La promotion cardinalice atypique de l’organisateur des voyages du pape, George Jacob Koovakad, âgé de 51 ans, constitue l’une des plus grandes surprises du consistoire du 7 décembre 2024. Elle donne au rôle du prêtre indien une nouvelle dimension, pouvant aussi présager pour lui d’un changement de responsabilité à venir.
D’après des sources vaticanes consultées par l’agence I.MEDIA, cette nomination a été un véritable choc pour George Koovakad. Son rôle de simple official de la secrétairerie d’État s’est retrouvé de fait bouleversé dans la hiérarchie par son nouveau titre d’éminence, auquel il n’aspirait pas. «Il est connu comme 'Giorgino’, le petit George… c’est quelqu’un de simple, qui s’efface, ne fait pas de bruit, il organise dans l’ombre», glisse l’un de ses proches.
Organisateur né
George Jacob Koovakad est né le 11 août 1973 à Chethipuzha, dans la région du Kerala en Inde, au sein d’une famille catholique pratiquante. Comme les membres de son Église, les syro-malabars, il se dit descendant de l’évangélisation directe de saint Thomas l’Apôtre au premier siècle. «J’ai été élevé dans une atmosphère où la participation à la messe quotidienne était encouragée, et je n’ai jamais manqué la prière du soir avec les membres de ma famille», confie-t-il à Vatican News.
La vocation à la prêtrise du jeune homme, qui est inspiré sur cette voie par un oncle prêtre religieux, mûrit dans ce contexte de foi. À l’université, comme leader d’une association catholique, il manifeste déjà sa prédisposition pour l’organisation, en planifiant des chantiers pour les étudiants.
Carrière diplomatique
George Koovakad est ordonné prêtre le 24 juillet 2004 pour le diocèse de Changanacherry. Diplômé de droit canonique, il intègre sans tarder l’Académie pontificale ecclésiastique, institution qui forme les futurs nonces – ambassadeurs du Vatican. Il est alors dans la même promotion que deux autres prélats qu’il retrouvera au consistoire, les cardinaux Frank Leo et Rolandas Makrickas.
Il commence à servir au sein du service diplomatique du Saint-Siège en 2006, et travaille successivement dans les nonciatures d’Algérie, de Corée, d’Iran, du Costa Rica et du Venezuela. Dans ce dernier pays, il représente le Saint-Siège, en tant que chargé d’affaires ad interim à la nonciature de Caracas, au moment délicat de l’investiture présidentielle controversée de Nicolás Maduro le 10 janvier 2019.
«Il sourit tout le temps»
Ayant rejoint la section des Affaires générales à Rome en 2020, le Père Koovakad est nommé un an plus tard organisateur des voyages pontificaux par le pape. Depuis, il a organisé 12 voyages du pontife argentin dans 18 pays. Au côté de François, il est frappé par son «charisme», qui «touche profondément les personnes qui l’entourent». «Ce ne sont pas les foules qui retiennent l’attention [du pape], mais plutôt les personnes faibles et vulnérables, une personne pauvre en fauteuil roulant ou un enfant abandonné», constate-t-il.
«Le pape a les pieds sur terre. Il plaisante souvent et est à l’aise avec ceux qui l’entourent», assure encore le prélat. Devant les journalistes, le pape dira au sujet de l’organisateur des voyages qu’il «sourit tout le temps».
"Il pourrait d’ailleurs organiser un voyage du pape dans son propre pays"
Après l’annonce de sa nomination cardinalice, le Père Kookavad est ordonné évêque le 24 novembre en Inde, par l’archevêque majeur des syro-malabars, Mar Raphael Thattil, en présence de Mgr Edgar Peña Parra, substitut de la secrétairerie d’État. Ce choix permet à sa famille, dont les conditions sont trop modestes pour faire le voyage à Rome, de l’entourer.
En Inde, dans sa communauté d’origine, la réputation de George Koovakad jouit d’une certaine envergure. «Il a fait l’Académie ecclésiastique, c’est plutôt rare pour nous. Et puis on le voit accompagner le pape dans ses déplacements, sur les images c’est lui qui tient sa canne, ou qui lui donne ses discours», souligne un fidèle syro-malabar à I.MEDIA.
Un signe pour l’Inde et l’Église syro-malabare
«C’est une reconnaissance pour l’Inde aussi, son cardinalat vient panser des plaies de l’Église syro-malabare. C’est un message très clair envoyé par le pape, en appréciation pour cette communauté», estime le membre de cette Église. Pour beaucoup, le nouveau cardinal indien revêtira un rôle de «pont» entre le Vatican et les syro-malabars, actuellement aux prises avec une grave querelle liturgique, des prêtres refusant de se plier à une réforme. Le cardinal George Alencherry, appartenant à la même Église, s’est vu contraint de démissionner en décembre 2023 dans ce contexte tendu.
Mgr Koovakad a un temps été pressenti pour succéder au cardinal Oswald Gracias à la tête du diocèse de Bombay. Mais la récente nomination d’un archevêque coadjuteur a balayé cette éventualité. Les supputations vont bon train, certains pariant sur le fait que le prélat restera au service de l’Église à Rome, d’autres imaginant que sa carrière est tracée vers la responsabilité d’une nonciature apostolique.
Organisateur d’un voyage en Inde?
Sans envisager pour le moment de changement de fonction, le cardinal Koovakad estime que sa nomination cardinalice lui donne «plus d’autorité pour traiter avec les autorités ecclésiastiques et civiles de haut rang». Il pourrait d’ailleurs organiser un voyage dans son propre pays, le pape François ayant été invité en 2021 par le Premier ministre Narendra Modi – même si ce projet reste très incertain.
George Koovakad a ainsi rejoint cinq autres cardinaux indiens électeurs en cas de conclave, avec le cardinal George Alencherry (jusqu’en avril 2025), le cardinal Filipe Ferrao, le cardinal Cleemis Baselios, et le cardinal Anthony Poola. (cath.ch/imedia/ak/rz)