009, il a été le supérieur provincial des lazaristes en Argentine. Nommé le 15 mars 2010 évêque auxiliaire de Buenos Aires par Benoît XVI, Mgr Bokalic Iglic a reçu la consécration épiscopale le 29 mai suivant des mains du cardinal Jorge Mario Bergoglio. Il est donc devenu l’adjoint du futur pontife jusqu’en 2013, assumant notamment la charge du vicariat dédié au centre de Buenos Aires.
Transfert du siège primatial
Quelques mois après son élection sur le Siège de Pierre, le 23 décembre 2013, le pape François a promu son ancien évêque auxiliaire comme évêque de Santiago del Estero. Ce diocèse relativement petit, situé au nord-est du pays, près de la ville de Tucumán, ne compte qu’une quarantaine de prêtres incardinés pour environ 800’000 habitants. Il revêt cependant une grande importance historique en tant que siège du premier diocèse du pays, érigé par saint Pie V en 1570, dans le contexte de la colonisation espagnole.
C’est à ce titre que, le 22 juillet 2024, le pape François a annoncé sa décision de déplacer le siège du primat d’Argentine à Santiago del Estero, et non plus à Buenos Aires comme c’était le cas depuis 1936. Mgr Bokalic Iglic a dans le même temps reçu le titre d’archevêque. Dans un communiqué commun publié avec son homologue de Buenos Aires Mgr Jorge Ignacio García Cuerva, Mgr Bokalic Iglic a expliqué que cette décision du pontife argentin visait à remettre en valeur «l’ancien et premier siège épiscopal de Tucumán, où l’Évangile a retenti pour la première fois par la voix d’un successeur des Apôtres, sur ces terres qui deviendraient l’Argentine».
Visite du pape à Santiago del Estero?
La presse argentine considère qu’une étape du pape à Santiago del Estero serait probable en cas de tournée pontificale en Argentine, désormais envisagée pour mars 2025, même si la multiplication des rumeurs sans suite sur un voyage du pape dans son pays natal incite à une grande prudence. La situation politique et sociale tendue autour du gouvernement libertarien de Javier Milei suscite l’inquiétude de l’épiscopat local. Mais les échanges entre le pape et des personnalités proches du pouvoir se sont multipliés ces dernières semaines et pourraient préparer le terrain en vue d’un voyage à venir.
Après le consistoire du 7 décembre, l’Argentine comptera désormais quatre cardinaux électeurs. Outre le futur cardinal Vicente Bokalic Iglic, les autres cardinaux de moins de 80 ans sont Victor Manuel Fernàndez, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, Ángel Sixto Rossi, archevêque de Córdoba, et Mario Aurelio Poli, archevêque émérite de Buenos Aires, qui aura 80 ans le 24 novembre 2027. Il est probable que son successeur dans la capitale argentine, Mgr Jorge Ignacio García Cuerva, ne soit pas promu au cardinalat avant cette date. (cath.ch/imedia/cv/rz)
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Le futur cardinal Baggio, héraut des migrants et de l’écologie dans la Curie
Musicien et compositeur, grand promoteur de l’accueil des migrants, artisan du centre écologique Laudato si’ du Vatican, le Père Fabio Baggio, sous-secrétaire du dicastère pour le Service du développement humain intégral, est un ami de longue date du pape François. Au prochain consistoire, l’Italien comptera parmi les trois nouveaux cardinaux de la Curie romaine, avec le Père George Jacob Koovakad, et Mgr Rolandas Makrickas.
Promu cardinal alors qu’il n’est pour le moment que prêtre, Fabio Baggio se retrouve dans la même situation que son ancien homologue Michael Czerny. D’après les sources vaticanes consultées par I.MEDIA, il est d’ailleurs pressenti pour succéder au jésuite canadien à la tête du dicastère en charge notamment des questions écologiques et humanitaires.
