Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Lun. 30 mars | Saint du jour | Parole de Dieu
Advertisement
  • Flash Info

    Jubilé 2025 Année Sainte à Rome: pèlerinages et événements ouverts
    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    ✝️ En direct

    Vatican en direct

    Suivez en direct les célébrations et événements liturgiques depuis la Cité du Vatican.

    Pape-Istanbul-Saint-Antoine-844

    Le pape Léon XIV en Turquie: comment vit la communauté catholique à Istanbul?

    Le pape Léon XIV s’est envolé le 27 novembre 2025 pour son premier voyage à l’étranger depuis son élection le 8 mai. En Turquie, il commémorera avec d’autres responsables chrétiens le Concile de Nicée qui a défini en l’an 325 les fondements de la foi chrétienne. Au Liban, il viendra soutenir un pays...

    Contenu du dossier
    Pape-Istanbul-Saint-Antoine-844
    Actualités

    Le pape Léon XIV en Turquie: comment vit la communauté catholique à Istanbul?

    Mosquee-Bleue-Istanbul
    Actualités

    Quatre papes ont précédé Léon XIV en Turquie, pivot entre l’Occident et l’Orient

    monastere_Mar-Chaaya2-scaled
    Actualités

    Turquie et Liban: le panorama de l’Église catholique sur place

    Beyrouth-Explosion-4aout_DSC_0019
    Actualités

    Le programme du pape en Turquie et au Liban

    _SIM5649-2
    Actualités

    Léon XIV souhaite que la Turquie honore la «dignité et la liberté de tous»

    Metropolite-Getcha
    Actualités

    Job Getcha: "La clarté théologique de Léon XIV plaît beaucoup aux orthodoxes"

    Capture d’écran 2025-11-28 083705
    Actualités

    Léon XIV en Turquie: «La petitesse est la véritable force de l’Église»

    _SIM1115_1
    Actualités

    A Nicée, Léon XIV appelle à «surmonter le scandale des divisions»

    _SIM5983_1
    Actualités

    Léon XIV visite la Mosquée bleue et rencontre les chefs des Églises chrétiennes

    _SIM6138
    Actualités

    En Turquie, Léon XIV souhaite une mobilisation sur l’écologie et le numérique

    PAPST, PAPSTBESUCH, BESUCH PAPST BENEDIKT XVI, BENEDIKT DER SECHZEHNTE,
    Actualités

    Les papes au Liban: un encouragement à un peuple martyr, mais résilient

    _SIM3580
    Actualités

    Léon XIV invite les catholiques du Liban à espérer malgré «le bruit des armes»

    _SIM6629
    Actualités

    L’éloge d'un Liban où «minarets et clochers se dressent côte à côte»

    _SIM0280
    Actualités

    Sur les ruines du port de Beyrouth, le pape console un peuple en quête de vérité

    Pape-Conf-Presse-Avion-Liban_RIS2379
    Actualités

    "J'espère aller en Algérie", confie le pape de retour du Liban

    Sr-Maia-El_Beaino
    Actualités

    Sœur Maïa: «La capacité d’écoute du pape m’a surprise»

    no_image
    Pape-Istanbul-Saint-Antoine-844

    Le pape Léon XIV en Turquie: comment vit la communauté catholique à Istanbul?

    Le premier voyage du pape Léon XIV à l’étranger aura lieu en Turquie à partir du 27 novembre 2025. Il rencontrera notamment les différentes communautés chrétiennes d’Istanbul, avant de se rendre à Iznik (anciennement Nicée), événement majeur pour la petite communauté catholique stambouliote. Comment les fidèles vivent-ils leur foi dans la ville la plus peuplée du pays? Reportage.

    Mathilde Warda, à Istanbul, pour cath.ch

    Une poignée de personnes sont installées dans les rangs pour assister à la messe en turc. Dans le fond de l’église de Saint-Antoine de Padoue, les portes restent ouvertes, des passants vont et viennent, certains restent quelques minutes pour écouter ou prennent des photos ou des vidéos.

    Dans l’église résonne l’orgue, joué par Can Sümbüloğlu. C’est aussi lui qui jouera, avec d’autres musiciens, pour le pape Léon XIV, lors de la messe célébrée à la "Volkswagen Arena" à Istanbul, durant sa visite en Turquie du 27 au 30 novembre. “Je suis doublement heureux, parce que je vais participer à la cérémonie, nous allons voir notre nouveau pape, et parce que je vais contribuer à la musique”, s’enthousiasme ce diplômé du conservatoire sur un banc après la messe, une croix autour du cou.

    Pape-Istanbul-Organiste_Saint-Antoine
    Pape-Istanbul-Organiste_Saint-Antoine
    L'organiste Can Sümbüloğlu jouera, parmi d’autres musiciens, pour le pape Léon XIV | © Mathilde Warda

    Au milieu de l’avenue Istiklal, rue commerçante et très passante d’Istanbul, l’église de briques rouges est la plus visitée de la ville. Chaque jour, environ 7’000 personnes en semaine, et 10 à 15’000 le week-end, passent ses portes, d’après le Père  franciscain Andrew Hochstedler, vicaire paroissial, citoyen américain qui est né et a grandi à Istanbul.

    Parmi elles, certains sont les croyants catholiques qui vivent à Istanbul. “Nous avons quatre communautés linguistiques différentes”, explique le Père franciscain, une communauté de locuteurs du turc, de l’anglais, de l’italien et du polonais. Des messes sont célébrées dans chacune de ces langues.

    “Mais la majorité des personnes qui franchissent nos portes sont soit Turques, musulmanes ou laïques, non chrétiennes, soit des touristes qui se promènent dans la rue”, ajoute le prêtre.

    Un accent sur le dialogue interreligieux

    Au sein de l’église se rencontrent alors plusieurs confessions et pratiques religieuses. “Traditionnellement, et cela continue encore aujourd'hui, des milliers de Turcs non chrétiens viennent allumer une bougie. Il s'agit d'une pratique populaire très ancienne en Turquie”, remarque-t-il.

    Cette diversité nourrit un dialogue interreligieux, également entretenu par les prêtres. Tous les mardis, ils se relaient pour “s’asseoir dans l'église toute la journée, rencontrer les personnes et prier pour elles”, commente le Père Andrew. “Ce sont parfois des chrétiens, qui viennent se confesser, mais le plus souvent ce sont des Turcs qui viennent prier. De temps en temps, ils viennent d’autres villes, ils ont entendu dire que c’était ici qu’ils devaient venir. Parfois, même des imams les envoient ici”.

    Pape-Istanbul-Saint-Antoine
    Pape-Istanbul-Saint-Antoine
    La majorité des personnes qui franchissent nos portes sont soit turques, musulmanes ou laïques, non chrétiennes, soit des touristes, explique le curé de l'église Saint-Antoine de Padoue | © Mathilde Warda

    La République turque est laïque, mais l’islam sunnite est largement majoritaire. Parmi la minorité chrétienne, les orthodoxes sont les plus nombreux, Léon XIV rencontrera d’ailleurs le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée. Orthodoxes, catholiques, latins, arméniens, syriaques… Une diversité de chrétiens ont habité la Turquie. Leur présence perdure même si elle a drastiquement diminué au siècle dernier, affectée notamment par le génocide arménien et les persécutions contre les Grecs orthodoxes. Aujourd’hui, “on parle de 25’000 catholiques latins en Turquie (voir encadré), dont plus ou moins 15’000 dans le vicariat d’Istanbul”, estime l’abbé Nicola Masedu, curé de la cathédrale du Saint-Esprit.

    Première église construite sous la République

    Les relations sont plus apaisées, même si l’Église fait toujours face à des difficultés, telles que son absence de statut juridique. En 2023, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a même inauguré une Église syriaque orthodoxe à Istanbul. Première église construite sous la République turque, fondée en 1923, elle est aussi au programme de la visite du pape.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    La protection des églises est aussi prise au sérieux, une voiture de police est postée devant l’église Saint-Antoine de Padoue, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et parfois également présente devant l’entrée de la Cathédrale. Les mesures de sécurité ont été renforcées en janvier 2024 après l’attaque de l’Église Santa-Maria, revendiquée par l’État islamique, qui a fait un mort – de confession musulmane. Près de deux ans plus tard, les croyants interrogés ne se sentent pas particulièrement en danger.

    Les catholiques, une minorité multiple

    Être catholique en Turquie en 2025, c’est faire partie d’une minorité qui recouvre une multitude de situations. Tilda Çanlı, à la guitare et au chant pendant la messe à Saint-Antoine, est catholique syriaque. “Je fréquente cette église depuis mon enfance. Ma mère était très croyante, l'un des plus grands héritages qu'elle m'ait laissés est mon attachement à cette église”.

    Pape-Istanbul-Tilda
    Pape-Istanbul-Tilda
    "Ma mère était très croyante, l'un des plus grands héritages qu'elle m'ait laissés est mon attachement à cette église”. | © Mathilde Warda

    Elle souligne le partage entre les Églises: “Nous sommes œcuméniques. Nous sommes tous ensemble. Nous le sommes aussi avec les autres Églises, avec les catholiques arméniens, les syriaques anciens. Nous avons beaucoup de liens”.

    Tilda Çanlı évoque sa foi et son église avec beaucoup d’enthousiasme. “Je suis aussi allée en Italie. J'ai été très impressionnée, mais je suis contente d'être en Turquie, d'être dans un pays musulman. C'est ici que je suis chez moi.”

    Quelques conversions par an

    Pour Tarkan, servant de l’autel à Saint-Antoine, qui s’est converti il y a quelques années, vivre sa foi semble plus difficile. “Ma mère ne le sait pas”, explique-t-il. “Il faut bien sûr cacher certaines choses. Vous ne pouvez pas porter votre collier aussi librement à l'extérieur. Vous devez le cacher à votre famille”, détaille Tarkan, même s’il assure se sentir en sécurité.

    Il y a quelques conversions par an, affirme le curé de la cathédrale du Saint-Esprit, avec une préparation qui dure entre deux à trois ans. Mais le prêtre salésien insiste toutefois, “nous ne faisons aucun prosélytisme”. Le prêtre constate aussi que ceux qui souhaitent se convertir rencontrent parfois des difficultés dans leur famille.

    Le Père Nicola Masedu | © M. Warda

    La cathédrale, où le pape Léon XIV se rendra, est à moins de deux kilomètres de l’Église Saint-Antoine. Adossée à un lycée privé francophone, elle n’est pas visible depuis l’avenue. Là aussi, des messes ont lieu dans plusieurs langues: français, italien, anglais et turc, celle du dimanche en anglais est la plus fréquentée, explique l’abbé Masedu.

    Le passage des pèlerins

    Les pèlerins en Turquie sont aussi accueillis dans l’église et y célèbrent des messes. Cette année en particulier, avec le 1700ᵉ anniversaire du Concile de Nicée, beaucoup de groupes viennent honorer cet évènement sur le lieu du concile, à Iznik. “Ils arrivent ou partent d’Istanbul, donc ils en profitent pour venir célébrer une messe ici ou à Saint-Antoine”, détaille le curé de la cathédrale. Parfois des messes ont lieu simultanément dans la chapelle et dans la cathédrale dans des langues différentes.

    Dans le quartier de Bomonti, à une trentaine de minutes à pied de la cathédrale, les Petites Sœurs des Pauvres dirigent une maison de retraite. Sur une ardoise à l’entrée de la salle à manger, la venue du pape dans l’établissement est annoncée. “La visite du pape dans cette maison est quelque chose d'extraordinaire, et nous en sommes très heureux”, se réjouit le médecin de la maison, Mario Rogenbuke, également responsable des communautés néo-catéchuménales à l’église Saint-Antoine.

    Pape-Istanbul-Mario-Levantin-PetitesSoeurs-Cadre
    Pape-Istanbul-Mario-Levantin-PetitesSoeurs-Cadre
    Mario Rogenbuke est responsable des communautés néo-catéchuménales | © Mathilde Warda

    Parmi les catholiques de Turquie, on compte aussi les levantins. Comme Mario Rogenbuke, ce sont les descendants d’européens venus s’installer sous l’Empire ottoman, ils seraient aujourd’hui environ 1’000 à Istanbul, estime-t-il, avec une population vieillissante. Du côté de son père, sa famille est venue d'Allemagne dans les années 1850 et d’Italie au début XXᵉ du côté maternel.

    “Être catholique en Turquie est confortable”, soutient-il. “Nous ne rencontrons aucune difficulté à Istanbul. Au contraire, nos églises sont particulièrement défendues et protégées.” Il alerte cependant sur la nécessité de soutiens étrangers pour faire perdurer la présence chrétienne en Turquie.

    Chez les catholiques en Turquie, l’impatience est palpable. “Nous sommes une toute petite communauté, et pourtant, le pape, qui dirige toute notre Église dans le monde entier, vient ici pour son tout premier voyage, s’enthousiasme le Père Andrew. Cela vous procure un réel sentiment de joie et d'espoir”. (cath.ch/mw/bh)

    La Turquie, pays de 84 millions d’habitants, compte environ 90’000 chrétiens. On estime à 60’000 le nombre d’Arméniens, majoritairement (55’000) rattachés à l’Église apostolique arménienne autocéphale, et à 25’000 le nombre de catholiques, se partageant entre les quatre rites latin, arménien, syriaque et grec. On compte aussi de 2'000 à 3'000 grecs-orthodoxes et à peine 1'000 anglicans et protestants. BH

    Actualités les plus lues

    no_image
    Mosquee-Bleue-Istanbul

    Quatre papes ont précédé Léon XIV en Turquie, pivot entre l’Occident et l’Orient

    En posant le pied en Turquie le 27 novembre prochain, Léon XIV sera le cinquième pape à visiter ce pays, après Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et François. Le principal objectif de ces voyages a toujours été de manifester le dialogue fraternel entre Rome et Constantinople, et donc avec le monde orthodoxe, mais la dimension interreligieuse a pris une importance croissante dans le contexte très particulier de l’islam turc. I.MEDIA revient sur les enjeux des quatre précédents voyages.

    1967: Paul VI, le pape du rapprochement avec l’orthodoxie

    Le premier pape à se rendre en Turquie est Paul VI, les 25 et 26 juillet 1967. Ce cinquième voyage apostolique du pontife italien (après la Terre sainte, l’Inde, New York et Fatima) lui permet alors de poser de nouveaux jalons œcuméniques, dans la lignée du Concile Vatican II. L’enjeu principal est en effet sa visite au Phanar, le siège du patriarcat de Constantinople, pour y retrouver Athénagoras (1886-1972), patriarche avec lequel il a établi de spectaculaires avancées pour le rétablissement de la confiance entre catholiques et orthodoxes.

    Trois ans auparavant, sa rencontre historique avec Athénagoras à Jérusalem avait permis d’ouvrir la voie à la levée, l’année suivante, des excommunications réciproques entre Rome et Constantinople formulées 910 ans auparavant, lors du Grand Schisme de 1054. Sa visite de juillet 1967, qui précède celle d’Athénagoras à Rome quelques mois plus tard, est l’occasion de Paul VI de s’exprimer clairement en faveur d’un rétablissement de la communion avec l’Église orthodoxe.

    Paul-VI-Athenagoras-Vat-Media
    Paul-VI-Athenagoras-Vat-Media
    Paul VI rencontre le patriarche de Constantinople Athénagoras, ici à Jérusalem. Cette image fera le tour du monde | © Vatican Media

    «Si l’unité de foi est requise pour la pleine communion, la diversité d’usages n’y est pas un obstacle, bien au contraire», déclare Paul VI durant sa visite au siège de ce patriarcat disposant d’une autorité symbolique sur l’ensemble du monde orthodoxe.

    «La charité nous permet de mieux prendre conscience de la profondeur même de notre unité, en même temps qu’elle rend plus douloureuse l’impossibilité actuelle de voir cette unité s’épanouir en concélébration, et nous incite à tout mettre en œuvre pour hâter la venue de ce jour du Seigneur», lance Paul VI, estimant qu’il incombe aux chefs des Églises de guider leurs fidèles «sur la voie qui conduit à la pleine communion retrouvée».

    Outre cette étape à Istanbul, Paul VI se rend aussi à Ephèse, pour visiter la maison de la Vierge Marie. Ce sanctuaire, à la fois visité par les chrétiens et les musulmans, est le fruit d’une tradition assyrienne – probablement symbolique – selon laquelle Marie fut emmenée dans ce lieu par l’évangéliste Jean après la crucifixion du Christ afin de fuir les persécutions à Jérusalem.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Ce voyage lui donne aussi l’occasion de saluer les autorités et d’exprimer son soutien à la population de la Turquie, affectée peu avant le voyage par un violent tremblement de terre. Paul VI bénéficie d’une certaine proximité de la Turquie avec le Saint-Siège, liée au parcours de son prédécesseur Jean XXIII. Mgr Angelo Roncalli avait en effet occupé la charge de délégué apostolique en Turquie entre 1935 et 1944, un rôle dans lequel il s’était déployé avec un charisme inattendu. Il avait choqué ses propres supérieurs à Rome en assumant de demeurer en civil, compte tenu des règles de laïcité en vigueur en Turquie, et en intégrant la langue turque dans certaines séquences liturgiques.

