Par la voix du cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales, le Vatican a indirectement rejeté l’interdiction de l’Église orthodoxe ukrainienne historiquement liée au patriarcat de Moscou.
“Les organisations religieuses ne devraient pas être punies collectivement”, a souligné le cardinal Gugerotti lors d'une réunion avec le responsable des affaires religieuses en Ukraine, rapporte le 20 novembre 2025 l’agence catholique autrichienne Kathpress. La déclaration du préfet du dicastère pour les Églises orientales s’inscrit dans le cadre du procès ouvert à Kiev en vue de dissoudre l’Église orthodoxe ukrainienne historiquement liée au patriarcat de Moscou.
Lors d'un entretien avec le responsable ukrainien compétent, le cardinal Claudio Gugerotti a qualifié les sanctions collectives contre les communautés religieuses d'inappropriées. Le cardinal s'est prononcé en faveur d'une punition juste pour les ecclésiastiques et autres personnes qui ont enfreint les lois de l'État ou collaboré avec les occupants, mais contre toute sanction générale envers une Église particulière.
Sans le citer directement, le cardinal faisait allusion au procès actuellement en cours à Kiev pour dissoudre de force les organes dirigeants de l'Église orthodoxe ukrainienne (UOK). La raison invoquée est ses liens présumés avec Moscou.
Interdiction de tout lien avec la Russie
En Ukraine, depuis plus d'un an, toutes les communautés religieuses ont l'interdiction légale d'entretenir des relations avec la Russie. Cette mesure est justifiée par la guerre d'agression menée par la Russie. Sur la base de la «loi sur la protection de l'ordre constitutionnel dans le domaine d'activité des organisations religieuses», les autorités prennent des mesures sévères à l'encontre de l'UOK.
Selon les services du renseignement intérieur, 40 ecclésiastiques, dont des évêques, ont été condamnés à des peines de prison depuis 2022. D’autres ont été renvoyés en Russie, d’autres enfin ont fait l’objet d’échange contre des prisonniers de guerre ukrainiens. Au total, 208 procédures pénales pour «activités anti-ukrainiennes» et autres infractions auraient été engagées à ce jour contre des membres de l'UOK.
Kiev veut supprimer l’Église orthodoxe ukrainienne (UOK)
L'administration Zelensky mène actuellement un procès devant un tribunal administratif, visant à interdire toute activité au siège métropolite de Kiev de l'UOK. Ce qui serait un coup dur pour l'Église et pourrait entraîner une vague d'interdictions à son encontre dans tout le pays. Les autorités ukrainiennes ont toutefois assuré qu’en cas de dissolution du siège métropolite, toutes les paroisses pourraient continuer à exister en tant que communautés ecclésiastiques indépendantes. La pratique religieuse resterait également garantie.
L'UOK traditionnellement liée au patriarcat orthodoxe de Moscou, s'en est formellement séparée à la fin du mois de mai 2022, trois mois après l'invasion de l'armée russe. Les autorités ukrainiennes accusent toutefois l'UOK de ne pas avoir complètement rompu avec Moscou et le patriarche Cyrille qui soutient la guerre d'agression contre l’Ukraine menée par le Kremlin.
Plus de 60% de la population ukrainienne se déclare de confession orthodoxe. Selon diverses études, depuis le début de la guerre, plusieurs centaines de paroisses de l’UOK, historiquement lié au patriarcat de Moscou, ont rallié l’Eglise orthodoxe indépendante d’Ukraine à tendance résolument nationaliste. (cath.ch/kap/mp)