Le cardinal espagnol Antonio Cañizares Llovera célébrera ses 80 ans le 15 octobre 2025. Absent lors du dernier conclave pour raison de santé, l’archevêque émérite de Valence perd ainsi son statut de cardinal électeur. Ancien préfet du dicastère pour le culte divin, il restera comme l’un des artisans de la libéralisation de la messe tridentine au sein de la Curie sous le pontificat de Benoît XVI.
Figure clé de l’Église en Espagne et connu pour ses positions conservatrices, Antonio Cañizares ne s’est cependant jamais opposé au pape François. Originaire de la petite bourgade d’Utiel, à proximité de Valence, il grandit dans une famille de catholiques pratiquants. Attiré dès son plus jeune âge par la vie sacerdotale, il rejoint le petit puis le grand séminaire de Valence, avant d’étudier à l’Université pontificale de Salamanque, où il obtient un doctorat en théologie avec une spécialisation en catéchétique.
En 1970, il est ordonné prêtre et affecté à une paroisse valencienne, tout en entamant une brillante carrière universitaire à Salamanque puis à Madrid. Passionné par le catéchisme, il fonde l’Association espagnole des catéchistes et lance la revue Teología y Catequesis. En 1992, le pape Jean-Paul II le nomme évêque d’Ávila, poste qu’il occupe jusqu’en 1996, année de sa nomination comme archevêque de Grenade, en Andalousie.
La même année, il est nommé membre de la congrégation pour la Doctrine de la foi et entre ainsi en contact avec son préfet, le cardinal Joseph Ratzinger. En 1999, il prend la tête de la commission épiscopale espagnole pour l’éducation et la catéchèse.
Un proche de Benoît XVI
En 2002, Mgr Cañizares Llovera est nommé archevêque de Tolède par Jean Paul II. Il devient vice-président de la Conférence épiscopale espagnole entre 2005 et 2008. En 2006, Benoît XVI le crée cardinal.
En 2008, le pontife allemand l’appelle à Rome pour prendre la tête de la congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements. Il joue alors un rôle clé dans la libéralisation de la messe tridentine décidée par Benoît XVI. Traditionnel sur le plan liturgique – il a parfois arboré la capa magna – il affirme néanmoins défendre le développement de la réforme liturgique du Concile Vatican II.
Il participe au conclave de 2013 qui élit le pape François. Un an plus tard, ce dernier le nomme archevêque de sa ville natale, Valence. Certains, qui le voyaient à Madrid, perçoivent cette nomination comme un désaveu, mais le cardinal assure avoir lui-même demandé cette affectation. Le pape François, qui semble l’apprécier, l’emmène avec lui lors de son voyage au Mexique en 2015.
Une voix conservatrice assumée
À la tête de son diocèse d’origine, il se montre très actif dans la vie publique, n’hésitant pas à critiquer certaines décisions gouvernementales, notamment celles de la gauche. Partisan de l’unité espagnole, il déclare en 2017, en pleine crise catalane, qu’on ne peut pas être à la fois catholique et sécessionniste, alors que d’autres cardinaux cherchent à apaiser les tensions.
Défenseur de l’école catholique, il s’oppose publiquement au lobby LGBT dans une société espagnole de plus en plus libérale sur ces sujets. Il fustige également la montée du fondamentalisme islamique et demande un contrôle renforcé de l’immigration, tout en affirmant ne pas être anti-migrants. Entre 2017 et 2020, il est à nouveau vice-président de la Conférence épiscopale espagnole.
Ayant atteint la limite d’âge de 75 ans en 2020, il est néanmoins maintenu en poste par le pape François, signe d’une certaine confiance. En 2022, sa démission est acceptée par le pape. Il déclare alors s’être «dépensé pour l’Église, jusqu’à l’épuisement». Son état de santé ne lui permet pas de participer au conclave de 2025 et entraîne une hospitalisation de plusieurs jours en août. (cath.ch/imedia/cd/mp)