    1979: Jean Paul II lance la tradition du voyage de la Saint-André

    Après le très bref pontificat de Jean Paul Ier qui, naturellement n’eut pas le temps de voyager malgré son vif intérêt pour les questions œcuméniques, Jean Paul II choisit la Turquie comme destination de son quatrième voyage apostolique, du 28 au 30 novembre 1979. La date du 30 novembre correspond à la Saint-André, patron de l’Église de Constantinople: ce calendrier sera également choisi par les successeurs de Jean Paul II qui se rendront en Turquie au début de leur pontificat.

    Dans la continuité de Paul VI, le pontife polonais est reçu par le successeur d’Athénagoras, le patriarche Dimitrios Ier (1914-1991) et lui confirme le désir de «marcher ensemble vers cette pleine unité que de tristes circonstances historiques ont blessée, surtout au cours du deuxième millénaire». Dans une déclaration commune, Jean-Paul II et Dimitrios Ier appellent à une «purification de la mémoire collective de nos Églises» et instituent la commission mixte catholique-orthodoxe pour le dialogue théologique. Jean-Paul II se rend aussi à Ephèse pour y célébrer une messe, et salue les autorités turques à Izmir.

    2006: Benoît XVI, un voyage parasité par la controverse de Ratisbonne

    Si l’enjeu œcuménique est naturellement prégnant aussi pour la visite de Benoît XVI du 28 novembre au 1er décembre 2006, l’attention médiatique se déplace vers la question brûlante du dialogue avec l’islam, quelques semaines après son discours prononcé à Ratisbonne, en Allemagne, dans lequel il avait cité un empereur byzantin assimilant l’islam à la violence. De violentes manifestations s’étaient alors produites dans certains pays à majorité musulmane, conduisant même à l’assassinat, en Somalie, de la religieuse italienne Leonella Sgorbati, qui sera béatifiée en 2018.

    Malgré des manifestations hostiles à sa venue, Benoît XVI parvient à désamorcer la tension lors de sa rencontre avec les autorités musulmanes, et en prenant l’initiative de visiter la Mosquée Bleue à Istanbul, alors que cette étape ne figurait pas dans le programme initial. Les images du pape se déchaussant et prenant un temps de méditation auprès du mufti d’Istanbul, Mustafa Cagrici, représentent un signe de respect très apprécié par la population musulmane turque. Le pape allemand visite aussi la basilique Sainte-Sophie, qui était alors un simple musée.

    Turquie
    Turquie
    30 novembre 2006: Visite de Benoît XVI à la Mosquée Bleue d'Istanbul | Arch./Alessia Guiliani CPP/Ciric

    Un aspect original de ce voyage sera aussi l’éloge inattendu formulé par Benoît XVI à l’égard du modèle turc de laïcité. «Sans doute est-il utile de rappeler que le Père de la Turquie moderne, Kemal Atatürk, avait devant lui la Constitution française, comme modèle de reconstruction de la Turquie», déclare Benoît XVI dans l’avion le conduisant vers Ankara, première étape de ce voyage. «À l’origine de la Turquie moderne figure le dialogue avec la raison européenne et avec sa pensée, sa façon de vivre, pour être réalisé de façon nouvelle dans un contexte historique et religieux différent», déclare le pontife allemand avec une délicatesse perçue avec étonnement en Turquie.

    Le pape se rendit aussi à Ephèse et à Istanbul, où l’enjeu œcuménique fut naturellement un point central de ce voyage. Le patriarche Bartholomée Ier reçoit Benoît XVI au Phanar, dans une ambiance fraternelle mais avec là encore les tensions internationales en filigrane. «Nous encourageons l’établissement de rapports plus étroits entre les chrétiens et d’un dialogue interreligieux authentique et loyal, en vue de lutter contre toute forme de violence et de discrimination», déclarèrent les deux chefs d’Église dans une déclaration commune.

    Ils promirent de persévérer dans «la marche vers la pleine unité» avec l’objectif de rétablir «la pleine communion», tout en confirmant le mandat confié à la commission mixte catholique-orthodoxe, après quelques années de suspension des travaux, pour traiter les «questions encore controversées».

    2014: François et le cap vers l’Orient

    Huit ans plus tard, c’est le regard tourné vers un Moyen-Orient à feu et à sang que François s’envole vers la Turquie. Ce voyage, organisé du 28 au 30 novembre 2014, met en lumière le choix posé par le Saint-Siège de s’appuyer sur la Turquie comme interlocuteur incontournable pour affronter les défis géopolitiques de la région, l’accueil des migrants en fuite de la Syrie et de l’Irak, quelques mois après l’offensive de Daech sur Mossoul et la plaine de Ninive.

    Reçu par le président Recep Tayyip Erdogan à Ankara dans un palais présidentiel où il est est le premier chef d’État étranger à visiter, François se rend le lendemain à Istanbul et visite Sainte-Sophie et la Mosquée bleue, avant de célébrer une messe en la cathédrale catholique du Saint-Esprit puis de rencontrer le patriarche Bartholomée Ier à deux reprises.

    Pope_Franciscus__Patriarch_Bartholomew_I_in_the_Church_of_the_Holy_Sepulchre_in_Jerusalem_1-e1624882962915
    Pope_Franciscus__Patriarch_Bartholomew_I_in_the_Church_of_the_Holy_Sepulchre_in_Jerusalem_1-e1624882962915
    Le pape François, patriarche d'Occident et le patriarche oecuménique Bartholomée, ici en 2014, discutent dans la perspective des 1700 ans du Concile de Nicée, en 2025 | © Wikimedia Commons

    Les deux chefs d’Église signent une déclaration commune. «Nous exprimons notre sincère et ferme intention, dans l’obéissance à la volonté de Notre Seigneur Jésus Christ, d’intensifier nos efforts pour la promotion de la pleine unité entre tous les chrétiens et surtout entre catholiques et orthodoxes», écrivent François et Bartholomée, qui s’étaient retrouvés à Jérusalem six mois auparavant. Les deux hommes développeront une forte amitié au fil de la décennie.

    «Nous ne pouvons pas nous résigner à un Moyen-Orient sans les chrétiens qui y ont professé le nom de Jésus pendant deux mille ans», avertissent le pape et le patriarche dans ce texte marqué par la situation dramatique des chrétiens d’Irak et de Syrie. «L’Église restera à vos côtés et continuera à soutenir votre cause à la face du monde », promet François dans ses derniers mots prononcés sur le sol turc, devant des réfugiés pris en charge par les religieux salésiens.

    Si son état de santé le lui avait permis, François serait probablement revenu une seconde fois en Turquie au printemps dernier afin de participer à la commémoration du Concile de Nicée, initialement prévue pour la fin du mois de mai. Avec six mois de décalage, le premier voyage de Léon XIV sera donc une occasion de «boucler la boucle» en assumant le dernier engagement international prévu par le pape François. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Actualités les plus lues

    no_image
    monastere_Mar-Chaaya2-scaled

    Turquie et Liban: le panorama de l’Église catholique sur place

    Lors du premier voyage apostolique de son pontificat, qui le mènera en Turquie et au Liban du 27 novembre au 2 décembre 2025, Léon XIV trouvera deux réalités très différentes en ce qui concerne les communautés catholiques locales.

    L’agence I.MEDIA fait un tour d’horizon avec les chiffres officiels du Bureau central des statistiques du Vatican publiés en amont du déplacement.

    En Turquie, la communauté catholique est estimée à 33’000 membres. Elle représente une minorité de 0,04% des 85,8 millions d’habitants. Une dizaine d’évêques sont présents dans le pays, et 76 prêtres – diocésains ou religieux – desservent 40 paroisses réparties entre sept circonscriptions ecclésiastiques. Par ailleurs, une dizaine de séminaristes sont recensés.

    L’Église catholique gère 24 établissements scolaires accueillant environ 7000 élèves au total. Dans le domaine de la santé, elle anime une quinzaine d’instituts – hôpitaux, orphelinats, maisons de retraite… Les chiffres, modestes, comptabilisent par ailleurs 56 catéchistes, deux diacres et une quarantaine de religieuses.

    Les catholiques de Turquie représentent diverses Églises (latine, chaldéenne, arménienne, syriaque, byzantine). Bien que la Constitution turque reconnaisse la liberté de culte, les communautés chrétiennes connaissent diverses difficultés, reconnaît le Vatican. Le fait notamment que l’Église catholique ne bénéficie pas d’une reconnaissance juridique, a des conséquences sur la question de ses biens et propriétés et sur le statut du clergé.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Au Liban, le Bureau central des statistiques du Vatican compte deux millions de catholiques, atteignant la proportion de 44,85% de la population – des chiffres surestimés par rapport à bon nombre d’autres sources. Le nombre de chrétiens au Liban est habituellement estimé à 34%. Mais en 2023, le Premier ministre sortant Nagib Mikati avait créé la polémique en estimant que les chrétiens ne représentaient plus que 19,4% de la population libanaise. Ces chiffres sont sensibles, puisque l’importance des communautés religieuses au Liban a des implications sur la représentativité politique.

    Plus d’un millier de paroisses catholiques parsèment le territoire divisé en 24 circonscriptions ecclésiastiques. Une cinquantaine d’évêques et 1564 prêtres – dont près d’un millier de diocésains – servent les communautés. Près de 1700 religieuses également sont implantées dans le pays. On compte également 46 diacres, quelque 40 catéchistes et quelque 280 séminaristes.

    L’Église catholique au Liban administre 750 établissements scolaires. De la maternelle à l’université, ses instituts sont fréquentés par 243’500 élèves. 23 hôpitaux, 85 centres de santé, et 170 foyers sociaux dédiés à divers besoins de la population (personnes âgées, enfants, familles, etc).

    Terre présentant une mosaïque de peuples, le Liban abrite des catholiques des rites latin, maronite, grec-melkite, syriaque, arménien, ou encore chaldéen. L’Église catholique est reconnue officiellement par l’État – et selon la constitution, le président doit être de confession catholique maronite. (cath.ch/imedia/ak/rz)

    Actualités les plus lues

    no_image
    Beyrouth-Explosion-4aout_DSC_0019

    Le programme du pape en Turquie et au Liban

    Deux jours avant le premier voyage du pape Léon XIV en Turquie et au Liban, du 27 novembre au 2 décembre 2025, le Saint-Siège a détaillé le programme de Léon XIV lors d’une conférence de presse.

    Matteo Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège s’est voulu rassurant sur les conditions de sécurité au Liban. Il a expliqué que le pape s’exprimerait en anglais durant le voyage et partiellement en français au Liban. L’agence I.MEDIA revient sur les points essentiels de cette présentation et met à jour le programme détaillé du voyage.

    «Ce voyage est né des deux désirs laissés ouverts par le pape François: celui de célébrer le 1700e anniversaire du Concile de Nicée [en Turquie] et celui de visiter le Liban, un lieu qui a beaucoup souffert dans l’histoire des XXe et XXIe siècles», a expliqué Matteo Bruni devant la presse réunie à Rome à l’avant-veille du départ du pontife. «Le pape Léon XIV a fait siennes ces deux promesses», a-t-il ajouté, avant de présenter trois dimensions importantes de ce déplacement historique.

    La «dimension œcuménique» sera prégnante tout au long de cette visite, et se manifestera particulièrement à Iznik, lors de la prière entre responsables chrétiens, à l’endroit même où le Concile de Nicée se serait déroulé. La seconde dimension est celle de rendre visible la «proximité du pape» vis-à-vis des chrétiens qui habitent ces pays et qui «vivent aussi des années difficiles à cause des tensions, des conflits et de l’immigration». Matteo Bruni a aussi évoqué la diaspora libanaise qui suivra ce voyage depuis l’étranger.

    La troisième dimension concerne la société en général, la coexistence dans la diversité et la question de la paix. «[La paix] était sa première parole lors de sa présentation au monde le jour de l’élection», a rappelé le communicant italien. Il faisait écho aux premiers mots du pape Léon XIV parlant d’une paix «désarmée et désarmante». Dans cette région du monde troublée, le pape devrait largement investir le thème de la paix durant son périple.

    Il devrait bien y avoir une conférence de presse dans l’avion

    Interrogé justement sur la situation sécuritaire au Liban, alors qu’Israël a frappé le dimanche 23 novembre le sud de Beyrouth pour éliminer un cadre du Hezbollah, Matteo Bruni a expliqué que «les conditions de sécurité étaient connues quand la préparation du voyage du pape a commencé». Sans donner plus de détails, il a assuré que «toutes les précautions nécessaires ont été prises». Selon nos informations, ce voyage au Liban a fait l’objet d’une vigilance particulière, mais le niveau de préparation reste en deçà de ce qui avait été fait lors des voyages du pape François en Irak (2021) ou bien en Centrafrique (2015). Au Liban, le pape fera trois sorties en papamobile.

    Autre information importante concernant le voyage: le pape Léon XIV parlera en anglais dans ses allocutions en Turquie et en anglais ainsi qu’en français lors de ses prises de parole au Liban. Natif de Chicago, le nouveau pape s’exprime régulièrement en anglais, même si la plupart de ses discours prononcés à Rome le sont en italien. Il s’est en revanche peu exprimé en français, langue qu’il comprend bien mais ne parle pas aisément.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Enfin, Matteo Bruni a laissé entendre qu’il y aurait bien une conférence de presse accordée par le pape Léon XIV lors du vol retour de Beyrouth vers Rome, le mardi 2 décembre. Durant ce voyage, le pape Léon XIV prononcera neuf discours, deux homélies et cinq saluts. Il devra effectuer quatre déplacements en avion et un aller-retour en hélicoptère, pour un total de 6232 km et un peu plus de 11h de vol.

    turquie-1
    turquie-1
    Turquie-2
    Turquie-2

    Jeudi 27 novembre: rencontre avec les autorités turques

    L’avion du pape s’envolera le jeudi 27 novembre à 7h40 de Rome Fiumicino pour la capitale turque Ankara, où il doit atterrir au terme de 2h50 de vol à 12h30 heure locale (10h30 à Rome). Après l’accueil officiel, est prévue à 13h30 une visite du mausolée de Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), fondateur et premier président de la République de Turquie.

    À 14h10 (12h10, il y a deux heures de décalage horaire avec Rome), aura lieu une cérémonie de bienvenue au palais présidentiel d’Ankara, où le pape s’entretiendra avec le président de la République Recep Tayyip Erdogan. Puis il prononcera son premier discours du voyage – et le seul de la journée – devant les autorités du pays et le corps diplomatique à 15h30 (13h30). Le discours sera en anglais.

    En fin de journée, Léon XIV fera à nouveau 1h25 de vol pour rejoindre Istanbul/Atatürk, à quelque 550 kilomètres à l’ouest, où il doit arriver à 19h30. Le pape se rendra ensuite en voiture à la Délégation apostolique où il dînera en privé et passera la nuit.

    Turquie-3
    Turquie-3

    Vendredi 28 novembre: commémoration du Concile de Nicée

    Le pape passera la matinée du vendredi 28 novembre à Istanbul. Il commencera sa journée par la célébration d’une messe en privé à la Délégation apostolique à 7h30. Un rendez-vous est prévu à 9h30 avec les évêques, prêtres et religieux du pays à la cathédrale du Saint-Esprit, où il donnera un discours. Ensuite, le pape visitera la maison d’accueil pour personnes âgées des Petites sœurs des pauvres à 10h40 et fera un salut.

    Léon XIV retournera à la Délégation apostolique pour une rencontre privée avec le grand rabbin de Turquie. Ce rendez-vous n’était pas prévu dans la première mouture du programme. Le pape déjeunera ensuite en privé.

    En début d’après-midi à 14h15, le pontife prendra l’hélicoptère pour franchir les 150 kilomètres le séparant d’Iznik, nom actuel de l’ancienne ville de Nicée. Cette étape était la motivation principale de ce voyage en Turquie en préparation déjà sous le pape François: il s’agissait de célébrer les 1700 ans du Concile de Nicée, un événement qui a permis de fixer pour la première fois le «Credo», c’est-à-dire la profession de foi chrétienne.

    Sur place, le chef de l’Église catholique doit participer à une rencontre œcuménique de prière avec des représentants d’autres confessions chrétiennes, à 15h30 près des fouilles archéologiques de l’ancienne Basilique Saint-Néophyte. Il y prononcera son deuxième discours de la journée. Lors de cette célébration sont prévus la lecture de l’Évangile et de prières, la récitation du Credo ou encore des chants.

    Après son retour en hélicoptère à Istanbul, prévu à 16h35, le pape rencontrera les évêques de Turquie à 18h30 (16h30) à la Délégation apostolique. Le pape dînera ensuite avec les évêques.

    Samedi 29 novembre: visite de la mosquée bleue et déclaration conjointe avec le patriarche orthodoxe

    À Istanbul le lendemain, samedi 29 novembre à 9h, Léon XIV visitera la mosquée bleue (mosquée du Sultan Ahmet), comme le pape François l’avait fait avant lui en 2014. Cette mosquée du XVIIe siècle a été construite en face de l’ancienne basilique byzantine Sainte-Sophie, elle-même devenue mosquée.

    Suivra à 9h45 une rencontre à huis clos avec les chefs des Églises chrétiennes à l’église syriaque orthodoxe de Mor Ephrem. Les responsables chrétiens devraient pouvoir s’exprimer avant d’entendre un discours du pape.

