Pour la première fois de son pontificat, le pape Léon XIV a officiellement reçu en audience des victimes d’abus commis par des membres du clergé ce 20 octobre 2025, annonce un communiqué du réseau "Ending Clergy Abuse" (ECA). La rencontre, qui s’est tenue discrètement dans la matinée, a été confirmée par le Saint-Siège. I.MEDIA a pu s’entretenir avec l’un des participants.
Selon ECA, la délégation reçue ce matin au Vatican était composée de victimes et de "défenseurs des droits de l’homme" appartenant à l’association fondée aux États-Unis en 2017 et qui regroupe désormais des membres venant de 27 pays. Le pape aurait accepté cette rencontre après avoir reçu une lettre d’ECA peu après son élection.
"Le pape nous a réservé un accueil très aimable, il nous a accordé beaucoup plus de temps que prévu, nous sommes restés avec lui près d’une heure", a confié à I.MEDIA l’un des six participants, Matthias Katsch. Selon l’Allemand, membre du conseil d’administration d’ECA, le pape "a exprimé clairement qu’il veut traiter ce problème au sein de l’Église catholique et qu’il cherche les moyens de faire avancer ce dossier de la lutte contre les abus".
Les membres d’ECA ont présenté au pape leur dernier projet, intitulé "Initiative Zéro Tolérance", qui demande la mise en place de "normes mondiales cohérentes et de politiques centrées sur les survivants". Le pontife a invité la coalition internationale à se mettre en relation avec les institutions de la Curie romaine compétentes et à poursuivre les échanges avec lui, a assuré Matthias Katsch.
Cette rencontre intervenait quelques jours après la publication du deuxième rapport annuel de la commission Pontificale pour la protection des mineurs. Le document, critiqué pour l’absence de données chiffrées et le manque de pouvoir de la commission, "met le doigt sur la plaie, mais la question demeure: qui a l’autorité pour agir ?", a relevé le porte-parole d’ECA.
Une association qui avait mis en cause le cardinal Prevost
Une des associations appartenant au réseau ECA est le "Réseau des survivants des personnes abusées par des prêtres" (SNAP). Cette association américaine avait directement mis en cause le cardinal Francis Robert Prevost en mars dernier, l’accusant d’avoir mené des "actions et omissions vouées à interférer ou à éviter une enquête civile ou canonique, administrative ou pénal, contre certains prêtres du diocèse de Chiclayo" au Pérou. Au lendemain de l’élection de Léon XIV, SNAP avait à nouveau alerté sur un autre cas de mauvaise gestion d’un prêtre pédophile survenu en 2000 à Chicago alors qu’il était provincial des Augustins du Midwest.
Concernant le cas péruvien, une enquête récemment menée par le National Catholic Reporter au Pérou a montré que les accusations contre le pape Léon XIV avait été relayées par un prêtre qui avait été exclu de l’Ordre de Saint-Augustin pour des affaires d’abus sexuels. Selon l’investigation, l’homme avait des raisons personnelles de s’opposer à Robert Francis Prevost, notamment en raison de sa proximité avec la Sodalité de vie chrétienne, une organisation catholique péruvienne supprimée par le pape François peu avant sa mort après de nombreux scandales d’abus et financiers.
"Une conversation profondément significative"
Ce lundi, parmi les personnes reçues par le pape se trouvaient des victimes d’abus originaires du Canada, de l’Ouganda et d’Allemagne. Lors de la rencontre était aussi présent le président d’ECA, le Canadien Gemma Hickey, qui est par ailleurs une personne transgenre reconnue officiellement comme "non-binaire" dans son pays, et un avocat des droits LGBT.
"Ce fut une conversation profondément significative", a déclaré Gemma Hickey après la rencontre, évoquant "un engagement commun en faveur de la justice, de la guérison et d’un véritable changement". "Notre objectif n’est pas la confrontation, mais la responsabilité, la transparence et la volonté de rechercher ensemble des solutions", a pour sa part assuré Tim Law, un des cofondateurs d’ECA, lui aussi présent lors de la rencontre.
Les prises de position du pape sur les abus
Dans un entretien réalisé pour un livre, le pape Léon XIV s’était exprimé concernant la crise des abus au sein de l’Église, reconnaissant que la guérison demanderait "du temps", parce que les blessures profondes des victimes ne pouvaient pas disparaître avec "une indemnisation financière". Il estimait que s’il était "très sain" que la parole des victimes se libère, l’Église n’avait pas "toujours trouvé la meilleure manière de gérer" leur accompagnement, et devait se référer à des professionnels.
Le pontife avait aussi plaidé pour le respect du droit des accusés. Si "les statistiques montrent que bien plus de 90 % des accusations" sont avérées, de "fausses accusations" ont détruit des prêtres, s’inquiétait-il, demandant des procédures plus rapides.
Le pape avait enfin déclaré que "la question des abus sexuels ne peut pas devenir le centre de l’attention de l’Église". Selon lui, "l’Église a aussi une mission d’annoncer l’Évangile" et elle ne peut pas se concentrer "exclusivement" sur les abus. (cath.ch/imedia/cd/mp)