Contrairement à la plupart des cardinaux du pape François qui apprennent leur nomination par surprise, le Père Baggio avait été prévenu: le pape lui-même a révélé, lors d’une audience quelques jours après l’annonce, qu’il avait déjà évoqué avec lui cette perspective, provoquant ses réticences. «J’ai toujours essayé de décliner… Finalement le pape en a décidé autrement», confiait récemment le prélat à I.MEDIA.
Séjour en Amérique latine
Né à Bassano del Grappa, en Vénétie, en 1965, cet Italien a grandi au sein d’une famille catholique de trois enfants. Comme son frère Gian Antonio Fabio, lui aussi devenu religieux scalabrinien, Fabio a commencé très jeune – à 11 ans – sa formation au sein de l’ordre des Missionnaires de saint Charles, dédié à l’assistance aux migrants. Il y a fait sa profession perpétuelle en 1991.
Ordonné prêtre en 1992, il a d’abord travaillé en Amérique latine, tout en achevant une thèse de doctorat en histoire de l’Église à l’Université pontificale grégorienne, sous la direction du jésuite historien Giacomo Martina. Dans sa formation théologique, il se dit marqué par Karl Rahner, Hans Urs von Balthasar, Joseph Ratzinger, Jean Gallo, Luis Ladaria Ferrer, mais aussi par les penseurs de la «théologie de la migration».
Rencontre avec Jorge Mario Bergoglio
Envoyé au Chili puis en Argentine, il a collaboré avec l’alors cardinal Jorge Mario Bergoglio en tant que secrétaire national des Œuvres pontificales missionnaires à partir de 1999 et directeur national du département pour la migration au sein du diocèse de Buenos Aires à partir de 2002. Les deux hommes ont tissé une amitié qui s’est poursuivie dans le temps. Le missionnaire s’est ensuite rendu aux Philippines, puis à Rome, où il a dirigé l’institut de la pastorale migratoire des scalabriniens, incorporé à l’Université pontificale urbanienne, auprès de laquelle il a par ailleurs enseigné.
Le pape François a appelé son ancien collaborateur au Vatican en 2016. Celui-ci est alors devenu sous-secrétaire de la Section Migrants et réfugiés du dicastère pour le Service du développement humain intégral, un organe placé sous la conduite directe du pontife. En 2022, le Père Baggio a été confirmé comme sous-secrétaire de tout le dicastère, passant de la gestion de 20 personnes à celle de 80 personnes. Au sein du dicastère, des collaborateurs consultés par I.MEDIA reconnaissent ses compétences, son sérieux et son exigence.
Prêtre musicien
En 2023, celui qui est considéré comme l’un des grands promoteurs de l’accueil des migrants au Vatican, voit s’élargir son domaine de compétence: il est choisi par le pontife pour mettre en œuvre le vaste projet écologique du «Borgo Laudato si’», laboratoire d’agriculture verte et centre de formation, sur les terrains du Saint-Siège à Castelgandolfo, non loin de Rome. «Le pape a confiance en lui, le Père Baggio connaît bien les relations entre la Curie et les ONG», glisse-t-on dans son entourage.
Depuis sa jeunesse, le Père Baggio a aussi développé sa fibre musicale, composant des music-hall ou encore des chansons chrétiennes electro-pop. Il est influencé par les chanteurs italiens, des années 70–80 – Claudio Baglioni, De Battisti, De Gregori, Bennato – mais aussi par des auteurs anglo-saxons comme Sting, Phil Collins, Queen, les Beatles, Bob Dylan, Simon and Garfunkel. Amateur de musique classique, il compte parmi ses compositeurs préférés Bach, Beethoven et Vivaldi.
