Le cardinal nouvellement créé Tarcisius Kikuchi est aujourd’hui à la tête de la plus grande organisation caritative de l’Église catholique, Caritas Internationalis. Lors du prochain consistoire, il est devenu le deuxième Japonais du collège cardinalice, alors que son pays compte moins d’un demi-million de catholiques.
Ce choix du pape François s’explique par son attachement au Japon, où il a rêvé de devenir missionnaire dans sa jeunesse, par son attention aux Églises minoritaires, mais surtout par le profil particulièrement original de l’archevêque de Tokyo.
Tarcisius Isao Kikuchi est natif de Miyako, dans le nord de l’île de Kyushu. Il grandit dans un environnement catholique particulièrement pieux: sa mère est catéchiste et leur famille vit dans une «station missionnaire» tenue par des Suisses. Il expliquera plus tard que c’est au contact régulier de l’un de ces missionnaires, qui lui apprend à servir la messe, qu’est née sa vocation.
À la fin de sa scolarité, Tarcisio Kikuchi rejoint le séminaire diocésain sans hésitation, mais sans oublier son rêve de devenir missionnaire. En 1985, il choisit d’intégrer la Société du Verbe Divin, un ordre missionnaire d’origine hollandaise fondé au XIXe siècle, qui a joué un rôle important dans l’évangélisation en Chine, en Afrique et en Océanie.
Missionnaire en Afrique
Après des études à Melbourne, Tarcisio Kikuchi est ordonné prêtre en 1986. Il est immédiatement envoyé dans le vicariat apostolique de Koforidua, au Ghana. Il se retrouve dans une mission sans eau courante ni électricité, tout en étant frappé par la joie de la population malgré les grandes difficultés qu’elle traverse, et surtout par son sens de la solidarité. Il s’engage alors activement pour venir en aide et favoriser le développement dans sa paroisse.
Le Ghana devient sa «seconde maison». Mais le Père Kikuchi doit rentrer au Japon en 1994. Il aura été marqué par l’environnement international dans lequel il a évolué, travaillant avec des prêtres et des laïcs de Pologne, du Paraguay, des Philippines et d’Inde. Il reviendra souvent dans son premier diocèse, qu’il a vu naître puisque Jean Paul II l’a érigé en 1992.
Un engagement humanitaire constant
À Tokyo, le Père Kikuchi est rappelé pour prendre en charge la formation des novices et des vocations de son ordre. Pendant cette période, il enseigne à l’Université de Nanzan à Nagoya et s’investit dans les actions humanitaires menées par les évêques japonais, mais aussi au niveau international. C’est ainsi qu’il part comme volontaire dans le camp de réfugiés de Bukavu, au Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo), une expérience qui confirme son envie de s’engager encore plus dans cette voie.
À partir de 1998, il multiplie les responsabilités: il devient membre de la Caritas japonaise et représente les évêques japonais lors des réunions internationales de Caritas. Entre 1999 et 2004, il est directeur exécutif de Caritas Japon. Et entre 1999 et 2005, il devient provincial de son ordre.
En 2004, le pape Jean Paul II le nomme évêque de Nagoya. Il choisit comme devise «Unité dans la diversité». Pendant les années suivantes, il continue à œuvrer dans le domaine humanitaire, au point de prendre la tête de Caritas Asie entre 2011 et 2019. Il participe à ce titre au conseil de Caritas Internationalis.
Un fort engagement sur les questions de société
Entre-temps, le pape François le nomme archevêque de Tokyo en 2017. En tant qu’évêque, il encourage les catholiques à s’engager dans l’évangélisation en témoignant humblement de leur foi. Il s’est aussi positionné contre les discriminations à l’égard des personnes LGBT. Les responsabilités s’accumulent au fil des ans: en 2022, Mgr Kikuchi est élu président de la Conférence des évêques du Japon. Le 15 mai 2023, il est élu à la tête de Caritas Internationalis, qui sort d’une importante crise de gouvernance sous la présidence du cardinal Luis Antonio Tagle.
L’évêque japonais est très engagé sur un sujet qui tient à cœur à la diplomatie papale: l’opposition à l’arme nucléaire. Après l’attribution du prix Nobel de la paix à la Confédération japonaise des organisations des survivants des bombes atomiques, il a appelé le gouvernement de Tokyo à signer le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Quelques mois auparavant, il avait invité des évêques américains à participer à un Forum catholique pour la paix de Nagasaki, défendant l’abolition de l’armement nucléaire, et plus largement la réduction des armées dans le monde. Depuis la catastrophe de Fukushima, il est aussi devenu un opposant aux centrales nucléaires. (cath.ch/imedia/cd/rz)