Le réalisateur Samuel Armnius a reçu le 23 janvier 2025 à Rome le Prix Jacques Hamel 2025. Remis par la Fédération française des médias catholiques, ce prix récompense annuellement, depuis 2018, un travail de journalisme sur des efforts de paix et de dialogue interreligieux.
Le documentaire Les 21, la puissance de la foi, diffusé sur KTO, raconte l’histoire des vingt coptes-orthodoxes originaires de Moyenne-Égypte et d’un chrétien ghanéen égorgés par des membres de Daesh sur une plage libyenne en 2015. Le réalisateur Samuel Armnius, lui-même d’origine copte, a rencontré les familles de ces martyrs pour recueillir leurs témoignages.
En mai 2023, le pape François avait annoncé l’inscription de ces 21 chrétiens au martyrologe romain lors de sa rencontre avec le patriarche copte-orthodoxe, Tawadros II.
Les martyrs étaient pour la plupart originaires du village d’Al-Our, à 250 km au sud du Caire, et avaient émigré en Libye dans la province de Syrte pour y trouver du travail. Sept d’entre eux avaient été capturés par les terroristes le 29 décembre 2014 en tentant de rentrer en Égypte, et cinq jours plus tard, les 13 autres furent enlevés chez eux. Aucun n’a renier sa foi chrétienne.
Le film fait la part belle aux témoignages des proches, et, aux travers des récits, le spectateur revit les événements. La femme du martyr Ezzat Boshra se souvient que son mari, conscient du danger dès son départ, n’avait pas peur de mourir au nom de sa foi.
"L’œcuménisme du sang"
Le pardon est la leçon la plus bouleversante que donnent ces familles: interrogé sur son comportement s’il se retrouvait face à celui qui a tué son fils, le père de Luka Nagaty répond: "Je lui prendrais la main, celle qui a tenu le couteau, et je l’embrasserais et je le remercierais en lui disant: ‘Tu as conduit mon fils vers le ciel’."
Le père du martyr Gaber Munir rappelle quant à lui l’injonction évangélique d’aimer ses ennemis : "Pour l’homme qui a la foi, ce n’est pas difficile", assure-t-il. La dernière scène du reportage montre le pape aux côtés de Tawadros II, place Saint-Pierre : "Le sang nous rapproche les uns des autres", affirme le patriarche copte-orthodoxe. C’est ce que le pape François appelle "l’œcuménisme du sang".
Témoignage de Roselyne Hamel
La remise du prix Jacques Hamel a été l’occasion pour sa soeur Roselyne de témoigner du pardon qu’elle a accordé aux deux jeunes assassins de son frère. Dans un "monde qui s'écroule partout", où tant de personnes finissent par se livrer au mal même "par facilité", il y a aussi d'autres hommes et femmes de foi et de bonne volonté qui vivent et témoignent de "la bonté et de l'amour par-dessus tout". Et il vaut toujours la peine de s'émerveiller de leurs histoires et de les raconter.
L’octogénaire a tenu à faire le déplacement de Rome pour livrer son témoignage le 25 janvier à l'église Saint Louis des Français. Quelques semaines après la disparition de son frère, Roseline a voulu partir à la recherche de celle qui - pensait-elle - pouvait avoir dans son cœur une douleur similaire à la sienne : la mère d'Adel Kermiche, l'un des deux assassins. À partir de ce moment, une histoire de guérison et d'amitié a commencé entre les deux femmes, au-delà des distances et des différences. Pour se comprendre, il faut se connaître, et pour se connaître, il faut se parler, malgré les différences qui peuvent nous intimider. Roseline Hamel a rappelé l'urgence de "provoquer" le dialogue "en allant vers l'inconnu, vers le différent", en reconnaissant que "nous sommes tous enfants de Dieu, et donc tous frères, enfants d'un même Père".
Vers la béatification du Père Jacques Hamel
La cause de béatification du Père Jacques Hamel a débuté officiellement le 20 mai 2017. La phase diocésaine de la cause s'est achevée le 9 mars 2024. 66 audiences ont eu lieu, au cours desquelles ont été entendus les cinq témoins du meurtre, 51 témoins cités (frères, amis, paroissiens et prêtres du Père Hamel) et cinq témoins d'office. Les principales questions concernaient l'assassinat, les conditions du martyre, la vie du Père Hamel et sa pratique des vertus chrétiennes, ainsi que sa réputation de sainteté et les grâces reçues par son intercession. (cath.ch/cx/fides/mp)