Il sera le troisième cardinal originaire de la région du “Bassanese”, comme le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin et l’ancien nonce apostolique Mgr Silvano Maria Tomasi. Le Père Baggio sera ordonné évêque après être devenu cardinal. C’est son supérieur actuel, le cardinal Czerny, qui présidera la célébration chez les scalabriniens de Bassano del Grappa le 11 janvier 2025. (cath.ch/imedia/ak/rz)
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Mgr Rolandas Makrickas, gardien du tombeau du pape François
Issu de la filière diplomatique, Mgr Rolandas Makrickas fait partie des personnalités de la Curie romaine qui ont connu une ascension discrète mais décisive sous le pontificat de François. Homme de confiance, notamment dans le domaine économique, il s’est en outre vu confier la direction de la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, un lieu très cher au cœur du pape argentin qui souhaite s’y faire enterrer.
Ce Lituanien provient d’un milieu très éloigné des questions vaticanes: il est né en 1972 dans un pays alors sous domination soviétique. Le presbytère dans lequel il voit le jour a été nationalisé et transformé en maternité. Ses parents, bien que catholiques, vivent leur foi dans une grande discrétion pour éviter les persécutions. Et c’est plutôt l’exemple de courageux prêtres qui va le marquer dans sa jeunesse.
Le jeune homme commence à vivre véritablement sa foi à partir de la libération de son pays en 1991, quand il participe à des camps pour la jeunesse organisés par l’Église catholique. Cette période, marquée par un élan de liberté et d’expérimentation, le touchera tout particulièrement. Mais à l’époque, il est étudiant et passionné par l’aviation, au point de piloter des planeurs et d’envisager une carrière dans l’aéronautique.
Vocation sacerdotale
Mais c’est le séminaire qu’il finit par choisir, après avoir discerné avec un cousin un peu plus âgé, lui-même devenu prêtre. Le reste de sa famille est très surpris, mais accepte facilement – selon lui parce que ses grands frères sont déjà mariés. Il rejoint alors le séminaire de Kaunas, seconde ville du pays, et commence sa formation.
Le séminaire, à l’époque, attire beaucoup de vocations. Avec le soutien financier de la Conférence épiscopale américaine, il est envoyé dans un groupe d’étudiants à Rome en 1991. La situation de la Lituanie est tendue en ces premiers mois de liberté, avec notamment une tentative de coup d’État, et la sortie du pays est particulièrement difficile pour le jeune séminariste, qui la vit comme un abandon. Mais arrivé à Venise, il apprend que le coup d’État a échoué et rejoint Rome plus serein.
Premières expériences diplomatiques
C’est dans la capitale italienne qu’il reçoit son passeport lituanien, lui qui est né citoyen de l’URSS. Et à chaque retour dans son pays, il s’émerveille de voir la Lituanie sortir de cette sombre période. Il est ordonné pour le diocèse de Panevėžys avant de servir pendant cinq ans dans une paroisse. Durant cette période, il est aussi en charge de l’organisation nationale du Jubilé de l’an 2000. Il poursuit ses études, obtenant un doctorat en histoire de l’Église en 2004.
Entre temps, il est rappelé à Rome pour rejoindre l’Académie ecclésiastique, l’école des nonces, où il étudie de 2003 à 2006. Il est ensuite envoyé dans les représentations diplomatiques papales en Bolivie, puis en Géorgie où il est témoin de la guerre russo-géorgienne, et enfin en Suède. De 2013 à 2017, il sert au sein de la nonciature américaine, et accueille à ce titre le pape François. En 2017, il est nommé chargé d’affaires à la nonciature du Gabon et du Congo.
La confiance du pape
Deux ans plus tard, en 2019, il est rappelé à Rome où le pape François lui confie une tâche particulièrement délicate: la direction du Bureau administratif de la secrétairerie d’État. Cet organisme, en charge des affaires économiques au sein de la Première section, s’est retrouvé au cœur d’un important scandale financier dans lequel son prédécesseur, Mgr Alberto Perlasca, a été particulièrement impliqué, au point d’être un temps la cible principale de l’enquête de la justice vaticane. L’Italien deviendra ensuite un témoin clé du procès de l’immeuble de Londres, qui a aboutit en 2023 à la condamnation de neuf personnes, dont le cardinal Angelo Becciu.
