«Il est urgent d’enraciner dans toute l’Église une culture de la prévention qui ne tolère aucune forme d’abus – ni de pouvoir ou d’autorité, ni de conscience ou spirituel, ni sexuel.» C’est ce qu’écrit le pape Léon XIV dans un message lu le 20 juin 2025, lors de la représentation au Pérou d’une pièce de théâtre sur les abus en Église.
La pièce représentée le 20 juin à Lima est intitulée Proyecto Ugaz – Projet Ugaz -, du nom d’une journaliste péruvienne, Paola Ugaz, que le pape connaît bien, qui a lutté pour dénoncer les abus commis par une communauté catholique aujourd’hui dissoute. Léon XIV, qui avait suivi de près cette affaire avant son élection, défend par ailleurs un «journalisme libre et éthique» indispensable à «l’âme démocratique d’un pays».
Des dossiers que le pape a traité quand il vivait au Pérou...
Alors qu’il était évêque de Chiclayo (2015-2023) et vice-président de la conférence épiscopale péruvienne, il l’a soutenue dans son travail sur les nombreuses dérives de la communauté Sodalicio, née au Pérou en 1971. Son fondateur, le laïc Luis Fernando Figari, avait déjà été expulsé de sa communauté en 2014 à la suite d’accusations de violences physiques, psychologiques et sexuelles, y compris sur des mineurs.
Les révélations de la journaliste, co-autrice d’un livre-enquête paru en 2015, ont été une étape importante dans le processus de dissolution de cette communauté dont d’autres dirigeants étaient accusés d’abus et de corruption. La suppression par le Vatican de cette structure qui comptait près de 20'000 membres est intervenue en avril dernier, soit trois semaines avant le conclave.
Lors de la représentation de la pièce en présence de victimes du mouvement, Mgr Jordi Bertomeu, official du dicastère pour la Doctrine de la foi à Rome et commissaire apostolique au Pérou pour l’affaire Sodalicio, a lu le message du pape Léon XIV.
«Je veux remercier ceux qui ont persévéré dans cette cause, même lorsqu’ils ont été ignorés, disqualifiés, voire poursuivis en justice», écrit Léon XIV dans sa lettre. À l’époque, les membres de Sodalicio avaient orchestré une cabale contre les lanceurs d’alerte et les victimes. «Votre lutte pour la justice est aussi celle de l’Église», souligne-t-il.
... et au dicastère pour les Évêques
Reprenant à son compte les paroles de son prédécesseur le pape François, Léon XIV déclare que «la douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur, et c’est pourquoi il est urgent de réaffirmer notre engagement à garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables».
L’ancien préfet du dicastère pour les Évêques, qui a donc eu à traiter des dossiers sensibles concernant la gestion des abus par les responsables de diocèse dans le monde, assure que la «prévention et le soin ne sont pas une stratégie pastorale: ils sont le cœur de l’Évangile». Et d’insister: «Il est urgent d’enraciner dans toute l’Église une culture de la prévention qui ne tolère aucune forme d’abus — ni de pouvoir ou d’autorité, ni de conscience ou spirituel, ni sexuel.»
La défense de la mission «sacrée» des journalistes
Le pape rappelle aussi dans son message avoir rencontré dès le début de son pontificat les centaines de journalistes ayant couvert le conclave – il avait d’ailleurs salué à cette occasion la Péruvienne Paola Ugaz, présente à Rome. «Cette rencontre fut plus qu’un salut protocolaire: elle fut une réaffirmation de la mission sacrée de ceux qui, par le métier de journaliste, deviennent des ponts entre les faits et la conscience des peuples. Même au prix de grandes difficultés.»
Évoquant les «profondes tensions institutionnelles et sociales» au Pérou, le pape appelle à défendre un «journalisme libre et éthique». Pour lui, ce n’est pas «seulement un acte de justice, c’est un devoir pour tous ceux qui aspirent à une démocratie solide et participative». Et d’affirmer: «Là où l’on réduit au silence un journaliste, c’est l’âme démocratique d’un pays que l’on affaiblit. La liberté de la presse est un bien commun inaliénable.» (cath.ch/imedia/hl/lb)