    Après un déjeuner en privé à la Délégation apostolique, le pape est attendu à 15h30 à l’église patriarcale Saint-Georges – du patriarcat œcuménique de Constantinople – où il prononcera un salut pendant la liturgie des doxologies (louanges à Dieu). Au palais patriarcal, il rencontrera ensuite le patriarche orthodoxe Bartholomée Ier et signera avec lui une déclaration conjointe, comme l’avaient fait François en 2014 et Benoît XVI en 2006.

    La journée se conclura par une messe à 17h à la «Volkswagen Arena», complexe culturel et sportif qui peut accueillir plus de quatre mille personnes, à une vingtaine de kilomètres au nord du patriarcat. Il s’agira de la seule messe publique du séjour de Léon XIV en Turquie, pays à large majorité musulmane. Le pape dînera de nouveau en privé à la Délégation apostolique, à 19h15.

    Turquie-4
    Turquie-4

    Dimanche 30 novembre: liturgie orthodoxe, arrivée au Liban et rencontre avec les dirigeants

    Le pape célèbrera de nouveau une messe en privé à 7h (9h heure de Rome) avant de participer à 9h30 à une prière à la cathédrale apostolique arménienne – une Église catholique de rite oriental – durant laquelle il délivrera un salut.

    Une heure plus tard, il retrouvera le patriarche Bartholomée Ier pour la «divine liturgie» – messe orthodoxe – dans l’église patriarcale Saint-Georges du Phanar. Un discours du pape est prévu, le dernier du séjour en Turquie, avant une «bénédiction œcuménique» à 12h30. Le pape et le patriarche déjeuneront ensemble au patriarcat.

    Puis Léon XIV quittera le pays pour se rendre au Liban, deuxième étape du voyage. Après la cérémonie de congé à 14h15 à l’aéroport d’Istanbul, son avion décollera à 14h45 pour Beyrouth. Son atterrissage est prévu à 15h45 heure locale (14h45 à Rome). Il sera conduit à Beyrouth en voiture mais les organisateurs du voyage prévoient un tronçon en papamobile.

    La fin de la journée comportera une succession de rencontres avec les dirigeants libanais au palais présidentiel: le président de la République, Joseph Aoun, à 16h45, le président de l’Assemblée nationale, Nabih Berry, à 17h15, le Premier ministre, Nawaf Salam, à 17h30. Puis le pontife prononcera le premier discours de son voyage au Liban devant les autorités et le corps diplomatique à 18h. Le soir, il sera conduit à la nonciature apostolique du Liban où il dînera en privé.

    Lundi 1er décembre: rencontres avec les chrétiens et avec les jeunes

    Après avoir célébré la messe en privé à la nonciature, le pape se rendra à Annaya à 9h45 pour prier sur la tombe du saint patron du Liban Charbel Makluf (1828- 1898). La tombe du moine ermite maronite est située au monastère de Saint-Maroun à Annaya, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale. Léon XIV effectuera un tronçon du trajet en papamobile. Il prononcera un salut en français.

    À 11h20, le pontife sera au sanctuaire Notre-Dame du Liban à Harissa, à une quarantaine de kilomètres de distance, pour une rencontre avec les évêques, les prêtres et les religieux du pays, devant lesquels il prononcera une homélie en français. Il s’entretiendra ensuite avec les patriarches catholiques à la nonciature apostolique à 12h30.

    Pour la suite de la journée, le pape enchaînera deux discours: le premier en anglais lors d’une rencontre œcuménique et interreligieuse à 16h sur la place des Martyrs à Beyrouth; le deuxième à une vingtaine de kilomètres de la capitale, auprès des jeunes du pays qu’il retrouvera sur le parvis du patriarcat d’Antioche des maronites à Bkerké à 17h45. Il s’adressera à eux en anglais.

    Avant de dîner à la nonciature apostolique, il y rencontrera en privé les chefs des communautés musulmanes et druzes présentes au Liban. Ce rendez-vous n’était pas inscrit dans la première version du programme.

    Mardi 2 décembre: prière sur le lieu de l’explosion du port de Beyrouth

    Mardi 2 décembre, pour son dernier jour au Liban, Léon XIV commencera par une visite à l’hôpital psychiatrique de La Croix à Jal ed Dib – à 10 kilomètres à l’ouest de Beyrouth – à 8h30 (7h30) où il prononcera un salut en français. Il effectuera aussi une visite privée au pavillon Saint-Dominique pour saluer des malades et des aidants.

    Il se rendra ensuite au port de Beyrouth à 9h30 (8h30) pour un temps de prière silencieuse sur le lieu de l’explosion meurtrière survenue le 4 août 2020. Léon XIV sera accueilli par le Premier ministre libanais. Il saluera des familles de victimes et des survivants. L’explosion avait fait 235 morts et plusieurs milliers de blessés, soufflant plusieurs quartiers de la capitale libanaise et devenant l’une des plus grandes déflagrations non-nucléaires de l’histoire. L’enquête judiciaire pour établir les responsabilités de la catastrophe a rencontré de nombreux obstacles politiques et n’est toujours pas conclue. En août 2024, le pape François avait reçu des parents de victimes qui lui ont demandé son soutien pour faire avancer le dossier.

    Sur une esplanade voisine faisant face à la mer, le “Beirut Waterfront”, le pape célèbrera ensuite la seule messe publique de son séjour au pays du Cèdre à 10h30. Il prononcera l’homélie en français. Les organisateurs prévoient une arrivée sur le site en papamobile. Il s’agira du dernier événement de son voyage: il enchaînera avec une cérémonie de congé à l’aéroport de Beyrouth à 12h45. Son avion doit ensuite décoller à 13h15 pour atterrir à Rome Fiumicino à 16h10. (cath.ch/imedia/hl/ak/cd/rz)

    Actualités les plus lues

    no_image
    _SIM5649-2

    Léon XIV souhaite que la Turquie honore la «dignité et la liberté de tous»

    «Il est fondamental d’honorer la dignité et la liberté de tous les enfants de Dieu», a plaidé le pape Léon XIV devant les autorités civiles turques, rassemblées dans le complexe du palais présidentiel d’Ankara, le 27 novembre 2025. Pour son premier jour dans le pays, il a souligné «l’influence positive sur la scène internationale» de la Turquie.

    Après son atterrissage dans la capitale turque Ankara, le 27 novembre 2025, Léon XIV a fait étape au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), fondateur et premier président de la République de Turquie.

    Comme le font traditionnellement tous les chefs d’État en visite dans le pays, il a déposé une couronne florale sur sa tombe et a signé le Livre d’or, se pliant à un protocole hautement cérémoniel. «Je rends grâce à Dieu de pouvoir visiter la Turquie et j’invoque sur ce pays et sur son peuple une abondance de paix et de prospérité», a écrit le pontife en anglais sur les pages blanches.

    Accueilli au palais présidentiel

    Le pape Léon XIV a ensuite été accueilli officiellement par le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan, au palais présidentiel d’Ankara, en début d’après-midi. Le pontife a été conduit par son hôte dans la résidence aux plus de 1000 salles, où ils se sont entretenus en privé.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Le pape Léon XIV a, plus tard, pris la parole sous la coupole majestueuse de la Librairie nationale inaugurée en 2020 dans le complexe du Palais présidentiel d’Ankara. Devant le président Recep Tayyip Erdoğan, de nombreux ministres, ambassadeurs et représentants religieux, le pontife a déploré dès les premières lignes de son discours que le monde soit «encore déstabilisé par des ambitions et des décisions qui bafouent la justice et la paix».

    Un voyage sur le thème de la paix

    S’exprimant en anglais, il a salué «la place centrale occupée par la Turquie dans le présent et l’avenir de la Méditerranée et du monde entier». Sans faire de référence explicite aux conflits en Ukraine ou à Gaza, il a émis le vœu que ce pays puisse être «un facteur de stabilité et de rapprochement entre les peuples, au service d’une paix juste et durable».

    _RIS1135_1
    _RIS1135_1
    Dès son arrivée en Turquie, le pape Léon XIV s'est rendu au mausolée d'Attatürk | © Vatican Media

    Le pape américain a fait de la paix une des principales thématiques de son déplacement. Dans l’avion qui le menait de Rome à Ankara, il a confié aux journalistes son désir de «proclamer combien la paix est importante pour le monde» à l’occasion de ce voyage.

    Diversité et liberté religieuse

    À Ankara, Léon XIV a aussi évoqué «les conflits du passé» et souligné «les polarisations qui fragmentent les communautés humaines», enjoignant au contraire la Turquie à valoriser «ses diversités internes». «Une société n’est vivante que si elle est plurielle», a affirmé le natif de Chicago. Il a assuré, comme un avertissement, que «l’homogénéisation représenterait un appauvrissement» pour le pays.

    «Dans une société comme celle de la Turquie, où la religion joue un rôle visible, il est fondamental d’honorer la dignité et la liberté de tous les enfants de Dieu.»

    La Turquie est un pays laïc, mais qui a connu une importante islamisation ces dernières années sous l’impulsion du président Erdoğan. Le pape a affirmé que toute foi «docile à la volonté de Dieu» peut permettre de promouvoir «le bien commun et le respect de tous».

    La Turquie, terreau de l’unité chrétienne

    Dans son discours, Léon XIV a aussi souligné «la place importante qu’occupe la Turquie dans l’histoire des premiers temps du christianisme». Il a cité «les huit premiers conciles œcuméniques, qui ont permis de bâtir l’unité chrétienne [et qui] ont eu lieu sur cette terre».

    Le 28 novembre, le pape doit se rendre à Iznik, au sud-est d’Istanbul, pour commémorer le 1700e anniversaire du concile de Nicée. Léon XIV a glissé qu’il s’agissait-là du «principal motif de son déplacement».

    «Les femmes turques se mettent de plus en plus au service du pays et de son influence positive sur la scène internationale»

    Alors qu’il n’existe pas de concordat entre la Turquie et le Saint-Siège et que les communautés chrétiennes en Turquie sont réduites, le pape a assuré que les chrétiens «sont et se sentent partie intégrante de l’identité turque». S’inspirant «du grand pont qui enjambe le détroit du Bosphore à Istanbul», il a plaidé pour «une culture de la rencontre», affirmant se mettre dans les pas de son prédécesseur François.

    _SIM4494_1
    _SIM4494_1
    Le pape Léon XIV a été accueilli en Turquie le 27 novembre 2025 | © Vatican Media

    Plaidant pour «une culture qui apprécie les affections et les liens», le pape Léon XIV a mis en avant «la place des femmes turques et leur rôle dans les familles comme dans la société et le monde du travail». Il a estimé qu’elles «se mettent de plus en plus au service du pays et de son influence positive sur la scène internationale».

    Erdoğan: mettre fin aux «massacres» à Gaza, et à l’islamophobie en Occident

    Avant le pontife, le président Erdoğan s’était longuement exprimé, assurant soutenir la coexistence pacifique des religions dans son pays et dans la région. Il a remercié Léon XIV d’avoir choisi la Turquie comme première destination internationale. Il a souligné que cette visite intervenait «à un moment extrêmement critique dans le contexte des événements régionaux et mondiaux», rappelant que son pays se trouvait au centre de nombreux conflits.

    _RIS1654-1_1
    _RIS1654-1_1
    Le pontife a été reçu par le président de l'État turc, Recep Erdogan | © Vatican Media

    Le président a dénoncé avec force les «massacres» commis par Israël en Palestine, notamment le bombardement d’édifices civils et de lieux de culte à Gaza. Il a rappelé le bombardement de la paroisse catholique de la Sainte-Famille le 17 juillet dernier et a salué les prises de position du pape Léon XIV et de ses prédécesseurs concernant ce conflit.

    Erdoğan dénonce la montée de l’islamophobie en Occident

    Le chef d’État turc a plaidé pour une «solution à deux États» qui rétablirait les frontières de 1967. Il a aussi demandé la fin des «agressions» israéliennes à Jérusalem-Est et a déclaré vouloir agir «ensemble» avec son hôte pour défendre le statut historique de la Ville sainte.

    Le chef d’État turc a enfin dénoncé la montée de l’intolérance, estimant qu’elle engendrait les conflits. «La montée de l’islamophobie et de la xénophobie en Occident est une manifestation de ce cercle vicieux», a-t-il affirmé. (cath.ch/imedia/hl/ak/cd/rz)

    Actualités les plus lues

    no_image
    Metropolite-Getcha

    Job Getcha: "La clarté théologique de Léon XIV plaît beaucoup aux orthodoxes"

    Le 28 novembre 2025, à l’invitation du patriarcat œcuménique de Constantinople, le pape Léon XIV participera à la commémoration du Concile de Nicée, devant le lac d’Iznik (Turquie), en présence de plusieurs représentants d’Églises chrétiennes. L’archevêque Job Getcha, métropolite de Pisidie, dont le siège se trouve à Antalya, en Turquie, revient pour l'agence I.MEDIA sur les enjeux de cet événement œcuménique majeur.

    L’évêque orthodoxe, qui a participé au Synode sur la synodalité organisé à Rome en 2023 et 2024, voit dans les premiers pas du pape Léon XIV une continuité de fond avec son prédécesseur François, mais avec un style plus mesuré.

    Quels sont les enjeux de ce voyage d’un point de vue œcuménique?
    Job Getcha
    : Cette commémoration commune des 1700 ans du Concile de Nicée était prévue depuis longtemps. Le patriarche œcuménique Bartholomée en avait fait part au pape François qui, nous le savons, aurait beaucoup aimé se rendre à Nicée. Cet événement est d’une très grande signification car il s’agit de faire mémoire du premier concile œcuménique. Nicée a défini les fondements de la foi chrétienne. C’est le premier concile que les orthodoxes et les catholiques partagent. Il est aussi reconnu par les Églises issues de la Réforme. Aujourd’hui, pour adhérer au Conseil œcuménique des Églises, il faut être en accord avec la doctrine du Credo de Nicée. Commémorer Nicée est donc fondamental: c’est l’occasion de réaffirmer ensemble notre foi commune et de signifier que nous pouvons progresser sur le chemin de l’unité des chrétiens.

    "Nicée a défini les fondements de la foi chrétienne. C’est le premier concile que les orthodoxes et les catholiques partagent."

    Comment va se dérouler cette commémoration à Iznik?
    À Iznik, sur le site de Nicée, les représentants des Églises chrétiennes se rassembleront en face du lac, là où ont été retrouvées les fondations d’une ancienne basilique chrétienne. Selon Eusèbe de Césarée, le premier concile œcuménique s’est tenu dans le palais impérial, qui est aussi sous l’eau aujourd’hui. Il est probable que la basilique antique ait été construite quelques années après le concile, à proximité du palais ou bien sur le lieu même du concile. Devant le lac, le point central de la prière commune sera la récitation par tous du symbole de Nicée. Le lendemain, à Istanbul, il y aura une rencontre fraternelle à huis clos entre les différents représentants des Églises chrétiennes.

    Des représentants du patriarcat de Moscou seront-ils présents?
    Pas à ma connaissance. Le patriarcat de Moscou a rompu la communion avec le patriarcat œcuménique et avec celui d’Alexandrie. Cette situation fait que Moscou refuse de prendre part à des initiatives portées par le patriarcat œcuménique.

    _SZA1607
    _SZA1607
    Les délégations interreligieuses et œcuméniques ayant participé à la messe d'inauguration du pontificat ont rencontré Léon XIV le 19 mai 2025 | photo: avec le patriarche orthodoxe Bartholomée | © Vatican Media

    Durant le voyage de Léon XIV, une déclaration commune avec Bartholomée sera publiée. Que peut-on attendre de cette nouvelle relation?
    Le patriarche œcuménique a déjà rencontré le pape Léon XIV à Rome. Mais c’est la première visite officielle du pape à Constantinople. C’est une source de grande fierté que de l’accueillir dès la première année de son pontificat. Léon XIV s’inscrit dans les pas de ses prédécesseurs. Depuis Paul VI, tous les papes se sont rendus au Phanar, le siège du patriarcat œcuménique. Et tous ont signé une déclaration commune. Cette fois-ci, j’imagine qu’il y aura une invitation à annoncer le Christ ensemble au monde, une référence à la paix, à la protection de l’environnement et de la personne humaine.

    "Je pense que Léon XIV marchera sur les traces de François et qu’il sera ouvert au dialogue théologique"

    La relation entre François et Bartholomée était très forte. Qu’a-t-elle changé dans les relations entre Rome et Constantinople?
    Il y avait effectivement une amitié entre François et Bartholomée. Ils ont ensemble porté des projets et des messages pour le monde. Dans la fameuse encyclique Laudato si’, le pape François remerciait explicitement le patriarche œcuménique pour son action sur les questions d’écologie et le péché contre la création. Il y avait une fraternité spontanée entre eux qui se manifestait à chacune de leur rencontre. Cela a permis de mener à bien de grands projets, sur l’écologie, la paix, la dignité de la personne humaine. Je pense que Léon XIV marchera sur les traces de François et qu’il sera ouvert au dialogue théologique, afin que nos Églises progressent dans une compréhension mutuelle.