Signe fort de la confiance du pape, Mgr Makrickas, qui collabore directement avec son supérieur direct, le substitut Mgr Peña Parra, est le premier non Italien à occuper ce poste particulièrement important. Sous son mandat, le pontife supprime la plupart des pouvoirs économiques de la secrétairerie d’État, et Mgr Makrickas participe activement à la restructuration de son bureau.
Mission délicate
En 2021, le pontife nomme le Lituanien commissaire extraordinaire de la basilique Sainte-Marie-Majeure selon la formule latine “donec aliter provideatur”, qui signifie “jusqu’à ce que le pape en décide autrement”. Il s’agit d’une nouvelle mission délicate sur le plan financier. La basilique a été fragilisée par un scandale dans la gestion de son important patrimoine, même s’il remonte à plusieurs années. Mgr Makrickas obtient les pleins pouvoirs, bien que le cardinal Stanisław Ryłko reste l’archiprêtre.
En effet, en 2015, un ancien administrateur du chapître de Sainte-Marie-Majeure avait été condamné à quatre ans d’emprisonnement pour fraude et détournement de fonds par le tribunal du Vatican, pour des faits remontant à 2008. Il avait dû aussi payer 250’000 euros au Chapitre.
Futur archiprêtre coadjuteur de Sainte-Marie-Majeure
Mgr Makrickas a donc pour mission de porter la réforme économique, administrative et pastorale de cette basilique chère au cœur du pape François. Le 23 août 2023, le pape ordonne à toutes les entités du Saint-Siège de confier leur patrimoine financier à l’Institut pour les œuvres de religion – une façon de centraliser leurs ressources.
Mais sa tâche n’est pas seulement importante d’un point de vue administratif. Il a pour mission de préparer la basilique en vue du jour où le pape décédera. François, qui est particulièrement attaché à la basilique, où il se rend très régulièrement pour prier devant l’icone de la vierge Salus Populi Romani, a en effet annoncé qu’il souhaitait y être enterré.
Des travaux ont été menés dans la basilique, notamment pour aménager le lieu de la tombe, mais aussi pour rénover des appartements. Lors de travaux sur la façade de la basilique en 2024, le nouvel archiprêtre s’est attiré les foudres de plusieurs médias romains après l’installation d’une affiche publicitaire pour une célèbre marque de glaces sur les échaffaudages.
Le 20 mars 2024, le pape François nomme Mgr Makrickas archiprêtre coadjuteur de Sainte-Marie-Majeure. Cela signifie qu’il prendra la place du cardinal Stanisław Ryłko quand ce dernier prendra sa retraite (il a 79 ans et a donc largement dépassé l’âge). (cath.ch/imedia/cd/rz)
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Frank Leo, le plus jeune archevêque canadien parmi les futurs électeurs du pape
Mgr Frank Leo, 53 ans, archevêque de Toronto, est présenté par la presse canadienne comme le plus jeune archevêque du Canada à la tête du plus grand archidiocèse. Cet enseignant et pasteur soucieux d’une approche sans idéologie, connaisseur de la diplomatie vaticane, sera l’un des quatre cardinaux canadiens électeurs en cas de conclave.
Né le 30 juin 1971 à Montréal dans une famille d’immigrés italiens ayant réussi dans le commerce du textile, Francis Leo, dit «Frank», a grandi dans un environnement catholique – paroisse, scoutisme… – où il a senti l’appel à devenir prêtre à l’âge de 15 ans. Il est entré au grand séminaire de Montréal en 1990 et a été ordonné prêtre pour l’archidiocèse le 14 décembre 1996. Après son ordination, il a d’abord assumé diverses charges en paroisse et comme enseignant de religion.
La Chine de près
En 2006, à l’invitation du nonce apostolique dans le pays à l’époque, Mgr Luigi Ventura, le Père Leo a rejoint l’Académie pontificale ecclésiastique, l’école des nonces, chargée de former les diplomates du Saint-Siège. Un choix qui n’a pas été sans hésitation, a-t-il confié, puisqu’il lui fallait quitter une vie pastorale à laquelle il était attaché. Il a alors étudié le droit canonique, la diplomatie et le droit international.
