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    cyclisme

    Jubilé des sports: une passion papale

    Le 1er juin 2025, les cyclistes du Tour d’Italie effectueront une petite boucle au sein des jardins du Vatican à l’occasion de la dernière étape en hommage au pape François. L’occasion de rappeler la place toute particulière qu’a occupée le cyclisme dans le cœur des papes.

    Un prêtre peut-il enfourcher une bicyclette ? La question est posée au début du XXe siècle dans une revue française pour prêtres – repérée par l’historienne Catherine Marneur – L’ami du clergé. Il s’agit de répondre à l’étonnement qui saisit toute la société européenne devant l’avènement et le succès de cet étrange véhicule à deux roues. Prudente, l’Église ne tranche pas : «Le Saint-Office n’a pas encore donné son avis sur le vélo. Avant tout, il faut tenir compte de l’effet que cela produira sur la population». Les doutes ne subsistent pas longtemps, et quand en 1948, Fernandel se met dans la peau de Don Camillo, adepte d’un joli cycle hollandais, plus personne ne doute de l’extraordinaire compatibilité de la soutane et du coup de pédale.

    Maillot jaune (ou rose) : Pie X, le premier

    Entre temps, le cyclisme est devenu un sport populaire de premier plan, en témoigne le succès qu’il rencontre dès la création du Tour de France en 1903 ou du Giro d’Italia (Tour d’Italie) en 1909. Un engouement qui va rapidement franchir les murs léonins, même si, jusqu’en 2025, nul n’avait encore osé transformer les pentes abruptes et goudronnées des jardins du Vatican en une piste cyclable. Pie X (1903-1914), «l’Européen le plus moderne» de son temps selon Guillaume Apollinaire, ne s’y trompe pas : derrière toutes ces passions sportives qui prospèrent à son époque, il y a quelque chose de profondément chrétien dont l’Église doit s’emparer.

    C’est alors l’âge d’or des patronages, et Pie X est le premier pape à bénir une course amateur au départ de Rome. Son successeur Benoît XV (1914-1922) l’imite quelques années plus tard. Le vélo est dès lors perçu comme une pratique vertueuse, accessible aux familles. Sur le vélo, le chrétien découvre l’intérêt d’un véritable dépassement de soi, ou le sens d’un sacrifice radical, mais décorrélé de tous les penchants guerriers alors en vogue. Reste que sur le pavé ou l’asphalte, les spectateurs comprennent que la victoire finale nécessite d’unir initiative individuelle et esprit d’équipe.

    Maillot à pois: Pie XII, la passion au sommet

    Cependant, la passion papale pour le cyclisme va prendre une toute autre dimension avec un autre pape, Pie XII (1939-1958). Ce dernier est même célèbre pour avoir fait bâtir en 1948 une petite chapelle sur les hauteurs du col de Ghisallo, l’équivalent, pour le Tour de Lombardie, du mythique col du Galibier du Tour de France. Il baptise l’édifice « Notre-Dame universelle des cyclistes ». Aux côtés du pontife de la Seconde Guerre mondiale, un héros de l’asphalte comme il n’y en aura jamais plus démontre à lui seul à quel point les coureurs sont alors en odeur de sainteté au Vatican : Gino Bartali, dit «Gino le pieux».

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    Le cycliste italien Gino Bartali salue le pape Pie XII en 1948

    Ce membre de l’Action catholique, aussi rugueux dans l’effort que discret en dehors des routes, n’est pas uniquement le héraut de la vertu et d’un certain conservatisme pour les Italiens, qui l’opposaient au très laïc et fantasque Fausto Coppi, autre légende du vélo. Après la mort de Bartali, sa famille a en effet découvert que le double vainqueur du Tour de France avait été un des humbles et silencieux serviteurs des plus faibles dans la sourde lutte engagée par l’Église catholique contre le fascisme de Mussolini ou le nazisme d’Hitler lors de la Seconde Guerre mondiale. Acheminant pour le Vatican des faux-papiers dans le cadre de son vélo, il les livrait à certains monastères pour permettre d’exfiltrer des familles juives. Gino Bartali est d’ailleurs aujourd’hui reconnu comme ‘Juste parmi les Nations’ par Israël.

    Le sportif, tertiaire carmélite, a indubitablement été le relais du pontife dans le peloton. Il est reçu en audience en 1946 par le pape Pie XII au départ de la neuvième étape du Giro qu’il remporte. En 1950, année jubilaire, le Giro d’Italia arrive à Rome, et le pape Pie XII décide d’accueillir en personne les champions. Cependant, le grand Bartali a cette fois-ci trouvé plus fort que lui: le Suisse Hugo Koblet, un calviniste, premier non-Italien à remporter le Giro. Le pontife, dans un geste où l’esprit sportif rejoint le désir de dialogue œcuménique, décide alors de bénir les deux champions.

