En faisant revenir, avec Mgr Luis Gerardo Cabrera Herrera, l’Équateur au sein du collège des cardinaux électeurs, et en choisissant l’archevêque de Guayaquil et non celui de la capitale Quito, le pape François manifeste son appui à une Église qui tente d’apporter une consolation à une population éprouvée par la violence et la montée en puissance des gangs. Autrefois considéré comme un pays plus stable que ses voisins, l’Équateur a vécu un véritable effondrement économique et sécuritaire avec la pandémie de Covid-19.
Luis Gerardo Cabrera Herrera est né le 11 octobre 1955, à Azogues, une ville du sud de l’Équateur comptant environ 35’000 habitants. Elle abrite le plus important sanctuaire marial du pays, dédié à la Virgen de la Nube, la “Vierge des nuages”. Une apparition de la Vierge dans le ciel, en suivant la forme des nuages, le 30 décembre 1696, aurait mené à la guérison de l’archevêque de Quito de l’époque. Cette dévotion donne lieu à un pèlerinage chaque année, le 1er janvier.
D’abord formé au petit séminaire franciscain, avant des études à l’Université catholique d’Équateur puis à l’université antonienne de Rome où il a reçu un doctorat en philosophie, Luis Gerardo Cabrera Herrera a revêtu la robe de bure en 1975 et a prononcé ses vœux définitifs chez les franciscains en 1982, un an avant de recevoir l’ordination sacerdotale.
Provincial des franciscains en Équateur
Il a occupé de nombreuses fonctions dans le domaine de la formation, notamment comme maître des novices et chargé de la pastorale vocationnelle de la Province franciscaine en Équateur. Il fut aussi secrétaire exécutif de la commission œcuménique, au sein de la Conférence épiscopale équatorienne.
De 1996 à 2001, il a dirigé le Centre d’études franciscaines de l’Équateur, et fut aussi de 1998 à 2000 le directeur de l’Institut philosophique et théologique “Cardenal Bernardino Echevarria”. Né en 1912 et décédé en 2000, Mgr Bernardino Echevarria fut archevêque de Guayaquil de 1969 à 1989 et fut créé cardinal (non électeur) en 1994 par Jean Paul II. Il fait actuellement l’objet d’un procès en béatification.
De 2000 à 2003, le Père Luis Gerardo Cabrera Herrera fut le ministre provincial des franciscains en Équateur, avant de rejoindre Rome en tant que conseiller général des franciscains et responsable des provinces franciscaines d’Amérique latine et des Caraïbes.
Évêque dans un pays en crise
En 2009, le pape Benoît XVI l’a nommé archevêque de Cuenca, la troisième ville du pays qui compte environ 600’000 habitants. Durant son épiscopat de six ans dans cette ville des hauts plateaux andins, Mgr Luis Gerardo Cabrera Herrera a commencé à devenir l’un des évêques les plus connus du pays, assumant notamment une première fois la vice-présidence de l’épiscopat de 2011 à 2014.
En septembre 2015, deux mois après sa visite en Équateur, le pape François le nomme archevêque de Guayaquil, le grand port sur l’Océan pacifique, qui est la capitale économique du pays et la plus grande ville, avec plus de 3,5 millions d’habitants dans l’agglomération. La capitale, Quito, ne compte qu’un peu plus de deux millions d’habitants en incluant sa banlieue.
L’Église en médiatrice
La ville de Guayaquil, pourtant surnommée «la perle du Pacifique», a vu son contexte économique se dégrader considérablement depuis la pandémie de Covid-19 qui a provoqué de nombreux décès et suscité une véritable psychose dans la population. De plus, les enjeux économiques liés au trafic portuaire ont suscité une montée en puissance des gangs violents qui ont provoqué une hausse de 800% du nombre d’homicides entre 2018 et 2023.
La promotion cardinalice de Mgr Luis Gerardo Cabrera Herrera peut donc se comprendre comme un appui à l’Église catholique qui tente de maintenir le lien social et la confiance dans les institutions dans ce contexte particulièrement éprouvant. Elle constitue aussi un appui dans ses fonctions de président de la Conférence épiscopale équatorienne, qu’il occupe depuis 2020.
“Le choix de l’archevêque de Guayaquil, et non de Quito, peut apparaître comme une marque de distance à l’égard de ce dernier”
L’Église a joué un rôle de médiation dans la crise sociale que traverse le pays, soumis à une grande instabilité depuis les mandats des présidents Lenin Moreno et Guillermo Lasso, qui a cédé la place en 2023 à Daniel Noboa. Ce jeune président de 36 ans, qui applique une politique de répression dure à l’égard des gang, avec les mêmes méthodes musclées que son homologue salvadorien Nayib Bukele, se targue d’avoir fait baisser l’insécurité, mais au prix de détentions parfois jugées arbitraires. Invitant à «ne pas céder à la panique stérile», l’épiscopat s’est montré prudent après la proclamation par le président d’un «état de conflit interne» censé permettre d’étendre les prérogatives des forces de sécurité.
Choix de Guayaquil et non de la capitale Quito
Mgr Cabrera Herra deviendra le premier archevêque de Guayaquil en poste à recevoir la barrette cardinalice: le cardinal Echevarria était déjà émérite lorsqu’il l’a reçue en 1994. Dans un entretien à Vatican News, le futur cardinal a expliqué avoir reçu sa nomination et la lettre du pape l’accompagnant comme «une invitation à regarder au-delà de l’archidiocèse de Guayaquil, au-delà de l’Équateur, à penser à l’Église universelle et à découvrir comment la foi est vécue de façons différentes, selon les cultures, les traditions et l’histoire».
Le choix de l’archevêque de Guayaquil, et non de celui de la capitale Quito, Mgr Alfredo José Espinoza Mateus, peut apparaître aussi comme une marque de distance à l’égard de ce dernier, qui a accueilli le Congrès eucharistique international en septembre dernier, mais a été mis en cause dans des affaires financières. Le pape François, qui était venu en Équateur en 2015, n’a pas fait à cette occasion ce second voyage à Quito qui avait pourtant été initialement annoncé par les autorités locales. (cath.ch/imedia/cv/rz)