La version italienne de la comédie musicale Bernadette de Lourdes sera jouée du 16 janvier au 16 février 2025 à l’auditorium della Conciliazione, une salle de près de 1'800 places située près du Vatican.
Retardé en raison de la pandémie de Covid-19, le lancement du spectacle s’intègre finalement dans le programme culturel du Jubilé. Il retrace l’histoire vécue par Bernadette Soubirous lors des apparitions mariales de 1858 et les incompréhensions qu’elle rencontra de la part de sa famille et des autorités civiles et religieuses.
« Ce spectacle n’est pas seulement religieux, et n’a pas été spécifiquement programmé pour le Jubilé, mais il a représenté une belle opportunité pour le Vatican », a expliqué Serge Denoncourt, metteur en scène du spectacle, lors de la présentation de la troupe à la presse, le 8 janvier 2025.
Créée à Lourdes en 2019
La comédie musicale, dont la version française a été lancée à Lourdes en 2019, a été élaborée par des personnalités dotées de fortes expériences qui ont travaillé avec Le Cirque du Soleil, Arturo Brachetti ou encore Céline Dion et Tina Turner. Les costumes ont été élaborés avec des tissus provenant d’Amérique latine, tissés à la main, utilisant des matières proches de celles utilisées au XIXe siècle dans les Pyrénées, pour un budget atteignant jusqu’à 20'000 euros par personne.
À quelques jours de la première à Rome – et avant une tournée en Italie qui devrait aussi les conduire à Naples, Bari ou encore Turin -, les 20 artistes qui se produiront sur scène ont exprimé leur souhait de rejoindre un public le plus large possible, avec un spectacle qui se veut accessible « pour les croyants comme pour les non-croyants », ont-ils insisté. Ils espèrent que la popularité de Lourdes en Italie contribuera à intéresser le public, mais aussi que le spectacle touchera des spectateurs moins habitués à ces thématiques religieuses.
La chanteuse italienne Gaia di Fusco, qui interprète le rôle de Bernadette, a avoué avoir été « assez effrayée » par ce rôle quand elle en avait pris connaissance, car elle-même, jeune artiste pop née en 2001, se sentait éloignée de cette figure mystique du XIXe siècle. « Mais toutes mes peurs ont disparu quand j’ai compris que Bernadette était simplement une jeune fille de 14 ans, avec les difficultés d’une adolescente issue d’une famille pauvre. Me rapprocher d’elle est devenu beaucoup plus facile », a-t-elle expliqué.
« Mon défi est d’intéresser au-delà des pèlerins, aussi en sensibilisant les spectateurs simplement à un récit historique, à une affaire d’État qui était remontée jusqu’à Napoléon III », a expliqué Roberto Ciurleo, le producteur du spectacle. Il a relevé les nombreux retours positifs qu’a suscité la version française du spectacle, d’abord présenté à Lourdes à partir du 1er juillet 2019 puis en tournée en France, et présenté notamment à des jeunes de quartiers difficiles.
« La culture n’est pas un luxe, elle ouvre les portes ! Nous ne pouvons pas vivre sans culture », a prôné Roberto Ciurleo. Il a souligné que « Bernadette peut toucher les jeunes de cette génération. Elle montre que les plus pauvres, les plus invisibles ont quelque chose à dire au monde », a-t-il insisté.
Un spectacle retissant le lien entre les générations
L’une des plus jeunes artistes de la troupe, Anna Bonnassi, a souligné que « la parole clé est l’écoute. Au début, Bernadette ne s’est pas sentie écoutée par ses parents, par les plus grands, elle s’est sentie jugée. Mais la clé de ce récit, c’est qu’elle se soit finalement sentie écoutée ! Et nous les jeunes, nous avons besoin de nous sentir écoutés ! », a-t-elle insisté.
Le chanteur français David Ban, qui interprète le rôle du père de Bernadette, François Soubirous, est le seul à avoir fait le pont entre la version française et la version italienne du spectacle. « Notre métier, c’est de produire du divertissement qui crée de la gaieté, mais sur ce spectacle il y a quelque chose en plus, qui nous retourne le cœur », a-t-il confié à I.MEDIA.
Cet artiste expérimenté, qui a joué dans de nombreuses comédies musicales à succès comme Grease ou Les Amants de la Bastille, confie que sa chanson N’être qu’un homme, dans laquelle le personnage de François Soubirous se livre sur sa difficulté à protéger sa fille, a suscité de nombreuses réactions. « J’ai reçu des témoignages bouleversants, comme la lettre d’une mère qui m’a dit que sa fille, qui ne parlait plus à son père depuis cinq ans, l’a appelé pour lui pardonner, après avoir écouté cette chanson », se souvient-il.
« Je suis papa de deux garçons, j’ai perdu mon père… et je pense à lui à chaque fois que je monte sur scène », confie le chanteur. « Au-delà de la dimension de la foi, de nombreux spectateurs pleurent simplement pour les échos de cette histoire familiale avec la leur », a abondé Serge Denoncourt, qui se revendique lui-même non-croyant.
En recevant la troupe le 7 janvier, le pape François leur a directement demandé s’ils étaient tous croyants. Les artistes se sont dits touchés par sa simplicité et son respect des valeurs de chacun.
Le 14 janvier, le spectacle sera présenté en avant-première aux pauvres de Rome, à l’initiative du préfet du dicastère pour le Service de la charité, le cardinal Konrad Krajewski. « Bernadette était pauvre, et il y a tellement de pauvreté dans le monde. Nous avons donc voulu leur donner cette opportunité », a expliqué la productrice exécutive du spectacle, Fatima Lucarini.
L’accessibilité du spectacle aux personnes handicapées, sourdes ou aveugles fait aussi l’objet d’efforts afin de rendre cette expérience accessible au plus grand nombre, car les personnes les plus fragiles «sont au cœur du message de Lourdes», a-t-elle insisté. (cath.ch/imedia/cv/mp)