    En 2023, le pape argentin avait provoqué des remous dans le monde chrétien avec la déclaration Fiducia supplicans autorisant certaines bénédictions pour les couples de même sexe. Les Églises orthodoxes attendent-elles de son successeur une forme d’apaisement?
    Juste après l’élection de Léon XIV, nous avons entendu ses premières paroles consacrées à la paix. Je crois qu’il n’y a pas de rupture entre lui et François. Mais dans le style, le nouveau pape a une formation de canoniste. Toutes ses déclarations, ses homélies et ses messages sont mesurés et sans équivoque. Il a une clarté théologique qui plaît beaucoup aux orthodoxes.

    Pope_Franciscus__Patriarch_Bartholomew_I_in_the_Church_of_the_Holy_Sepulchre_in_Jerusalem_1-e1624882962915
    Pope_Franciscus__Patriarch_Bartholomew_I_in_the_Church_of_the_Holy_Sepulchre_in_Jerusalem_1-e1624882962915
    Le pape François, patriarche d'Occident et le patriarche oecuménique Bartholomée, ici en 2014, discutent dans la perspective des 1700 ans du Concile de Nicée, en 2025 | © Wikimedia Commons

    Est-ce que ce voyage peut provoquer des avancées dans le dialogue entre les Églises chrétiennes, notamment sur la question de la date commune de Pâques?
    On ne doit pas s’attendre à une décision concernant la date de Pâques. Ce n’est pas l’objet de cette commémoration et les organes synodaux des Églises qui pourraient avancer sur cette problématique ne sont pas réunis. Mais peut-être que ce thème sera discuté et que cette commémoration encouragera au dialogue.

    "On ne doit pas s’attendre à une décision concernant la date de Pâques.Ce n’est pas l’objet de cette commémoration."

    Ce voyage est-il aussi important pour soutenir la présence chrétienne en Turquie?
    Certainement. Depuis la rencontre entre Paul VI et le patriarche Athénagoras, les chrétiens du patriarcat ont le véritable sentiment d’être frères en Christ avec ceux de l’Église catholique. Au-delà des communautés chrétiennes, je crois que ce voyage rend fiers tous les Turcs. Dans les médias, on parle de la commémoration de Nicée et de la venue du pape depuis plusieurs mois. C’est un grand événement pour la société turque.

    Quelles relations le patriarcat œcuménique entretient-il avec les autorités turques?
    Les relations sont chaleureuses et cordiales. Le patriarche œcuménique est régulièrement invité à des événements civils à Ankara. Le patriarche Bartholomée et le président Erdogan ont souvent l’occasion d’échanger. Le climat est bon.

    Vous avez été invité à participer en 2023 et en 2024 au Synode sur la synodalité à Rome. Qu’en retenez-vous?
    Je garde un excellent souvenir du Synode et des échanges que j’ai eus avec les évêques présents, les théologiens, les délégués catholiques du monde entier. Ce fut une occasion extraordinaire d’échanger avec eux sur les sujets qui touchent l’Église. Je garde également un très bon souvenir des rencontres avec les autres Églises invitées. Ce fut un moment très fort d’œcuménisme.

    Je crois que ce fut une expérience intéressante pour l’Église catholique. On comprend qu’elle souhaite faire évoluer son style de gouvernance et d’administration pour être plus missionnaire. On note aussi qu’elle s’ouvre aux problèmes rencontrés par les sociétés actuelles tout en essayant de renouer avec une tradition plus ancienne de gouvernance. Cet événement est un modèle pour toutes les Églises chrétiennes, quand bien même les formes de synodalités sont multiples dans le monde orthodoxe. (cath.ch/imedia/hl/bh)

    Actualités les plus lues

    no_image
    Capture d’écran 2025-11-28 083705

    Léon XIV en Turquie: «La petitesse est la véritable force de l’Église»

    La force de l’Église «ne réside pas dans ses ressources ni ses structures», a assuré le pape Léon XIV le 28 novembre 2025 lors du deuxième discours de son voyage en Turquie, devant les évêques, prêtres, diacres, consacrés et agents pastoraux de l’Église locale, rassemblés en la cathédrale du Saint-Esprit, siège du vicariat apostolique d’Istanbul.

    Au cours de cette rencontre de prière célébrée dans une ambiance très chaleureuse, le pape a mis en relief les défis rencontrés par cette communauté minoritaire, exhortant les missionnaires à assumer une profonde «inculturation” dans la société turque.

    C’est dans une grande ferveur que le pape Léon XIV a fait son entrée dans la cathédrale latine du Saint-Esprit d’Istanbul. «Quelle joie immense d’être ici avec le pape ! Quelle bénédiction de le voir venir chez nous », confiait Olivier, originaire du Cameroun et installé à Istanbul depuis dix ans. «Cette visite est un immense encouragement pour notre communauté », renchérissait Christivie, étudiant congolais et fidèle paroissien de cette église construite à Istanbul au milieu du XIXe siècle.

    Après tous ses prédécesseurs

    Après Paul VI en 1967, Jean-Paul II en 1979, Benoît XVI en 2006 et François en 2014, le pape Léon XIV a remonté la nef de la cathédrale latine sous les vivats généreux des fidèles. Ses yeux se sont emplis de larmes quand il a pris place dans le chœur de l’église où étaient réunis évêques et patriarches catholiques, parmi lesquels le cardinal Sako, patriarche chaldéen, venu d’Irak pour l’occasion. Le primat de l’Église syriaque catholique, Ignace Joseph III Younan, était également présent.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    «Quand nous regardons avec les yeux de Dieu, nous découvrons qu’Il a choisi la voie de la petitesse pour descendre parmi nous», a pointé Léon XIV dans son discours prononcé en anglais, en expliquant que « cette logique de la petitesse est la véritable force de l’Église ». En effet, « les fruits de sa mission ne proviennent du consensus numérique, de la puissance économique ou de l’importance sociale », a insisté le pape, devant les principaux acteurs de cette communauté très minoritaire, qui ne représente que 33’000 personnes au total dans le pays, soit 0,04% de la population.

    La Turquie, une «terre sainte»

    Retraçant l’ancrage historique du christianisme en Asie mineure, depuis Abraham jusqu’aux apôtres et aux pères de l’Église, Léon XIV a présenté ce pays comme une « terre sainte ». Il a dit se souvenir « avec admiration du grand passé byzantin, de l’élan missionnaire de l’Église de Constantinople et de la diffusion du christianisme dans tout le Levant », en évoquant la présence toujours active de communautés latines et orientales.

    « L’histoire qui vous précède n’est pas simplement quelque chose à se rappeler avant de l’archiver dans un passé glorieux, tandis que nous regardons résignés le fait que l’Église catholique est devenue numériquement plus petite », a averti l’évêque de Rome, invitant au contraire les catholiques de Turquie à « adopter le regard évangélique, éclairé par l’Esprit Saint ».

    Une minorité appelée à bien s’intégrer en Turquie

    Parmi les défis prioritaires de cette Église, le pape a mentionné « le dialogue œcuménique et interreligieux, la transmission de la foi à la population locale, et le service pastoral aux réfugiés et aux migrants ».

    Tout en reconnaissant l’importance du service offert aux étrangers et le fait qu’une grande partie des acteurs de l’Église en Turquie sont des missionnaires venus d’ailleurs, le pape leur a demandé de bien s’intégrer dans la société turque. « Cela exige de votre part un engagement particulier en faveur de l’inculturation, afin que la langue, les usages et les coutumes de la Turquie deviennent toujours plus les vôtres. La communication de l’Évangile passe en effet par cette inculturation », a-t-il souligné. Lors de cette célébration ont été utilisés le turc, le latin et l’anglais.

    En expliquant les enjeux de la commémoration du Concile de Nicée qu’il vivra cet après-midi à Iznik, le pape a invité à « saisir l’essence de la foi » en trouvant dans le Credo « un critère de discernement, une boussole, un pivot autour duquel doivent s’articuler notre croyance et notre action ». Il s’est inquiété de la tendance contemporaine à considérer le Christ seulement « comme un grand personnage historique, un maître sage, un prophète qui a lutté pour la justice, et rien de plus ».

    L’un des enjeux de la commémoration est donc rappeler que « Jésus-Christ n’est pas une figure du passé » , mais qu’il est «le Fils de Dieu présent parmi nous, qui guide l’histoire vers l’avenir que Dieu nous a promis», a-t-il martelé.

    Hommage à Jean XXIII, nonce en Turquie

    Le pape a rendu hommage à son prédécesseur Jean XXIII, « qui a aimé et servi ce peuple » en tant que représentant du Vatican auprès de la jeune République turque, dans les années 1930 et 1940. Dans ses écrits, le diplomate et futur pontife estimait que les chrétiens devait « imiter les pêcheurs du Bosphore » qui assumaient leur dur labeur, jour et nuit.

    Le pape a conclu en souhaitant aux acteurs de l’Église catholique « d’être animés par cette passion, de conserver la joie de la foi et de travailler comme des pêcheurs intrépides dans la barque du Seigneur », en les confiant à la Vierge Marie, la Theotokos. Ce terme de grec ancien, utilisé par les orthodoxes, fait référence à son titre de «Mère de Dieu». (cath.ch/imedia/hl/mp)

    Actualités les plus lues

    no_image
    _SIM1115_1

    A Nicée, Léon XIV appelle à «surmonter le scandale des divisions»

    C’était le point culminant du voyage de Léon XIV en Turquie: le 28 novembre 2025, 1700 ans après le Concile de Nicée, Léon XIV, entouré d’une trentaine de représentants d’Églises chrétiennes, orthodoxes et protestantes, a fait mémoire de cet événement qui a défini les bases de la foi chrétienne, sur les lieux mêmes où il s’est déroulé. Tous ont récité solennellement d’une même voix le “Credo”, profession de foi des chrétiens.

    Durant cette rencontre d’une heure, qui a mis en relief aussi la cartographie encore divisée des chrétiens – par l’absence du patriarcat de Moscou notamment –, le pape a lancé un plaidoyer pour la fraternité universelle et s’est élevé contre le fanatisme religieux.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Au deuxième jour de son voyage apostolique en Turquie et au Liban, Léon XIV a quitté Istanbul pour franchir en hélicoptère les 150 kilomètres le séparant d’Iznik. Cette ville construite au bord du lac du même nom, fut le site du premier concile qui en 325 rassembla plus de 300 évêques d’Orient et d’Occident. Après un survol des ruines de la basilique Saint Néophyte construite sur les lieux qui qui hébergèrent cet événement historique, le pape a atterri non loin.

    _ELI8792-1
    _ELI8792-1
    Léon XIV, entouré d’une trentaine de représentants d’Églises chrétiennes, orthodoxes et protestantes | © Vatican Media

    Accueilli par le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, Léon XIV s’est dirigé en procession sur une passerelle, vers la plateforme construite pour l’occasion, surplombant les fouilles archéologiques de l’ancienne basilique. Au son d’hymnes en diverses langues, les responsables religieux présents se sont placés les uns à côté des autres devant deux icônes du Christ et du Concile pour un temps de prière.

    Cette rencontre œcuménique regroupait les représentants des cinq Églises du premier millénaire (Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem). À leurs côtés, étaient présents divers délégués d’Églises issues de la Réforme ou d’autres séparations (luthériens, réformés, anglicans, méthodistes, baptistes, mennonites, pentecôtistes, évangéliques et vieux catholiques…), qui reconnaissent également Nicée. L'absence de représentants du patriarcat de Moscou s'est néanmoins faite cruellement ressentir.

    Léon XIV souligne le lien qui unit les disciples de Jésus 

    En cette période «dramatique», où l’humanité est «affligée par les conflits et les violences», le pape a vu un signe d’espoir dans cette réunion historique : la reconnaissance de la divinité de Jésus, proclamée à Nicée, est «un lien profond qui unit déjà tous les chrétiens», a-t-il assuré. La profession de foi – le «Credo» – qui fut constituée à ce moment-là, et qui est encore récité aujourd’hui dans les églises chrétiennes, affirme notamment que Jésus partage la «même nature que le Père». Le concile avait été d’ailleurs convoqué pour s’opposer au courant de l’arianisme, qui niait la divinité de Jésus, le concevant comme inférieur à Dieu le Père.

    Concile-Nicee-Bougie_RIS0143
    Concile-Nicee-Bougie_RIS0143
    Tous les participants ont allumé une bougie | © Vatican Media

    Devant les chefs des Églises, Léon XIV a assuré que la foi en la divinité de Jésus revêtait «une importance fondamentale dans la marche des chrétiens vers la pleine communion», en tant qu’elle est partagée par toutes les communautés chrétiennes dans le monde. L’enjeu de Nicée est encore actuel, a-t-il aussi glissé en mettant en garde contre le risque «de réduire Jésus-Christ à une sorte de chef charismatique ou de surhomme». Ce que Benoît XVI avait qualifié de 'nouvel arianisme'.

    L’évêque de Rome a invité les chrétiens à «surmonter le scandale des divisions», faisant noter que leur foi «en un seul Dieu, le Père» s’accompagne d’une responsabilité envers tous les êtres humains. «Il existe une fraternité et une sororité universelles, indépendamment de l’ethnie, de la nationalité, de la religion ou de l’opinion», a-t-il déclaré, estimant que les religions «sont dépositaires de cette vérité».

    Le pontife s’est aussi élevé contre «toute forme de fondamentalisme et de fanatisme». «L’utilisation de la religion pour justifier la guerre et la violence […] doit être rejetée avec force», a-t-il insisté, recommandant le «dialogue» et la «collaboration».

    Les participants ont ensuite récité d’une même voix en anglais le Credo, la première confession chrétienne. Pour préserver l’unité, cette version ne contenait pas la mention du Filioque, qui signifie «et du Fils». Contrairement aux orthodoxes, les catholiques considèrent que l’Esprit Saint, troisième personne de la Trinité, procède de Dieu le Père «et du Fils», expression ajoutée après les conciles de Nicée et de Constantinople (381). La prière s’est terminée par la récitation du Notre Père – chacun dans sa langue.

    Iznik-Commemoration-Nicee
    Iznik-Commemoration-Nicee
    Au bord du lac, devant les ruines de la basilique antique longtemps immergée, la commémoration se voulait un symbole d’unité | © Vatican Media

    Nicée, cartographie de l’état de l’unité des chrétiens

    Au bord des ondes bleues du lac, devant les ruines de la basilique antique longtemps immergée, la commémoration se voulait un symbole d’unité. Mais elle offrait aussi une photographie des différends existant entre les Églises, avec l’absence d’une partie de l’orthodoxie. Le patriarcat de Moscou notamment n’était pas représenté dans l’assemblée.

    «Ici ce n’est pas l’ONU du christianisme», relativisait à I.MEDIA le frère Claudio Monge, dominicain vivant à Istanbul. «Cet événement ne célèbre pas le chemin réalisé jusqu’à présent mais ouvre de nouvelles perspectives pour l’avenir», confiait-il, sur la plage du lac d’Iznik. Le religieux italien ne cachait pas les grandes difficultés qui existent actuellement au sein du monde orthodoxe, notamment depuis l’échec du concile panorthodoxe en 2016 et la rupture de la communion entre Moscou et Constantinople en 2018, déchirure accentuée avec la guerre en Ukraine. «Mais l’unité est un défi aussi au sein des Églises catholiques!», avançait le religieux. (cath.ch/imedia/mp)

    Actualités les plus lues

    no_image
    _SIM5983_1

    Léon XIV visite la Mosquée bleue et rencontre les chefs des Églises chrétiennes

    Le samedi 29 novembre 2025, au troisième jour de son voyage en Turquie, le pape Léon XIV a passé un quart d’heure dans la mosquée du Sultan Ahmet, aussi connue sous le nom de Mosquée bleue d’Istanbul. Il a ensuite rejoint l’église syriaque orthodoxe de Mar Ephrem, où il s’est entretenu en privé avec les chefs d’Églises et de communautés chrétiennes.

    Le pontife a posé le pied à 9h09 dans la Mosquée bleue, somptueux édifice du XVIIe siècle et une des mosquées les plus importantes d’Istanbul. C’était la première fois que le pontife américain, élu le 8 mai 2025, pénétrait dans un lieu de prière musulman. Le pape a été accueilli devant le lieu de culte par une rangée de dignitaires musulmans, ainsi que le ministre turc de la Culture et du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy.

    Une visite «amicale»

    Avant de franchir le seuil de la salle de prière, le pontife s’est déchaussé, comme le veut la coutume dans les mosquées, foulant en chaussettes la moquette orange. Guidé par le muezzin Asgin Tunca, Léon XIV a fait le tour de la mosquée aux six minarets – modèle unique en son genre – et aux 21’000 carreaux de céramique turquoise insérés dans les parois.

    Un grand calme régnait dans la salle que le pape a arpentée, sur laquelle planaient les coassements d’une corneille réfugiée sous la coupole. Étrangers à la solennité du moment, deux chats se roulaient sur le tapis, jouant sous les lueurs des 260 petites fenêtres qui irradiaient la pièce monumentale.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Cette visite, qui aura duré un quart d’heure, a été «amicale» et le pape s’est montré intéressé, a confié à la presse Asgin Tunca, qui a prodigué au pontife des explications historiques et religieuses sur la mosquée. La délégation s’est notamment arrêtée devant le mihrab – niche qui indique la direction de La Mecque –, portant une gravure de la sourate 19 du Coran qui évoque la figure de Marie.

