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    Mgr Fernando Chomali, archevêque de Santiago du Chili, sera créé cardinal le 7 décembre 2024 © Vatican Media

    Mgr Fernando Chomalí, un futur cardinal qui réveille l'Église du Chili

    En annonçant la création cardinalice de Mgr Fernando Chomalí à l’occasion du consistoire des 7 et 8 décembre 2024, le pape a apporté un appui significatif à la reconstruction d’une Église chilienne très affaiblie par l’explosion des affaires d’abus sexuels, en 2018. Mgr Chomalí, dont la démission comme archevêque de Concepcion avait alors été refusée, est ensuite devenu l’un des voix fortes d’un catholicisme résilient et renaissant.

    Fernando Natalio Chomalí Garib est né le 10 mars 1957 dans une famille de cinq enfants issus d’un couple de chrétiens originaires de Palestine. Son père, Juan Chomali Celse, qui était un médecin odontologue, et sa mère Vitalia Garib Aguad, faisaient partie de cette importante diaspora d’origine palestinienne, qui compte actuellemement plus de 400’000 membres au Chili. Malgré la différence d’orthographe, Mgr Fernando Chomalí est parent de Mgr William Shomali, évêque auxiliaire du Patriarcat latin de Jérusalem depuis 2010.

    Mgr Chomalí a revendiqué à plusieurs reprises ses racines familiales, qui en font le premier cardinal à avoir du sang palestinien. «Nous, Chiliens d’origine palestinienne, promouvons une option claire en faveur de la non-violence et d’un dialogue sincère, seul moyen de parvenir à une paix fondée sur la vérité et la justice, le respect du droit international et des traités en vigueur, ainsi que le respect des êtres humains indépendamment de leur foi, de leur race ou de leur situation sociale», déclarait-il lors d’une homélie prononcée en 2012, dans le contexte, déjà à l’époque, d’une guerre à Gaza.

    «En tant qu’être humain, en tant que descendant d’un Palestinien, je suis animé par la conviction la plus profonde que rien ne justifie la violence, et que la violence ne fait qu’engendrer plus de violence. Je suis animé par la conviction que la violence est incapable de poser les fondements politiques, moraux et spirituels nécessaires à l’édification d’une société authentiquement libre », martelait-il alors.

    Un prélat francophone

    Après avoir été formé à l’Alliance française et au lycée Saint-Exupéry de Santiago, ce qui lui permet de parler un français très fluide, Fernando Chomalí reçoit en 1981 un diplôme d’ingénieur civil, avec une spécialisation dans le domaine de la construction. Il entre au séminaire de la capitale chilienne en 1984 et est ordonné en 1991 par Mgr Carlos Oviedo Cavada. Le discret archevêque de Santiago a accompagné le lent processus de retour à la démocratie. Il fut créé cardinal par Jean Paul II en 1994.

    "En 2010, Mgr Chomalí devient archevêque de Concepción, ville marquée par une sécularisation rapide"

    Après son ordination, Fernando Chomalí reçoit une longue formation universitaire à Rome, obtenant une licence en théologie morale à l’Académie pontificale alphonsienne en 1993, un doctorat en théologie sacrée à l’Université grégorienne en 1994 et une maîtrise en bioéthique à l’Institut Jean Paul II pour la famille en 1998.

    Investi dans la bioéthique

    Il s’est beaucoup investi sur les questions de bioéthique, devenant notamment membre dès 1991 du comité d’éthique de l’hôpital affilié à la faculté de médecine de l’Université catholique pontificale du Chili, et membre du Comité national de bioéthique de la Conférence épiscopale chilienne à partir de 2002. Son expertise a été rapidement reconnue à Rome puisqu’il est aussi devenu membre correspondant de l’Académie pontificale pour la Vie dès 200. Il a vu son mandat renouvelé à plusieurs reprises, du pontificat de Jean Paul II à celui de François.

    Le 6 avril 2006, le pape Benoît XVI le nomme évêque auxiliaire de Santiago du Chili, charge qu’il cumule un temps avec celle de curé de paroisse. Ses quatre ans de collaboration avec l’archevêque de l’époque, le très controversé cardinal Francisco Javier Errázuriz Ossa, lui ont valu des critiques au sujet de la couverture accordée au prêtre Fernando Karadima, coupable de nombreux abus.

