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    Léon XIV vu par une théologienne péruvienne: «Un homme souple et ferme»

    Responsable du département de théologie à la Pontificia Universidad Católica del Perú (PUCP), Véronique Lecaros a longtemps observé celui qui est devenu le pape Léon XIV. Ancienne membre de la commission d’écoute sur les abus au sein de l’Église péruvienne, la théologienne a coécrit un livre avec César Piscoya, qui fut le proche collaborateur de Mgr Robert Prevost, sur son action pastorale au Pérou: Léon XIV, portrait d’un pape péruvien (Ed. Fayard).

    Dans cet entretien accordé à l’agence I.Média, la théologienne française qui vit au Pérou dresse le portrait d’un homme à la fois souple et ferme, profondément enraciné dans la réalité latino-américaine — un pape qui, selon elle, incarne «une vision vraiment globale» de l’Église.

    Lecaros
    Lecaros
    Véronique Lecaros a coécrit le livre avec César Piscoya, secrétaire de Mgr Prevost | DR

    Comment avez-vous été amenée à écrire ce livre sur Léon XIV?
    Véronique Lecaros: Pendant son ministère au Pérou, j’ai rencontré à plusieurs reprises Mgr Roberto – comme l’appellent ses diocésains. Je l’ai connu aussi dans le cadre de sa fonction de secrétaire de l’Université Pontificia Universidad Católica del Perú (PUCP), et j’ai participé à une conférence sur les abus qu’il avait promue à la PUCP, avec le jésuite Hans Zollner. Mgr Roberto était, dans la conférence épiscopale péruvienne, chargé de la Commission de prévention et accompagnement d’abus sexuel (2017-2023). En tant que théologienne, j’ai été invitée plusieurs fois par l’équipe pastorale de Chiclayo – avec l’accord de Mgr Prevost – à donner des conférences, précisément pour montrer que des femmes peuvent enseigner à des prêtres.

    Je connais aussi bien son ancien «bras droit», son secrétaire pastoral César Piscoya. C’est avec lui que j’ai écrit ce livre. Au moment de l’élection, cela faisait cinq ans que je dirigeais sa thèse de doctorat en sociologie de la religion. Nous analysions la façon dont Mgr Prevost avait exercé son rôle de pasteur à Chiclayo: comment il avait promu la participation des laïcs, comment il s’était comporté en dialoguant avec une réalité locale très 'conservatrice’. C’était un cas d’école. Chiclayo a été aux mains de l’Opus Dei pendant presque 50 ans, et Robert Prevost est arrivé comme faisant partie de la rénovation de l’Église voulue par le pape François.

    Quels sont les points qui se sont dégagés de cette étude sur le futur pape?
    Au Pérou, l’Église reste marquée par un fort cléricalisme et un système hiérarchique qui exclut fortement les femmes. Dans ce contexte, le fait que Mgr Prevost ait inclus des femmes dans la pastorale est très important à souligner. Il est le premier pape issu d’une génération où les femmes étudient et travaillent. Sa propre mère travaillait et occupait un poste aussi important que celui de son père; cette expérience familiale a sans doute façonné sa vision. Cela marque un véritable tournant dans la manière de concevoir la place des femmes dans l’Église.

    "Il est le premier pape issu d’une génération où les femmes étudient et travaillent."

    Son projet de «communion» universelle ne doit donc pas être perçu comme une imposition 'européisante’ de l’Église, mais comme une tentative d’harmoniser les différences en tenant compte des aspirations propres à chaque culture: par exemple, l’Amérique latine entretient une autre optique sur les sacrements ou sur les dévotions. D’ailleurs, certaines personnes très proches de Mgr Roberto n’étaient pas mariées à l’Église, et il les acceptait néanmoins – signe d’une ouverture concrète aux réalités vécues et d’une volonté d’inclusion.

    Un autre aspect essentiel du livre est de montrer combien le catholicisme peut être divers, et combien les préoccupations des Européens ou des Nord-Américains ne sont pas nécessairement centrales pour les Latino-Américains. C’est la première fois que nous avons un pape porteur d’une vision vraiment globale. Ayant vécu au Pérou, Léon XIV comprend de l’intérieur que les combats et les passions diffèrent selon les continents. Ses voyages en Afrique et en Asie, liés à ses responsabilités, ont encore élargi cette compréhension.

    "C’est la première fois que nous avons un pape porteur d’une vision vraiment globale."

    À partir de cette étude de terrain, si vous deviez définir Léon XIV en quelques traits, que diriez-vous?
    Je dirais d’abord la souplesse. J’ai été frappée par la manière dont il a intégré Maria Yopla, une femme d’une cinquantaine d’années, au sein de la maison de formation des augustins de Trujillo, où elle a joué un rôle presque maternel. Cette décision sortait des normes habituelles, mais elle témoigne de son ouverture et de son pragmatisme. À cette souplesse s’ajoute la fermeté: pour diriger une communauté de soixante-dix jeunes gens, il fallait une autorité solide. Léon XIV a toujours fait preuve de fermeté lorsqu’il s’agissait de questions éthiques — il n’a jamais toléré les compromis dans ce domaine.

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    | DR

    Un autre aspect marquant est son attention à l’affectivité. C’est quelqu’un qui reconnaît l’importance des sentiments personnels et des émotions, dans un univers ecclésial qui tend souvent à les nier. Pour lui, il était essentiel de considérer chaque individu dans sa sensibilité et son affectivité, et de permettre à ces dimensions de s’exprimer dans la vie communautaire

    Enfin, il faut souligner sa spiritualité: Léon XIV a toujours maintenu un rythme de prière régulier, une spiritualité à la fois disciplinée et vécue dans la communion. Cette manière de penser et de vivre la foi — ancrée dans la prière et ouverte à l’autre — se retrouve aujourd’hui dans sa manière d’exercer le pontificat.

