Le samedi 29 novembre 2025, au troisième jour de son voyage en Turquie, le pape Léon XIV a passé un quart d’heure dans la mosquée du Sultan Ahmet, aussi connue sous le nom de Mosquée bleue d’Istanbul. Il a ensuite rejoint l’église syriaque orthodoxe de Mar Ephrem, où il s’est entretenu en privé avec les chefs d’Églises et de communautés chrétiennes.
Le pontife a posé le pied à 9h09 dans la Mosquée bleue, somptueux édifice du XVIIe siècle et une des mosquées les plus importantes d’Istanbul. C’était la première fois que le pontife américain, élu le 8 mai 2025, pénétrait dans un lieu de prière musulman. Le pape a été accueilli devant le lieu de culte par une rangée de dignitaires musulmans, ainsi que le ministre turc de la Culture et du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy.
Une visite «amicale»
Avant de franchir le seuil de la salle de prière, le pontife s’est déchaussé, comme le veut la coutume dans les mosquées, foulant en chaussettes la moquette orange. Guidé par le muezzin Asgin Tunca, Léon XIV a fait le tour de la mosquée aux six minarets – modèle unique en son genre – et aux 21’000 carreaux de céramique turquoise insérés dans les parois.
Un grand calme régnait dans la salle que le pape a arpentée, sur laquelle planaient les coassements d’une corneille réfugiée sous la coupole. Étrangers à la solennité du moment, deux chats se roulaient sur le tapis, jouant sous les lueurs des 260 petites fenêtres qui irradiaient la pièce monumentale.
30/04/2025
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Cette visite, qui aura duré un quart d’heure, a été «amicale» et le pape s’est montré intéressé, a confié à la presse Asgin Tunca, qui a prodigué au pontife des explications historiques et religieuses sur la mosquée. La délégation s’est notamment arrêtée devant le mihrab – niche qui indique la direction de La Mecque –, portant une gravure de la sourate 19 du Coran qui évoque la figure de Marie.
Pas de temps de prière explicite
Selon l’imam, Léon XIV aurait décliné sa proposition de prière dans «la maison d’Allah», préférant privilégier un simple parcours des lieux. «Il voulait sentir l’atmosphère de la mosquée», a ajouté Asgin Tunca, qui a insisté sur la dimension fraternelle de cette rencontre.
Ce choix a toutefois provoqué l’étonnement, puisqu’un «bref moment de prière silencieuse» était prévu par le Vatican et attendu par le muezzin. Aussitôt après la séquence, le Bureau de presse du Saint-Siège s’est fendu d’un communiqué, assurant que «le pape a vécu la visite de la mosquée en silence, dans un esprit de recueillement et d’écoute, avec un profond respect pour le lieu et pour la foi de ceux qui s’y rassemblent en prière».
Si à la Mosquée bleue Léon XIV mettait les pas dans ceux de ses prédécesseurs, le 267e pape s’est donc différencié en s’abstenant de tout acte de prière manifeste. En 2014, le pape François avait observé un moment «d’adoration silencieuse». «J’ai senti le besoin de prier», avait-il confié aux journalistes au retour du voyage. «Et j’ai prié: pour la Turquie, pour la paix, pour le mufti… pour tous… pour moi, qui en ai besoin… J’ai prié, vraiment… Et j’ai surtout prié pour la paix».
En 2006, le pape Benoît XVI s’était aussi recueilli quelques minutes, s’adressant selon lui «à l’unique Seigneur du ciel et de la terre, Père miséricordieux de l’humanité tout entière». Son geste avait lieu quelques semaines après la vive polémique provoquée par un passage de son discours à Ratisbonne interprété comme une critique de l’islam.
Au terme de cette halte ce samedi, Léon XIV a quitté ses hôtes avec le sourire, dans une atmosphère visiblement détendue.
Le pape Léon XIV rencontre en privé les chefs des Églises chrétiennes
Après sa visite de la Mosquée bleue d’Istanbul, le pape Léon XIV a rejoint l’église syriaque orthodoxe de Mar Ephrem, dans la matinée. Arrivé en voiture dans la partie européenne d’Istanbul, le pape est entré dans le complexe de l’église syriaque orthodoxe de Mar Ephrem, inaugurée en 2023. Il s’agit de la première et, jusqu’à présent, unique église construite dans le pays depuis la fondation de la République de Turquie, en 1923. Dans le monde, les fidèles de cette Église patriarcale dont le siège est à Damas sont environ deux millions. Ignace Ephrem II, le patriarche syriaque orthodoxe d’Antioche, a accueilli le pontife américain.
Léon XIV a ensuite posé pour une photo aux côtés de dix-sept responsables chrétiens, dont le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée. Tous ont ensuite pris place autour d’une grande table ronde.
Une clarté théologique qui plaît aux orthodoxes
Au lendemain de la prière à Iznik où ils ont prié devant les ruines d’une basilique symbolisant le lieu où le Credo – la prière du «Je crois en Dieu» – a été défini, les responsables chrétiens se sont entretenus à huis clos durant plus de deux heures. Cette rencontre privée devait leur permettre de prendre chacun la parole.
Pour le nouveau pape, il s’agissait d’une occasion de dévoiler la façon dont il entend faire vivre le dialogue œcuménique, alors que son prédécesseur François avait pu bousculer ses frères orthodoxes à la fin de son pontificat. Cela avait par exemple été le cas avec la déclaration Fiducia supplicans autorisant en décembre 2023 une forme de bénédiction pour les couples de même sexe. Trois mois plus tard, l’Église copte-orthodoxe avait annoncé la suspension de son dialogue théologique avec Rome.
«Dans le style, le nouveau pape a une formation de canoniste. Toutes ses déclarations, ses homélies et ses messages sont mesurés et sans équivoque. Il a une clarté théologique qui plaît beaucoup aux orthodoxes», analysait l’archevêque orthodoxe Job Getcha quelques jours avant le voyage.
«Renouveler notre foi en Jésus-Christ»
«En cette occasion historique où nous célébrons les 1700 ans du Concile œcuménique de Nicée, nous nous réunissons pour renouveler notre foi en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, et célébrer la foi que nous partageons ensemble», a écrit Léon XIV au terme de la rencontre, sur le livre d’or de l’église Mar Ephrem. «Je souhaite de nombreuses bénédictions à tous ceux qui se sont rassemblés ici et à toutes les communautés qu’ils représentent», a-t-il ajouté.
Après cette rencontre qui aura duré 45 minutes de plus que prévu, le pape est retourné déjeuner à la délégation apostolique d’Istanbul où il loge depuis son arrivée jeudi en Turquie. Dans l’après-midi, il se rendra au Phanar, le siège du patriarcat de Constantinople, pour une prière dans l’église Saint-George. Avec le patriarche Bartholomée, il signera ensuite une déclaration commune.
«J’imagine qu’il y aura une invitation à annoncer le Christ ensemble au monde, une référence à la paix, à la protection de l’environnement et de la personne humaine», confiait l’archevêque Job Getcha.
Le pape conclura sa journée par une messe à la «Volkswagen Arena», complexe culturel et sportif qui peut accueillir plus de quatre mille personnes. Il s’agit de la seule messe publique du séjour de Léon XIV en Turquie, pays à large majorité musulmane. (cath.ch/imedia/hl/ak/rz)