«Le peuple libanais, bien qu’il adhère à différentes religions, nous rappelle avec force que la peur, la méfiance et les préjugés n’ont pas le dernier mot», a déclaré le pape Léon XIV, le 1er décembre 2025. Il s’exprimait sur la place des Martyrs à Beyrouth, devant des leaders chrétiens et musulmans du pays.
Pour cette rencontre œcuménique et interreligieuse, le pape était attendu par des centaines de personnes réunis sur la place des Martyrs, un haut lieu mémoriel symbole de l’histoire d’un Liban souvent meurtri. Le nom de la place fait référence à la révolte nationaliste de 1916, pendant laquelle six patriotes libanais furent pendus par les armées ottomanes de Djemal Pacha.
Accueilli par de nombreux responsables chrétiens
La statue centrale, qui rappelle leur sacrifice, est encore criblée des balles échangées au cœur de la capitale pendant la guerre du Liban (1975-1990). Depuis, l’esplanade a accueilli de nombreuses manifestations ces dernières années, témoignant des difficultés gouvernementales, sociales et économiques que traverse le pays.
30/04/2025
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Le pape a été accueilli par de nombreux responsables chrétiens et musulmans, témoins de la diversité religieuse du pays, notamment le patriarche Ignace Joseph III Younan, primat de l’Église catholique syriaque, le cardinal Bechara Raï, patriarche de l’Église maronite, ainsi qu’Abdul Latif Derian, grand mufti du Liban. Plusieurs représentants chiites, grec-orthodoxes, syriaque-orthodoxes, druzes, arménien-apostolique, protestants et alaouites ont aussi participé à la rencontre.
L’agression israélienne dénoncée
Cette rencontre interreligieuse et œcuménique est particulièrement importante au Liban, qui dispose d’un système politique «confessionaliste», structuré autour des communautés religieuses du pays. La Constitution libanaise prévoit ainsi que le président soit systématiquement un chrétien maronite, que le Premier ministre soit chiite et que le président de la chambre des députés soit sunnite.
Sous une grande tente installée sur la place des Martyrs, l’Évangile et le Coran ont été psalmodiés tour à tour en arabe. Puis huit représentants religieux ont prononcé chacun un discours en faveur du dialogue interreligieux et de la coexistence pacifique. Le représentant chiite, le cheikh Ali El-Khatib, a espéré que la venue du pape contribue à faire croître la paix dans le pays. Il a dénoncé «l’agression israélienne continue», tandis que le patriarche Ignace Ephrem II Karim, primat de l’Église syriaque-orthodoxe, a déploré les attaques du «féroce ennemi israélien».
Clochers et minarets, témoins de la «foi inébranlable» du Liban
Le pape a pris la parole pour rendre hommage à la «foi inébranlable» du Liban, où «minarets et clochers se dressent côte à côte», et où «chaque coup de cloche, chaque adhān, chaque appel à la prière se fondent en un seul hymne exaltant […] pour élever une prière sincère pour le don divin de la paix», et ce malgré les guerres et tensions incessantes qui frappent le Moyen-Orient ces dernières années. À une centaine de mètres, aux abords de la place, la mosquée Mohammad Al Amine et la cathédrale maronite Saint-Georges, deux édifices illuminés sous la nuit tombante, illustraient son propos.
Le pape a reconnu que les conflits «complexes et anciens» du Moyen-Orient suscitent parfois «un sentiment d’appréhension et de découragement» dans le reste du monde. Pour s’y opposer, il a encouragé son auditoire à se concentrer sur ce qui les unit: leur «humanité commune» et leur «croyance en un Dieu d’amour et de miséricorde».
«Le véritable dialogue et la véritable collaboration sont enracinés dans l’amour»
«Le peuple libanais, bien qu’il adhère à différentes religions, nous rappelle avec force que la peur, la méfiance et les préjugés n’ont pas le dernier mot.» Le pontife a enjoint les Libanais à «témoigner de la vérité immuable selon laquelle chrétiens, musulmans, druzes et d’innombrables autres peuvent vivre ensemble et construire un pays uni par le respect et le dialogue». Le pape a en particulier salué la participation de toutes les communautés religieuses du pays, chaque 25 mars, à la fête nationale décrétée pour vénérer Notre-Dame du Liban dans le sanctuaire de Harissa – où il s’est rendu ce matin.
