Évêque depuis à peine deux ans, Mgr Roberto Repole va rejoindre le Collège cardinalice à 57 ans et restera donc électeur des futurs papes pendant 23 ans. Avec la promotion de cet évêque au profil de théologien, disciple du cardinal Henri de Lubac, la capitale du Piémont va retrouver son statut traditionnel de ville “cardinalice” qu’elle avait perdu depuis la retraite du cardinal Severino Poletto, le 11 octobre 2010.
Roberto Repole est né le 29 juin 1967 à Turin. Il est entré au séminaire au tout jeune âge de 11 ans, et a été ordonné prêtre en 1992. Après un temps de service en paroisse dans son diocèse, il s’est rendu à Rome pour poursuivre des études de théologie systématique à l’Université pontificale grégorienne – établissement jésuite – où il a soutenu une thèse de doctorat en 2001 sur des penseurs français: le théologien Henri de Lubac, en dialogue avec le philosophe Gabriel Marcel.
De retour à Turin, le jeune prêtre a enseigné à la Faculté de théologie de l’Italie du Nord et à l’Institut supérieur des sciences religieuses, tout en servant en paroisse et dans la pastorale universitaire. Il est d’ailleurs membre du conseil d’administration de l’Agence du Saint-Siège pour l’évaluation et la promotion de la qualité des universités et facultés ecclésiastiques (AVEPRO) depuis 2016.
Nomination surprise
Au fil des ans, le Père Repole est devenu un théologien connu en Italie, incarnant une aile “bergoglienne”, soucieuse de penser l’Église de demain dans une société sécularisée, et engagée dans la réforme «synodale». Il a notamment été président de l’Association théologique italienne de 2011 à 2019.
En 2018, il s’est fait connaître pour avoir été le coordinateur d’un recueil de réflexions théologiques élaboré à l’occasion du cinquième anniversaire du pontificat du pape François (une série de 11 petits volumes sur la théologie du pape François), que Benoît XVI avait refusé de préfacer en raison de la présence d’auteurs qui avaient attaqué son pontificat et celui de Jean Paul II.
"Il est parfois la cible de critiques de médias conservateurs, notamment pour son attitude pastorale envers les personnes homosexuelles"
Le 19 février 2022, il est nommé à la fois archevêque de Turin et évêque de Suse – deux diocèses que le pape a réuni dans le cadre de la refonte des diocèses italiens – et il reçoit l’ordination épiscopale le 7 mai suivant. Il est l’un des rares théologiens élevés par le pape François à l’épiscopat, ce dernier préférant souvent des profils d’hommes de terrain et missionnaires. Sa nomination est accueillie avec une certaine surprise.
Mgr Repole choisit pour devise épiscopale «Le Christ s’est donné lui-même pour moi», tirée de la lettre de Paul aux Galates (Gal 2,20). Quelques mois après, en septembre, il est nommé membre de la Commission pour l’éducation catholique au sein de la Conférence épiscopale italienne; puis en octobre, vice-président de la Conférence épiscopale du Piémont et de Val d’Aoste, qui regroupe les 17 diocèses de cette région du nord de l’Italie.
Pour une Église “humble”
Auteur prolixe, il a publié de nombreux ouvrages, articles, essais, notamment sur le pontificat du pape François. Homme de dialogue, il plaide pour une Église «humble» dans la société. Il est parfois la cible de critiques de médias conservateurs, notamment pour son attitude pastorale envers les personnes homosexuelles. Sa participation à une rencontre du Centre d’étude Ferruccio Castellano sur le thème «Même sexe, même amour, famille différente» a ainsi été remarquée. Dans son diocèse, il prend aussi la défense des droits des travailleurs.
Acteur du Synode sur la synodalité
Le 6 octobre 2024, alors qu’il participe activement au Synode sur la synodalité convoqué par le pape François à Rome – où il incarne une voix importante –, le nom de l’évêque piémontais est cité dans la liste des 20 nouveaux cardinaux que le pontife a choisis pour le consistoire du 7 décembre. Quatorze ans après son dernier cardinal, Turin retrouve la pourpre cardinalice que n’a jamais eue Mgr Cesare Nosiglia, son prédécesseur. Un choix qui montre aussi que le pape l’apprécie, puisque depuis le début de son pontificat, François ne s’est pas senti tenu de se plier aux traditionnels «sièges cardinalices», dans ses choix de cardinaux italiens.
Avec cette nouvelle entrée au sein du collège, les Italiens seront au nombre de 15 électeurs – contre 28 lors du conclave de 2013. Roberto Repole fait partie des 20 cardinaux (sur 140 électeurs) qui ont moins de 60 ans. (cath.ch/imedia/ak/rz)