Lors des 24 premières heures de son pontificat, Léon XIV a laissé l’impression d’un pape capable de faire dialoguer les riches héritages de ses prédécesseurs François, Benoît XVI ou Jean Paul II.
Jeudi 8 mai 2025, peu après 19h, le pape Léon XIV rejoint la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre, où il prononce son premier discours devant plus de 100’000 personnes. En quelques instants, le cardinal Robert Francis Prevost devient le pape sous un nouveau nom. Un choix qui sonne comme un programme, Léon XIII étant le pape qui fit basculer l’Église dans le XXe siècle et formula sa doctrine sociale.
Les premiers mots du pape Léon XIV, «la paix soit avec vous tous», résonnent sur la place. Dans son intervention, le pape reprend les grandes thématiques du pontificat de François – la synodalité, l’inclusion, la priorité pour les pauvres – sans oublier de rendre un émouvant hommage à celui qui, moins de vingt jours auparavant, bénissait encore les fidèles exactement du même endroit. «Il a une profonde compréhension de qui est le pape François», confiera le lendemain le cardinal Christophe Pierre, nonce aux États-Unis.
En moins de vingt minutes, se dessinent les premiers grands traits d’une personnalité nouvelle et, par bien des aspects, différente de celle de son prédécesseur. Son intervention, longue et riche en citations des Évangiles, lue à partir de notes, ressemble davantage à une homélie qu’aux salutations chaleureuses et spontanées du pontife argentin en 2013.
Contrairement à Jean Paul II et Benoît XVI, Léon XIV renonce à porter les souliers rouges des papes, gardant de simples chaussures noires comme François. Mais son choix d’endosser, comme les deux premiers, la mosette rouge, une croix pectorale dorée et un rochet ne passe pas inaperçu. François, lors de son élection, portait uniquement sa soutane blanche et n’avait mis sur ses épaules l’antique étole des saints Pierre et Paul que pour la bénédiction finale, là où son successeur la porte durant toute son apparition.
Un retour à la maison inattendu
Mais déjà la nuit tombe, et Léon XIV retourne à la résidence Sainte-Marthe avec les autres cardinaux pour partager le traditionnel repas de fin de conclave. « Un bon dîner, sympathique et détendu », rapporte le cardinal François Bustillo, évêque de Corse. Au menu, sans surprise, de la cuisine italienne. Le cardinal Jean-Paul Vesco témoigne lui aussi d’une atmosphère « très joyeuse, très légère ». À table, les cardinaux reviennent sur les 24 heures essentielles qu’ils viennent de vivre, et qui leur ont permis de trouver parmi eux le 267e pape de l’histoire.
Plus tard dans la soirée, Léon XIV décide de ne pas rester dans la chambre qu’il occupait pendant le conclave. Il gagne en voiture le Palais du Saint-Office, situé à quelques centaines de mètres, où il s’était installé seulement sept semaines auparavant. François était lui resté à Sainte-Marthe et n’en était jamais reparti, délaissant les appartements pontificaux. Pour l’heure, nul ne sait encore ce que décidera Léon XIV.
Au Saint-Office où elle réside, sœur Nathalie Becquart a la surprise de voir arriver le pape. Le nouveau pontife est accueilli dans la cour du palais par un groupe de résidents et quelques visiteurs fortunés, qui n’en reviennent pas. Le pape serre des mains, que certains fidèles embrassent avec déférence – un geste que n’aimait pas beaucoup François, mais qui ne semble pas gêner son successeur. Il échange quelques mots en italien, puis en espagnol avec des pèlerins venus du Mexique, fait quelques selfies. « Ce n’est pas banal de croiser un pape dans son immeuble », s’amuse sœur Becquart, très heureuse d’avoir pu le saluer et le féliciter.
Une bible dédicacée
Une jeune Italienne tend une Bible au nouveau pape pour qu’il la dédicace, et Léon XIV accepte, prenant même le temps d’écrire un petit mot personnalisé. Mais au moment d’apposer sa signature, il se reprend avec humour, expliquant qu’il ne doit pas utiliser «la vieille qui ne sert plus», avant de demander avec malice à l’assemblée : « Quel jour sommes-nous ? », suscitant de nombreux rires.
Après avoir salué et donné sa bénédiction à tout le monde, le pontife regagne pour la nuit son appartement personnel. Sa porte est restée sous la protection des gardes suisses, la petite armée en charge de veiller sur le pontife.
Un nouveau style
Le lendemain matin, changement de décor: le pape célèbre sa première messe officielle dans la chapelle Sixtine, en présence des cardinaux. Là encore, le choix des parements liturgiques est scruté avec attention, car, comme François, il a choisi de porter la férule de Benoît XVI. L’Argentin avait ensuite abandonné celle du pape allemand pour une autre, réalisée spécialement pour lui.
Mais plus que ce détail, c’est le style adopté par le pontife natif de Chicago dans son homélie qui semble le distinguer de celui de François. En 2013, ce dernier avait proposé une sorte d’«homélie type» de son pontificat : construite en trois parties, très pédagogique, pleine de formules fortes et de citations littéraires. Et régulièrement, il avait quitté son texte pour improviser – comme il le fit durant tout son pontificat.
Léon XIV, lui aussi, s’est permis une improvisation dès le début de sa prise de parole. Elle est en anglais – comme pour réparer l’oubli de la veille, où il avait salué la place Saint-Pierre en italien et en espagnol. Mais le pape lit ensuite fidèlement en italien l’ensemble de son homélie, du début à la fin. Son texte, structuré autour d’une grande ligne de réflexion, rappelle les inspirations spirituelles de Jean Paul II. Et la densité théologique de son propos fait écho à celle de Benoît XVI, notent plusieurs observateurs.
Après la messe, célébrée sobrement en latin, le pape américano-péruvien retourne à la résidence Sainte-Marthe pour un nouveau repas en présence des cardinaux. Le nouveau pape circulant entre les tables, est venu échanger quelques mots avec les personnes présentes dans la cantine où François a partagé pendant tant d’années ses repas avec les hôtes des lieux. (cath.ch/imedia/cd/mp)