Plus de dix pays arabes et/ou musulmans ont dénoncé ensemble, le 22 février 2026, les propos de l'ambassadeur des États-Unis en Israël Mike Huckabee. Celui-ci a assuré qu'Israël aurait légitimement le droit, selon la Bible, de s’étendre sur la quasi-totalité du Proche-Orient. Des propos moins farfelus qu’il n’y paraît au regard de l'histoire.
Interrogé par l'éditorialiste américain Tucker Carlson - un promoteur de la théorie du grand remplacement qui présente aujourd’hui ses propres podcasts sur les réseaux sociaux - , l’ambassadeur américain Mike Huckabee a déclaré à ce sujet: «Ce serait tout à fait acceptable si [Israël] prenait tout. Mais je ne pense pas que c'est ce dont on parle aujourd'hui. Ils ne veulent pas prendre tout ça, ils ne le demandent pas.»
Ancien pasteur baptiste nommé à Jérusalem par Donald Trump en 2025, Mike Huckabee a justifié ses propos en se référant à la Bible, plus particulièrement au livre de la Genèse (15,18) où il est écrit: «Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abraham en ces termes: ‘À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d’Égypte jusqu’au Grand Fleuve, l’Euphrate’». Ce qui inclut une partie de l'Égypte et de l'Arabie saoudite, du Liban, la Jordanie, la Syrie et même l’Irak.
«Ce territoire a été donné par Dieu (...) à des gens qu'il a choisis», a renchérit l'ambassadeur. Il a toutefois ajouté ne pas être certain «que des ambitions israéliennes sur ces territoires seraient légitimes à l'heure actuelle», mais que «si Israël était attaqué par ces pays, gagnait la guerre et s'emparait de leurs territoires, ce serait une tout autre affaire».
Une déclaration incendiaire
Dans un communiqué commun, plus de dix pays, dont les États du Golfe, l'Égypte, la Turquie ou encore l'Indonésie ont exprimé «leur ferme condamnation et leur profonde préoccupation». De tels propos, notent-ils, constituent «une menace grave pour la sécurité et la stabilité de la région».
La Ligue arabe a déploré sur X des «déclarations extrémistes (qui) suscitent des sentiments religieux et nationalistes» à un moment où le «Conseil de paix» de Donald Trump donne une «occasion pour lancer un processus de paix sérieux». Et de son côté l'Autorité palestinienne a estimé que les propos de Mike Huckabee «contredisaient le rejet par le président américain du projet d'annexion de la Cisjordanie», progressivement mis en œuvre par Israël.
Des frontières au flou pratique
Les propos de l’ambassadeur américain relatifs aux futurs possibles territoires annexés par Israël en cas de guerre résonnent comme un rappel de l’histoire de cet État, depuis sa création il y a plus de 70 ans. Le projet sioniste se déploie au départ sans contrainte de frontière. Pour son promoteur, Theodor Herzl, l’objectif est la restauration d’une souveraineté politique juive, tandis que le lieu où celle-ci se déroule est secondaire. Et si dans les textes bibliques, le centre de Eretz Israel est toujours bien localisé à Jérusalem et ses alentours, ses limites sont floues et changeantes.
Au fur et à mesure du temps et des guerres dans la région, les frontières d’Israël n’ont cessé de changer. Outre ses territoires officiellement reconnus par l’ONU, elle occupe actuellement Gaza et une partie de la Cisjordanie, une partie du sud du Liban et du sud-est de la Syrie, en plus du plateau syrien du Golan annexé en 1967.
Les premières frontières d’Israël sont dessinées avec la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 29 novembre 1947, qui prévoie la constitution de deux États, avec Jérusalem et sa région directement administrées par l'ONU. S’en suivra la guerre de 1948-1949. Les accords d’armistice conclus entre l’État d’Israël et ses voisins en 1949 entérina des gains territoriaux et Israël encouragea le développement de nouveaux kibboutz au ras de la ligne de démarcation, remplissant les fonctions de garde-frontières.
Un néo-sionisme mystique
En même temps, dans les années 60, les limites territoriales d’Israël devinrent l’enjeu de nouvelles interprétations idéologico-religieuses, basées sur l’héritage biblique, que d’aucuns présentent comme un néo-sionisme à tendance mystique. Soutenu par les mouvements évangéliques messianiques, elles ont fait du développement systématique des implantations juives en Cisjordanie une obligation religieuse, puisque seule la possession de l’intégralité de la terre d’Israël garantirait l’arrivée des temps messianiques.
C’est cette théorie qui sous-tend les propos de l’ancien pasteur Mike Huckabee et qui conduit le gouvernement israélien à étendre ses implantations sur tout le territoire de Cisjordanie, empêchant l’instauration d’une véritable frontière israélo-palestinienne. (cath.ch/ag/lb)