Dans une homélie prononcée au lendemain de l’annonce, l’abbé Pagliarini reprend les accents enflammés de Mgr Lefebvre: “J’assume, j’assume pleinement la responsabilité de cette décision. Je l’assume, d’abord devant Dieu, je l’assume devant la Très Sainte Vierge, devant Saint Pie X. Je l’assume devant le pape. J’aimerais un jour, pouvoir rencontrer le pape avant le 1er juillet, j’aimerais lui expliquer, lui faire comprendre nos intentions réelles, profondes, notre attachement à l’Église, qu’il le sache, qu’il le comprenne.”
Une 'bonne foi' peu crédible
Cette protestation de bonne foi sonne cependant assez creux lorsqu’on apprend, entres autres par le Catholic Herald, que des discussions entre le supérieur général, les évêques de la Fraternité Saint-Pie X et le Dicastère pour la doctrine de la foi ont lieu depuis l’année dernière, en mettant particulièrement l’accent sur la question de la succession épiscopale au sein de la Fraternité. Ces discussions, qui devaient se poursuivre en février ou en mars, ont été rompues par la FSSPX après qu’elle a reçu une lettre du Saint-Siège qui «ne répond pas du tout à nos demandes». L’annonce des ordinations du 1er juillet serait ainsi une manière de chantage sur Léon XIV que l’on estime moins hostile à la tradition que son prédécesseur François. Entretemps une rencontre avec le cardinal Fernandez, Préfét de la CDF, a été annoncée pour le 12 février.
Chronologie
Depuis le Concile Vatican II, une minorité de traditionalistes se sont opposés à la modernisation de l’Eglise catholique. Retour sur les étapes importantes du conflit :
1962-1965: Le Concile Vatican II décide de moderniser l’Eglise catholique. Une minorité conservatrice rejette les réformes; elle critique notamment l’ouverture œcuménique, la déclaration sur la liberté religieuse ainsi que les innovations dans la liturgie.
1969: Mgr Marcel Lefebvre, participant au Concile, fonde la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) et obtient une reconnaissance de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. L’évêque accuse l’Église romaine d’avoir détruit la tradition avec le Concile et la réforme liturgique. Il installe l’année suivante un séminaire pour la formation des prêtres à Ecône, en Valais.
1975: Le diocèse de LGF retire sa légitimité ecclésiale à la Fraternité. Mgr Lefebvre qui continue d’ordonner des prêtres est suspendu a divinis par le pape Paul VI en 1976.
1984: Le pape Jean Paul II autorise, sous certaines conditions, la messe tridentine.
1988: Le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, négocie un compromis avec Mgr Lefebvre qui se rétracte au dernier moment. Le 30 juin, Mgr Lefebvre ordonne quatre évêques malgré l’interdiction romaine. Cet acte lui vaut l’excommunication. Le pape fonde la commission Ecclesia Dei pour le dialogue avec les traditionalistes. Certains groupes, dont la fraternité sacerdotale Saint Pierre, qui refusent de suivre Mgr Lefebvre dans le schisme, sont réintégrés dans l’Église catholique.
1991: Décès de Mgr Lefebvre qui est enterré à Ecône.
1994: Mgr Bernard Fellay, évêque suisse consacré par Mgr Lefebvre, devient Supérieur général de la FSSPX. Il le restera jusqu’en 2018. Il prend des contacts avec la commission Ecclesia Dei.
2000: La FSSPX, avec à sa tête Mgr Fellay, organise un grand pèlerinage à Rome à l’occasion du jubilé,
Avril 2005: Mgr Fellay salue l’élection papale de Joseph Ratzinger comme une «lueur d’espoir». En août, il est reçu par Benoît XVI. Selon le Vatican, le «désir d’arriver à une communion parfaite» se manifeste dans la conversation.
Juillet 2007: Par le motu proprio Summorum pontificum Benoît XVI permet que les messes traditionnelles soient célébrées partout selon le rite de 1962. C’est ce qu’on appelle la forme extraordinaire du rite romain.
Décembre 2008: Mgr Fellay demande, au nom des quatre évêques, le retrait de l’excommunication. Il assure la reconnaissance de la primauté pontificale et l’acceptation des enseignements du pape.
21 janvier 2009: La Congrégation des évêques lève l’excommunication des quatre évêques lefebvristes. Presque simultanément, une violente polémique éclate autour de Mgr Richard Williamson qui nie l’existence de chambres à gaz. L’affaire éclabousse le Vatican et Benoît XVI.
Mars 2009: Benoît XVI écrit à tous les évêques de l’Église universelle. Il y admet les erreurs de la curie dans l’affaire Williamson. En même temps, il affirme son intention de réintégrer la Fraternité.
Juillet 2009: Benoît XVI invite la FSSPX à Rome pour des discussions sur les questions doctrinales. Les rencontres débutent en octobre.
Septembre 2011: Le Vatican présente un «Préambule doctrinal» aux dirigeants de la Fraternité pour signature.
Mars 2012: Rome rejette la réponse de la FSSPX jugée insuffisante.
Mars 2013: Election du pape François.
Septembre 2014: Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, rencontre Mgr Fellay. Tous deux espèrent une réconciliation complète.
Octobre 2014: La Fraternité critique vivement le Synode des évêques sur la famille. Selon elle, les discussions de Rome ont ouvert «la porte de l’enfer».
Septembre 2015: Pour l’Année Sainte de la Miséricorde, le pape François permet à tous les fidèles de se confesser valablement et légitimement aux prêtres de la Fraternité. A la fin de l’Année Sainte, cette mesure est maintenue.
Avril 2016: Le pape François rencontre personnellement Mgr Fellay.
Eté 2016: Un négociateur du Vatican annonce que le supérieur général a accepté la proposition de devenir une ‘prélature personnelle’ comme l’Opus Dei.
Janvier 2017: Mgr Fellay se prononce en faveur de la fin de la séparation d’avec Rome. Un accord est «en route». Selon lui, il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation à l’intérieur de l’église soit «absolument satisfaisante».
Avril 2017: Le Vatican invite les évêques locaux à reconnaître les mariages célébrés par la communauté traditionaliste.
Juillet 2018: Le chapitre général de la FSSPX élit l’Italien Davide Pagliarani comme nouveau supérieur général. La ligne du rapprochement avec Rome prôné par Mgr Fellay est stoppée.
Novembre 2018: L’abbé Pagliarani est reçu au Vatican où il rencontre Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. A l’issue de la rencontre, il constate «une divergence doctrinale irréductible» avec Rome.
Octobre 2019: La FSSPX commémore à Fribourg, les 50 ans de sa fondation.
Juillet 2021 Par le motu proprio Traditionis custodes, le pape François abroge les facilités accordées par Benoît pour la célébration de la messe en rite tridentin. La FSSPX espère alors 'récupérer' des fidèles blessés par la décision du pape.
Avril 2025: Décès du pape François. Après l’élection de Léon XIV, les traditionalistes font pression pour obtenir l’abrogation de Traditionis custodes.
Eté 2025: La FSSPX reprend contact avec Rome en vue d’obtenir l’autorisation de consacrer de nouveaux évêques. Après l’expulsion de Mgr Williamson en 2012 et le décès de Mgr Tissier de Mallerais en 2024, la FSSPX n’a plus que deux évêques.
2 février 2026: Faute de message qui “réponde à ses demandes”, la FSSPX annonce le 'sacre’ de nouveaux évêques le 1er juillet.