    Pas de temps de prière explicite

    Selon l’imam, Léon XIV aurait décliné sa proposition de prière dans «la maison d’Allah», préférant privilégier un simple parcours des lieux. «Il voulait sentir l’atmosphère de la mosquée», a ajouté Asgin Tunca, qui a insisté sur la dimension fraternelle de cette rencontre.

    Ce choix a toutefois provoqué l’étonnement, puisqu’un «bref moment de prière silencieuse» était prévu par le Vatican et attendu par le muezzin. Aussitôt après la séquence, le Bureau de presse du Saint-Siège s’est fendu d’un communiqué, assurant que «le pape a vécu la visite de la mosquée en silence, dans un esprit de recueillement et d’écoute, avec un profond respect pour le lieu et pour la foi de ceux qui s’y rassemblent en prière».

    Si à la Mosquée bleue Léon XIV mettait les pas dans ceux de ses prédécesseurs, le 267e pape s’est donc différencié en s’abstenant de tout acte de prière manifeste. En 2014, le pape François avait observé un moment «d’adoration silencieuse». «J’ai senti le besoin de prier», avait-il confié aux journalistes au retour du voyage. «Et j’ai prié: pour la Turquie, pour la paix, pour le mufti… pour tous… pour moi, qui en ai besoin… J’ai prié, vraiment… Et j’ai surtout prié pour la paix».

    _SIM8166
    _SIM8166
    Le pape Léon XIV a rencontré à Istanbul, le 29 novembre 2025, les chefs des Églises chrétiennes | © Vatican Media

    En 2006, le pape Benoît XVI s’était aussi recueilli quelques minutes, s’adressant selon lui «à l’unique Seigneur du ciel et de la terre, Père miséricordieux de l’humanité tout entière». Son geste avait lieu quelques semaines après la vive polémique provoquée par un passage de son discours à Ratisbonne interprété comme une critique de l’islam.

    Au terme de cette halte ce samedi, Léon XIV a quitté ses hôtes avec le sourire, dans une atmosphère visiblement détendue.

    Le pape Léon XIV rencontre en privé les chefs des Églises chrétiennes

    Après sa visite de la Mosquée bleue d’Istanbul, le pape Léon XIV a rejoint l’église syriaque orthodoxe de Mar Ephrem, dans la matinée. Arrivé en voiture dans la partie européenne d’Istanbul, le pape est entré dans le complexe de l’église syriaque orthodoxe de Mar Ephrem, inaugurée en 2023. Il s’agit de la première et, jusqu’à présent, unique église construite dans le pays depuis la fondation de la République de Turquie, en 1923. Dans le monde, les fidèles de cette Église patriarcale dont le siège est à Damas sont environ deux millions. Ignace Ephrem II, le patriarche syriaque orthodoxe d’Antioche, a accueilli le pontife américain.

    Léon XIV a ensuite posé pour une photo aux côtés de dix-sept responsables chrétiens, dont le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée. Tous ont ensuite pris place autour d’une grande table ronde.

    Une clarté théologique qui plaît aux orthodoxes

    Au lendemain de la prière à Iznik où ils ont prié devant les ruines d’une basilique symbolisant le lieu où le Credo – la prière du «Je crois en Dieu» – a été défini, les responsables chrétiens se sont entretenus à huis clos durant plus de deux heures. Cette rencontre privée devait leur permettre de prendre chacun la parole.

    Pour le nouveau pape, il s’agissait d’une occasion de dévoiler la façon dont il entend faire vivre le dialogue œcuménique, alors que son prédécesseur François avait pu bousculer ses frères orthodoxes à la fin de son pontificat. Cela avait par exemple été le cas avec la déclaration Fiducia supplicans autorisant en décembre 2023 une forme de bénédiction pour les couples de même sexe. Trois mois plus tard, l’Église copte-orthodoxe avait annoncé la suspension de son dialogue théologique avec Rome.

    «Dans le style, le nouveau pape a une formation de canoniste. Toutes ses déclarations, ses homélies et ses messages sont mesurés et sans équivoque. Il a une clarté théologique qui plaît beaucoup aux orthodoxes», analysait l’archevêque orthodoxe Job Getcha quelques jours avant le voyage.

    «Renouveler notre foi en Jésus-Christ»

    «En cette occasion historique où nous célébrons les 1700 ans du Concile œcuménique de Nicée, nous nous réunissons pour renouveler notre foi en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, et célébrer la foi que nous partageons ensemble», a écrit Léon XIV au terme de la rencontre, sur le livre d’or de l’église Mar Ephrem. «Je souhaite de nombreuses bénédictions à tous ceux qui se sont rassemblés ici et à toutes les communautés qu’ils représentent», a-t-il ajouté.

    Après cette rencontre qui aura duré 45 minutes de plus que prévu, le pape est retourné déjeuner à la délégation apostolique d’Istanbul où il loge depuis son arrivée jeudi en Turquie. Dans l’après-midi, il se rendra au Phanar, le siège du patriarcat de Constantinople, pour une prière dans l’église Saint-George. Avec le patriarche Bartholomée, il signera ensuite une déclaration commune.

    «J’imagine qu’il y aura une invitation à annoncer le Christ ensemble au monde, une référence à la paix, à la protection de l’environnement et de la personne humaine», confiait l’archevêque Job Getcha.

    Le pape conclura sa journée par une messe à la «Volkswagen Arena», complexe culturel et sportif qui peut accueillir plus de quatre mille personnes. Il s’agit de la seule messe publique du séjour de Léon XIV en Turquie, pays à large majorité musulmane. (cath.ch/imedia/hl/ak/rz)

    Actualités les plus lues

    no_image
    _SIM6138

    En Turquie, Léon XIV souhaite une mobilisation sur l’écologie et le numérique

    Le dernier rendez-vous public de Léon XIV en Turquie avait à nouveau une teinte œcuménique: le pape a participé à la «Divine liturgie» – messe orthodoxe –, en l’église Saint-Georges du patriarcat de Constantinople, le 30 novembre 2025. Aux côtés du patriarche Bartholomée Ier, il a appelé catholiques et orthodoxes à se mobiliser pour affronter la crise climatique et le défi de la déferlante technologique.

    Au quatrième et dernier jour de son voyage en Turquie, Léon XIV s’est rendu dimanche matin dans l’église patriarcale d’Istanbul qu’il avait déjà visitée la veille. Il y a retrouvé le patriarche Bartholomée pour la fête de saint André, frère de saint Pierre et saint patron du patriarcat. Accueilli par l’assemblée en cours de liturgie, le pape a formulé ses vœux «de santé et de sérénité» au patriarche de 85 ans, le remerciant pour son accueil chaleureux. Les célébrations des 1700 ans du Concile de Nicée – événement qui a défini les bases de la foi chrétienne – les a réunis à plusieurs reprises ces jours-ci.

    L’unité des chrétiens, «l’une des priorités de l’Église catholique»

    Devant la riche iconostase aux moulures dorées, sous les lueurs des cierges et des candélabres, le pontife a tenu à conclure sa visite en Turquie en incitant les chrétiens à ne «pas revenir en arrière dans [l’] engagement pour l’unité», malgré les «malentendus et les conflits» du passé et les «obstacles» du présent. L’évêque de Rome a affirmé que la recherche de la pleine communion «dans le respect des différences légitimes» constitue «l’une des priorités de l’Église catholique».

    Pour l’accessibilité universelle des nouvelles technologies

    Dans son homélie, Léon XIV a exhorté les catholiques et les orthodoxes à collaborer pour répondre aux grands enjeux actuels, à commencer par la paix «en cette période de conflits sanglants». Le pape a évoqué ensuite «la crise écologique menaçante», incitant les fidèles des deux Églises à «promouvoir une nouvelle mentalité, dans laquelle chacun se sent gardien de la création». Un thème sur lequel l’implication du patriarche Bartholomée Ier a servi d’inspiration au pape François pour ses nombreuses initiatives en faveur de l’écologie.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Enfin, le troisième défi énuméré par le 267e pape concerne l’irruption des nouvelles technologies, «en particulier dans le domaine de la communication». Dans une optique positive, il a incité à œuvrer pour leur «utilisation responsable» et pour leur «accessibilité universelle», afin que ces avantages «ne soient pas réservés à un petit nombre de personnes et aux intérêts de quelques privilégiés».

    Dépasser les divisions orthodoxes

    Léon XIV a également mentionné le travail de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, née à la suite du rapprochement entre Paul VI et le patriarche Athénagoras – qui ont levé les excommunications réciproques de 1054 entre les deux Églises. Il a encouragé le patriarche de Constantinople, considéré comme le primat des orthodoxes, à «tout mettre en œuvre pour que toutes les Églises orthodoxes autocéphales reprennent une participation active à cet engagement». Le monde orthodoxe est lui-même divisé, notamment avec la rupture de communion entre Constantinople et Moscou depuis 2018.

    Léon XIV rend hommage au « courageux témoignage chrétien du peuple arménien »

    Comme l’avaient fait ses prédécesseurs Paul VI (1967), Jean Paul II (1979) ou Benoît XVI (2006), le pape Léon XIV a salué, dans la matinée du 30 novembre, l’Église apostolique arménienne en sa cathédrale, à Istanbul. Il y a été accueilli par le patriarche arménien de Constantinople Sahak II Mashalian, avec lequel il a béni l’assemblée à l’unisson.

    Dans son bref message, le pontife a esquissé un hommage aux souffrances passées des Arméniens. Comme attendu, il n’a pas prononcé le terme de «génocide» pour qualifier la persécution des Arméniens perpétrée entre 1915 et 1923 sur le territoire de l’actuelle Turquie, et c’est seulement en filigrane qu’il a évoqué ce douloureux passé.

    «Cette visite m’offre l’occasion de remercier Dieu pour le courageux témoignage chrétien du peuple arménien au cours des siècles, souvent lors de circonstances tragiques», a sobrement déclaré le pape américain, arrivé dans la cathédrale arménienne à 9h30.

    «Génocide», un mot tabou

    En 2001, le pape Jean Paul II avait provoqué une crise diplomatique avec la Turquie en reconnaissant le génocide arménien dans une déclaration cosignée avec le patriarche arménien Garéguine II. En 2015, le pape François avait cité la déclaration de Jean Paul II à l’occasion d’une messe célébrée pour le centenaire du massacre, dans la basilique Saint-Pierre. La Turquie avait alors réagi immédiatement en rappelant son ambassadeur pour consultation. En 2015, au cours de sa visite en Arménie, le pontife argentin était revenu sur les massacres perpétrés sous l’Empire ottoman en utilisant le terme de «génocide».

    La situation des Arméniens en Turquie reste délicate. Hier, lors de la seule messe publique du pape à Istanbul, certains fidèles catholiques arméniens ne cachaient pas que le terme «génocide» était un mot «tabou» et «dangereux».

    Le vœu de l’unité des chrétiens

    Dans son message, Léon XIV a aussi rappelé l’objectif de son voyage en Turquie: commémorer le 1700e anniversaire du Concile de Nicée et «retrouver l’unité qui existait dans les premiers siècles entre l’Église de Rome et les Églises orientales anciennes».

    Devant les Arméniens, il a résumé sa méthode: «Nous devons nous inspirer de l’expérience de l’Église naissante pour rétablir la pleine communion, une communion qui n’implique ni absorption ni domination, mais plutôt un échange des dons que nos Églises ont reçus». Il a souhaité la reprise rapide du dialogue théologique entre l’Église et les Églises orthodoxes orientales.

    Au terme de son passage, le pape a béni une plaque commémorative gravée des dates des visites des papes sur place.

    Après quatre jours en Turquie, Léon XIV a quitté le pays pour se rendre au Liban, deuxième étape de son premier voyage apostolique. Son avion a décollé à 15h heure locale ce 30 novembre 2025, après une brève cérémonie d’adieu en présence d’une petite délégation du gouvernement turque, dont le ministre de la Culture et du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy. (cath.ch/imedia/hl/ak/rz)

    Actualités les plus lues

    no_image
    PAPST, PAPSTBESUCH, BESUCH PAPST BENEDIKT XVI, BENEDIKT DER SECHZEHNTE,

    Les papes au Liban: un encouragement à un peuple martyr, mais résilient

    Le Liban, pays qui fait l’objet d’une attention particulière de la part du Saint-Siège, recevra du 30 novembre au 2 décembre prochains, la quatrième visite d’un pape sur son territoire. Léon XIV, qui tenait à accomplir dès le début de son pontificat ce voyage que François n’avait pas pu concrétiser, marchera sur les pas de Paul VI, Jean Paul II et Benoît XVI. L’agence I.MEDIA revient sur ces précédents voyages apostoliques réalisés dans le Pays du Cèdre entre 1964 et 2012.

    1964: la courte escale de Paul VI

    Parfois oublié dans le décompte des pays traversés au cours de son pontificat, le Liban ne fait pas l’objet d’une réelle visite officielle de Paul VI mais son avion se pose néanmoins à Beyrouth le 2 décembre 1964, sur le chemin du Congrès eucharistique de Bombay, en Inde. Ce bref passage au Liban constitue ainsi un complément à son voyage historique en Terre Sainte effectué au mois de janvier précédent.

    Malgré le caractère très bref de cette escale, une foule très nombreuse se masse autour de l’aéroport de la capitale libanaise afin de tenter d’apercevoir le pape. Accueilli par le président Charles Hélou, le pontife italien délivre une brève allocution en soulignant que le pays du Cèdre tient «avec honneur sa place dans le concert des nations».

    «Son histoire, sa culture, le caractère pacifique de ses habitants lui valent, on peut le dire, l’estime et l’amitié générales», déclare Paul VI, dans un contexte où le Liban fait figure d’îlot de relative stabilité et prospérité au Moyen-Orient. Ce moment demeure associé un âge d’or de ce pays alors indépendant depuis une vingtaine d’années et parfois surnommé «la Suisse du Moyen-Orient».

    1997: Jean Paul II au chevet d’un pays martyr

    Plus de trois décennies après le passage de Paul VI, l’ambiance est très différente lorsque Jean Paul II se rend à Beyrouth les 10 et 11 mai 1997, dans un pays meurtri par quinze années de guerre civile (1975-1990) et toujours occupé par l’armée syrienne. Pour cette courte visite, concentrée sur la capitale libanaise, le pontife polonais doit faire preuve de tact diplomatique pour éviter de raviver des plaies encore vives, dans le contexte d’une occupation syrienne qui se sera abolie qu’en 2005.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Un an et demi auparavant, du 26 novembre au 14 décembre 1995, Jean Paul II avait convoqué à Rome un Synode spécial sur le Liban, impliquant toutes les Églises libanaises mais aussi des délégués musulmans. Les participants à cette assemblée inédite avait mentionné le Liban comme pays de «pluralisme culturel», réclamant l’instauration d’une «démocratie consensuelle» et souhaitant «le départ des troupes syriennes». Les pères synodaux avaient affirmé que «rien n’est plus démoralisant pour le peuple libanais que le sentiment qu’il n’est plus plus maître de son destin».

    Dans les semaines précédant l’arrivée de Jean Paul II, la visite du pontife polonais ne fait pas consensus dans la classe politique. Dans une prise de position virulente évoquée par le quotidien L’Orient-Le Jour, le leader druze Walid Joumblatt invite ainsi à «se méfier du Vatican, en tant qu’État qui a par le passé appuyé la dictature au Salvador et au Brésil, qui a agi en Pologne contre le communisme et qui est contre la gauche sociale dans le monde».

    Climat politique oppressant

    Durant son cours séjour à Beyrouth, organisé dans un climat politique morose et oppressant, Jean Paul II, bien qu’affaibli physiquement, parvient tout de même, à poser des gestes et des mots d’encouragement qui contribueront à la reconstruction du Liban. Il utilise alors l’expression «pays-message», un terme fréquemment évoqué par la suite quand le Saint-Siège cherchera à soutenir le Pays du Cèdre.

    «Il vous appartient de faire tomber les murs qui ont pu s’édifier pendant les périodes douloureuses de l’histoire de votre nation; n’élevez pas de nouveaux murs au sein de votre pays», demande-t-il aux jeunes Libanais, dont beaucoup participeront trois mois plus tard aux Journées mondiales de la Jeunesse de Paris. «Il vous revient de construire des ponts entre les personnes, entre les familles et entre les différentes communautés. Dans votre vie quotidienne, puissiez-vous poser des gestes de réconciliation, pour passer de la méfiance à la confiance!», leur lance-t-il.

    Cette visite du pape permet aussi au patriarche maronite d’alors, le cardinal Nasrallah Boutros Sfeir (1920-2019), de renforcer son autorité morale et unificatrice dans ce pays fracturé.

    2012: le dernier voyage de Benoît XVI

    En septembre 2012, le pontife allemand se rend au Liban pour un voyage faisant suite au Synode des Églises orientales organisé deux ans auparavant à Rome. La signature formelle de l’exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente est la principale raison de ce voyage. Le 14 septembre, en la fête de la Croix glorieuse, il remet ce texte aux patriarches orientaux rassemblés en la basilique Saint-Paul de Harissa, dans un contexte de grandes inquiétudes pour la survie des communautés chrétiennes de la région.

