Dans un rapport confidentiel destiné aux cardinaux, réunis en consistoire les 7 et 8 janvier 2026, le cardinal Arthur Roche, préfet du dicastère pour le culte divin défend fermement les restrictions pour la célébration de la messe tridentine imposées par le motu proprio Traditionis Custodes du pape François.
La messe traditionnelle figurait bien à l’ordre du jour du consistoire, même si finalement le sujet n’a pas été retenu parmi les thèmes de discussion. Le rapport du préfet a été divulgué le 13 janvier par des milieux traditionalistes. La question devrait revenir sur la table lors d’un prochain consistoire extraordinaire convoqué par le pape Léon XIV à la fin du mois de juin.
Des tradis pour leurs frais
Les milieux traditionalistes font le forcing depuis des mois pour obtenir du pape Léon XIV la levée des restrictions à la célébration de la messe tridentine imposées par le pape François en 2021. Ils pensaient pouvoir l’obtenir lors de ce consistoire; ils en sont pour le moment pour leurs frais. Et le rapport du cardinal Roche ne donne aucun signal pour une inflexion de Rome dans leur sens.
Le texte préparé par le cardinal Roche, préfet du Dicastère pour le Culte divin a le mérite d’une certaine clarté, reconnaît la fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) : «ce document confirme que pour la Rome actuelle, la réforme liturgique issue de Vatican II est irréversible, normative, et que le Missel de 1962 ne peut subsister que comme une concession provisoire, strictement encadrée, sans projection stable.»
La réforme liturgique, critère de fidélité conciliaire
Le texte souligne d’abord que la liturgie a toujours été réformée, des premiers siècles jusqu’au XXe siècle, dans un processus organique continu. La réforme de Paul VI n’est pas un rupture mais elle s’inscrit dans une succession homogène.
Le document se réfère entre autres à la bulle Quo primum par laquelle le pape Pie V réforma la liturgie et instaura la messe tridentine. Après le concile de Trente au XVIe siècle, l’unité fut précisément recherché par l’unification rituelle.
Le document invoque une conception dynamique de la Tradition, citant Benoît XVI pour qui “la Tradition n’est pas la transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes» mais «le fleuve vivant qui nous unit aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes”.
« Sans réforme liturgique, pas de réforme de l’Église »
Dans la droite ligne de Traditionis custodes, le document du cardinal Roche envisage la contestation de la réforme liturgique de Paul VI comme un problème d’acceptation du Concile Vatican II.
“Les Pères conciliaires savaient par où ils devaient commencer, ils savaient qu’il y avait des raisons particulièrement urgentes pour entreprendre la réforme et la promotion de la liturgie», expliquait le pape François en 2024. C’est comme dire: sans réforme liturgique, il n’y a pas de réforme de l’Église.
Le rapport du cardinal Roche relève également que “la Réforme liturgique a été élaborée sur la base d’une recherche théologique, historique et pastorale précise”. Son objectif était de rendre plus pleine la participation à la célébration du Mystère Pascal
La seule ‘concession’ accordée par le préfet consiste à ”reconnaître que l’application de la Réforme a souffert et continue de souffrir d’un manque de formation, et l’urgence d’y remédier”.
Une certaine vision de l’Eglise
En conclusion la cardinal cite le pape François dans sa lettre apostolique Desiderio desideravi 31: « […]Si la liturgie est « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où découle toute son énergie » (Sacrosanctum Concilium, n.10), alors on comprend bien l’enjeu de la question liturgique. Il serait banal de considérer les tensions, malheureusement présentes autour de la célébration, comme une simple divergence entre différentes sensibilités envers une forme rituelle. La problématique est avant tout ecclésiologique. Je ne vois pas comment on peut dire que l’on reconnaît la validité du Concile – encore que je m’étonne qu’un catholique puisse prétendre ne pas le faire – et ne pas accepter la réforme liturgique née de Sacrosanctum Concilium, un document qui exprime la réalité de la liturgie en lien intime avec la vision de l’Église admirablement décrite par Lumen Gentium.” […] ». (cath.ch/mp)