    "Mgr Fernando Chomalí voit sa démission refusée, et il devient l’un des évêques les plus mobilisés sur le dossier des abus"

    En 2010, Mgr Fernando Chomalí devient archevêque de Concepción, ville du sud du pays marquée par une sécularisation rapide, et dévastée, quelques semaines avant son arrivée, par un puissant séisme de 8,3 à 8,8 sur l’échelle de Richter. Ingénieur de formation, Mgr Chomalí s’est particulièrement investi dans la reconstruction des églises: une cinquantaine d’édifices catholiques avaient été détruits.

    Le choc des abus

    Entre 2014 et 2015, il cumule son propre diocèse avec un intérim comme administrateur apostolique du diocèse d’Osorno. Il échoue alors à dissuader le pape François de nommer comme évêque de ce diocèse Mgr Juan Barros, qui avait protégé le prêtre abuseur Fernando Karadima. La défense de Mgr Barros par le pape François lors de sa visite de janvier 2018 au Chili provoquera un tollé, conduisant quelques mois plus tard à la démission collective de l’ensemble des évêques chiliens.

    Mgr Fernando Chomalí voit alors sa démission refusée, et il devient l’un des évêques les plus mobilisés sur ce dossier sensible. Le 10 septembre 2018, dans une lettre pastorale sur la crise des abus sexuels, il appelle l’Église à coopérer pleinement avec les autorités civiles: «Nous devons obéir à la loi car nous ne sommes pas au-dessus des règles qui régissent le pays». Il déplore que l’Église ait perdu sa réputation de «voix des sans-voix» et soit devenue «une source de scandale, de profonde remise en question, de grande méfiance et de peu de crédibilité».

    Attentif aux victimes

    Il condamne alors l’impact du cléricalisme et prône de nouvelles règles pour créer la transparence dans les séminaires et les procédures judiciaires de l’Église. Sur un plan très concret, il propose de séparer les bureaux qui traitent les plaintes pour abus des autres bureaux diocésains, afin de permettre aux victimes de s’exprimer plus librement, sans pression institutionnelle. Il est personnellement proche de Juan Carlos Cruz, victime du Père Karadima, et désormais membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs. Dans son propre diocèse de Concepcion, il a dû écarter son chancelier, mis en cause dans une affaire d’abus.

    "Il répond à tout le monde, même aux ministres"

    Le 25 octobre 2023, le pape François le nomme archevêque de Santiago du Chili, une charge dans laquelle il est installé le 16 décembre suivant. Le 6 octobre dernier, il réagit sobrement à l’annonce de sa promotion cardinalice. «Je suis très ému. J’espère pouvoir apporter ma contribution à l’Église chilienne», indique-t-il sur X. Il se tient depuis à distance des médias.

    Un archevêque dynamique et atypique

    Mgr Chomalí «a trouvé une Église en sommeil, qui s’était effacée de la vie publique», remarque un prêtre du diocèse de Santiago du Chili. Il se rejouit d’avoir un archevêque dynamique, qui se déploie sur de multiples champs d’activité, comme intellectuel et théologien mais aussi comme peintre, documentariste, auteur de pièce de théâtre… «Il est très actif sur Tik Tok, Instagram, Twitter… Il répond à tout le monde, même aux ministres. Il considère que sa voix est celle d’un citoyen, qui a toute légitimité pour s’exprimer», explique le prêtre.

    Ce dernier salue «un pasteur au milieu des gens, très rusé et attentif à ce qui se passe dans la réalité sociale». Il montre une aisance avec tous les milieux, comme le prouve sa bénédiction du groupe de bikers venus avec leurs Harley-Davidson, et qui l’ont fait revêtir une veste en cuir aux couleurs de son diocèse. Mais cet archevêque attaché à son indépendance, qui n’a ni garde du corps, ni chauffeur, ni personnel de service, peut avoir quelques difficultés à travailler en équipe, témoignent certaines sources.