    Entre 2010 et 2012, les révolutions arabes ont bouleversé la géopolitique régionale. La chute des régimes autoritaires en Égypte, en Libye et en Tunisie soulève autant d’enthousiasme en Occident que de scepticisme chez bon nombre de chrétiens d’Orient, qui s’inquiètent de voir les islamistes combler le vide politique.

    Rumeurs d'annulation du voyage

    Au Liban, surtout, les échos de la guerre civile syrienne alors en cours d’extension suscitent naturellement une vive inquiétude et font planer, à la fin de l’été 2012, quelques rumeurs d’annulation du voyage papal. Mais c’est finalement avec une grande chaleur que Benoît XVI est accueilli, y compris dans les quartiers tenus par le Hezbollah.

    Ce voyage rencontre un réel succès populaire, bien au-delà des seules communautés chrétiennes. «Il est temps que musulmans et chrétiens s’unissent pour mettre fin à la violence et aux guerres», lance le pape allemand lors de sa rencontre avec les jeunes rassemblés au patriarcat maronite, à Bkerké, en présence du chef de l’État, Michel Sleiman.

    Cette visite au Liban constitue le dernier voyage apostolique de Benoît XVI avant sa renonciation. Le fait d’y avoir rencontré le cardinal Sfeir dans un rôle inhabituel de 'patriarche émérite’, celui-ci s’étant retiré à 91 ans alors que la charge de patriarche maronite était théoriquement assumée à vie, aurait joué un rôle dans la décision du pontife allemand de prendre sa retraite à son tour quelques mois plus tard.

    François: le voyage manqué

    Le pape François, pour sa part, n’a pas pu se rendre au Liban malgré un projet de voyage envisagé pour juin 2022 et qui avait été annoncé par les autorités locales. Outre la dégradation de son état de santé, les difficultés politiques liées au non-remplacement du président Michel Aoun à l’échéance de son mandat le 31 octobre suivant l’ont empêché de concrétiser ce projet.

    L’élection à la présidence de Joseph Aoun, le 9 janvier 2025, a permis au nouveau chef de l’État de lancer une invitation à Léon XIV dès leur entrevue après la messe d’installation du nouveau pontife, le 18 mai dernier.

    En se rendant au Liban dès son premier voyage apostolique, du 30 novembre au 2 décembre prochains, le pape Léon XIV adresse donc un signal fort de son attention à la spécificité libanaise et au maintien de la présence chrétienne au Moyen-Orient, dans la lignée de ses prédécesseurs. Il porte aussi dans une région très instable son message de paix «désarmée et désarmante», des paroles qui ont marqué sa première intervention sur la loggia de Saint-Pierre, le jour de son élection. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Actualités les plus lues

    no_image
    _SIM3580

    Léon XIV invite les catholiques du Liban à espérer malgré «le bruit des armes»

    Recommencer à «croire en l’avenir». C’est l’exhortation de Léon XIV lors de sa rencontre avec le clergé, les religieux et les forces vives de l’Église catholique du Liban, le 1er décembre 2025, au sanctuaire de Notre-Dame du Liban à Harissa. Plus tôt, le pape a imploré la paix devant la tombe de saint Charbel.

    Au lendemain de son arrivée au pays du Cèdre, le pape s’est rendu à Harissa, dans le district de Kesrouan, pour visiter l’un des sanctuaires mariaux les plus importants du Moyen-Orient. Sis au sommet d’une colline qui domine la baie de Jounieh, Notre-Dame du Liban a été inauguré en 1908. Il offre à la vue une statue de Marie en bronze de 15 tonnes et 8,50 mètres de haut, fondue en France. Traditionnellement, les nombreux pèlerins – y compris musulmans – qui y viennent empruntent pieds nus l’escalier en colimaçon creusée dans la tour de 21 mètres qui soutient la statue de la Vierge couronnée.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Visite à la Vierge

    C’est dans une grande ferveur populaire que le pape était attendu à Harissa. Le long des routes, étaient dressés des panneaux publicitaires à l’effigie du pontife, et de nombreuses vitrines de commerçants s’étaient parées des couleurs du Vatican. Une foule de plus de 2000 personnes attendait sa papamobile dans le sanctuaire. Quelques groupes l’ont salué dehors malgré les intempéries qui persistent depuis l’atterrissage de l’avion papal à Beyrouth.

    _SIM4784
    _SIM4784
    Le pape Léon XIV effectuant une bénédiction, le 1er décembre 2025, au sanctuaire marial libanais de Harissa | © Vatican Media

    Le pape a présidé la rencontre dans la basilique construite en forme de proue de navire phénicien, au pied d’une copie de la statue de la Vierge de Lourdes, bénie par Jean Paul II au Vatican en 1992. Dans ce haut-lieu animé par la congrégation des Missionnaires Libanais, Léon XIV a vu un «signe d’unité pour tout le peuple libanais».

    Léon salue la cohabitation pacifique entre Libanais et réfugiés syriens

    Dans son discours prononcé en français, le pontife a réagi à divers témoignages qui avaient ouvert la rencontre. Il a notamment évoqué celui du Père Youhanna-Fouad Fahel, un prêtre marié exerçant dans une paroisse à la frontière nord libano-syrienne, dans le village de Debbabiyé. «Là-bas, malgré l’extrême pauvreté et sous la menace des bombardements, chrétiens et musulmans, Libanais et réfugiés venus de l’autre côté de la frontière, cohabitent pacifiquement et s’aident réciproquement», a salué Léon XIV.

    «C’était terrible de voir les bombes au-dessus de nos têtes» - Sœur Geneviève

    Le prêtre marié – comme autorisé par l’Église catholique orientale maronite – avait confié que «dès le début de la guerre en Syrie, ce village a beaucoup souffert, notamment des bombardements venus du côté syrien». Il s’était fait la voix d’un peuple qui souffre de la crise libanaise, et d’un autre, le peuple syrien, «encore plus dissimulé, qui endure la persécution et l’exil». Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024, de nombreux chrétiens ont fui leur pays. Les réfugiés syriens au Liban sont actuellement estimés à 1,1 million, soit un sixième de la population.

    La peur des bombardements israéliens

    Ce témoignage, qui n’abordait pas les frappes d’Israël ayant touché le sud du pays, pouvait toutefois résonner comme un écho discret à cette autre frontière éprouvée, que le pontife semblait avoir à l’esprit sans y faire référence explicite. Léon XIV a d’ailleurs glissé dans son texte un encouragement à «croire en un avenir différent», même «lorsque le bruit des armes gronde alentours». Dans l’assemblée, était en outre présent le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, venu de Terre sainte. Ce dernier avait reçu, deux semaines plus tôt, un doctorat honoris causa à l’Université de Fribourg.

    s-genev-haris
    s-genev-haris
    Sœur Geneviève, installée au Sud-Liban, a dû fuir les bombardements israéliens | © Hughes Lefèvre / I.MEDIA

    Sur les bancs du sanctuaire, certains prêtres ou religieux subissaient la crainte des bombardements. C’était le cas de Sœur Geneviève, de la communauté des Sœurs du Rosaire, installée au Sud-Liban, près de Saïda. Le collège qu’elle gère avec une autre religieuse a dû fermer trois mois l’an passé, à cause des bombardements d’Israël sur le Hezbollah. Les 330 élèves, la moitié musulmane, l’autre chrétienne, ont dû suivre des cours depuis chez eux, via internet. «C’était terrible de voir les bombes au-dessus de nos têtes», s’est souvenu la religieuse qui s’est alors réfugiée à Beyrouth. Cette année, l’école a dû fermer deux jours à cause de la guerre.

    Recommencer à espérer

    Devant les responsables catholiques, Léon XIV a exhorté à ne pas rester «écrasé par les injustices et les abus, même lorsque […] on est trahi par des personnes et des organisations qui spéculent sans scrupules sur le désespoir de ceux qui n’ont pas d’alternative». Alors que la population libanaise subit une situation économique dramatique, le pape a martelé son appel à «recommencer à espérer en l’avenir, malgré la dureté d’un présent difficile à affronter».

    Le chef de l’Église catholique a particulièrement souligné la «responsabilité» de la nation vis-à-vis des jeunes, recommandant de «promouvoir leur présence, y compris dans les structures ecclésiales» et de «leur offrir des perspectives concrètes et réalisables de renaissance et de croissance pour l’avenir».

    «Que ceux qui frappent à la porte de nos communautés ne se sentent jamais rejetés»

    En guise d’exemple, le pontife a salué le témoignage de Sœur Dima Hebib, directrice d’école à Baalbek. «Face à l’explosion de la violence, elle a choisi de ne pas abandonner le terrain, mais de garder l’école ouverte en faisant de celle-ci un lieu d’accueil pour les réfugiés», s’est-il réjoui en engageant à «aimer au milieu de la haine». Et de lancer, suscitant les applaudissements de l’assemblée: «Aimons sans craindre de perdre ce qui passe, et donnons sans mesure».

    Que personne ne soit plus contraint de fuir son pays

    Le 267e pape a aussi eu une pensée pour les migrants, revenant sur l’intervention d’une réfugiée des Philippines, venue comme travailleuse domestique au Liban. Le pontife a déploré «l’horreur de ce que la guerre produit dans la vie de tant de personnes innocentes». Il a souhaité «que personne ne soit plus contraint de fuir son pays en raison de conflits absurdes et impitoyables», et «que ceux qui frappent à la porte de nos communautés ne se sentent jamais rejetés».

    Enfin, le pape a tenu à appuyer l’œuvre des catholiques dans le domaine de l’éducation. D’après les statistiques du Vatican, l’Église catholique au Liban administre 750 établissements scolaires. De la maternelle à l’université, ses instituts sont fréquentés par 243’500 élèves. Il a demandé au monde éducatif de venir en aide «surtout à ceux qui sont dans le besoin et n’ont pas de moyens, à ceux qui se trouvent dans des situations extrêmes».

    La visite du pape «un point de bascule positif»?

    Après son discours, le pape a remis une rose d’or au pied d’une statue de la Vierge Marie près de l‘autel. L’objet précieux, composé d’une base en marbre blanc, d’un vase en argent orné des armoiries papales, et d’une branche de roses en or, est un présent traditionnel des pontifes en visite dans des sanctuaires mariaux.

    "Quel est l’héritage de saint Charbel, qui n’a rien écrit, qui a vécu caché et silencieux?"

    «On entend que la situation va se dégrader après la visite du pape Léon XIV», a témoigné pour sa part à l’agence I.MEDIA le Père Maher, prêtre du Chemin Neuf, installé à Jounieh,. «Mais cette visite peut faire l’effet d’un point de bascule positif. Le pape vient nous donner le courage et l’espérance.» «On espère que cette visite laissera une empreinte positive pour un Liban meilleur, qu’elle sonne comme un réveil», a confié Mazen, 25 ans, professeur d’Histoire. «C’est un moment historique pour le Liban, et spécialement pour nous, les jeunes, touchés par la crise économique.»

    «Il n’y pas de paix sans conversion des cœurs», martèle Léon XIV devant la tombe de saint Charbel

    «Pour le monde, nous demandons la paix. Nous l’implorons tout particulièrement pour le Liban et pour tout le Levant», a exhorté le pape Léon XIV en se rendant dans la matinée sur la tombe de saint Charbel Makhlouf. Il est ainsi devenu le premier pape à se rendre en pèlerinage sur la tombe du saint au monastère de saint Maroun à Annaya, où vécut cet ermite du XIXe siècle.

    Plusieurs milliers de fidèles brandissant des drapeaux du Vatican et du Liban étaient présents autour du sanctuaire très populaire dans le Pays du Cèdre. Ils ont pu voir le pape lors de son parcours au papamobile. Venu en voiture de la nonciature située dans l’agglomération de Beyrouth, à une quarantaine de kilomètres.

    Saint Charbel (1828-1898), moine ermite de l’Ordre libanais maronite béatifié en 1965 et canonisé par Paul VI en 1977, est au centre de nombreux phénomènes extraordinaires et de miracles qui en font une figure centrale de la piété populaire au Liban et au-delà. Sa tombe est visitée chaque année par des milliers de fidèles venus du monde entier, particulièrement le 22 de chaque mois.

    Après s’être recueilli devant la tombe de saint Charbel, le pape a pris la parole en français pour la première fois de son voyage. Il s’est exprimé devant les quelques personnalités présentes dans cette petite chapelle du sanctuaire, parmi lesquelles le président de la République Joseph Aoun et son épouse. Léon XIV a expliqué que ses prédécesseurs «auraient beaucoup souhaité» venir, notamment saint Paul VI, qui avait béatifié et canonisé ce moine dans le contexte douloureux de la guerre civile libanaise.

    Un héritage à contre-courant

    «Quel est l’héritage de cet homme qui n’a rien écrit, qui a vécu caché et silencieux, mais dont la renommée s’est répandue dans le monde entier?», s’est interrogé le pape, en rendant hommage à un saint ermite qui enseigne, à contre-courant des tendances du monde, «la prière à ceux qui vivent sans Dieu», «le silence à ceux qui vivent dans le bruit», «la modestie à ceux qui vivent dans le paraître», et «la pauvreté à ceux qui recherchent les richesses».

    _RIS5206
    _RIS5206
    Léon XIV a prié devant la tombe de saint Charbel, le 1er décembre 2025, au Liban | © Vatican Media

    «Sa cohérence, radicale et humble, est un message pour tous les chrétiens», et en particulier pour les évêques, prêtres et consacrés, a insisté le pape. «Déjà, pendant sa vie terrestre, beaucoup venaient vers lui pour recevoir du Seigneur réconfort, pardon, conseil. Après sa mort, tout cela s’est multiplié et est devenu comme un fleuve de miséricorde», a expliqué le pape.

    Une lampe pour marcher dans la lumière du Christ

    Léon XIV demandé à saint Charbel d’intercéder pour «la communion, l’unité» dans l’Église, et pour «la paix» pour le monde, et «tout particulièrement pour le Liban et pour tout le Levant». Le sud du Liban et même la capitale Beyrouth ont encore été récemment ciblés par des bombardements israéliens visant des responsables du Hezbollah, malgré le cessez-le-feu signé en novembre 2024 et censé mettre fin aux hostilités entre Israël et le mouvement chiite.

    «Que saint Charbel nous aide donc à nous tourner vers Dieu et à demander le don de la conversion pour chacun de nous», a demandé Léon XIV en soulignant qu’il n’y a «pas de paix sans conversion des cœurs». Le pape a symboliquement offert au sanctuaire une lampe, confiant «à la protection de saint Charbel le Liban et son peuple, afin qu’ils marchent toujours dans la lumière du Christ».

    Centenaire de la présentation de la cause au pape Pie XI

    Dans son mot d’accueil prononcé également en français, le Père abbé Hady Mahfouz, supérieur général de l’Ordre libanais maronite, a chaleureusement remercié le pape pour sa visite «devant le tombeau de cet ermite humble et brûlant d’amour». Reprenant les termes du discours de Léon XIV devant les ermites d’Italie, le 11 octobre dernier, il a présenté saint Charbel comme un moine qui a su «chercher Dieu, l’écouter, le louer et l’invoquer, jour et nuit, dans le secret du cœur».

    Il s’est réjoui du fait de cette visite du pontife, au terme de cette année 2025, corresponde au 100e anniversaire de la présentation, en 1925, de la cause de béatification et de canonisation de saint Charbel au pape Pie XI par le Père Ignace Daher, alors supérieur général de l’Ordre libanais maronite.

    Après avoir prononcé la bénédiction, Léon XIV a visité le petit musée dédié au saint ermite. Le soleil étant revenu au terme de cette visite, le pape a pris le temps de saluer les fidèles rassemblés dans la cour du sanctuaire et de participer à une photo de groupe avec les moines de la communauté.

    La journée du pontife se poursuit avec son déplacement au sanctuaire Notre-Dame du Liban à Harissa, situé à une quarantaine de kilomètres. Il doit y rencontrer les évêques, prêtres, consacrés et agents pastoraux des Églises du Liban. (cath.ch/imedia/hl/ak/rz)

    Actualités les plus lues

    no_image
    _SIM6629

    L’éloge d'un Liban où «minarets et clochers se dressent côte à côte»

    «Le peuple libanais, bien qu’il adhère à différentes religions, nous rappelle avec force que la peur, la méfiance et les préjugés n’ont pas le dernier mot», a déclaré le pape Léon XIV, le 1er décembre 2025. Il s’exprimait sur la place des Martyrs à Beyrouth, devant des leaders chrétiens et musulmans du pays.

    Pour cette rencontre œcuménique et interreligieuse, le pape était attendu par des centaines de personnes réunis sur la place des Martyrs, un haut lieu mémoriel symbole de l’histoire d’un Liban souvent meurtri. Le nom de la place fait référence à la révolte nationaliste de 1916, pendant laquelle six patriotes libanais furent pendus par les armées ottomanes de Djemal Pacha.

    Accueilli par de nombreux responsables chrétiens

    La statue centrale, qui rappelle leur sacrifice, est encore criblée des balles échangées au cœur de la capitale pendant la guerre du Liban (1975-1990). Depuis, l’esplanade a accueilli de nombreuses manifestations ces dernières années, témoignant des difficultés gouvernementales, sociales et économiques que traverse le pays.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Le pape a été accueilli par de nombreux responsables chrétiens et musulmans, témoins de la diversité religieuse du pays, notamment le patriarche Ignace Joseph III Younan, primat de l’Église catholique syriaque, le cardinal Bechara Raï, patriarche de l’Église maronite, ainsi qu’Abdul Latif Derian, grand mufti du Liban. Plusieurs représentants chiites, grec-orthodoxes, syriaque-orthodoxes, druzes, arménien-apostolique, protestants et alaouites ont aussi participé à la rencontre.