En 2008, ce polyglotte – il parle anglais, français, italien et espagnol – est entré au service diplomatique du Vatican. Il a travaillé à la nonciature apostolique d’Australie et à la Mission d’étude à Hong Kong en 2011-2012. «Cela m’a permis de découvrir la Chine […]. J’ai eu un petit aperçu des difficultés, des défis que représente le fait d’être chrétien en Chine», a-t-il confié au magazine America.
Il choisit ensuite de ne pas franchir les échelons pour devenir nonce – ambassadeur – mais de retourner au Canada pour prendre la direction du séminaire de Montréal. Il enseigne également dans divers instituts de théologie et de philosophie au Canada et aux États-Unis. En 2013, le prêtre, titulaire d’un doctorat en théologie mariale et qui professe son attachement personnel à la figure de la Vierge Marie, a fondé la Canadian Mariological Society, dont il est président.
Dans la tourmente des pensionnats autochtones
De 2015 à 2021, il a été secrétaire de la Conférence épiscopale canadienne. À ce poste, il est confronté à la période délicate du scandale des abus perpétrés par des communautés religieuses dans les pensionnats pour autochtones. Les évêques du Canada sont dans un premier temps divisés sur l’opportunité d’une demande de pardon de l’Église, avant de parvenir à un consensus qui aboutira au voyage pénitentiel du pape François en juillet 2022.
C’est dans ce contexte que Mgr Leo est choisi pour être vicaire général de Montréal en 2022. Il est nommé évêque auxiliaire du diocèse la même année par le pape François. Consacré évêque le 12 septembre, il choisit pour devise les paroles de la Vierge Marie à propos de Jésus: «Faites tout ce qu’il vous dira».
Quelques mois plus tard, le 11 février 2023, le pontife lui confie l’archidiocèse de Toronto, où il prend la place du cardinal Thomas Christopher Collins. Il se retrouve donc à la tête du plus vaste diocèse du Canada, une réalité composite comptant quelque deux millions de catholiques et 400 prêtres célébrant dans plus d’une trentaine de langues, sur 225 paroisses.
Un pasteur qui refuse «l’idéologie»
Dans sa pastorale d’évêque, Francis Leo plaide pour une approche soucieuse de la «réalité humaine», confessant son refus de «l’idéologie» déconnectée des difficultés des fidèles. Dans une société très sécularisée, où la voix de l’Église est peu entendue sur les questions de bioéthique, il n’hésite pas à dénoncer l’avancée de l’euthanasie – légalisée en 2016 – et à promouvoir une alternative avec les soins palliatifs.
Mgr Leo a travaillé comme juge au Tribunal d’appel du Canada. Il est proche de la spiritualité des dominicains, dont il est membre du tiers-ordre, et est engagé au sein de diverses organisations tournées vers l’Orient et l’histoire – notamment en tant que chancelier de l’Institut pontifical d’études médiévales de Toronto, membre du conseil d’administration de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA) du Canada, grand prieur de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem et aumônier au sein de l’Ordre souverain militaire de Malte.
Après le consistoire du 7 décembre, en cas de conclave, il sera l’un des quatre cardinaux électeurs canadiens – avec Gérald Cyprien Lacroix, Michael Czerny et Thomas Christopher Collins – chargés d’élire le prochain pape. (cath.ch/imedia/ak/rz)
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Mgr Kikuchi, un cardinal japonais au profil très international
Le cardinal nouvellement créé Tarcisius Kikuchi est aujourd’hui à la tête de la plus grande organisation caritative de l’Église catholique, Caritas Internationalis. Lors du prochain consistoire, il est devenu le deuxième Japonais du collège cardinalice, alors que son pays compte moins d’un demi-million de catholiques.
