A l’approche de l’élection présidentielle en Ouganda du 12 janvier 2026, les forces de sécurité ont arrêté le Père Deusdedit Ssekabira, pour “son implication dans des activités subversives violentes contre l'Etat», a indiqué le 14 décembre 2025 un communiqué de l’État-major des armées. Cette arrestation inquiète dans l’Église et la société ougandaises.
Un prêtre catholique du diocèse de Masaka, dans le centre de l’Ouganda, l’abbé Deusdedit Ssekabira, a été enlevé le 3 décembre dans son bureau par «des hommes en uniforme de l'armée nationale ougandaise». L'évêque du diocèse, Mgr Serverus Jjumba, a qualifié cet enlèvement de «blessure grave» pour l’Église locale, la communauté catholique et la famille du prêtre.
“Activités subversives contre l’Etat”
Pendant 10 jours, aucune autorité n’a reconnu le détenir. La police avait indiqué ne pas être impliquée dans cet enlèvement et n'avoir reçu aucune plainte contre lui. Finalement l’État-major des armés a reconnu, le 14 décembre, détenir le prêtre en lien avec “son implication dans des activités subversives violentes contre l’État».
Il est «actuellement en détention légale, afin de permettre la poursuite de l'enquête. Il sera présenté devant la justice et inculpé en conséquence», a souligné le Directeur par intérim de l’information publique de la défense, le colonel Chris Magezi.
Pour le respect de la loi et de l’état de droit
Joint par Radio France Internationale (RFI), Mgr Jjumba, confie avoir vécu « une expérience très éprouvante ». S’il se dit soulagé de savoir le prêtre en vie, il explique attendre de « le voir physiquement » avant de se réjouir, ajoutant vouloir échanger directement avec les autorités pour obtenir des clarifications, notamment sur la nature des accusations.
Le Conseil interreligieux d’Ouganda a, lui aussi, réagi, condamnant toute forme d’enlèvement ou de détention arbitraire. Son secrétaire général, Joshua Kitakule, appelle les autorités à respecter strictement les procédures judiciaires. « Les personnes doivent être traitées avec dignité. Elles doivent être arrêtées dans le respect de la loi et présentées devant un tribunal », a-t-il déclaré à RFI.
Museler l’opposition
Selon les observateurs, la qualification d’« activités subversives » est volontairement vague. De manière générale, les “activités subversives” sont liées au soutien au National Unity Platform, et plus particulièrement à Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine, candidat de l’opposition à élection présidentielle contre le sortant Yoweri Museveni au pouvoir depuis 1986. La détention du Père Ssekabira viserait à faire taire d’autres prêtres catholiques de la région de Masaka, connus pour critiquer ouvertement le président Museveni et son parti.
Le chef de l'opposition, Bobi Wine, a critiqué cette détention, estimant que les militaires n'avaient «pas le droit de détenir des civils». L’ancien chanteur pop devenu homme politique, qui a ajouté que beaucoup de ses partisans ont été aussi enlevés par l'armée. (cath.ch/ibc/mp)