«Le véritable dialogue et la véritable collaboration sont enracinés dans l’amour, seul fondement de la paix, de la justice et de la réconciliation», a assuré Léon XIV. Il a rappelé que l’Église catholique encourage le dialogue entre les religions depuis la publication de la déclaration Nostra Aetate en 1965, signée par Paul VI à la fin du Concile Vatican II.
Les racines profondes de la foi au Liban
Après son discours, Léon XIV a planté symboliquement un olivier sur la place avec les autres leaders religieux. Dans son intervention, il avait rappelé que si le Liban est réputé pour ses «cèdres majestueux, l’olivier est également un pilier de son patrimoine». Il avait souligné comment cet arbre est vénéré dans les textes sacrés du judaïsme, du christianisme et de l’islam en tant que «symbole intemporel de réconciliation et de paix».
Le pape a ensuite comparé les racines des oliviers et des cèdres à la grande diaspora libanaise dispersée dans le monde, «mais unie par la force durable et l’héritage intemporel de sa patrie». L’héritage millénaire du Liban, a insisté le pape, représente une «vocation» pour tous les Libanais, peu importe leur religion: celle d’être des «artisans de paix».
Le rôle des femmes pour la paix
Le cheikh Mouhamad al-Saleh Akkar Abboudieh, de la communauté alaouite du nord du pays, a affirmé «l’honneur» de participer à cet événement avec Léon XIV. Il a confié vouloir profiter de cette rencontre pour alerter le pontife sur le sort de la communauté alaouite au Moyen-Orient. Cette minorité chiite présente au Liban et en Syrie, à laquelle appartenait l’ancien président Bachar el-Assad, est notamment victime de répression depuis la chute de ce dernier en 2024. «La voix du Saint-Père peut faire la différence», assure le représentant.
Quelques mètres plus loin, Mireille Hamouche, Libanaise née dans une famille grecque-orthodoxe mais mariée à un maronite, souligne le rôle prépondérant des femmes libanaises dans la promotion de la paix dans son pays. Elle est membre d’une ONG défendant une «paix positive», soit une paix qui ne se limite pas à l’absence de conflit mais vise à réformer les structures et institutions du pays. Elle plaide pour plus de visibilité sur le rôle des femmes dans la société libanaise.
La suite du programme
Avant de gagner la place des Martyrs, le pape avait participé à une rencontre privée avec les patriarches des Églises catholiques au Moyen-Orient (latine, maronite, syriaque, melkite, chaldéenne et copte), lors de laquelle a été discutée la question d’une date commune pour Pâques. Un écho à la déclaration signée à Istanbul le 29 novembre dernier par le pape et le patriarche de Constantinople Bartholomée, dans laquelle ils s’étaient engagés à trouver une solution pour célébrer que les Églises orthodoxes et catholiques fêtent Pâques à la même date.
Le pape a ensuite déjeuné avec ces responsables, rejoints par trois leaders non catholiques, Aram Ier, catholicos arménien de la Grande Maison de Cilicie, Ignatius Aphrem II, patriarche de l’Église syriaque-orthodoxe, et Jean X, patriarche orthodoxe d’Antioche.
Léon XIV doit se rendre à Bkerké, à une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth, pour la dernière étape de sa journée. Il doit visiter le siège du patriarcat d’Antioche des maronites, pour retrouver l’actuel patriarche de cette Église orientale rattachée à Rome, le cardinal Bechara Raï, et prononcer un discours devant des jeunes catholiques libanais.
Le 2 décembre, il entamera la dernière journée de son voyage, lors de laquelle il se rendra sur le lieu de l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Il célébrera aussi une messe sur le front de mer de Beyrouth. (cath.ch/hl/cd/rz)