Ce choix du pape François s’explique par son attachement au Japon, où il a rêvé de devenir missionnaire dans sa jeunesse, par son attention aux Églises minoritaires, mais surtout par le profil particulièrement original de l’archevêque de Tokyo.
Tarcisius Isao Kikuchi est natif de Miyako, dans le nord de l’île de Kyushu. Il grandit dans un environnement catholique particulièrement pieux: sa mère est catéchiste et leur famille vit dans une «station missionnaire» tenue par des Suisses. Il expliquera plus tard que c’est au contact régulier de l’un de ces missionnaires, qui lui apprend à servir la messe, qu’est née sa vocation.
À la fin de sa scolarité, Tarcisio Kikuchi rejoint le séminaire diocésain sans hésitation, mais sans oublier son rêve de devenir missionnaire. En 1985, il choisit d’intégrer la Société du Verbe Divin, un ordre missionnaire d’origine hollandaise fondé au XIXe siècle, qui a joué un rôle important dans l’évangélisation en Chine, en Afrique et en Océanie.
Missionnaire en Afrique
Après des études à Melbourne, Tarcisio Kikuchi est ordonné prêtre en 1986. Il est immédiatement envoyé dans le vicariat apostolique de Koforidua, au Ghana. Il se retrouve dans une mission sans eau courante ni électricité, tout en étant frappé par la joie de la population malgré les grandes difficultés qu’elle traverse, et surtout par son sens de la solidarité. Il s’engage alors activement pour venir en aide et favoriser le développement dans sa paroisse.
Le Ghana devient sa «seconde maison». Mais le Père Kikuchi doit rentrer au Japon en 1994. Il aura été marqué par l’environnement international dans lequel il a évolué, travaillant avec des prêtres et des laïcs de Pologne, du Paraguay, des Philippines et d’Inde. Il reviendra souvent dans son premier diocèse, qu’il a vu naître puisque Jean Paul II l’a érigé en 1992.
Un engagement humanitaire constant
À Tokyo, le Père Kikuchi est rappelé pour prendre en charge la formation des novices et des vocations de son ordre. Pendant cette période, il enseigne à l’Université de Nanzan à Nagoya et s’investit dans les actions humanitaires menées par les évêques japonais, mais aussi au niveau international. C’est ainsi qu’il part comme volontaire dans le camp de réfugiés de Bukavu, au Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo), une expérience qui confirme son envie de s’engager encore plus dans cette voie.
À partir de 1998, il multiplie les responsabilités: il devient membre de la Caritas japonaise et représente les évêques japonais lors des réunions internationales de Caritas. Entre 1999 et 2004, il est directeur exécutif de Caritas Japon. Et entre 1999 et 2005, il devient provincial de son ordre.
En 2004, le pape Jean Paul II le nomme évêque de Nagoya. Il choisit comme devise «Unité dans la diversité». Pendant les années suivantes, il continue à œuvrer dans le domaine humanitaire, au point de prendre la tête de Caritas Asie entre 2011 et 2019. Il participe à ce titre au conseil de Caritas Internationalis.
Un fort engagement sur les questions de société
Entre-temps, le pape François le nomme archevêque de Tokyo en 2017. En tant qu’évêque, il encourage les catholiques à s’engager dans l’évangélisation en témoignant humblement de leur foi. Il s’est aussi positionné contre les discriminations à l’égard des personnes LGBT. Les responsabilités s’accumulent au fil des ans: en 2022, Mgr Kikuchi est élu président de la Conférence des évêques du Japon. Le 15 mai 2023, il est élu à la tête de Caritas Internationalis, qui sort d’une importante crise de gouvernance sous la présidence du cardinal Luis Antonio Tagle.
