À seulement 44 ans, Mgr Mykola Bychok, jeune évêque de l’Église gréco-catholique ukrainienne, va devenir le plus jeune membre du collège cardinalice. En choisissant ce pasteur auprès de la diaspora gréco-catholique ukrainienne en Australie, le pontife court-circuite la hiérarchie de cette Église orientale dirigée par l’archevêque majeur Sviatoslav Shevchuk, mais nomme également un fervent défenseur du peuple ukrainien.
Mykola Bychok est né en 1980 à Ternopil, dans la partie occidentale de l’Ukraine, où vit la majorité des gréco-catholiques ukrainiens. Cette Église orientale, rattachée à Rome depuis le XVIIIe siècle, a été victime des persécutions sous l’ère soviétique. Elle représente 8% de la population ukrainienne, mais aussi une importante diaspora à travers le monde, avec plus de 5 millions de fidèles au total.
Issu d’une famille croyante, Mykola Bychok découvre sa vocation à l’âge de 15 ans, alors qu’il est à l’école. Il décide de rejoindre les rédemptoristes, une congrégation religieuse missionnaire qui sert dans la paroisse qu’il fréquente, et prononce ses vœux définitifs en 2003, à 23 ans.
Missionnaire des “premiers chrétiens”
Deux ans plus tard, en 2005, il est ordonné prêtre en Ukraine, et est immédiatement envoyé comme missionnaire dans une paroisse en Sibérie. Là, il prend en charge une petite communauté descendant des dizaines de milliers d’Ukrainiens exilés en Sibérie par Moscou à partir de 1947, suivi par d’autres qui furent envoyés au goulag dans les années 1950 et 1960.
«C’était comme les premiers chrétiens», racontera-t-il plus tard. Le jeune prêtre réside dans un petit monastère à Prokopyevsk, où se trouve uniquement une chapelle, et parcourt parfois plus de 300 km dans la neige pour visiter ses fidèles. Il célèbre le plus souvent la messe dans des appartements ou maisons privés en présence d’une toute petite assemblée. Pour rassembler cette communauté éparse, il organise des camps d’été pour les jeunes.
Marqué par cette expérience dont il garde un bon souvenir, le Père Bychok est nommé en 2007 dans une paroisse d’Ivano-Frankivsk, en Ukraine occidentale. Le prêtre continue de s’engager dans la pastorale des jeunes et l’aide aux plus pauvres, et est rapidement nommé recteur et curé de son monastère, avant de devenir intendant de la province rédemptoriste de Lviv, également dans l’ouest de l’Ukraine.
En 2015, le prêtre est à nouveau envoyé en mission, cette fois aux États-Unis, dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Newark, dans le New Jersey. Sa communauté, constituée par de nombreuses vagues de migrations d’Ukrainiens depuis le XIXe siècle, est plutôt prospère, et il la mobilise pour soutenir un important programme d’aide aux plus démunis.
Évêque en Australie
En 2020, à sa grande surprise, le Synode de l’Église gréco-catholique ukrainienne décide de le nommer évêque de l’éparchie de Saint-Pierre-et-Paul de Melbourne des Ukrainiens, qui était déjà dirigée par un rédemptoriste. Sa nomination est ensuite acceptée par le pape François.
Ordonné évêque à 40 ans par l’archevêque S.B. Shevchuk, dont il est proche, Mykola Bychok se voit confier la direction d’une communauté de 36’000 personnes et de 10 prêtres répartis sur seize paroisses en Australie et trois en Nouvelle-Zélande. Cependant, il ne peut arriver dans son nouveau diocèse qu’en 2021 en raison des restrictions liées à la pandémie de Covid-19. Il multiplie alors les déplacements pour rencontrer ses fidèles.
Avec le début de l’invasion ukrainienne par les forces armées russes en 2022, Mgr Bychok prend fermement position en faveur de son pays. Il organise des campagnes de soutien financier et logistique et s’exprime dans les médias australiens, dénonçant un «génocide» mené par la Russie.
Une création cardinalice délicate
Le 6 novembre 2024, le pape François annonce son souhait de l’élever à la pourpre cardinalice à la surprise générale. Il sera le sixième membre de l’Église gréco-catholique ukrainienne à devenir cardinal, après les cardinaux Mihail Lewicki (1774-1858), Sylwester Sembratowicz (1836-1898), Josyf Slipyi (1892-1984), Ivan Lubachivsky (1984-2000) et Lioubomyr Housar (1933-2017).
Contrairement à tous ses prédécesseurs, Mgr Bychok n’est pas archevêque majeur et primat de Galicie, c’est-à-dire chef de l’Église gréco-catholique ukrainienne. Cela le place dans une situation délicate vis-à-vis de l’actuel archevêque majeur, S.B. Sviatoslav Shevchuk, son supérieur.
Après l’annonce du pape, Mgr Bychok a immédiatement insisté sur le fait qu’il serait un représentant fidèle de son Église à Rome et qu’il parlerait d’une seule voix avec S.B. Shevchuk, notamment pour défendre son pays. «Nous ferons de notre mieux pour transmettre à Sa Sainteté toutes les vérités sur la guerre en Ukraine», a-t-il confié à I.MEDIA. «Cette nomination est un pied de nez à S.B. Shevchuk, qui a pu être critique de certaines déclarations du pape sur la guerre», souffle cependant un employé de la Curie romaine bien informé.
L’héritage du cardinal Pell
En Australie, pays qui n’a plus de cardinal depuis 2023, l’annonce de la nomination de ce représentant d’une communauté d’immigrés a été bien accueillie. En tant qu’évêque «australien», Mgr Bychok représente désormais toute une île, mais sans que ne pèse sur lui certains dossiers compliqués propre à l’Église latine locale, notamment celui du cardinal George Pell, dernier cardinal du pays.
Le cardinal Pell, proche conseiller du pape François sur les affaires économiques, a été au cœur d’un important scandale d’abus sur mineurs dans son pays. Il a été condamné en 2020 et emprisonné pendant plus d’un an, avant d’être finalement blanchi par la justice australienne. Après sa mort, il a été révélé que le cardinal australien, sous couvert d’un pseudonyme, s’était montré très critique à l’égard du pontife lors des dernières années de sa vie. (cath.ch/imedia/cd/rz)