Le bilan de l'attaque perpétrée le 7 février 2026 dans le Nord-Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), varie entre 25 et 35 morts, essentiellement des chrétiens. Cette attaque survient alors que les Etats-Unis s'apprêtent à prendre le contrôle de deux producteurs clés de cuivre et de cobalt congolais.
L’attaque a été attribuée aux Forces démocratiques alliées (ADF), rapporte Vatican News, une milice qui sévit dans l’Est de la RDC depuis des années et dont les membres ont prêté allégeance à l'organisation État islamique en 2009.
Le massacre a eu lieu près du village de Gelumbé, non loin de Beni-Oicha, dans la partie la plus septentrionale de la région du Nord-Kivu. Il s'agit du même groupe qui, en novembre dernier, a perpétré un massacre à Byambwe, dans le diocèse de Butembo-Beni, et qui, fin juillet, a tué plus de 40 civils lors d'une attaque contre l'église catholique de Komanda.
Une horreur sans fin
«C'est une horreur planifiée», dénonce le Père Giovanni Piumatti, prêtre italien, missionnaire Fidei Donum dans le diocèse congolais de Butembo-Beni. Le prêtre décrit des corps décapités et des cadavres jonchant les routes. Il s'agit de zones habitées par une population chrétienne, catholique et protestante, qui vit depuis des années dans la panique engendrée par des violences récurrentes.
Cette horreur sans fin est désormais «devenue routinière», ajoute-t-il, «se répétant chaque semaine depuis au moins deux ou trois ans». Le Père Piumatti explique qu'un climat d'incertitude règne sur la région. Quant aux responsabilités dans cette instabilité persistante, de nombreux habitants, dit-il, soupçonnent les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) de complicité, car le phénomène n'est pas maîtrisé depuis trop d'années, malgré le soutien des troupes ougandaises voisines.
Intérêts dans la région
L'instabilité dans la région de Beni reflète l'instabilité plus générale qui règne dans le reste du Kivu. Les territoires de Goma et de Bukavu, extrêmement riches en minéraux et en terres rares, sont désormais «occupés» et administrés depuis plus d'un an par les milices pro-rwandaises du M-23.
«La guerre au Kivu a fait dix millions de morts au fil des années, dans le silence complice de l'Occident», dénonce encore le Père Piumatti. «L'objectif est clairement de maintenir le chaos», souligne-t-il, pour diverses raisons, notamment «la possession de terres et de ressources précieuses, et peut-être même des intérêts tribaux».
Accord Etats-Unis - RDC
Cette nouvelle attaque survient alors que se concrétise la première phase de l'accord conclu le 4 décembre dernier entre la RDC et les Etats-Unis. L'agence Fides explique qu'une première étape concrète dans la mise en œuvre du partenariat est l'accord préliminaire annoncé le 3 février entre le Consortium Orion pour les minéraux critiques (Orion Critical Mineral Consortium) et la société Glencore concernant l'acquisition potentielle par le premier de 40 % de deux sociétés minières congolaises appartenant à la seconde. Il s'agit de Mutanda Mining («Mumi») et de Kamoto Copper Company («KCC»).
Le consortium a été fondé en 2025 par une société privée, Orion Resource Partners LP, et un organisme public américain, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC). Cette dernière a été fondée en 2019 et constitue le bras d'investissement international du gouvernement américain. Si l'accord en cours de finalisation aboutit, il aura une valeur de 9 milliards de dollars et permettra de placer sous contrôle américain deux producteurs clés de cuivre et de cobalt congolais.
Le Nord et le Sud-Kivu sont les deux provinces de l'est riches en ressources stratégiques telles que le coltan. Selon des sources françaises, l'administration Trump travaille sur une série de sanctions contre le Rwanda qui devraient toucher de hauts responsables de la sécurité. Les États-Unis demandent le retrait des rebelles du M23 des zones conquises après la signature de l'accord de paix en décembre. (cath.ch/vatnews/fides/bh)
Depuis 2021, la province du Nord-Kivu, à l'est de la RDC, connaît un regain de violences entre les forces gouvernementales et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23). Depuis fin 2024, le groupe progresse vers le sud et s'empare des territoires, avec le soutien du Rwanda.
Selon Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’Université de Liège, le M23 est désormais une extension de l'armée rwandaise. Et si Kigali a démenti publiquement son soutien jusqu'à la fin 2023, il ne l'a plus contesté depuis. Selon l'ONU, plus de 3'500 soldats du Rwanda combattent aux côtés des rebelles congolais.
Par ailleurs, les autres pays de la région sont impliqués à différents degrés. Le Burundi, la Tanzanie, le Malawi, mais aussi l'Ouganda, pourtant allié historique du Rwanda, sont intervenus aux côtés de la RDC contre le M23.
L'Afrique du Sud a annoncé le 7 février qu'elle va retirer ses quelque 700 militaires déployés au sein de la MONUSCO, la mission de l'ONU en RDC, dont l'est est ravagé par trois décennies de violences, a annoncé samedi la présidence sud-africaine. BH