L’évêque japonais est très engagé sur un sujet qui tient à cœur à la diplomatie papale: l’opposition à l’arme nucléaire. Après l’attribution du prix Nobel de la paix à la Confédération japonaise des organisations des survivants des bombes atomiques, il a appelé le gouvernement de Tokyo à signer le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Quelques mois auparavant, il avait invité des évêques américains à participer à un Forum catholique pour la paix de Nagasaki, défendant l’abolition de l’armement nucléaire, et plus largement la réduction des armées dans le monde. Depuis la catastrophe de Fukushima, il est aussi devenu un opposant aux centrales nucléaires. (cath.ch/imedia/cd/rz)
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Le cardinal Radcliffe, le conférencier charismatique et «star» du Synode
Créé cardinal le 7 décembre 2024, Timothy Radcliffe est entré il y a près de 60 ans au sein de l’Ordre des prêcheurs. Le britannique de 79 ans incarne la vocation de sa congrégation religieuse. Avec une dizaine de livres publiés en 24 langues, et des conférences aux quatre coins du globe, sa renommée d’orateur n’est plus à faire.
Au Vatican, la voix de Timothy Radcliffe a porté ces dernières années l’esprit du Synode sur la synodalité, chantier du pape François voulu pour rendre l’Église moins cléricale, plus participative et plus inclusive.
L’ancien supérieur des dominicains, qui exceptionnellement reste prêtre, ne sera pas ordonné évêque comme le sont d’ordinaire les cardinaux. Il continuera à porter la bure blanche et non pas la pourpre cardinalice.
Le chaos des années 1960
Le dominicain britannique a révélé avoir ressenti «un choc total» en apprenant la nouvelle de sa promotion. Il ne restera électeur en cas de conclave que quelques mois, jusqu’à son 80e anniversaire en août prochain. Quoiqu’il en soit, il pourrait peser dans le choix du prochain pape, étant une figure reconnue et appréciée pour son sens du compromis.
Né le 22 août 1945, Timothy Radcliffe est entré au sein de l’Ordre des prêcheurs à l’âge de 20 ans, en 1965. Il s’est formé en théologie à Paris, auprès d’Yves Congar, et à Oxford. Il a été ordonné prêtre le 2 octobre 1971. «J’ai vécu les années 1960, très troublées, et tout le monde quittait l’ordre […]. C’était une période de chaos », confiera-t-il par la suite, assurant qu’il s’est «accroché» à sa voie religieuse parce qu’il a reçu «de grands et beaux enseignements».
Humour britannique
Au début de son ministère, il a notamment enseigné l’Écriture sainte à Oxford – ville où il réside encore aujourd’hui, au Blackfriars Hall Oxford, une institution de l’université. Timothy Radcliffe a été par la suite prieur du couvent d’Oxford de 1982 à 1988, puis provincial d’Angleterre de 1988 à 1992.
Au fil des ans, sa popularité a acquis une dimension internationale, ses livres de vulgarisation de la foi rencontrant un grand succès. En bon dominicain, il rejette le terme «spiritualité» par lequel la critique a souvent caractérisé ses écrits, préférant s’en référer à une pensée théologique. Sa popularité lui valut même d’être présenté comme un “papabile” par certains médias lors du conclave de 2005, bien qu’il ne fût pas cardinal.
Dans son style de prédication, il puise abondamment dans les auteurs profanes, la poésie, la littérature, surprenant son auditoire en prenant des lieux communs à contrepied. Surtout, il parsème ses propos de traits d’humours qu’il décoche avec son flegme britannique imperturbable. «Je ne suis que trop conscient, lorsque je m’adresse à un auditoire, que si je ne reste pas en contact avec lui et ne partage pas une blague ou une larme toutes les deux ou trois minutes, il s’endormira», explique-t-il.
Supérieur de l’ordre des dominicains
Élu maître général des dominicains en 1992, le Père Timothy Radcliffe est devenu le 84e successeur de saint Dominique. À ce poste jusqu’en 2001, il a voyagé sur tous les continents (sauf l’Antarctique, note le site de sa congrégation) pour visiter les diverses communautés, donner des conférences et animer des retraites. Il a fondé le réseau de bénévoles laïcs envoyés en mission Dominican Volunteers International et a contribué à l’établissement du bureau de représentation des franciscains et des dominicains auprès des Nations unies.
