Le 23 janvier 2026, Léon XIV a consacré une partie de sa matinée aux huit évêques de Porto Rico venus à Rome pour leur «visite ad limina», un déplacement dans la Cité éternelle que doivent effectuer tous les évêques du monde tous les cinq ans. L’agence I.MEDIA revient sur le sens de cette tradition qui reprend après une année de pause.
En 2025, les rencontres ad limina avaient été mises entre parenthèses pour laisser la place aux événements du Jubilé, célébré tous les quarts de siècle.
La visite ‘Ad limina Sancti Petri’, littéralement ‘aux seuils de Saint-Pierre’, est une expression utilisée depuis le Moyen Âge pour désigner le pèlerinage des fidèles vers Rome, où l’on trouve les tombeaux des apôtres Pierre et Paul. Dans le langage ecclésial, elle désigne aujourd’hui spécifiquement la venue quinquennale des évêques à Rome et au Vatican.
Ces visites ad limina sont règlementées par un «directoire» datant de 1988, qui spécifie leur utilité pour la mission du pape, qui «a besoin d’informations authentiques et fiables sur les situations concrètes des diverses Églises, sur leurs problèmes, sur leurs initiatives et leurs difficultés». Pour préparer sa venue, chaque évêque doit établir au préalable un rapport sur l’état de son territoire, y compris financier, envoyé au dicastère pour les Évêques six mois à l’avance. Le dicastère en présente ensuite une synthèse au pape.
Rencontres avec le pape et avec la Curie
La reprise des visites ad limina après un an d’interruption a débuté avec dix évêques de Slovénie, reçus par Léon XIV le 16 janvier dernier. Il s’agissait du premier groupe accueilli dans ce cadre depuis l’élection du nouveau pape. Vatican Media rapporte que la délégation a séjourné dans la Ville éternelle une semaine, durant laquelle elle a effectué une vingtaine de rencontres avec les dicastères de la Curie romaine.
Ces rendez-vous sont l’occasion pour les responsables des diocèses d’exposer diverses réalités de leur communauté (vie religieuse, vocations, pastorale des laïcs…). La nouvelle constitution apostolique de François, Praedicate Evangelium (2022), préconise «un dialogue franc et cordial et un échange de «suggestions» entre le Saint-Siège et les évêques.
Si les évêques d’une même province ecclésiastique ou région pastorale reçoivent une date commune et font le voyage à Rome durant la même période, «le caractère de la visite demeure éminemment personnel», précise le directoire. Selon les groupes, le pape peut décider de recevoir «chaque évêque un par un, ou bien des petites délégations de deux ou trois personnes», durant leur audience au palais apostolique, précise à l’agence I.MEDIA une source vaticane.
Les modalités de Léon XIV encore à découvrir
Benoît XVI avait pour habitude de prononcer un discours à l’attention de chacune des conférences épiscopales venues le rencontrer. Au début de son pontificat, le pape François avait suivi cette pratique, avant de choisir d’écarter la lecture du texte et d’engager un dialogue à huis clos avec ses hôtes. Pour ses premières visites ad limina, les modalités de Léon XIV ne sont pas encore connues. «Il se peut qu’il prenne le temps de mettre en place son approche», souligne la même source. Aucun discours n’a été rendu public pour le moment.
Pour cette rencontre au sommet, le directoire déclare que les évêques doivent porter la soutane avec ceinture – tenue de circonstance que l’on retrouve sur toutes les photos. Lors du pèlerinage sur les tombes des «princes des apôtres», à la basilique Saint-Pierre et à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, est prévue une célébration liturgique rituelle.
Questionnaire sur les abus
Cette visite ad limina sert notamment de source ciblée pour le rapport annuel de la Commission vaticane pour la protection des mineurs: les évêques de chaque pays prévu à l’agenda sont soumis à un questionnaire, dont les réponses seront insérées dans le document qui dresse l’état de la lutte contre les abus au sein de l’Église catholique dans le monde.
Le format de ces visites régulières à Rome pourrait évoluer à l’avenir. L’un des groupes de travail du Synode sur la synodalité – ce chantier lancé par le pape François pour rendre l’Église plus participative et moins cléricale – est actuellement chargé d’étudier «certains aspects de la figure de l’évêque», comme «la nature et le déroulement des visites ad limina Apostolorum dans une perspective synodale missionnaire». (cath.ch/imedia/ak/rz)