En 2024, l’Autorité de surveillance et d’information financière (ASIF) au Vatican a traité moins d’« activités suspectes », mais est d’avantage intervenue, bloquant ou gelant près de 3 millions d’euros d’avoirs financiers, annonce le rapport annuel publié le 9 avril 2025.
L’entité vaticane en charge de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme se félicite des progrès effectués en matière de contrôle, soulignant les résultats positifs du récent audit effectué par l’autorité européenne Moneyval.
Dans une lettre de présentation du rapport, le président de l’ASIF Carmelo Barbagallo assure que son institution « a maintenu, au cours de l’année 2024, un niveau élevé dans son action de prévention et de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et dans son activité de surveillance de l’IOR ». Il estime que l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), l’unique institution autorisée à exercer des activités de nature financière au Vatican, est aujourd’hui «une entité solide et bien organisée».
Moins d’interventions
Poursuivant la dynamique décrite dans le rapport de 2023, l’ASIF a vu son nombre d’interventions diminuer en 2024: elle a traité 79 rapports d’activité suspecte, contre 123 l’année précédente. Carmelo Barbagallo explique cette évolution par une amélioration des processus de signalisation, décrits comme « plus ciblés et pertinents », mais aussi une meilleure prévention. L’ASIF explique avoir envoyé 11 rapports au Bureau du Promoteur de justice du Vatican – soit autant que l’année précédente. À noter que le contenu de ces interventions n’est jamais divulgé par le rapport.
Comptes gelés
L’ASIF a aussi bloqué préventivement deux transactions, pour un volume nettement plus important que celui observé l’année précédente : elle a empêché le transfert de 817’280 euros, contre 5’848 euros en 2023. En 2024 elle a aussi gelé 2’115’470 euros d’avoirs présents sur des comptes de l’IOR. Une partie de cette somme pourrait appartenir au cardinal Angelo Becciu, qui a récemment confié que ses comptes au sein de la « banque du Vatican » avaient été gelés en février 2024, soit deux mois après sa condamnation.
Enfin, un des faits notables en 2024 est le volume des transferts frontaliers d’argent liquide entrant et sortant des comptes de l’IOR, qui a augmenté, passant de 20,6 à 23,2 millions d’euros. Cette augmentation est due à celle des entrées qui sont passées de 15,4 à 18 millions d’euros, les sorties restant stables à 5,2 millions d’euros.
Des contrôles satisfaisants
Le rapport pour l’année 2024 intègre avec satisfaction les résultats de l’audit présentés par l’autorité Moneyval le 28 mai dernier. L’organisme européen du comité du Conseil de l’Europe en charge de la lutte anti-blanchiment avait annoncé que, sur les 40 points évalués concernant le fonctionnement de l’ASIF, plus aucun n’était « non conforme » – contrairement à leur précédent audit en 2021.
Entre 2023 et 2024, le bureau de supervision de l’ASIF a en outre effectué des inspections ciblées pour évaluer le bon respect des normes LCB/FT (lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme) par l’IOR, prenant particulièrement en compte le facteur de « risque géographique » – c’est-à-dire les risques associés à la localisation des investissements. L’ASIF a continué à échanger avec les autorités spécialisées d’autres pays, envoyant 32 requêtes et en recevant 13.
Changement de direction
Le renforcement des mesures dans le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent a été porté par plusieurs réformes récentes de l’ASIF. Elles ont notamment renforcé sa mission de contrôle de l’IOR. Cette dynamique a aussi eu un volet judiciaire, avec le scandale financier de l’affaire dite « de l’immeuble de Londres », qui a abouti en décembre 2023 à la condamnation de neuf personnes, dont un cardinal et plusieurs employés du Vatican.
Parmi eux se trouvaient les anciens président et directeur de l’ASIF (anciennement AIF), le Suisse René Brülhart et l’Italien Tommaso Di Ruzza. Ils avaient été démis de leurs fonctions en 2019 par le pape François et ont été condamnés en décembre 2023 à une faible amende – 1’750 euros chacun – par le tribunal du Vatican. La justice vaticane leur a reproché d’avoir manqué à leurs obligations en ne dénonçant pas une opération financière irrégulière.
Dès 2019, René Brülhart avait été remplacé à la tête de l’ASIF par Carmelo Barbagallo, et Tommaso Di Ruzza par Giuseppe Schlitzer. Ce dernier a pris sa retraite et a été remplacé le 27 novembre 2024 par un nouveau directeur, Federico Antellini Russo, qui est aussi devenu le vice-président de l’institution. (cath.ch/imdia/cd/mp)