Le cardinal congolais Fridolin Ambongo a fait le déplacement à Wamba, au nord-est du Congo RDC, le 17 octobre 2025, pour exhorter les prêtres et les fidèles du diocèse à accepter leur nouvel évêque Mgr Emmanuel Ngona Ngotsi, nommé il y a plus d’un an et demi.
Sur fond de querelles ethniques et politiques, les prêtres et certains fidèles empêchent le nouvel évêque de prendre possession de son diocèse. Après trente ans d’épiscopat de Mgr Janvier Kataka originaire de Zambie, ils réclament que le nouvel évêque soit quelqu’un ‘du pays’. Mgr Ngona Ngotsi est né dans la ville de Bambu-Mines, dans le diocèse de Bunia, voisin de Wamba. Il a exercé son ministère au Niger et au Burkina Faso avant de revenir en République démocratique du Congo, mais il n’est pas considéré comme un local.
Sur fond de querelles ethniques et politiques
La crise dure depuis plus d’un an. Lorsque le pape François a nommé Ngona Ngotsi, prêtre des Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs), évêque de Wamba le 17 janvier 2024, le clergé local et une partie de catholiques ont manifesté bruyamment dans la rue leur désaprobation. Le cardinal Ambongo a consacré évêque Mgr Ngona Ngotsi, le 15 septembre 2024 dans la capitale congolaise, Kinshasa. Mais depuis il n’a pas pu être installé officiellement.
La formation des prêtres suspendue
L’affaire inquiète jusqu’au Vatican qui a fait plusieurs tentatives de médiation, pour l’heure sans succès. Face à cette situation, Rome a décidé le 15 octobre 2025 de suspendre temporairement toutes les activités de formation au séminaire préparatoire et au petit séminaire, étant donné qu'à l'heure actuelle, un environnement aussi problématique n'est pas propice à la formation des futurs prêtres. Les séminaristes qui souhaitent poursuivre leur formation sacerdotale pourront s'adresser à d'autres évêques congolais qui pourront les accepter après un discernement approprié. Quant aux formateurs et aux professeurs des deux séminaires, ils devront être affectés à d'autres tâches ministérielles que la formation, précise la décision romaine.
La balle dans le camp des prêtres de Wamba
Dans son homélie prononcée le 17 octobre à la cathédrale Saint-Joseph de Wamba, le cardinal Ambongo a appelé le clergé à permettre à Mgr Emmanuel Ngona Ngotsi de prendre officiellement possession du diocèse. «Nous ne pouvons pas gérer les affaires de l'Église comme celles de la cité», a-t-il déclaré.
Mgr Ambongo a ajouté que Léon XIV espérait «que la situation à Wamba reviendrait à la normale et que le diocèse pourrait fonctionner pleinement». « J’ai écouté votre demande et je suis même disposé à aller dans le sens de ce que vous avez demandé. Mais pour pouvoir le faire, il faut que le processus de nomination du premier évêque soit complété », a précisé le cardinal.
La situation révèle des fractures profondes au sein de cette communauté catholique du nord-est congolais. Derrière les résistances à la nomination de Mgr Ngona Ngotsi se cachent des réalités sociales, ethniques et politiques complexes qui dépassent le cadre purement religieux.
La réponse du cardinal Ambongo passe par un appel à la patience et à la prière, mais aussi par un rappel des procédures établies que les prêtres devraient connaître. « Tout dépend maintenant de vous, prêtres de Wamba, pour qu’une solution positive soit trouvée », a lancé l’archevêque de Kinshasa.
Intervention politique
Signe de l’importance du conflit, le Gouvernement Provincial du Haut-Uélé avait dépêché trois ministres pour prendre part à la célébration. Le Ministre des Finances a appelé toutes les parties à privilégier le dialogue et la recherche d’une solution durable afin de permettre au diocèse de retrouver son bon fonctionnement.
Le diocèse de Wamba, érigé en 1949, dessert près de 365 000 catholiques. En 2023, il comptait 25 paroisses et 58 prêtres. Il est situé dans le nord-est du pays, près du Soudan du Sud et de l'Ouganda. Contrairement à d'autres provinces de l'est du pays, il n'a pas été touché par la guerre, mais sa situation sécuritaire est instable en raison de la porosité des frontières et des conflits liés aux droits d'extraction minière.
Un des fléaux de l’Eglise en Afrique
Ce n’est pas la première fois que des divisions ethniques sèment la zizanie dans l’Eglise catholique en Afrique. Le conflit de Wamba rappelle la controverse dans le diocèse d'Ahiara, au Nigeria, où les catholiques locaux ont rejeté la nomination par le pape Benoît XVI, en 2012, du Père Peter Ebere Okpaleke comme évêque, car il n'était ni prêtre du diocèse ni membre de l'ethnie Mbaise.
Intervenant devant les nouveaux évêques réunis à Rome, en septembre dernier, Fortunatus Nwachukwu, secrétaire du Dicastère pour l’Évangélisation a dénoncé un mal «dont la persistance ne peut être niée et dont la gravité ne doit pas être minimisée.» “Lorsque l’identité culturelle, ethnique ou de caste est exaltée au-dessus de la nouvelle naissance du baptême, la foi et l’unité du Peuple de Dieu sont mises en danger.” (cath.ch/ag/mp)