Les responsables des congrégations religieuses de France ont examiné le 20 novembre 2025, à Lourdes, un rapport d’enquête sur la gestion des abus sexuels, quatre ans après le rapport de la Ciase. Peu de communautés ont été épargnées.
L’assemblée générale de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), réunie à Lourdes, a pris connaissance de l’enquête Faire face, le monde religieux après la Ciase. Le but de ce travail était de faire un point d’étape sur la réflexion et l’action du monde religieux sur les violences sexuelles, rapporte La Croix.
Ce travail, commandé en octobre 2024 par la Corref, rassemble les échanges de pas moins de 226 supérieurs de congrégations avec deux spécialistes des abus. « Quatre ans après la Ciase, nous avons souhaité faire le point sur ce qu’on avait fait, pas fait, ce que nous devions faire, comment continuer à nous conscientiser sur ces questions, comment nous instruire, et nous avons voulu le faire grâce à l’aide de personnes extérieures à l’Église institutionnelle », explique sœur Véronique Margron, présidente de la Corref.
Parmi les congrégations masculines, 71 supérieurs disent avoir identifié ou comptabilisé un agresseur parmi leurs congrégations, soit trois quarts des instituts religieux masculins membres de la Corref. En outre, 20% des supérieurs ont eu connaissance de frères ayant subi des violences sexuelles dans le monde religieux (et 12% en dehors).
Dans les congrégations féminines, 17% des supérieures ont eu connaissance d’agressions commises par des religieuses en France ou à l’étranger, tandis que 56% des supérieures ont estimé que certaines de leurs sœurs avaient été victimes d’abus (dont 36% dans l’Église).
Les hommes agresseurs, les femmes victimes
Les congrégations masculines sont principalement traversées par la question des abus sous l’angle des agresseurs, alors que les congrégations féminines se situent sous l’angle des victimes.
Au sein des congrégations féminines les abus sexuels ne sont pas dominants, on cite plus souvent les abus de pouvoir et les abus spirituels ou de conscience.
Les abus n’appartiennent pas au passé
Le rapport pointe aussi le danger de considérer à tort que les abus sont à comprendre au passé. De nombreuses responsables de congrégations internationales témoignent que dans les pays du Sud, les religieuses en parlent beaucoup, surtout en Afrique.
La plupart des instituts religieux, ont mis en place des chartes et des protocoles de comportements vis-à-vis des mineurs ou des personnes vulnérables. Ils ont également introduit un meilleur discernement du profil des candidat-e-s, et renforcé la vie communautaire pour éviter les électrons libres. Aujourd’hui ils ne sont plus démunis face aux abus.
Chez les supérieurs, le changement de mentalité sur la question des abus est considérable. Mais pour faire descendre cette prise de conscience aux frères et sœurs de leurs communautés, cela prendra encore du temps, conclut l’enquête. (cath.ch/cx/mp)