    L’agression israélienne dénoncée

    Cette rencontre interreligieuse et œcuménique est particulièrement importante au Liban, qui dispose d’un système politique «confessionaliste», structuré autour des communautés religieuses du pays. La Constitution libanaise prévoit ainsi que le président soit systématiquement un chrétien maronite, que le Premier ministre soit chiite et que le président de la chambre des députés soit sunnite.

    Sous une grande tente installée sur la place des Martyrs, l’Évangile et le Coran ont été psalmodiés tour à tour en arabe. Puis huit représentants religieux ont prononcé chacun un discours en faveur du dialogue interreligieux et de la coexistence pacifique. Le représentant chiite, le cheikh Ali El-Khatib, a espéré que la venue du pape contribue à faire croître la paix dans le pays. Il a dénoncé «l’agression israélienne continue», tandis que le patriarche Ignace Ephrem II Karim, primat de l’Église syriaque-orthodoxe, a déploré les attaques du «féroce ennemi israélien».

    Clochers et minarets, témoins de la «foi inébranlable» du Liban

    Le pape a pris la parole pour rendre hommage à la «foi inébranlable» du Liban, où «minarets et clochers se dressent côte à côte», et où «chaque coup de cloche, chaque adhān, chaque appel à la prière se fondent en un seul hymne exaltant […] pour élever une prière sincère pour le don divin de la paix», et ce malgré les guerres et tensions incessantes qui frappent le Moyen-Orient ces dernières années. À une centaine de mètres, aux abords de la place, la mosquée Mohammad Al Amine et la cathédrale maronite Saint-Georges, deux édifices illuminés sous la nuit tombante, illustraient son propos.

    _RIS0809
    _RIS0809
    Le pape Léon XIV a planté un olivier avec d'autres responsables religieux | © Vatican Media

    Le pape a reconnu que les conflits «complexes et anciens» du Moyen-Orient suscitent parfois «un sentiment d’appréhension et de découragement» dans le reste du monde. Pour s’y opposer, il a encouragé son auditoire à se concentrer sur ce qui les unit: leur «humanité commune» et leur «croyance en un Dieu d’amour et de miséricorde».

    «Le véritable dialogue et la véritable collaboration sont enracinés dans l’amour»

    «Le peuple libanais, bien qu’il adhère à différentes religions, nous rappelle avec force que la peur, la méfiance et les préjugés n’ont pas le dernier mot.» Le pontife a enjoint les Libanais à «témoigner de la vérité immuable selon laquelle chrétiens, musulmans, druzes et d’innombrables autres peuvent vivre ensemble et construire un pays uni par le respect et le dialogue». Le pape a en particulier salué la participation de toutes les communautés religieuses du pays, chaque 25 mars, à la fête nationale décrétée pour vénérer Notre-Dame du Liban dans le sanctuaire de Harissa – où il s’est rendu ce matin.

    «Le véritable dialogue et la véritable collaboration sont enracinés dans l’amour, seul fondement de la paix, de la justice et de la réconciliation», a assuré Léon XIV. Il a rappelé que l’Église catholique encourage le dialogue entre les religions depuis la publication de la déclaration Nostra Aetate en 1965, signée par Paul VI à la fin du Concile Vatican II.

    Les racines profondes de la foi au Liban

    Après son discours, Léon XIV a planté symboliquement un olivier sur la place avec les autres leaders religieux. Dans son intervention, il avait rappelé que si le Liban est réputé pour ses «cèdres majestueux, l’olivier est également un pilier de son patrimoine». Il avait souligné comment cet arbre est vénéré dans les textes sacrés du judaïsme, du christianisme et de l’islam en tant que «symbole intemporel de réconciliation et de paix».

    Le pape a ensuite comparé les racines des oliviers et des cèdres à la grande diaspora libanaise dispersée dans le monde, «mais unie par la force durable et l’héritage intemporel de sa patrie». L’héritage millénaire du Liban, a insisté le pape, représente une «vocation» pour tous les Libanais, peu importe leur religion: celle d’être des «artisans de paix».

    Le rôle des femmes pour la paix

    Le cheikh Mouhamad al-Saleh Akkar Abboudieh, de la communauté alaouite du nord du pays, a affirmé «l’honneur» de participer à cet événement avec Léon XIV. Il a confié vouloir profiter de cette rencontre pour alerter le pontife sur le sort de la communauté alaouite au Moyen-Orient. Cette minorité chiite présente au Liban et en Syrie, à laquelle appartenait l’ancien président Bachar el-Assad, est notamment victime de répression depuis la chute de ce dernier en 2024. «La voix du Saint-Père peut faire la différence», assure le représentant.

    Quelques mètres plus loin, Mireille Hamouche, Libanaise née dans une famille grecque-orthodoxe mais mariée à un maronite, souligne le rôle prépondérant des femmes libanaises dans la promotion de la paix dans son pays. Elle est membre d’une ONG défendant une «paix positive», soit une paix qui ne se limite pas à l’absence de conflit mais vise à réformer les structures et institutions du pays. Elle plaide pour plus de visibilité sur le rôle des femmes dans la société libanaise.

    La suite du programme

    Avant de gagner la place des Martyrs, le pape avait participé à une rencontre privée avec les patriarches des Églises catholiques au Moyen-Orient (latine, maronite, syriaque, melkite, chaldéenne et copte), lors de laquelle a été discutée la question d’une date commune pour Pâques. Un écho à la déclaration signée à Istanbul le 29 novembre dernier par le pape et le patriarche de Constantinople Bartholomée, dans laquelle ils s’étaient engagés à trouver une solution pour célébrer que les Églises orthodoxes et catholiques fêtent Pâques à la même date.

    Le pape a ensuite déjeuné avec ces responsables, rejoints par trois leaders non catholiques, Aram Ier, catholicos arménien de la Grande Maison de Cilicie, Ignatius Aphrem II, patriarche de l’Église syriaque-orthodoxe, et Jean X, patriarche orthodoxe d’Antioche.

    Léon XIV doit se rendre à Bkerké, à une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth, pour la dernière étape de sa journée. Il doit visiter le siège du patriarcat d’Antioche des maronites, pour retrouver l’actuel patriarche de cette Église orientale rattachée à Rome, le cardinal Bechara Raï, et prononcer un discours devant des jeunes catholiques libanais.

    Le 2 décembre, il entamera la dernière journée de son voyage, lors de laquelle il se rendra sur le lieu de l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Il célébrera aussi une messe sur le front de mer de Beyrouth. (cath.ch/hl/cd/rz)

    Actualités les plus lues

    no_image
    _SIM0280

    Sur les ruines du port de Beyrouth, le pape console un peuple en quête de vérité

    Le pape Léon XIV a prié en silence sur le site de l’explosion du port de Beyrouth, dans la matinée du 2 décembre 2025. Sa visite constituait un appui à la population libanaise frustrée par la paralysie de la justice face aux zones d’ombre entourant cette catastrophe, plus de cinq ans après la puissante double explosion du 4 août 2020.

    Le pape n’a pas pris la parole mais a participé à un temps de prière silencieuse devant le monument érigé à la mémoire des victimes de cette catastrophe, où il a déposé une couronne de fleurs et allumé une bougie. Il s’est entretenu quelques instants avec des survivants et des proches des victimes, rassemblés dans un paysage marqué par la présence de ruines et de gravats, le silo éventré étant toujours en place. Une soixantaine de personnes étaient présentes, brandissant des portraits de victimes du drame.

    Le Premier ministre Nawaf Salam a participé à cette rencontre, ainsi que le ministre des Affaires sociales Hanine Sayed, dont la propre mère a été tuée dans l’explosion de 2020. Léon XIV a pris le temps de saluer une partie des membres du groupe, dans une atmosphère d’émotion très intense. Le pape leur a exprimé des paroles de consolation et de compassion, se baissant à hauteur d’enfants et acceptant notamment de se laisser étreindre par une jeune femme très émue.

    Le besoin d’écoute et de vérité

    «Nous voulons la vérité. Nous voulons savoir qui est responsable», a confié aux journalistes de la presse internationale présents sur place la tante d’un jeune homme tué dans cette explosion, en expliquant que la visite du pape lui donnait de «l’espoir».

    «Le message le plus important est de rester unis en prière», a assuré la fille d’un employé mort dans le silo, en précisant que les victimes étaient chrétiennes et musulmanes. Cette jeune femme a expliqué qu’elle avait été reçue par le pape François avec un groupe de victimes en 2024, et qu’elle s’était sentie « écoutée » par le pontife argentin.

    «Avec vous, je demande la vérité et la justice, qui n’est pas arrivée: vérité et justice», avait exigé François lors de cette rencontre du 26 août 2024 au Vatican. «Nous savons tous que la question est compliquée et épineuse, et que des pouvoirs et des intérêts contradictoires pèsent sur elle. Mais la vérité et la justice doivent prévaloir sur tout», avait martelé le pontife argentin.

    Un traumatisme encore vif pour la nation libanaise

    En fin d’après-midi le 4 août 2020, les habitants de Beyrouth, déjà éprouvés par la crise économique et la pandémie, avaient vu leur ville dévastée par une puissante explosion, lorsqu’un stock de nitrate d’ammonium en dépôt dans un silo du port depuis 2014 s’était embrasé dans des circonstances encore obscures. La catastrophe avait fait plus de 220 morts, plus de 6’800 blessés et 300'000 sans-abri.

    Les enquêtes ouvertes sur le plan national et international après la catastrophe se sont heurtées à des interférences de la part de responsables politiques et de fonctionnaires qui ont refusé de comparaître devant le juge Tarek Bitar. Après plusieurs années de suspension, ce juge a toutefois pu reprendre son enquête en février dernier, un mois après l’élection du président de la République Joseph Aoun qui entend remettre les institutions en ordre de marche.

    Hier, lors de sa rencontre avec les jeunes à Bkerké, le pape a écouté les témoignages de deux volontaires, Anthony et Maria, qui s’étaient mobilisés après l’explosion du 4 août 2020. «Nous avons appris que l’amour ne se mesure pas en paroles, mais en actes», ont-ils témoigné. lls ont expliqué que «des décombres est né quelque chose d’inattendu: la solidarité, l’unité, un sentiment renouvelé de citoyenneté».

    «Au milieu de la désolation, nous avons senti à quel point Dieu était présent parmi nous, et une espérance résiliente ne cessait de monter, ancrée dans notre foi en la Résurrection du Christ et dans la certitude que la lumière triomphe des ténèbres et que la vie l’emporte sur la mort», ont confié ces volontaires.

    Léon XIV oppose le «cri des pauvres» aux «mythes du bien-être» 

    «Nous ne pouvons pas imaginer une société qui court à toute vitesse en s’accrochant aux faux mythes de bien-être, et en ignorant les nombreuses situations de pauvreté et de fragilité», a déclaré le pape Léon XIV en visitant ensuite l’hôpital de la Croix, une structure psychiatrique accueillant des enfants, à Jal ed Dib (Liban) Il a apporté son soutien à un secteur médical et caritatif très éprouvé par la crise économique et sociale que traverse, depuis plusieurs années, le pays du Cèdre.

    Suivi par une foule en liesse sur toutes les routes menant de la nonciature à Jal ed Dib, ville située à quelques kilomètres au nord de Beyrouth, le pape est arrivé à l’hôpital de la Croix peu après 8h30 (heure locale). Cette structure psychiatrique unique au Moyen-Orient accueille 800 patients, chrétiens comme musulmans, avec divers handicaps, y compris des déficiences psychiques graves. Parfois très jeunes et abandonnés, les enfants sont le plus souvent pris en charge gratuitement. L’hôpital a été fondé en 1919 par le bienheureux père Jacques de Ghazir (1875-1954), un capucin libanais.

    «Notre mission est un miracle quotidien, comme en témoignent ceux qui l’ont vécue. Comment une humble institution, dépourvue de tous moyens, a-t-elle pu rester inébranlable face aux horreurs des explosions, de la famine, des épidémies et de l’effondrement des institutions étatiques?», a témoigné devant le pape la supérieure de la congrégation, mère Marie Makhlouf, très émue.

    Devant plusieurs centaines de patients et employés de l’hôpital rassemblés dans une salle de l’établissement rebaptisée «Salle Léon XIV», le pontife a exprimé en français toute sa reconnaissance pour le «message d’espérance» envoyé par toutes les personnes investies dans le fonctionnement de l’hôpital «malgré les difficultés». «C’est une grande œuvre aux yeux de Dieu!», leur a-t-il assuré, visiblement touché par l’accueil très chaleureux qui lui a été réservé.

    «Ce qui se vit en ce lieu est une exhortation pour tous; pour votre terre, mais aussi pour l’humanité tout entière», a insisté le chef de l’Église catholique. Il a critiqué «une société qui court à toute vitesse en s’accrochant aux faux mythes de bien-être, et en ignorant les nombreuses situations de pauvreté et de fragilité», exhortant à ne pas oublier le « cri des pauvres ». Se tournant enfin vers les patients, il les a assurés que Dieu les tenait «dans le creux de ses mains». (cath.,ch/imedia/hl/mp)

    Ghada Aoun, le combat d’une juge libanaise: «C’est la foi qui m’a fait tenir»

    02/09/2025

    Ghada Aoun, le combat d’une juge libanaise: «C’est la foi qui m’a fait tenir»

    C’est l’histoire de Ghada Aoun, une femme de loi qui a osé s’attaquer à la corruption, le cancer du Liban. A son tableau de chasse des politiciens, des hommes d’affaires et des établissements bancaires. Traitée d’incompétente par ses adversaires, la juge, soutenue par une majorité de libanais et des...

    Actualités les plus lues

    no_image
    Pape-Conf-Presse-Avion-Liban_RIS2379

    "J'espère aller en Algérie", confie le pape de retour du Liban

    Destinations de prochains voyages, regard sur l’islam dans les sociétés occidentales, bras de fer entre Venezuela et États-Unis, diplomatie vaticane, situation de l’Église allemande… Dans l’avion qui le ramenait de Beyrouth à Rome le 2 décembre 2025, Léon XIV a répondu pendant près d’une demi-heure aux questions des 82 journalistes présents à bord.

    Un voyage probable en Afrique et sans doute en Amérique latine

    «J’espère aller en Algérie», a déclaré le pape en parlant d’un voyage en Afrique «qui pourrait être le prochain». Il s’agirait d’un déplacement «pour visiter les lieux de la vie de saint Augustin», a expliqué l’ancien supérieur de l’Ordre de Saint-Augustin, très attaché à la figure de ce «père de l’Église» du Ve siècle. Le pape considère que l’ancien évêque d’Hippone «aide beaucoup en tant que pont parce qu’en Algérie, il est très respecté comme fils de la patrie».

    «Évidemment, j’aimerais beaucoup visiter l’Amérique latine, l’Argentine, l’Uruguay, qui attendent une visite du pape»

    Ce serait la première fois qu’un pape se rendrait dans ce pays du Maghreb. Léon XIV a confié qu’il souhaitait y «poursuivre le discours sur la construction de ponts entre les mondes chrétiens et musulmans». Lors de son séjour en Turquie, le pape s’est rendu dans la Mosquée bleue d’Istanbul «dans un esprit de recueillement et d’écoute», avec «un profond respect» pour les fidèles, avait précisé le Saint-Siège.

    Pape-Mosquee-Bleue-844_TRE4644
    Pape-Mosquee-Bleue-844_TRE4644
    Le pape a visité la Mosquée Bleue (ou mosquée du Sultan Ahmet) | © Vatcian Media

    Léon XIV s’est aussi confié sur son désir de voyager en Amérique du Sud. «Évidemment, j’aimerais beaucoup visiter l’Amérique latine, l’Argentine, l’Uruguay, qui attendent une visite du pape», a-t-il précisé, alors que son prédécesseur François, originaire d’Argentine, n’était jamais retourné dans son pays une fois élu pape, en mars 2013. «Je pense que le Pérou me recevrait volontiers aussi», a souri celui qui a passé quinze années de sa vie dans ce pays en tant que missionnaire puis évêque. «Si je vais au Pérou, il y a beaucoup de pays voisins» qui pourraient être visités, a-t-il laissé entendre, en précisant que le projet n’était pas encore défini. Un tel voyage pourrait se faire en «2026 ou 2027», a-t-il estimé.

    Islam: «nous devrions être moins effrayés»

    Interrogé sur le fait que certains catholiques en Europe considèrent l’islam comme une menace pour l’identité chrétienne de l’Occident, le pape a reconnu qu’il y a «souvent des peurs» qui sont générées par des personnes «opposées à l’immigration». Mais il a expliqué que «ce voyage en Turquie et au Liban avait précisément pour objectif de transformer les expressions de tension en possibilité de dialogue et d’amitié entre chrétiens et musulmans, autant que possible».

    Le pape Léon XIV en Turquie: comment vit la communauté catholique à Istanbul?

    21/11/2025

    Le pape Léon XIV en Turquie: comment vit la communauté catholique à Istanbul?