Timothy Radcliffe a été par ailleurs directeur de l’Institut Las Casas de Blackfriars Hall, qui promeut la justice sociale et les droits de l’homme, de 2014 à 2016. Au sein de la Curie romaine, il a été nommé en 2015 consulteur du Conseil pontifical pour la justice et la paix – aujourd’hui englobé au sein du dicastère pour le Service du développement humain intégral. Et il siège au Conseil sur les approches chrétiennes de la défense et du désarmement.
Au-delà des clivages
Le conférencier a reçu de nombreuses reconnaissances. Il a été lauréat du prix Michael Ramsey pour son livre What Is the Point of Being a Christian (Pourquoi donc être chrétien?) en 2007, et il a reçu des doctorats honorifiques de 13 universités, dont Oxford, Fribourg et l’Angelicum à Rome. Il est également «Freeman» de la ville de Londres, une association qui promeut des activités notamment caritatives dans la capitale du Royaume Uni.
Le célèbre prédicateur britannique, qui s’est récemment remis d’un grave cancer de la mâchoire qui a momentanément perturbé son élocution, a été nommé par le pape François assistant spirituel des deux assemblées mondiales du Synode sur la synodalité, où ses méditations ont été appréciées et remarquées. Au fil de ses interventions, le Père Timothy n’a eu de cesse d’appeler à dépasser les clivages «progressistes / conservateurs».
Proche des malades du sida
S’il est apprécié au-delà des étiquettes, certains médias défendant une ligne conservatrice considèrent que Timothy Radcliffe est une personnalité «controversée». Son assistance aux malades du sida dans les années 1980 – il a été l’un des premiers prêtres britanniques à leur consacrer une attention pastorale – lui a valu une réputation de «pro-LGBT».
Si le dominicain n’hésite pas à défendre le bien qui existe dans les relations entre deux personnes de même sexe, il se dit toutefois partisan de la doctrine de l’Église qui réserve le mariage entre un homme et une femme. Au moment de la parution du document Fiducia supplicans (décembre 2023) autorisant les bénédictions de couples homosexuels, il a montré une nouvelle fois sa liberté de parole, critiquant tout autant les esprits rétifs que le manque de concertation qui a caractérisé ce texte de la Doctrine de la foi.
L’art du paradoxe
«Les gens pensent que la doctrine est doctrinaire, qu’elle ne permet pas de penser par soi-même. Je dirais que c’est tout à fait faux», a pour habitude d’affirmer Timothy Radcliffe. Il voit dans l’étude de la doctrine «un voyage d’exploration sans fin, un voyage libérateur». «Je pense que le plus grand plaisir est de découvrir que l’on s’est trompé toute sa vie sur un sujet. C’est très libérateur», n’hésite-t-il pas à glisser avec son art du paradoxe.
Timothy Radcliffe sera pour quelques mois, jusqu’à son 80e anniversaire, l’un des trois cardinaux électeurs britanniques avec Vincent Nichols et Arthur Roche. Il est aussi l’un des deux nouveaux cardinaux dominicains avec l’archevêque d’Alger Jean-Paul Vesco. (cath.ch/imedia/ak/rz)
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Le chanoine Alexandre Ineichen a reçu, le 19 mars 2026, à Saint-Maurice, la bénédiction abbatiale de Mgr Martin Krebs, nonce apostolique en Suisse. Après une période délicate et tourmentée, l’abbaye millénaire entame un nouveau chapitre de son histoire.
01/04/2026 - 2:03
Fribourg: une baleine de douze mètres échoue à l’église du Christ Roi
Contrainte de quitter la salle où elle était déposée depuis plus de 140 ans, la baleine du Musée d’histoire naturelle de Fribourg trouvera un asile provisoire à l’église du Christ-Roi voisine durant la Semaine sainte. Petits et grands pourront venir voir et toucher le cétacé dès le 1er avril.
Le cardinal Jean-Paul Vesco, un pasteur en Algérie dans la ligne de François
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