    Défense de la vie

    «Il prend le métro, conduit sa voiture, fait sa vaisselle, un peu comme le cardinal Bergoglio avant qu’il ne devienne pape», raconte Julio Pozo, porte-parole de la fondation Catholic Voices. Cet ancien journaliste de Radio Maria remarque qu’une certaine «lune de miel» médiatique entoure les débuts de son épiscopat à Santiago.

    Lors du traditionnel Te Deum célébré le 18 septembre en présence des plus hautes autorités du pays, l’archevêque de la capitale chilienne a parlé frontalement de la lutte contre la corruption et des atteintes à la vie, une allusion claire aux revendications de la gauche au pouvoir sur l’euthanasie et l’avortement. Son engagement pour la défense de la vie passe aussi par des actions concrètes. Dans son précédent diocèse à Concepción, il avait créé un café solidaire pour y faire travailler des personnes trisomiques.

    "D’une façon assez inhabituelle, la capitale chilienne comptera désormais quatre cardinaux"

    Dans un contexte de déclin de la foi, Mgr Chomalí cherche à réveiller les consciences par des moyens originaux. Il a ainsi composé une pièce de théâtre dans laquelle deux jeunes garçons s’interrogent sur leur filiation, afin de dénoncer les conséquences psychologiques de la gestation pour autrui.

    Un certain frémissement se fait sentir sur le plan des vocations sacerdotales, avec huit entrées au séminaire cette année contre seulement une ou deux par an au pic de la crise des abus. Mgr Chomalí veut «encourager une Église vivante». «Il fait des choses et il parle», se réjouit Julio Pozo.

    La cohabitation avec trois “émérites”

    D’une façon assez inhabituelle, la capitale chilienne comptera désormais quatre cardinaux, puisque trois prédécesseurs de Mgr Chomalí sont encore en vie. Le cardinal Francisco Javier Errázuriz Ossa, 91 ans, a gouverné ce diocèse de 1998 à 2010 et fut créé cardinal par Jean Paul II le 22 février 2001, en même temps que le cardinal Bergoglio. Bien qu’il ne soit plus électeur depuis 2013, il a joué un rôle important dans les premières années du pontificat de François, en tant que membre du Conseil de Cardinaux au sein duquel il représentait l’Amérique latine de 2013 à 2018. Sa mise en cause dans la couverture des abus de Fernando Karadima a mené à son retrait de la vie publique.

    Le cardinal Riccardo Ezzati, 82 ans, qui est originaire d’Italie et a émigré au Chili en 1959 pour sa formation religieuse, a lui aussi été mis en cause pour sa couverture des affaires d’abus sexuels. Nommé archevêque de Santiago en 2010 – après avoir gouverné l’archidiocèse de Concepcion tout comme Mgr Chomalí – , Mgr Ezzati a été créé cardinal lors du premier consistoire de 2014. Sa démission, présentée avec l’ensemble des évêques chiliens en 2018, a été acceptée le 23 mars 2019, alors que des poursuites judiciaires avaient été engagées contre lui. Il avait de toute façon déjà 77 ans et sa démission pour raison d’âge était programmée.

    La discrétion du cardinal Aos Braco

    Enfin, le cardinal Celestino Aós Braco cohabitera avec le cardinal Chomalí Chomali au sein du collège des cardinaux électeurs jusqu’à son 80e anniversaire, le 6 avril 2025. Ce moine capucin originaire d’Espagne eut la tâche ingrate de reprendre en main le diocèse de Santiago après le choc des scandales d’abus. Alors évêque de Copiapo, il fut nommé administrateur apostolique de Santiago en mars 2019, puis archevêque de plein droit en décembre 2019 et cardinal moins d’un an plus tard, lors du consistoire du 28 novembre 2020, alors qu’il avait déjà 75 ans.

    Se sachant contraint à un épiscopat court compte tenu de son âge, le cardinal Aós Braco a assumé une certaine discrétion avant de transmettre les rênes du diocèse à un successeur plus vigoureux. Signe de la proximité et de la loyauté qui relient les deux hommes, c’est lui-même, et non pas le nonce apostolique comme le protocole le prévoyait, qui a déposé le pallium sur les épaules de son successeur en 2023. (cath.ch/imedia/cv/rz)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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