    Le pape Léon XIV s’est envolé le 27 novembre 2025 pour son premier voyage à l’étranger depuis son élection le 8 mai. En Turquie, il commémorera avec d’autres responsables chrétiens le Concile de Nicée qui a défini en l’an 325 les fondements de la foi chrétienne. Au Liban, il viendra soutenir un pays...

    «Je crois que l’une des plus grandes leçons que le Liban peut enseigner au monde est précisément de montrer un pays où l’islam et le christianisme sont tous les deux présents et sont respectés», a assuré Léon XIV. Il s’est dit marqué par les témoignages reçus ces deux derniers jours concernant des «gens qui s’entraident, chrétiens avec musulmans», par exemple, lorsqu’ils sont confrontés à la destruction de leurs villages à cause de la guerre. Cela montre qu’il est possible de «parler ensemble, travailler ensemble». «C’est important que nous entendions cela en Europe ou en Amérique du Nord, et peut-être que nous devrions être moins effrayés et au contraire rechercher des voix pour promouvoir un dialogue authentique et le respect», a insisté le pontife.

    Pape-St-Charbel_RIS5206
    Pape-St-Charbel_RIS5206
    Léon XIV est devenu le premier pape à se rendre sur la tombe du saint Charbel Makhlouf au monastère de saint Maroun | © Vatican Media

    Sur ses relations avec Trump pour aider le Liban

    Interrogé par un journaliste libanais pour savoir s’il allait utiliser sa relation avec Donald Trump pour stopper les attaques d’Israël contre le pays du Cèdre, le pape a confié avoir «déjà commencé» – et «à petite échelle» – des «conversations avec des dirigeants» concernant la paix au Liban. «J’ai l’intention de continuer de le faire, personnellement ou à travers le Saint Siège», a-t-il ajouté.

    "Le travail du Saint-Siège n’est pas une chose publique que nous annonçons dans les rues. Il est plutôt en coulisse»

    À un autre journaliste qui l’interrogeait sur sa rencontre avec un responsable chiite ou sur l’appel du Hezbollah au pape pour qu’il soutienne le Liban, le pape a confirmé avoir eu «des rencontres personnelles pendant ce voyage avec des représentants de différents groupes». Sans jamais citer le nom des dirigeants, il a confié qu’il s’agissait de personnes ou de groupes ayant «quelque chose à voir avec les conflits en cours, internes ou internationaux». Avec prudence, il a souligné que le travail du Saint-Siège «n’est pas une chose publique que nous annonçons dans les rues». «Il est plutôt en coulisse», a-t-il précisé.

    Le pontife a expliqué avoir bien vu le message du Hezbollah, cette milice chiite libanaise soutenue par l’Iran et qu’Israël entend désarmer. «Il y a de la part de l’Église la proposition de laisser les armes et de chercher le dialogue», a-t-il brièvement commenté, sans vouloir en dire plus.

    Au Liban, beaucoup s’inquiètent d’une reprise de la guerre au sud Liban au lendemain de la visite du pape. Cette nuit, un drone israélien a frappé une maison dans le sud du pays.

    Ukraine: soutien à l’Europe et à l’Italie de Meloni

    Au sujet du conflit en Ukraine, le pape Léon XIV est revenu sur les négociations menées par Donald Trump sans l’Europe, jugeant que la participation de cette dernière était «importante». Il a jugé que l’Italie de Giorgia Meloni (sans la citer) pouvait jouer un rôle sur ce point, soulignant la capacité de la Botte à être un «intermédiaire» entre les parties. Il a aussi réaffirmé la disponibilité du Saint-Siège pour proposer une médiation en vue de trouver «une juste paix», et appelé une nouvelle fois à un cessez-le-feu.

    Sur la situation au Venezuela

    Interrogé sur la situation au Venezuela et sur l’ultimatum lancé par le président Donald Trump au président Nicolas Maduro pour qu’il quitte le pouvoir, Léon XIV a expliqué chercher avec les évêques du pays et le nonce apostolique sur place «des moyens de calmer la situation». Il s’agit de «chercher surtout le bien du peuple parce que, souvent, celui qui souffre dans ces situations, c’est le peuple, pas les autorités», a-t-il souligné.

    Le pape n’a fait ensuite que mentionner les rumeurs existantes quant à des conversations entre les présidents américain et vénézuélien, ou bien celles concernant une possible «opération» pour «envahir le territoire du Venezuela». «Je n’en sais pas plus», a-t-il reconnu. «Mais à nouveau je pense qu’il vaut mieux chercher des modes de dialogue, peut-être y compris des pressions économiques», a-t-il déclaré.

    Église en Allemagne: éviter la “rupture”

    Le pontife a été interrogé sur sa perception du chemin synodal allemand (Synodale Weg), un processus interne à l’Église catholique en Allemagne. Portant des propositions particulièrement réformistes – diaconat féminin, bénédictions rituelles pour les couples homosexuels –, il a suscité des tensions avec Rome pendant les dernières années du pontificat du pape François. Son successeur a estimé qu’en Allemagne, il y avait de la place pour de «l’inculturation» – l’idée que l’Église peut intégrer des aspects d’une culture locale – sans que cela ne signifie «une rupture ou une fracture» avec l’Église universelle.

    Léon XIV, qui a récemment reçu une opposante au chemin synodal allemand, a néanmoins estimé que «beaucoup de catholiques en Allemagne pensent que certains aspects du 'Synodale Weg’ […] ne représentent pas leur propre espérance pour l’Église». Il a demandé que «la voix de ceux qui sont puissants n’étouffe pas [celle] de ceux qui sont également nombreux, mais qui n’ont pas de lieu où s’exprimer».

    Le pape a ensuite fait écho à la récente réunion entre des responsables du Saint-Siège et de l’Église en Allemagne, qui s’est tenue le 12 novembre. Celle-ci portait notamment sur la création d’un nouvel organisme ecclésial appelé «conférence synodale», qui a suscité de vives critiques de la part de Rome ces dernières années. Le pape a expliqué que le but de cette rencontre était de «s’assurer que le Synodale Weg allemand ne rompe pas avec ce qui doit être considéré comme le chemin de l’Église universelle» et a estimé que ces échanges aboutissent à « des ajustements des deux côtés».

    Comprendre qui est Robert Francis Prevost

    «Il y a un an ou deux, moi aussi j’ai pensé à partir à la retraite un jour», a plaisanté le pape en s’adressant à une journaliste américaine qui réalisait son dernier voyage papal. Évoquant le conclave qui l’a élu – à la surprise de beaucoup – le 8 mai dernier, il a assuré respecter «strictement le secret». Avant de confier toutefois: «Je me suis résigné quand j’ai vu comment les choses tournaient et que […] ça pouvait devenir une réalité. J’ai pris une profonde respiration et je me suis dit: Seigneur, on y va, c’est toi qui me guides». Le pape a affirmé croire «profondément» que tout est «entre les mains de Dieu».

    Pape-Leon-XIV_RIS9693
    Pape-Leon-XIV_RIS9693
    «Je me suis résigné quand j’ai vu comment les choses tournaient et que (…) ça pouvait devenir une réalité [son élection]." | © Vatican Media

    À la question personnelle de savoir «quel livre il faut lire pour comprendre qui est [Robert Francis] Prevost», le pontife a cité La pratique de la présence de Dieu écrit par frère Laurent de la Résurrection (né Nicolas Herman), carme français du XVIIᵉ siècle. «C’est ma spiritualité depuis des années», a-t-il glissé à propos de cet ouvrage qui décrit une façon de «donner simplement sa vie à Dieu en le laissant nous guider». «J’ai confiance en Dieu et je partage ce message avec tous», a-t-il ajouté en se remémorant les «défis» rencontrés dans sa vie, «ayant vécu au Pérou pendant des années de terrorisme, ayant été appelé au sacerdoce dans des endroits où je ne pensais jamais être appelé».

    Alors que la presse scrute ses premiers pas depuis près de sept mois, le pape s’est amusé de la manière des journalistes «d’interpréter» son visage, convenant qu’il était «très expressif». «J’ai des supers idées grâce à vous tous car vous pensez que vous pouvez lire mon esprit et mon visage alors que vous n’avez pas toujours raison», a-t-il taclé sur un ton bon enfant.

    Le sens de sa devise papale dans un monde individualiste

    Sur le choix de sa devise papale – In Illo Uno Unum (En celui qui est un, soyons un) –, le pontife américain a estimé que l’Église catholique était appelée à livrer le message «très important» de la haute valeur de «l’unité, l’amitié, [des] relations humaines, de la communion». Il a diagnostiqué en effet une société «très individualiste», où les relations personnelles «sont souvent très isolées» à travers les ordinateurs ou les smartphones – un état de fait aggravé par l’expérience de la pandémie, a laissé entendre le pape.

    Le pape a précisé que l’appel de sa devise n’était pas «seulement pour les chrétiens». Et de marteler son souci de «promouvoir l’unité authentique, la compréhension, le respect et les relations humaines de l’amitié et du dialogue dans le monde», laissant de côté «les armes de la guerre, […] la haine». (cath.ch/imedia/bh)

    Actualités les plus lues

    no_image
    Sr-Maia-El_Beaino

    Sœur Maïa: «La capacité d’écoute du pape m’a surprise»

    Au cours de son voyage au Liban, le pape Léon XIV a eu l’occasion de rencontrer des jeunes sur le parvis du patriarcat d’Antioche des maronites, à Bkerké. Sœur Maïa, présente avec une quarantaine de jeunes de l'école qu'elle dirige, a pu rencontrer le pontife. Au-delà de la joie de cette rencontre en privé, elle témoigne de la difficulté de vivre dans un village proche de la frontière avec Israël, en pleine guerre, avec le souci de voir les chrétiens déserter le sud Liban.

    Luc Balbont, pour cath.ch

    «Il [le pape] nous a posé des questions sur notre situation et nous a demandé comment nous vivions cette guerre", témoigne Sœur Maïa El Beaino, directrice de l'école des Saints-Cœurs. A l’invitation lancée par le comité d’organisation du voyage papal au Liban, les Saints-Cœurs de Ain Ebel ont répondu positivement, et la directrice de l’établissement s’est inscrite aussitôt pour la rencontre du 1er décembre au patriarcat de Bkerké entre le pape Léon XIV et la jeunesse libanaise. Une rencontre qui, sans conteste, reste pour beaucoup d’observateurs - avec sans doute la messe finale du 2 décembre, sur le port de Beyrouth, lieu de la terrible explosion du 4 août 2020 - le seul contact entre le pape et les citoyens, forces vives du monde de demain.

    Les Libanais ont fui le sud du pays

    Sœur Maïa, 45 ans, dirige l’École des Sœurs des Saints-Cœurs depuis 2020 à Ain Ebel, au sud Liban. Un village de 1’500 habitants situé à cinq kilomètres seulement de la frontière israélienne. «1’500 âmes l’hiver, mais plus de 2’000 l’été», précise la religieuse. Une région en pleine tourmente, minée par une guerre entre Israël et les islamistes palestiniens du Hamas et du Hezbollah libanais, qui n’en finit pas, malgré un soi-disant cessez-le feu signé en octobre 2025. Maisons détruites, villages rasés, deuils en série. «Chaque jour, des innocents meurent, notamment des femmes et des enfants. Si l’école des Sœurs des Saints-Cœurs de Ain Ebel devait fermer ses portes, les chrétiens déserteraient la région», prévient-elle.

    Puis, d’une voix alerte et sur un ton dynamique, Sœur Maïa énonce deux chiffres ... qui font froid dans le dos: «Notre école qui comptait plus de 1’000 élèves, moitié chrétiens, moitié musulmans chiites avant la guerre ouverte en octobre 2023 - entre Israël et les islamistes du Hamas en Palestine et ceux du Hezbollah au Liban –, a vu fondre la moitié de son effectif." Elle ne compte plus que 500 élèves aujourd’hui, «car beaucoup de villages de notre région ont été rasés par les drones et les obus israéliens, et les habitants ont dû se reloger précipitamment au nord Liban, dans leur famille ou chez des amis», s’émeut Sœur Maïa.

    Eleves-Ecole-Sr-Saints-Coeurs
    Eleves-Ecole-Sr-Saints-Coeurs
    Photo souvenir des jeunes qui ont suivi la Sœur Maïa El Beaino à la rencontre du pape | DR

    Rencontre entre le pape et plus de 10'000 jeunes

    Depuis son indépendance en 1943, le Liban a souvent été une étape obligée pour les papes. Successivement, Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et aujourd’hui Léon XIV, élu en 2025, sont venus au Pays du Cèdre. Pour des raisons politiques (gouvernement libanais vacant, guerres et état de santé délicat), le pape François qui voulait tant venir n’a pas pu s’y rendre. La raison majeure de cette attirance de Rome pour ce petit pays, c’est que le Liban est le seul pays arabe en Orient où les chrétiens ont encore un certain pouvoir, une liberté d’action politique et sociétale, une parole qui compte.

    «Nous sommes partis de l’école le 1er décembre au matin avec 40 élèves, filles et garçons âgés de 16 à 18 ans, raconte la religieuse. Nous avions choisi deux groupes, dont celui inspiré par l’encyclique Fratelli tutti du pape François, rendu publique en octobre 2020 et portant sur la fraternité. Trois heures de route jusqu’à Beyrouth.»

    Le soir, vers 18 heures, plus de 10’000 jeunes (12’000 selon certaines sources) et leurs accompagnateurs se sont rassemblés autour du patriarcat. Faute de place, un grand nombre n’ont pas pu rentrer pour voir le pape, et surtout écouter son message d’espérance, de paix et de vivre ensemble.

    "Demandez-vous pourquoi le Liban n’a jamais désespéré»

    «Sur cette terre libanaise, et notamment au Sud, affirme Sœur Maïa, les chrétiens et les musulmans ont toujours vécu ensemble. Dans notre école chrétienne, la moitié de nos élèves sont musulmans chiites, leurs parents apprécient notre mission, nos valeurs et la qualité de notre enseignement.» Mais ce qui a le plus étonné la directrice de l’école d’Ain Ebel, c’est la manière dont le pape à amener ces jeunes à s’interroger avec cette simple demande: «Depuis le début de son histoire, a-t-il lancé, le Liban a traversé des périodes souvent dramatiques: guerres civiles, occupations étrangères, crises économiques, épidémies, et pourtant, il s’est toujours miraculeusement reconstruit. Vous êtes-vous demandé pourquoi?»

    Une rencontre privée

    Grâce à l’entremise du nonce apostolique, Mgr Paolo Borgia, le pape Léon a accepté de recevoir en privé la religieuse et quatre de ses élèves. Sœur Maïa a porté son choix sur deux filles et deux garçons, venus de quatre villages chrétiens différents: Eddy Abou Elias du village de Kawzah, Hadi Naddaf de Debel, Celia Hajj de Rmeich et Jana Andraos de Zin Ebel.

    Sr-Maia-El-Beaino-Pape-Leon-XIV
    Sr-Maia-El-Beaino-Pape-Leon-XIV
    Sr Maïa a pu rencontrer le pape en privé avec quatre de ses élèves | DR

    Une rencontre sans tapage, sans présence de la presse, intime. «Il nous a posé des questions sur notre situation, confie la sœur, et nous a demandé comment nous vivions cette guerre; j’ai été surprise par sa connaissance sur les gens du Sud; le nonce avait dû sans doute l’informer. C’est aussi sa capacité d’écoute qui m’a surprise. Tout ce que j’espère c’est que sa visite aura un effet positif sur notre Liban et sur les chrétiens de la région. Au final, cette visite aura montré combien Rome est sensible à notre situation.»

    Durant sa visite, Léon XIV ne s’est pas rendu au Sud, à cause sans doute de l’insécurité régnante dans la région. Beaucoup lui ont reproché cette absence. A l’heure où un grand nombre de jeune libanais émigrent à l’étranger, et où le pays perd une grande partie de sa jeunesse si talentueuse, l’accueil des élèves de l’école des Sœurs des Saints-Cœurs est le signe d’un soutien qui redonne de l’espérance.

    Les élèves de Sœur Maïa sont revenus de Beyrouth pleins de souvenirs heureux. Mais en passant près de l’aéroport de la capitale, d'où le pape devait repartir le 2 décembre pour Rome, «les visages se sont à nouveau assombris en entendant les avions et les drones israéliens survoler le ciel libanais», a déploré Sœur Maïa. (cath.ch/lbo/bh)

    Une vie dévouée à l’enseignement
    Sœur Maïa El Beaino est née en 1980, dans la région de Jounieh, près de Beyrouth, au sein d’une famille maronite très croyante. Licenciée en informatique, en sciences religieuses, en travail social, et titulaire également d’un master en gestion scolaire, elle prononce ses vœux définitifs, à l’âge de 23 ans, avec deux modèles: saint François d’Assise et Mère Teresa. Au plus fort des combats, un ordre écrit de l’armée israélienne tombé sur les réseaux sociaux le 1er octobre 2024, donne 40 minutes aux habitants d’Ain Ebel pour quitter leur village. Elle se réfugie alors dans un lieu plus sûr. Un exil de courte durée, puisqu’elle reprend très vite son poste de directrice, pressée qu’elle est de poursuivre sa mission, qu’elle qualifie d’existentielle. LBo

    Actualités les plus lues