Après des années de scandales et d’enquêtes, le Vatican a communiqué ce 15 avril 2025 la dissolution de la communauté catholique Sodalitium Christianae Vitae (couramment appelée Sodalicio ou Sodalité de vie chrétienne), fondée en 1971 au Pérou.
Cette décision rare avait déjà été annoncée par le mouvement en janvier dernier. Ces dernières années, son fondateur, le laïc Luis Figari, avait été expulsé, ainsi qu’une dizaine de responsables, accusés de graves abus.
Le mouvement Sodalitium a été reconnu par le Saint-Siège en 1997 comme société de vie apostolique. Composé de laïcs et de prêtres qui font vœu de célibat et d’obéissance, il s’est répandu en Amérique latine, notamment en Argentine, au Brésil, en Colombie, au Costa Rica, au Chili, en Équateur, ainsi qu’aux États-Unis et en Italie. Dans les années florissantes de son histoire, il a pu compter quelque 20’000 membres et sympathisants.
Dans un communiqué signé de la préfète du dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, sœur Simona Brambilla, Rome annonce sa décision de supprimer le mouvement et toutes ses branches – Fraternidad Mariana de la Reconciliacion, Siervas del Pian de Dios, Movimiento de Vida Cristiana. Les décrets de dissolution, confirmés par le pape François, ont déjà été notifiés aux associations concernées.
D’après une source vaticane, cette décision est motivée par «un manque de charisme fondateur» au moment de la création de cette communauté. « La dissolution est une décision rare, c’est la dernière solution quand on ne parvient pas à trouver une solution », glisse un expert à I.MEDIA. En France, quelques groupements ont été dissous dans l’histoire récente, comme le Verbe de Vie (2023), la fraternité sacerdotale Molokai (2018) ou les Servantes de la Présence de Dieu (2020).
Une longue suite de scandales
Cette annonce met le point final à de longues années marquées par des scandales d’abus et de corruption au sein de Sodalitium. La gouvernance du mouvement – dont le fondateur, Luis Figari – s’était retrouvée dans la tourmente en 2011 alors qu’émergeaient des accusations d’abus. L’affaire s’était embrasée en 2015 après la publication d’un livre d’anciens membres de la communauté accusant les responsables d’abus psychologiques et sexuels, y compris sur mineurs, ainsi que de malversation financière.
La même année, le Saint-Siège avait diligenté une première enquête canonique. Se désolidarisant, la communauté avait déclaré en 2016 Luis Figari comme «persona non grata» et engagé des actes de réparation pour les victimes. Des mesures avaient aussi été adoptées par les autorités judiciaires du Pérou à l’encontre du fondateur.
Puis en février 2017, suite à une nouvelle enquête menée par le cardinal Joseph Tobin, nommé délégué du pape sur cette affaire, le dicastère pour les religieux avait interdit à Luis Figari d’avoir des contacts avec les membres du mouvement, ainsi que de revenir au Pérou et d’y séjourner.
Rome avait dû s’expliquer sur cette interdiction, que les autorités péruviennes avaient vue comme une entrave à la justice. Le but, avait assuré un communiqué du Saint-Siège le 4 juin 2018, était au contraire d’empêcher le fondateur de résider au Pérou où « il compte de nombreux soutiens et où il aurait plus de possibilités de causer d’autres dommages ». Luis Figari pouvait revenir au Pérou pour des « raisons graves » et en particulier « pour rendre des comptes » à la justice, précisait la note.
En parallèle, le 10 janvier 2018, le Saint-Siège avait annoncé l’envoi d’un commissaire apostolique en la personne de l’évêque colombien Mgr Noel Antonio Londoño Buitrago. Le Vatican soulignait « la gravité des informations relatives au régime interne, à la formation et à la gestion financière » du mouvement mis sous tutelle.
Renvoi du fondateur et de dix membres
Puis en juillet 2023, le pape François avait dû à nouveau envoyer sur place deux enquêteurs, Mgr Charles Scicluna et le Père Jordi Bertomeu, membres du dicastère pour la Doctrine de la foi et experts dans la lutte contre les abus. Ils avaient reçu pour mission de faire la lumière sur des accusations portées à l’encontre de responsables.
Le Saint-Siège avait par la suite signifié le renvoi de Luis Figari de la communauté religieuse dans un décret rendu public le 15 août 2024. Le texte pointait du doigt des faits «inacceptables» – en l’occurrence des rapports sexuels forcés sur des jeunes recrues.
Quelques semaines plus tard, le 25 septembre, dix membres parmi les cadres avaient été expulsés pour leur implication dans un « grave scandale » impliquant des abus physiques et spirituels.
À ce jour, Sodalitium Christianae Vitae a cessé d’exister. Le père Jordi Bertomeu est nommé commissaire apostolique pour mettre en œuvre le processus de suppression. (cath.ch/imedia/cd/mp)