    Que peut-on déduire de la façon dont il est arrivé au Pérou, et dont il a trouvé sa place et agi dans les communautés?
    Au Pérou, avec le mouvement du fidei donum dans les années 80, l’arrivée de nombreux prêtres étrangers a profondément marqué l’Église locale: à un certain moment, près de la moitié du clergé péruvien venait de l’étranger. Ces missionnaires étaient surtout présents dans les zones pauvres. Léon XIV est arrivé dans ce contexte, animé d’une véritable mystique missionnaire, au sens fort et positif du terme — celui d’un homme conscient d’avoir une mission à accomplir.

    Il est important de souligner qu’il s’est inséré dans une réalité déjà existante à Chulucanas: des missionnaires avaient déjà mis en place un programme de renouveau des paroisses. Léon XIV s’est intégré à cette dynamique, tout en y apportant sa propre contribution. Venant des États-Unis et étant prêtre, il cumulait les atouts pour être bien accueilli. Mais ce qui est remarquable, c’est qu’il n’a jamais perdu le sens des réalités. Dans un pays marqué par une culture du pouvoir autoritaire et par les logiques de cour autour des évêques, beaucoup auraient pu céder à la tentation de l’adulation. Lui, au contraire, est resté lucide, gardant les pieds sur terre et prenant du recul.

    Au Pérou, Léon XIV a su garder son orientation. Cette attitude est essentielle pour comprendre ce qu’on peut attendre de lui à Rome — un lieu qui, d’une certaine manière, reste la cour d’une monarchie absolue, avec ses courtisans et ses risques de déconnexion du réel. Le pape Léon comprend la manière dont les hommes politiques peuvent vouloir l’utiliser.

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    En juillet 2017, lancement par Mgr Prevost du projet de rénovation et d'évangélisation à Patapo, diocèse de Chiclayo au Pérou | © César Piscoya

    Enfin, durant sa mission il s’est confronté à un grand débat latino-américain: comment lutter contre la violence. Comme le montre son récent message adressé à la Conférence épiscopale du Pérou à l’occasion de la Semaine sociale, il a rejeté l’idée d’une violence justifiée au nom d’un prétendu bien, soutenue par certaines représentations d’un Dieu autoritaire et vengeur. Il a réaffirmé fermement cette conviction: on ne peut pas utiliser la violence pour combattre la violence.

    Depuis le Pérou, comment voyez-vous les retombées de son élection comme pape?
    L’élection de Léon XIV a une forte résonance dans le pays. D’abord, c’est une source de fierté nationale et un motif d’intérêt accru, y compris sur le plan touristique. Mais au-delà de cela, son élection revêt une signification plus profonde: dans un pays frappé par une grave crise de crédibilité des institutions, la religion reste l’un des rares repères solides. En ce sens, Léon XIV incarne pour de nombreux Péruviens un point d’ancrage moral et spirituel.

    Sa parole a du poids: s’il ne peut pas intervenir directement dans la vie politique, il est capable de toucher les consciences. Un épisode en dit long sur cette indépendance: lorsque le maire de Lima, Rafael Lopez Aliaga, membre de l’Opus Dei et candidat à la présidentielle, a voulu poser pour une photo à Rome avec Léon XIV, le pape a refusé, estimant que ces images pourraient servir à de la manipulation politique.

    "Léon XIV incarne pour de nombreux Péruviens un point d’ancrage moral et spirituel."

    Sa notoriété dépasse largement les frontières du Pérou. Léon XIV connaît intimement l’Amérique latine, car il y a vécu en profondeur. Il a passé du temps dans le monde rural et dans des villes comme Chiclayo ou Trujillo, au contact de jeunes venus de l’Amazonie et des Andes. Ces réalités sociales, économiques et culturelles, se retrouvent dans d’autres pays du continent: en Bolivie, au Chili, en Colombie, en Équateur, au Brésil — notamment en Amazonie —, au Venezuela ou encore au Mexique. Ainsi, les expériences vécues par Léon XIV au Pérou lui donnent une compréhension concrète et incarnée des défis propres à toute l’Amérique latine.

    Quels lieux pourrait-il visiter au Pérou lors d’un éventuel voyage?
    Jean Paul II a été le premier pape à s’y rendre, suivi par François en 2018. Ce dernier avait choisi de visiter des villes où Jean-Paul II n’était pas allé. Si Léon XIV devait entreprendre une prochaine visite, il se rendrait probablement à Chiclayo. Peut-être aussi à Puerto Eten, qui en est la banlieue, surtout si elle est proclamée ville eucharistique, comme il l’avait envisagé. Il pourrait également retourner à Trujillo, où la population souhaiterait certainement sa venue.

    Les thèmes sociaux et environnementaux pèseront sans doute dans le choix de ses destinations. Il y a au Pérou une conscience croissante de la question écologique. Une visite à Iquitos, en Amazonie, n’est donc pas à exclure, ou un déplacement dans les Andes, où il pourrait s’adresser à des communautés indigènes — il parle d’ailleurs le quechua.

    Quoi qu’il en soit, sa venue représenterait pour les Péruviens un signe d’espoir dans un contexte national difficile: instabilité politique, montée de la délinquance, et surtout destruction massive de l’Amazonie liée à l’exploitation illégale des métaux. Aujourd’hui, ces trafics génèrent deux fois plus d’argent que le commerce de la drogue, ravageant des zones entières de forêt.

    Dans ce climat de morosité et de perte d’espérance, une visite du pape pourrait redonner confiance. Et même si la situation sécuritaire et politique reste fragile, elle semble suffisamment stable pour permettre un tel voyage. (cath.ch/imedia/ak/bh)

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