Dans un message aux évêques de l’Amazonie, qui se rencontrent du 17 au 20 août 2025 à Bogotà, Léon XIV encourage leurs efforts face aux défis de l’évangélisation dans cette région. Six ans après le synode sur l’Amazonie, qui avait soulevé des questions sensibles comme celle de l’ordination d’hommes mariés, le pape actuel reprend le flambeau de François.
C’est par l’intermédiaire du cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin que Léon XIV s’adresse aux quelque 90 évêques amazoniens réunis pour la première fois sous l’égide de la Conférence ecclésiale de l’Amazonie (CEAMA) – créée en 2020. Cet événement, auquel participe le cardinal Michael Czerny, préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral, s’insère dans le contexte des travaux pastoraux entrepris dans cette région à la suite du synode sur l’Amazonie de 2019.
Ni destructeurs ni adorateurs de la nature
Dans ce texte, publié le 18 août 2025 en cinq langues, le pape donne trois orientations à l’Église catholique en Amazonie: l’annonce de l’Évangile, le «traitement juste» des peuples amazoniens et le souci écologique. Il y exprime sa «certitude, confirmée par l’histoire de l’Église, que là où le nom du Christ est prêché, l’injustice recule proportionnellement».
Le pontife souligne particulièrement la nécessité de donner aux habitants «le pain de la Bonne Nouvelle et l’aliment céleste de l’Eucharistie». Le pape y voit l’unique moyen «pour être réellement peuple de Dieu et corps du Christ». Une insistance qui, en filigrane, fait écho à la pénurie de prêtres dans la région, qui entraîne des difficultés à célébrer la messe.
Léon XIV évoque aussi le «droit et le devoir» de prendre soin de l’environnement. Il met en garde d’une part contre le risque de détruire «de façon irresponsable les biens naturels qui parlent de la bonté et de la beauté du Créateur» et d’autre part contre celui de devenir «esclave ou adorateur de la nature».
Le retour de la question des 'viri probati’?
Comme un clin d’œil au pape François, Léon XIV cite dans son texte le jésuite saint Ignace de Loyola. L’Amazonie a représenté l’un des grands enjeux du pontificat de son prédécesseur. En octobre 2019, le synode sur l’Amazonie avait été marqué par les polémiques sur la proposition d’ordonner des hommes mariés – les 'viri probati‘ – pour répondre au manque de prêtres. La proposition votée par les membres de l’assemblée n’avait finalement pas été retenue par le pontife argentin dans son exhortation apostolique Querida Amazonia (2020).
Dernièrement, la porte a été à nouveau ouverte par la Conférence ecclésiale de l’Amazonie, organisme constitué de clercs et de laïcs, mis en place par François pour appliquer le synode et trouver de nouvelles voies d’évangélisation dans ce poumon vert de la planète. Dans un brouillon rendu public en avril 2025 esquissant les contours d’un «rite amazonien», la CEAMA émettait la possibilité d’ordonner des 'viri probati’ dans certains diocèses.
Cette thématique est connue du nouveau pape, puisque le cardinal Robert Francis Prevost était ces dernières années président de la Commission pour l’Amérique latine – un rôle associé à celui de préfet du dicastère pour les Évêques. En tant que prieur de l’Ordre de Saint-Augustins entre 2001 et 2013, il a aussi travaillé avec des communautés de sa congrégation présentes en Amazonie.
La Conférence ecclésiale de l’Amazonie façonne actuellement un «plan apostolique synodal» pour la région. Son assemblée générale est prévue en mars 2026. Elle ne doit pas être confondue avec une autre entité créée par le pape François en 2014: le Réseau Ecclésial Pan-Amazonien (REPAM), une plateforme ecclésiale pour partager les expériences entre Églises de l’Amazonie. (cath.ch/imedia/ak/rz)