    Maillot blanc: Paul VI, théologien du sens la course

    Son successeur, Jean XXIII, n’est pas un pape sportif. Paul VI (1963-1978), en revanche, fervent défenseur de l’exercice physique, est un digne successeur de Pie XII sur ce plan. Il reconnaît notamment avoir éprouvé une véritable passion pour ce sport depuis sa tendre enfance. En 1964, il prononce même un discours très inspiré, spécialement adressé aux coureurs au départ du Giro, notamment les célèbres Felice Gimondi et Eddy Merckx :

    « Le sport, en plus d’être une réalité sensible et vécue, est le symbole d’une réalité spirituelle, qui constitue la trame cachée, mais essentielle, de notre vie : la vie est un effort, la vie est une épreuve, la vie est un risque, la vie est une course, la vie est un espoir vers un but qui transcende la scène de l’expérience commune, et que l’âme entrevoit et la religion nous présente. »

    Quelques années plus tard, aux participants du Tour de Sardaigne 1975, qui passa, comme le Giro de 1964, place Saint-Pierre à Rome, il réaffirme une fois de plus toute son admiration pour la discipline et la ferveur que demande la pratique de ce sport. Son successeur, Jean-Paul Ier, était lui aussi un passionné convaincu : « Si le sport est humain, pour nous Italiens le Giro d’Italia est umanissimo » (très humain), avait déclaré Albino Luciani alors qu’il était encore patriarche de Venise en 1972, en donnant symboliquement le départ du 55e Tour d’Italie.

    Le «dossard rouge» de l’équipe cycliste de Jean-Paul II

    Le pape Jean-Paul II, grand sportif et cycliste amateur, reprendra le flambeau d’une toute autre façon. Son pontificat correspond aux premières révélations sur l’usage de produits dopants dans les compétitions cyclistes, qui jettent un discrédit très pénalisant sur la pratique sportive. C’est en soufflant à l’oreille d’un jeune directeur d’une équipe cycliste italienne, Ivano Fanini, que le Polonais marque à son tour la scène sportive. Il lui suggère de nommer son équipe «Amore e vita» (Amour et vie, en italien), car selon lui le sport est une affirmation puissante de ces deux principes catholiques quand il s’exprime pleinement. Fanini prend le pape au mot.

    Affichant sur le maillot de son équipe non plus un sponsor mais un message de foi qui lui donne des airs d’encyclique, l’écurie Amore e vita détonne dans ces années où l’appât du gain et l’obsession pour la performance individuelle, jusqu’à la triche, semble corrompre de toute part le bel idéal sportif autrefois tant aimé par Paul VI ou Pie XII.

    Ivano Fanini, catholique militant, décide même d’assortir son maillot d’un message anti-avortement lors d’une saison entière ! La démarche est moyennement appréciée par le milieu, mais l’homme assume pleinement et sans scrupules de rouler pour le pape, qui s’est alors porté au front sur les questions de défense de la vie pendant ces dernières années du XXe siècle. Plus généralement, Amore e Vita est une équipe hors norme, en ce qu’elle décide de donner une seconde chance à des sportifs qui ont été bannis pour dopage, et qui servent trop souvent de boucs émissaires dans un sport où plus personne ne semble être propre. Au contraire, Amore e Vita propose de pardonner une fois la peine purgée.

    Le pape Jean-Paul II reçoit plus d’une vingtaine de fois le fantasque Fanini. L’équipe de ce dernier n’a certes pas le plus grand palmarès de l’histoire du cyclisme. Mais, active jusqu’en 2021, elle a fait preuve de cet esprit de combativité si apprécié du public, pour lequel on attribue souvent aujourd’hui un dossard rouge dans les courses par étape.

    François, maillot vert ?

    Depuis la fin du pontificat de Jean-Paul II, le vélo est moins mis à l’honneur, Benoît XVI, dit-on, préférait la Formule 1. Le pape François, fervent amateur de football, a néanmoins été sollicité pour bénir le maillot rose, porté par le premier du classement sur le Tour d’Italie, dès son élection en 2013. S’il n’a pas eu des mots aussi inspirés que Paul VI sur le sens de la course, le chef de l’Église catholique insistait, dans un tout autre domaine, sur la nécessité de repenser les moyens de transports urbains.

    Avec Laudato Si’, il invitait notamment à sortir de la logique de transports polluants. Dans son encyclique, le pontife argentin exhortait aussi à trouver une alternative en faisant preuve de créativité : le vélo semble être un bon candidat pour limiter la consommation énergétique excessive et polluante des hydrocarbures, tout en permettant une réelle mobilité dans les villes. Peu avant sa mort, le pontife avait d’ailleurs offert un vélo sur ses propres deniers à une de ses collaboratrices au sein de la Curie romaine, la religieuse française mère Marie des Anges, après que cette dernière a cassé le sien.

    La défense de la ‘Maison commune’ portée par le chef de l’Église plaisait aux cyclistes, qui sont souvent venus le saluer : le slovène Peter Sagan, la superstar du sprint avait offert un vélo floqué aux couleurs du Vatican ainsi que son maillot de champion du monde – le mythique maillot arc-en-ciel – au pape argentin lors d’une visite en 2018. Mais peut-être aurait-il dû opter pour un maillot vert !

    Pendant son pontificat, le pape François a fait intégrer le Vatican à l’Union cycliste internationale en 2021. En rejoignant la grande famille du vélo, les cyclistes du plus petit État du monde ont pu participer à plusieurs championnats du monde et porter fièrement les couleurs or et blanche du pape au milieu du peloton.

    Pour l’instant, le pape Léon XIV ne semble pas avoir de passion particulière pour la bicyclette – contrairement au tennis, au baseball ou à l’équitation. On sait, grâce à son ancien coach sportif, qu’il a pédalé sur les vélos fixes de salle de sport. Mais le monde du vélo semble déjà apprécier le pontife américain : une compagnie de location de vélo de sa ville natale de Chicago, Divvy, a ainsi inauguré une gamme aux couleurs du Vatican pour rendre hommage à son pape. (cath.ch/imedia/cd/mp)

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