Le pape Léon XIV a accepté la renonciation au gouvernement pastoral de la prélature territoriale de Juli (Pérou), présenté par Mgr Ciro Quispe López, a indiqué le Saint-Siège le 24 septembre 2025. Le Vatican n’a pas donné les motifs de la démission précoce de cet évêque de 51 ans, mais la presse péruvienne a évoqué des faits de détournement de fonds et d’inconduite sexuelle.
Un scandale a éclaté au Pérou en juillet 2024 lorsque ce jeune évêque a été accusé par le journal Diario Sin Fronteras d’avoir une vie sexuelle active, avec des documents compromettants montrant notamment un préservatif au pied de son lit, des mégots de cigarettes et une bouteille d’alcool.
Plusieurs témoignages relayés par la presse péruvienne durant l’été 2024, notamment de la part d’une cuisinière travaillant dans sa résidence, ont corroboré ces allégations sur des relations avec des femmes. Un visiteur apostolique avait été nommé en la personne de Mgr Marco Antonio Cortez Lara, évêque de Tacna et Moquegua, afin d’enquêter sur cette situation.
Le «Groupe entrepreneurial des pattes en l’air»
Mgr Ciro Quispe López a de plus été accusé d’utiliser des biens de l’Église, notamment pour monter un commerce privé à Cuzco. Il se serait emparé de tables et de chaises appartenant à une maison de retraite spirituelle de son diocèse afin d’aménager un établissement portant le nom Pollos y Parrillas – Grupo Empresarial Patas Arriba – ce qui peut se traduire en français: «Poulets et grillades – Groupe entrepreneurial des pattes en l’air».
Les registres commerciaux consultés par la presse locale ont confirmé que le nom de l’évêque, se présentant comme «entrepreneur de profession», avait été enregistré par l’administration péruvienne, comme «associé fondateur».
Né en 1973 et ordonné prêtre en 2001 pour l’archidiocèse de Cuzco, Mgr Mgr Ciro Quispe López a reçu l’ordination épiscopale en 2018, étant nommé par le pape François à la tête de la prélature territoriale de Juli, au sud-est du Pérou. Cette petite circonscription ecclésiastique couvrant une zone bordant le lac Titicaca compte une vingtaine de prêtres, et couvre un bassin de population d’environ 190’000 personnes, parmi lesquelles environ 160’000 catholiques.
Léon XIV, le premier pape péruvien
Le pape ne s’est pas exprimé sur cette situation particulière, mais il est probable qu’il ait suivi personnellement ce dossier. Canoniste de formation, Léon XIV est connu pour sa fermeté à l’égard des irrégularités commises dans le gouvernement des diocèses, des communautés religieuses et des mouvements d’Église.
Avant de devenir pape, en tant que vice-président de la Conférence épiscopale du Pérou puis préfet du dicastère pour les Évêques, il a beaucoup œuvré à la mise en place d’enquêtes et de sanctions à l’encontre du puissant mouvement conservateur Sodalicio, dont le fondateur et les dirigeants étaient accusés d’abus et de corruption. Ce groupe a été finalement dissous par le pape François le 14 avril 2025, une semaine avant son décès.
Le cardinal Robert Francis Prevost, futur pape Léon XIV, est originaire des États-Unis mais il a personnellement reçu la nationalité péruvienne en 2015 afin de pouvoir prendre pleinement possession de sa charge d’évêque de Chiclayo, qu’il a occupée jusqu’en 2023. De 2014 à 2015, il n’était qu’administrateur apostolique de ce diocèse, le Concordat local réservant la charge d’évêque aux seuls détenteurs d’un passeport péruvien.
Depuis son élection comme pape, il a manifesté à de nombreuses reprises son attachement au Pérou, recevant notamment de nombreux évêques et des délégations venues de ce pays andin relativement petit à l’échelle de l’Amérique latine, mais grand comme deux fois la France. Il est possible qu’il effectue une visite apostolique au Pérou en 2026, huit ans après celle du pape François, venu en janvier 2018. (cath.ch/imedia/cv/rz)